Depuis hier, à Dubaï, près de 2000 délégués provenant de partout dans le monde se penchent sur l’avenir d’Internet. Ils prennent part à la Conférence mondiale sur les télécommunications internationales sous l’égide de l’Union internationale des télécommunications (UIT), organe de l’ONU. Au centre de cette grande rencontre : la révision du Règlement des télécommunications internationales (RTI).

Ce traité international vise à assurer l’interconnexion des services d’information et de communication à l’échelle mondiale. Il est signé par 178 pays, il a force obligatoire et n’a pas été modifié depuis 1988, soit avant l’essor d’Internet.

Les enjeux autour de la conférence de l’UIT, qui se déroule du 3 au 14 décembre, suscitent différentes réactions dans la communauté internationale et chez les principaux joueurs du web (voir notamment ce texte de Laurent LaSalle sur le blogue Triplex).

La position de la Russie, qui propose un plus grand contrôle de l’Internet par l’ONU et plus de pouvoir pour les États, est au cœur des inquiétudes. Des pays comme la Chine et l’Iran ont adopté des positions semblables. À l’opposé, les États-Unis estiment que le système actuel des multiples intervenants non gouvernementaux dans l’Internet devrait rester inchangé.

En marge de la rencontre, de vives inquiétudes quant à la liberté d’Internet ont donc été émises, notamment du côté de Google. L’entreprise, qui a créé une campagne associée d’une pétition en ligne, avance que « certains gouvernements ont l’intention de profiter d’une rencontre à huis clos » [la conférence de Dubaï] pour « réguler Internet et accroître la censure ». Google déplore notamment que seuls les États puissent voter à l’UIT, ce qui inclut des pays « qui ne défendent pas un Internet libre et ouvert ».

Google a peur que certains amendements proposés dans la révision du RTI ne menacent l’innovation. L’entreprise évoque que des projets « exigeraient de services comme YouTube, Facebook et Skype de payer de nouveaux droits afin d’atteindre les personnes à travers les frontières, ce qui pourrait limiter l’accès à l’information, en particulier sur les marchés émergents ».

D’autre part, Google estime que l’UIT ne constitue pas l’organe approprié pour traiter des questions d’Internet. « Bien que l’UIT ait aidé le monde à gérer les fréquences radio et les réseaux téléphoniques, ce n’est pas le bon endroit pour prendre des décisions concernant l’avenir de l’Internet », a déclaré Bill Echikson, directeur de Google pour la liberté d’expression en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.

Juste avant l’ouverture de la conférence, Vinton Cerf, considéré comme l’un des pères fondateurs du web et qui oeuvre actuellement pour Google, a pris position sur le blogue de l’entreprise, se montrant préoccupé pour la liberté d’Internet. On peut également en savoir plus sur sa position, en français, dans les pages du quotidien Le Monde aujourd’hui.

D’ailleurs, un mème, clin d’œil à l’appel à la mobilisation des internautes par Vinton Cerf, circule beaucoup sur la toile mardi. On pourrait le traduire ainsi, en des termes plus polis : « Je ne crée pas toujours Internet, mais quand je le fais, je ne laisse pas l’ONU tout gâcher ».

Un mème mettant en scène Vinton Cerf
Un mème mettant en scène Vinton Cerf

Le dernier en date à s’exprimer sur le sujet : une autre grande figure du web, Tim Berners-Lee, que l’on désigne comme l’inventeur d’Internet. Il a affirmé à la BBC être inquiet que certains participants poussent pour qu’une agence de l’ONU dirige Internet, plutôt que de laisser cette tâche à des groupes qui « font déjà un bon travail ».

L’UIT veut se faire rassurante

De son côté, le secrétaire général de l’UIT, Hamadoun Touré, a déclaré lundi que la révision du RTI ne devrait pas toucher à la liberté d’expression sur Internet. Il a estimé que les craintes autour de cette liberté sont « complètement » infondées, excluant toute remise en cause de la liberté d’expression sur le web.

Il s’agit d’ailleurs, selon lui, d’une « mauvaise manière » d’attaquer la Conférence mondiale sur les télécommunications internationales. « Rien ne peut arrêter la liberté d’expression dans le monde d’aujourd’hui, et rien dans cette conférence ne touchera à cela », a-t-il déclaré devant les participants à la conférence. Quant aux décisions qui doivent être prises au cours de la conférence, M. Touré, dont l’organisation compte 193 États membres et plus de 700 institutions académiques et du secteur privé, a souligné que toutes les décisions à l’UIT se prennent « par consensus ».

Par ailleurs, dans un message vidéo adressé aux participants, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a indiqué que l’objectif de la conférence devrait être « d’assurer l’accès universel aux technologies de l’information et de la communication pour les deux tiers des habitants de la planète qui n’ont pas accès à l’Internet ».

Malgré toutes ces discussions autour de la gouvernance du web et des pouvoirs des gouvernements sur la toile, reste que de nombreux États imposent déjà une stricte censure sur le contenu de l’Internet dans leur pays, sans même chercher à obtenir l’autorisation de l’UIT.

Avec AFP

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