Billets publiés le 29 mai 2012

Florent DaudensQui sont les Anonymous?

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 publié le 29 mai 2012 à 15 h 58

Le drapeau des Anonymous - Source : Wikipédia

Avec leurs attaques contre des sites gouvernementaux et leurs vidéos sur YouTube, les pirates d’Anonymous se sont immiscés dans la crise au Québec depuis plusieurs jours. Mais la teneur de ce mouvement d’«hacktivistes » (contraction de hacker – pirate – et activiste) reste difficile à cerner.

Pour mieux les comprendre, nous nous sommes joints aux discussions de « l’opération Québec » menée en ce moment contre des sites de la province. Il en ressort un portrait partiel, mais éclairant.

Un groupuscule? Une nébuleuse? Le mouvement reste décentralisé, voire fragmenté. Par exemple, au sujet d’une possible attaque sur les sites liés à la Formule 1, la confusion règne. « Sa lair que ces pas vrais le GP » affirme l’un, tandis qu’un autre déclare « je sais pas si c vrai, mais le fait d’Avertir c’Est fail [un raté, ndlr]». Et un autre de demander : « mais pourquoi le gp au juste?? ». L’un demande à un autre s’il sait qui a publié le communiqué et précise « c’est n’est pas crédible selon moi ». On devise ensuite sur le fait que le communiqué soit rédigé en anglais, ce qui pourrait indiquer qu’il s’agit d’une autre faction d’Anonymous.

D’ailleurs, les Anonymous se jouent des frontières. On a ainsi pu voir Anonymous Tunisie apporter son soutien à l’opération Québec, en établissant un parallèle avec le printemps arabe.

On se moque aussi des autorités, entre autres de la Ville de Montréal, qui affirme traiter l’interruption de service de son site comme un problème technique lié à une plus grande affluence plutôt que comme un acte de piratage. « Je crois que cette personne ne sait pas ce qu’est un ddos [une attaque de déni de service, ndlr] », commente l’un des Anonymous.

Au fil des discussions, on s’invective (« ta moin de 14 ans ? ») et on manie l’humour geek en s’expulsant soi-même du canal de discussion, par exemple. L’argot français côtoie celui plus québécois, avec une écriture proche des SMS.

Un réseau à géométrie variable

Les Anonymous revendiquent plusieurs règles, dont la plus évidente : l’anonymat. Tous discutent sous pseudonyme sur les canaux IRC, une interface de dialogue qui a connu son heure de gloire il y a plusieurs années.

« Il n’y a pas de Star chez anonymous, donc pas d’interview ou de discours entrainant. Il n’y a pas de porte parole, chef ou admin, ou même un gars en charge de quoi que ce soit. » – Règlement des Anonymous

Un slogan, utilisé dans toutes leurs actions : « Nous sommes Anonymes. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas ». Un symbole : le masque de Guy Fawkes dans le film V pour Vendetta. En filigrane de leurs actions, ils ciblent tout ce qu’ils considèrent comme une entrave à la liberté sur Internet.

De premières attaques en 2008

Les premiers faits d’armes d’Anonymous remontent à 2008, lorsqu’ils ont attaqué l’Église de scientologie qui avait demandé de faire retirer une vidéo sur le site 4chan, creuset de la culture web. Anonymous a ensuite attaqué plusieurs sites comme Visa ou Paypal (les vitrines et non les infrastructures de paiement) après l’arrestation de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Ou encore ceux du département américain de la Justice et d’Universal Music après la fermeture de MegaUpload.

Ils peuvent commettre plusieurs types d’attaques. Le DDOS, ou déni de service, consiste à multiplier le nombre de requêtes simultanées sur un serveur, afin de le saturer et de le mettre hors service. Cette attaque ne demande pas de compétences informatiques poussées, d’autant plus qu’une application en ligne, LOIC, permet à chacun de mettre son ordinateur à contribution, avec les risques que cela comporte.

Par contre, plusieurs sites ont été « défacés » avec l’affichage de la signature des Anonymous, par exemple, sur la page d’accueil. Cette attaque requiert une intrusion dans le gestionnaire du site. Des Anonymous soutiennent aussi détenir des informations confidentielles, notamment du Service de police de la Ville de Montréal, mais le principal intéressé nie qu’il s’agisse de données sur ses policiers.

Un plus petit groupe, LulzSec, avait beaucoup fait parler de lui lors d’une intrusion sur le réseau de jeu en ligne de Sony en 2011. Les six membres ont été arrêtés au début de l’année.

Et aussi : Anonymous dans le paysage québécois, un reportage au Téléjournal

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