Deux vidéos sur le travail de la police lors de la manifestation de dimanche dernier, qui s’est soldée par 300 arrestations, ont fait surface sur les réseaux sociaux. Les deux ont été tournées par des internautes.

La première implique une voiture de police qui avance alors qu’une personne se trouve sur le capot. Elle ne donne toutefois pas le contexte de l’évènement.

Contacté à ce sujet, Ian Lafrenière, le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, estime que « la personne s’est installée devant le véhicule de police et a voulu le bloquer ». Et d’ajouter : « Pendant ce temps, d’autres personnes jetaient des pierres » sur la voiture.
M. Lafrenière ajoute que la personne a été jetée sur le côté et n’a pas été blessée.

Le risque que la personne devant le véhicule se fasse renverser ou écraser n’était-il pas élevé? Le policier « faisait face à une foule hostile. S’il était descendu du véhicule seul, malheureusement, il aurait pu faire usage de son arme à feu » puisqu’il se serait retrouvé dans une situation potentiellement menaçante, explique le porte-parole.

L’utilisation d’un irritant justifiée?

La seconde vidéo, mise en ligne le 20 mai, montre une policière utiliser un irritant chimique à plusieurs reprises. Les évènements se sont déroulés au coin de Ste-Catherine et de St-Hubert dimanche soir, peu avant minuit. L’auteur de la vidéo, à qui nous avons parlé, ne souhaite toutefois pas être identifié.

Les images n’expliquent pas ce qui s’est passé avant que la policière l’utilise sur une première personne, mais l’intégralité de l’échange est ensuite filmée.

Olivier Grondin, le jeune homme qu’on voit recevoir l’irritant, explique qu’il avait demandé à la policière d’expliquer son comportement avec deux jeunes femmes qui avaient essayé de passer. « Elle leur a dit de « décâlisser ». Je lui ai demandé « Pourquoi vous êtes violent avec les gens? Vous pouvez juste nous demander de circuler ». Elle a menacé de m’arrêter. »

Il affirme lui avoir ensuite dit qu’elle n’avait pas besoin de le frapper et qu’il pouvait le faire lui-même. Il dit s’être alors mis lui-même trois coups. Le ton est alors monté et la policière a utilisé l’irritant.

« Ça fait des semaines que je fais des manifestations et les policiers sont soit excessivement impolis, soit excessivement brutaux. » – Olivier Grondin

M. Grondin souhaite toutefois continuer de manifester : « Oui, il faut. Je m’excuse souvent auprès de ma mère. Mais si c’est pour protéger des idées, je vais prendre des coups de matraque ».

Un manifestant sur place, Moustafa Chamli, soutient que la situation ne justifiait pas une telle intervention. « Je n’ai pas pu entendre l’altercation au complet, mais je ne vois pas de raison » à l’utilisation de cet irritant chimique. Il précise ne pas avoir entendu d’insultes ni vu de comportement violent. « Je n’ai vu personne s’en prendre directement à la police », indique-t-il, en ajoutant qu’il s’agissait de sa première manifestation.

De son côté, Ian Lafrenière affirme ne pas avoir vu cette vidéo. « On n’est pas infaillible, déclare-t-il toutefois. Il y a sûrement des cas où les policiers pourraient être réprimandés en fonction de la déontologie policière ». Il note que le SPVM enregistre «des records de plaintes » ces derniers temps.

Un conflit qui perdure

Malgré cela, le porte-parole défend le travail des policiers du SPVM, en soulignant qu’ils ont dû faire face à plus de 250 manifestations depuis le début du conflit étudiant (sans toutefois établir un lien direct entre ce conflit et les évènements d’hier).

« C’est une situation que peu de services de police ont vécue. Présentement on s’en sort plutôt bien dans le sens qu’il n’y a pas de blessés graves. » – Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM

« Plusieurs policiers se font agresser » par une minorité de gens criminalisés, selon M. Lafrenière. Il précise que la majorité des gens veulent faire passer un message pacifiquement.

Une rotation de personnel avec la Sûreté du Québec a eu lieu le week-end dernier pour permettre à plusieurs d’entre eux de se reposer, note M. Lafrenière. S’il estime que les policiers restent prêts à servir, il s’interroge toutefois sur d’éventuelles conséquences d’une prolongation des manifestations dans les prochains mois.

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