Billets publiés le 17 mai 2012

Facebook s’apprête à entrer en bourse vendredi et pourrait ainsi récolter 16 milliards de dollars. Un premier appel public à l’épargne qui soulève plusieurs questions, notamment sur le modèle économique de l’entreprise. Décryptage à l’émission Phare Ouest.

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Plus de 900 millions de personnes dans le monde consultent leur compte Facebook au moins une fois par mois. Mais des millions d’autres ne sont pas inscrites sur le réseau social. Et elles affirment très bien vivre sans.

« Je suis en contact avec toutes les personnes de ma vie avec lesquelles je souhaite le rester », explique l’un de ces résistants, MaLi Arwood, à la veille de l’entrée en bourse de Facebook. « Je n’ai pas besoin de partager des banalités avec quelqu’un que j’ai peut-être fréquenté pendant six mois il y a douze ans », ironise-t-elle.

Facebook reste l’un des plus grands succès économiques de l’histoire. Le site comptait un million d’utilisateurs fin 2004, année de son lancement dans une simple chambre d’étudiant par Mark Zuckerberg. Deux ans plus tard, il affichait 12 millions d’inscrits, puis 500 millions à l’été 2010 et 901 millions au 31 mars, selon le réseau.

Cette progression vertigineuse est l’une des raisons pour lesquelles l’entrée en bourse de la compagnie est l’une des plus attendues de ces dernières années. Les actions seront mises en vente à partir de vendredi sur le Nasdaq avec le symbole « FB ». Le groupe devrait être valorisé plus de 100 milliards $ US, mieux que Kraft Foods, Ford et Disney.

Le réseau dispose encore de marges de progression, notamment dans les pays en voie de développement. À l’heure actuelle, environ 80 pour cent de ses utilisateurs sont basés à l’extérieur des États-Unis et du Canada. Mais pour récompenser les investisseurs, il va devoir convaincre certains résistants de s’inscrire. Deux Américains sur cinq ne sont pas membres, selon un récent sondage Associated Press-CNBC. Parmi eux, un tiers dit que cela ne l’intéresse pas ou qu’il n’en a pas besoin.

Len Kleinrock, 77 ans, confie que Facebook convient bien à ses petits-enfants, mais pas à lui. « À l’heure actuelle, je croule sous les courriels. Mes amis et collègues peuvent me contacter directement et je n’ai pas vraiment besoin d’un autre service que je serais obligé de consulter fréquemment. »

S’il reconnaît une résistance générationnelle, on ne peut pas dire que la technologie le rebute : après tout, Kleinrock fut l’un des premiers utilisateurs d’Internet. Ce professeur de l’Université de Californie fait partie de l’équipe qui a inventé la Toile. C’est dans son laboratoire que des chercheurs s’étaient réunis en 1969 pour envoyer des données entre deux ordinateurs. C’était les débuts du réseau Arpanet, ancêtre d’Internet.

« J’ai le sentiment d’être déjà passé par là, d’avoir déjà connu ça », note-t-il. « Je n’ai pas besoin de rejoindre ou de découvrir de nouveaux groupes sociaux avec lesquels communiquer. J’ai déjà du mal à garder le contact avec ceux que je connais déjà! »

Thomas Chin, 35 ans, travaille dans une agence de publicité et de communication à New York. Selon lui, il manque probablement ce que les amis d’amis d’amis font, mais il n’a pas besoin de Facebook pour garder le lien avec sa famille et ses proches. « Si nous voulons sortir, nous nous organisons en dehors de Facebook. »

Plusieurs raisons conduisent une personne à faire le choix de ne pas rejoindre cette communauté : certaines ne possèdent tout simplement pas d’ordinateur ou d’accès à Internet, d’autres nourrissent des inquiétudes sur la confidentialité ou expriment un rejet envers le réseau social, d’autres encore suspendent leur compte par précaution lorsqu’elle cherchent un emploi. Les personnes n’ayant pas fait d’études supérieures ou à faible revenu sont sous-représentées sur Facebook.

Les femmes qui résistent à l’appel de leurs amis invoquent plus souvent les questions de confidentialité que les hommes, alors que les aînés évoquent des difficultés technologiques, selon le sondage AP-CNBC. Environ les trois quarts des aînés ne sont pas inscrits. Plus de la moitié des moins de 35 ans consultent leur « babillard » quotidiennement. Ce sondage a été réalisé auprès de 1004 adultes du 3 au 7 mai et présente une marge d’erreur de plus ou moins 3,9 points de pourcentage.

Selon Steve Jones, un professeur qui étudie la culture Web et la communication à l’Université de l’Illinois, beaucoup considèrent Facebook comme une corvée. « Nous avons ajouté les réseaux sociaux dans nos vies. Mais nous n’avons pas ajouté des heures à nos journées », observe-t-il. « Quand on prend la décision de se connecter à Facebook, on prend en même temps la décision de ne rien faire d’autre. »

MaLi Arwood, 47 ans, dirige un restaurant à Chicago. En 2010, elle avait été surprise, en participant à un programme d’enseignement de l’anglais en Espagne, lorsque ses collègues avaient profité de leurs pauses pour se connecter au réseau. « Je passais mon temps libre à essayer d’en savoir davantage sur la culture espagnole, pour en profiter au maximum », raconte-t-elle. « Je partais marcher avec certains des élèves et je leur posais des questions. »

Professeure de musique en Floride, Kariann Goldschmitt, 32 ans, s’était inscrite sur Facebook peu après sa création en 2004, avant de fermer son compte en 2010, notamment pour des questions de confidentialité. Elle se considère nettement plus productive depuis. « J’étais l’utilisatrice type, connectée une à deux fois par jour. Après un certain temps, j’ai senti que c’était davantage une obligation qu’une distraction », avoue-t-elle.

Maintenant, elle doit cependant faire des efforts pour garder le contact avec des amis qui se contentent de Facebook pour relayer certaines informations, y compris pour un événement aussi important qu’une naissance.

The Associated Press