Le disque Relaxation, de Philippe Von Horns

De la fin des années 1960 au début des années 1980, le Québec a connu son lot de disques non musicaux. Des disques de méthodes, pour apprendre à relaxer, à arrêter de fumer, à maigrir, ou encore à parler au gibier.

Si certains de ces vinyles trouvent une place de choix dans le cœur et la discothèque de certains collectionneurs de curiosités, d’autres sont tombés dans l’oubli avec le temps.

Quelle ne fut pas ma surprise, la semaine dernière, en écoutant la pièce This Old Relaxation, sur la plateforme SoundCloud. Il s’agit d’un remix (dans un français correct, on devrait dire réorchestration ou réarrangement) de la pièce This Old Tune, de l’artiste français Hugo Kant, par son compatriote et aussi DJ, Zé Mateo, membre du populaire collectif marseillais Chinese Man.

Grosse surprise, car Zé Mateo a utilisé, pour sa version, un disque québécois, Relaxation, de l’hypnotiseur Philippe Von Horns, paru au tout début des années 1970. Un album dont la pochette, plutôt marquante, montre diverses images de Von Horns, en spectacle, en train d’avaler une boule de feu, ou encore le cou transpercé d’une aiguille.

« J’ai passé trois semaines au Québec en septembre 2012, avec ma petite amie, et nous avons sillonné quelques magasins de vinyles à Montréal. Je suis tombé sur une section voix (un peu mon pêché mignon). J’ai acheté ce disque et en rentrant, j’avais un remix en cours pour Hugo Kant. La voix collait parfaitement », explique Zé Matéo.

De son côté, Philippe Posth Von Horns a appris les techniques de l’hypnose alors qu’il était étudiant, en France. Il a fait de nombreuses tournées au Québec entre 1968 et 1990, au cours desquelles il se produisait dans des spectacles de cabaret. Il a enregistré un autre microsillon, Pour faire l’amour, disque de « préparation à l’acte sexuel », au début des années 1980.

En 2001, Philippe Posth Von Horns a reçu un diagnostic de fibrose pulmonaire. « Ça fait 10 ans que j’attends de crever », dit-il en entrevue téléphonique. Il a depuis écrit un recueil, De page en page, dans lequel raconte son histoire et se livre à une réflexion sur la mort.

Comment a-t-il réagi en entendant la pièce? « Je suis très ambivalent. Je suis ravi d’entendre ma voix sur cette musique, mais en même temps, je regrette que personne ne m’ait jamais rien demandé ».

Zé Mateo admet d’emblée avoir fait preuve de maladresse dans ce cas-ci. « Chaque fois que nous réalisons une pièce à partir de samples, nous lançons les démarches pour solliciter l’éditeur et l’auteur. Parfois, elles n’aboutissent pas, le plus souvent nous négocions un accord par rapport à la musicalité et l’utilisation dans le morceau. Dans le cadre des voix, c’est plus complexe, car moins évident à retrouver. Il se trouve qu’au moment où j’ai découvert les voix de Philippe, j’avais noté dans un coin de ma tête qu’il fallait le prévenir (donc le retrouver). Puis, la machine lancée, j’ai un peu oublié… »

Ils ont, depuis, été mis en contact.

Chose certaine, les mélomanes qui seront dans la métropole en juillet pourront aller entendre les Chinese Man, qui se produiront au Festival international de jazz de Montréal. La date et le lieu restent à confirmer.

Si la question de la musique en ligne et du droit d’auteur vous intéresse, je vous recommande le dossier Musique 2.0 de mon collègue Marc-Antoine Ménard.

Vincent.grou@radio-canada.ca