Six ans de prison pour un blogueur vietnamien

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 publié le 21 novembre 2012 à 11 h 49

Le blogueur Dinh Dang Dinh est condamné à six ans de prison (cadn.com.vn)
Le blogueur Dinh Dang Dinh est condamné à six ans de prison (cadn.com.vn).
Cause portée en appel, même verdict : un tribunal vietnamien a confirmé mercredi l’imposition d’une peine de six ans de prison pour le blogueur dissident Dinh Dang Dinh.

Au terme d’un procès expéditif (de 45 minutes à 2 heures, selon les sources), la cour d’appel de la province de Dak Nong a rejeté l’appel de l’enseignant de 49 ans qui avait été condamné en août pour « propagande contre l’État ».

Dinh Dang Dinh était en fait accusé d’avoir écrit et publié sur Internet, entre la fin de 2007 et son arrestation, à la fin de 2011, des centaines de documents critiquant l’État, le Parti communiste, et son défunt fondateur, Ho Chi Minh.

L’ancien officier de l’armée avait aussi appelé au pluralisme, et protesté contre un projet controversé d’exploitation de bauxite dans les Hauts-Plateaux du centre du pays, selon ce que rapporte la presse officielle.

Dinh Dang Dinh, qui avait plaidé non-coupable aux accusations pesant contre lui, dit avoir simplement utilisé son « droit à la liberté d’expression, garantit par la Déclaration universelle des droits de l’homme ». Il affirme conséquemment n’avoir « commis aucun crime ».

Des organismes internationaux de défense des droits de la personne et de la liberté d’expression ont vivement réagi, mercredi, à ce jugement.
Reporters sans frontières (RSF) « s’insurge » contre la décision et appelle la communauté internationale « à réagir au plus vite ».

« Si les autorités vietnamiennes continuent de durcir la répression à l’encontre des cyberdissidents et des blogueurs, il n’y aura bientôt plus une seule voix pour dénoncer la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le pays », dénonce RSF.

Selon l’organisation, Dinh Dang Dinh a dénoncé l’attitude de la police chargée de l’enquête. Il affirme qu’en février dernier, cette dernière avait fait pression pour obtenir la signature d’aveux, prétendant que cela devait lui permettre d’« obtenir le pardon et la commutation » de sa peine.

Human Rights Watch (HRW) dénonce aussi de façon plus large le sort réservé à ceux qui critiquent la situation politique au Vietnam. « Dinh est un domino de plus tombant dans la campagne systématique du Vietnam pour faire taire les critiques », a dénoncé Phil Robertson, directeur adjoint en Asie de HRW.

Selon HRW, le Vietnam a condamné cette année au moins 10 militants pacifiques. Au moins sept autres blogueurs et militants seraient quant à eux en attente d’être jugés.
Au Vietnam, où le Parti communiste interdit tout débat politique, les accusations de propagande contre l’État et de tentative de renversement du régime sont régulièrement utilisées contre les dissidents.

Le pays fait d’ailleurs partie de la liste des Ennemis d’Internet de Reporters sans frontières en raison de son recours à la cybercensure. RSF rapporte qu’au moins 19 blogueurs et cyberdissidents y sont emprisonnés, ce qui fait du Vietnam la troisième prison du monde pour les citoyens du net, derrière la Chine et l’Iran.

Avec AFP

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