Barack Obama

AFP/JEWEL SAMAD

Barack Obama

Le président américain, Barack Obama, a réagi vendredi aux révélations selon lesquelles un programme de l’Agence nationale de sécurité (NSA) collecte des renseignements personnels à des fins déclarées de contre-terrorisme.

Il a pris la défense du programme Prism, en affirmant que le gouvernement agissait de façon responsable et que des balises veillaient à ce qu’aucun abus ne soit commis. Il a ajouté que le programme était supervisé par le Congrès.

M. Obama a précisé qu’aucune conversation téléphonique (en vertu d’un autre programme) n’était sous écoute et que seules des métadonnées (liste des appels, le lieu des appels, leur heure et leur durée) étaient recueillies.

En ce qui concerne les informations selon lesquelles des renseignements étaient récoltés auprès de grandes entreprises Internet, il a assuré que les courriels et l’activité en ligne des citoyens et des résidents américains n’étaient pas surveillés.

Il a indiqué qu’il était indispensable de faire des compromis en matière de sécurité : « On ne peut avoir 100 % de sécurité et 100 % de vie privée sans certains inconvénients. Nous devons faire des choix en tant que société », a-t-il dit, ajoutant être convaincu qu’un bon équilibre entre les deux avait été atteint.

Des sources gouvernementales ont affirmé à l’agence Reuters que le programme de surveillance des communications avait notamment contribué à déjouer un complot islamiste contre le métro de New York, en 2009.

Prism : surveillance massive, démentis et inquiétudes

Image tirée du document obtenu par le Guardian et le Washington Post

Dans un premier temps, le quotidien britannique The Guardian révélait jeudi matin que l’opérateur téléphonique américain Verizon – qui compte 121 millions d’abonnés – doit livrer chaque jour à la NSA les informations sur tous les appels téléphoniques de son système, effectués à l’intérieur des États-Unis et entre les États-Unis et d’autres pays, en vertu d’une ordonnance judiciaire secrète du Foreign Intelligence Surveillance Court, qui doit être renouvelée tous les trois mois.

Plus tard jeudi, le Guardian et le Washington Post sont revenus à la charge en dévoilant des éléments d’un document confidentiel selon lequel la NSA a, depuis 2007, un accès direct aux serveurs de neuf grandes entreprises Internet américaines : Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube et Apple.

Les renseignements recueillis vont beaucoup plus loin que les métadonnées. Prism fournirait notamment à la NSA l’historique des recherches, le contenu de courriels, des fichiers transférés et des conversations en direct.

Les entreprises qui ont répondu aux questions des deux quotidiens ont vigoureusement nié connaître l’existence même de Prism. Pourtant, selon le document dévoilé, cette collecte de renseignements s’est faite avec l’aide des entreprises.

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a déclaré qu’il n’avait jamais entendu parler du programme Prism avant jeudi. Il a ajouté que Facebook ne fournit des données demandées par des gouvernements que si cela est requis par la loi, et qu’il aurait « combattu » toute demande, comme celle qu’aurait reçue Verizon, pour une « masse » de données.

On peut voir certaines des 41 pages du document dévoilé par le Guardian et le Washington Post ici. On y constate entre autres que Microsoft aurait été la première entreprise liée au programme, en décembre 2007. Elle a été suivie par Yahoo en 2008, Facebook, Google et PalTalk en 2009, YouTube en 2010, AOL et Skype en 2011 et Apple en 2012. Les documents indiquent que le service de stockage et d’envoi de fichiers Dropbox est pressenti pour devenir un fournisseur de renseignements pour la NSA.

Réagissant jeudi, le directeur du renseignement national, James Clapper, a assuré que la législation américaine donnait le droit au gouvernement de recueillir des informations auprès des fournisseurs d’accès à Internet concernant des étrangers vivant à l’extérieur des États-Unis. Cependant, selon le Guardian et le Washington Post, Prism permettrait de recueillir des communications entièrement faites sur le territoire américain.

Le renseignement britannique aussi impliqué

Vendredi, le Guardian révèle que les services de renseignements électroniques britanniques (Government Communications Headquarters, GCHQ) recueillaient également des données en vertu de Prism. Le GCHQ a toutefois assuré au quotidien qu’il agissait dans les limites de la loi.

Les groupes de défense des libertés civiles inquiets

Ces révélations ont suscité de vives inquiétudes chez différents groupes américains de défense des libertés. L’American civil liberties union (ACLU) dénonce le fait que « la NSA, qui relève de l’armée, a maintenant un accès à chaque recoin de la vie numérique des Américains ». L’ACLU lance un appel à la mobilisation contre Prism. L’Electronic frontier foundation demande des comptes au gouvernement américain. Access now parle de son côté d’un « abus de pouvoir incompatible avec les principes de la démocratie et des droits de la personne ».

L’Union européenne (UE), de son côté, s’est dite préoccupée « par les possibles conséquences pour la vie privée des citoyens européens ». La commissaire européenne chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström, a déclaré que les Européens demanderaient davantage d’information aux États-Unis. Une rencontre est d’ailleurs prévue la semaine prochaine à Dublin à laquelle doivent participer Mme Malmström, la commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding, et les secrétaires américains à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, et à la Justice, Eric Holder.

Le président du groupe socialiste au Parlement européen, Hannes Swoboda, a affirmé que la Commission européenne devait s’assurer du respect des « standards les plus élevés en matière de protection des données privées » dans les négociations sur un accord de libre-échange États-Unis-UE.

En complément :

- Le New York Times propose une chronologie de la surveillance électronique sous les administrations Bush et Obama.

- The Atlantic explique ici en quoi consistent les métadonnées téléphoniques divulguées.

- Le Monde explique comment protéger ses sources et ses appareils électroniques.

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Vincent.Grou@Radio-Canada.ca