Billets publiés le 8 mai 2012

Quel recours à la force pour la police lors de manifestations? La question fait débat aujourd’hui sur les réseaux sociaux après que Moïse Marcoux-Chabot, un internaute, a publié sur Facebook une note sur ses recherches concernant différents projectiles trouvés par des manifestants. Cette note, qui montre l’utilisation de balles de plastique par la police, a été partagée plus de 2000 fois au moment d’écrire ces lignes.

La Sûreté du Québec (SQ) confirme avoir tiré 206 « irritants » (des gaz lacrymogènes) et 30 « projectiles d’armes d’impact » (des « bâtons cinétiques » ou balles de plastique) lors des manifestations du week-end dernier à Victoriaville. Nos journalistes sur place ont eux-mêmes constaté que plusieurs balles en plastique de type AR-1 avaient été tirées, les cartouches étant clairement identifiées comme telles. Celles-ci peuvent atteindre 75 mètres par seconde.

« L’usage de balles de plastique de cette force était-il nécessaire? », se demande M. Marcoux-Chabot. Il les compare avec d’autres balles avec un embout en éponge qui auraient été utilisées par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lors du Salon Plan nord, à Montréal.

Des balles adaptées à la situation

Robert Poëti, ancien policier de la SQ et expert en mesures d’urgences, explique que chaque corps policier dispose d’équipements différents, y compris pour les balles. En l’occurrence, la Sûreté du Québec utilise deux types de balles « non létales », selon ses informations : en caoutchouc et en plastique. La décision d’utiliser l’une ou l’autre dépend de plusieurs facteurs, notamment de la distance, ajoute-t-il.

Ian Lafrenière, du SPVM, explique que la décision d’utiliser l’une ou l’autre dépend de plusieurs facteurs, notamment s’il s’agit d’une intervention rapprochée ou non, de la densité de la foule et de l’agressivité des gens. La police de Montréal dispose d’ailleurs aussi de plusieurs types de balles « non létales ».

« Le but ultime, c’est de ne pas avoir à utiliser l’arme à feu. » – Ian Lafrenière, du SPVM

Celles en plastique sont adaptées pour des distances de tir plus longues, mais ont aussi un potentiel d’impact plus fort. À Victoriaville, l’hôtel devant lequel les manifestants s’étaient réunis est situé sur un espace dégagé, donc avec des distances potentiellement plus grandes, ce qui pourrait expliquer le choix de la SQ.

« Jamais dans des zones vitales »

Sans confirmer le type de balle utilisée, Michel Brunet, de la Sûreté du Québec, explique qu’il s’agit d’une arme utilisée en cas de « danger imminent ».

« C’est toujours en fonction d’un continuum de force. On a toujours plusieurs étapes à respecter. Quand la violence augmente au point où il y a un danger imminent, à ce moment-là, on utilise les gaz lacrymogènes et les armes d’impact. » – Michel Brunet, Sûreté du Québec

Et d’ajouter que les policiers ne feront « jamais feu dans des zones vitales ou à la tête ». « Les tirs sont des tirs toujours bas », explique-t-il.

Les risques de blessures existent toutefois si une personne est atteinte à la tête ou dans les organes vitaux, note l’ancien policier Robert Poëti.

« Ce ne sont pas des balles de précision. Les policiers ne vont pas viser la tête, mais dans le feu de l’action, il est possible que la personne se déplace. » – Robert Poëti, ex-policier de la SQ

Le « continuum de force », une riposte graduée

La décision d’utiliser ce type d’armes doit donc se faire après avoir épuisé d’autres recours, précisent tous les corps policiers. En jargon, il s’agit d’un « continuum de force » qui forme le socle des techniques de contrôle de foule. M. Poëti en détaille les étapes :

  • Dans un premier temps, des policiers habillés en uniforme normal sont présents sur les lieux et communiquent avec les manifestants. À Victoriaville, il y avait aussi des barrières « qui avaient une valeur psychologique ».
  • La deuxième étape consiste à déployer des policiers en uniforme antiémeute avec casques et bâtons. Elle est atteinte quand la manifestation est déclarée illégale (à la suite d’« actes criminels »). Des gaz lacrymogènes peuvent alors être utilisés.
  • Enfin, la police peut utiliser des balles en caoutchouc ou en plastique – un type d’armes « non létal » -, mais strictement sur des individus qui représentent un danger pour la sécurité des policiers ou des citoyens, précise-t-il. M. Poëti ajoute que les balles ne sont pas utilisées pour disperser une foule.

L’armée canadienne a mené une recherche pour modéliser le comportement des foules la réaction à l’usage de la force. Selon ces données, l’utilisation de balles en plastiques fait augmenter le risque de « dommage non intentionnel », tout en conservant un niveau zéro de dommage envers la foule.

Continuum de force / Source : Forces canadiennes

Toutefois, tous les corps policiers insistent sur le fait qu’ils utilisent ces balles « non létales » sans l’intention de blesser. Et la SQ soutient qu’elle faisait face à des manifestants qui voulaient « commettre des actes criminels », évoquant des tirs de pavés ou de boules de billard.

Lors des émeutes de vendredi à Victoriaville, neuf personnes ont été blessées : six civils, dont deux grièvement, et trois policiers de la Sûreté du Québec. Les causes des blessures demeurent inconnues pour l’instant et la Sûreté du Québec analyse les évènements avant de dresser un bilan de son action. Elle a convoqué la presse jeudi prochain pour revenir sur les évènements.

En complément

Alain Arsenault, avocat spécialiste en brutalité policière et Robert Poëti, ancien policier de la Sûreté du Québec, reviennent sur le travail de la SQ à Victoriaville.

Pour me joindre :

florent.daudens@radio-canada.ca

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Bruno MaltaisLa revue du web – 8 mai 2012

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 publié le 8 mai 2012 à 14 h 35

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Avec Florent Daudens

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Plutôt que de s’en prendre directement à Thomas Mulcair, les conservateurs ont choisi de s’attaquer à son équipe en mettant en ligne un site web dénigrant les membres de son cabinet fantôme.

Le site www.npddemulcair.ca a été mis en ligne lundi par le Parti conservateur du Canada (PCC) et s’attaque minutieusement à plusieurs porte-parole néo-démocrates sélectionnés par M. Mulcair depuis son récent couronnement à la tête de son parti.

Sur fond noir, avec une lettrine inquiétante rappelant celle utilisée dans les films d’horreur, le site propose aux lecteurs « d’apprendre à connaître le cabinet fantôme de M. Mulcair ».

La biographie du Montréalais Alexandre Boulerice, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de travail, y occupe une place de choix.

On y déplore les liens que le député a entretenus avec le parti provincial Québec solidaire, dépeint comme « un parti radical déterminé à briser le Canada ». « Québec solidaire est un parti d’extrême gauche qui soutient clairement la séparation », peut-on lire.

Selon l’auteur du site, le fait que M. Boulerice occupe une place importante au sein du cabinet fantôme néo-démocrate illustre le manque de jugement de M. Mulcair.

La publicité négative a été au coeur de la stratégie conservatrice ces dernières années, les libéraux Stéphane Dion et Michael Ignatieff en ayant particulièrement souffert.

Pour éviter que le scénario se reproduise avec le nouveau chef de l’opposition, le NPD a contre-attaqué quelques jours après la victoire de M. Mulcair à la course à la direction de son parti en diffusant des publicités le mettant en vedette.

Depuis, les conservateurs avaient pris l’habitude d’envoyer aux journalistes des courriels s’attaquant individuellement à certains membres du cabinet fantôme de M. Mulcair. Ils semblent vouloir désormais s’adresser au grand public avec un site Internet accessible à tous.

Le président du caucus québécois, Guy Caron, trouve la tactique conservatrice « puérile » et ne croit pas qu’elle trouvera « de résonance » auprès de la population.

« C’est honnêtement des méthodes qui ne sont pas très différentes de ce qu’on peut voir au niveau des écoles pour l’intimidation […]. Ce n’est pas notre manière de faire de la politique », a-t-il signalé.

Karl Bélanger, le secrétaire principal du chef de l’opposition, a indiqué par courriel que M. Boulerice avait cessé de faire des dons à Québec solidaire et qu’il avait « signifié son intention de ne plus être membre de cette formation ». Il a cependant été impossible de parler à M. Boulerice au sujet des attaques à son égard.

La Presse Canadienne