Billets publiés le 1 mars 2012

Nexopia


Une enquête du Commissariat à la protection de la vie privée révèle que le site de réseautage social Nexopia, dédié aux jeunes, a contrevenu « à plusieurs aspects de la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques ».

Fondée en 2003, Nexopia est une entreprise basée à Edmonton qui compte plus de 1,6 million d’utilisateurs inscrits. Près de la moitié d’entre eux habitent en Alberta ou en Colombie‑Britannique. Plus du tiers des utilisateurs actifs de Nexopia sont âgés de 13 à 18 ans, selon le Commissariat à la vie privée.

« Notre enquête démontre que les paramètres de confidentialité par défaut du site sont inappropriés, que Nexopia a fourni des renseignements inadéquats sur un certain nombre de pratiques de protection des renseignements personnels et que l’entreprise conserve des renseignements personnels indéfiniment, même si une personne a choisi l’option “supprimer un compte” », soutient la commissaire à la protection de la vie privée, Jennifer Stoddart, dans un communiqué diffusé jeudi.

Après analyse, la commissaire a formulé 24 recommandations « visant à mieux expliquer les pratiques de protection des renseignements personnels du site aux utilisateurs et à fournir un plus grand contrôle sur la communication des renseignements personnels ».

Mme Stoddart souligne que « Nexopia a bien collaboré tout au long de l’enquête et nous nous réjouissons du fait que l’organisation a accepté la plupart de nos recommandations, mais certaines questions importantes ne sont pas encore résolues ».

« Les questions non résolues concernent quatre recommandations visant à répondre aux préoccupations soulevées par la conservation des renseignements personnels des utilisateurs par Nexopia. L’entreprise conserve ces renseignements indéfiniment, même si la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels oblige les entreprises à élaborer des politiques sur la conservation », ajoute la commissaire.

« Nous avons recommandé à Nexopia de préparer une telle politique et d’offrir une véritable option « supprimer » aux utilisateurs. Nexopia a cependant rétorqué que les coûts des changements à apporter au système pour permettre de supprimer définitivement des renseignements sont prohibitifs », ajoute Mme Stoddard.

« L’entreprise soutient également que l’archivage des renseignements personnels pour une durée indéterminée est utile dans l’éventualité où un organisme d’application de la loi demande de consulter les données. À notre avis, bien que de telles demandes puissent justifier une période de conservation plus longue pour certains cas particuliers, elles ne justifient pas la conservation entière et indéfinie de tous les dossiers, sous prétexte qu’une demande pourrait être faite un jour », ajoute le communiqué.

« Nous sommes déçus de la position de Nexopia en ce qui a trait à ces questions non résolues. Nous aborderons celles‑ci à l’aide des pouvoirs qui me sont conférés par la LPRPDE, ce qui comprend la possibilité de demander à la Cour fédérale que les recommandations soient appliquées », explique la commissaire Stoddart.

La commissaire à la vie privée s’est intéressée au site à la suite d’une plainte déposée par le Centre pour la défense de l’intérêt public, basé à Ottawa. Il s’agissait de la première enquête du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada sur un site de réseautage social conçu spécialement pour les jeunes.

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Les Canadiens passent plus de temps que jamais en ligne (environ 17 pour cent de plus que leurs voisins américains), selon une étude rendue publique jeudi par la firme comScore.

Pendant le mois de décembre dernier, l’internaute canadien moyen a passé 45,3 heures en ligne, une progression d’environ 4 pour cent par rapport aux 43,5 heures de décembre 2010. Cela correspond à environ trois minutes de plus par jour.

Le total canadien est supérieur d’environ 17 pour cent aux 38,6 heures passées en ligne en moyenne par les Américains en décembre dernier, et de 28 pour cent au temps consacré à Internet par les Britanniques.

Cette augmentation du temps consacré à Internet par les Canadiens semble notamment attribuable à leur engouement pour les réseaux sociaux, une utilisation en hausse de 32 pour cent.

Le temps consacré aux réseaux sociaux par les 18-24 ans a explosé de 67 pour cent, à une moyenne de 10,8 heures par mois. Les internautes de moins de 18 ans ont consacré, en moyenne, 9,4 heures par mois aux réseaux sociaux en décembre, une progression de 59 pour cent en un an. Les utilisateurs de plus de 55 ans ont passé en moyenne 5,4 heures sur des sites comme Facebook et Twitter, en hausse de 46 pour cent par rapport à décembre 2010.

Les femmes, en moyenne, ont passé 8,8 heures par mois sur les sites de réseaux sociaux, contre 6,5 pour cent pour les hommes.

Les données de comScore permettent de croire que la popularité de Facebook commence à plafonner au Canada, même si le temps consacré à ce site a avancé de 20 pour cent.

D’autres sites de réseautage social ont toutefois vu leur popularité s’enflammer, autant pour ce qui concerne les nouveaux visiteurs que pour le temps passé en ligne. Ainsi, on dénombre maintenant 5,4 millions de Canadiens sur Twitter, en hausse de 60 pour cent, tandis que le temps consacré par les Canadiens à la rédaction et la lecture de gazouillis a augmenté de 98 pour cent.

Le nombre de membres du site de réseautage social professionnel LinkedIn s’est engraissé de 39 pour cent au Canada, à 2,95 millions d’abonnés, et le temps qui y était consacré était en hausse de 70 pour cent.
La plateforme de blogage Tumblr a vu son nombre d’abonnés exploser de 189 pour cent à 2,9 millions de visiteurs. Le temps passé sur le site a progressé de 382 pour cent, soit trois fois plus que la hausse de popularité de Twitter.

Le champion poids lourd est toutefois le site Pinterest. En seulement une demi-année, son nombre de visiteurs a bondi de 364 pour cent à 378 000, pendant que le temps qui y était consacré progressait d’un astronomique 2038 pour cent.

Le visionnement de vidéos en ligne a aussi atteint un nouveau sommet l’an dernier, avec une hausse de 58 pour cent. Sur YouTube, le site Internet le plus populaire à ce chapitre, les utilisateurs canadiens ont chacun regardé 271 vidéos par mois, une augmentation de 170 pour cent.

La Presse Canadienne

Google

À partir d’aujourd’hui, Google vous considère comme un utilisateur unique dans la plupart de ses produits et services (moteur de recherche, Gmail, YouTube, Picasa, Calendrier, etc.).

En consolidant plus de 60 politiques sur la confidentialité qui s’appliquent à ses différents services, l’entreprise dit vouloir offrir une expérience plus simple aux utilisateurs de Google.

Concrètement, Google regroupe désormais tous les renseignements que vous avez fournis (volontairement ou involontairement) en utilisant l’un ou l’autre des services, et les utilise pour influencer les résultats de vos recherches et les publicités affichées sur ses sites.

C’est dire que si vous êtes un amateur de politique russe, vos données de navigation devraient permettre à Google de comprendre que lorsque vous faites une recherche sur « poutine », vous ne cherchez pas une recette de frites, fromage en grains et sauce brune, mais plutôt de l’information sur le premier ministre russe. (Mais qui sait, peut-être aurez-vous plus de mal à trouver des résultats pertinents sur le désormais célèbre Pierre Poutine…).

Google avait déjà cette capacité d’utiliser vos données et de les croiser entre différents services, mais la nouvelle politique permet d’élargir sa vision globale de ses utilisateurs. Par exemple, les informations laissées sur YouTube, acheté par Google en 2007, ne pouvaient pas être croisées avec celles du moteur de recherche.

Cette capacité à mieux cibler vos intérêts se reflétera évidemment dans le type de publicité que Google affichera. L’entreprise ne veut pas seulement vous faciliter la vie; elle veut aussi continuer de faire des profits. L’an dernier, plus de 90 % des revenus de Google (38 milliards de dollars) venaient de la publicité.

Bon ou mauvais?

Les organismes de protection de la vie privée accueillent favorablement la volonté du géant américain de réduire et simplifier ses règles, mais ils s’inquiètent des nouvelles possibilités de croisement des données.

Dans une lettre adressée à Google la semaine dernière, la commissaire à la protection de la vie privée du Canada a « fortement » encouragé Google à clarifier sa nouvelle politique.

La commissaire souligne notamment que « selon les règles actuelles [...] les données recueillies par Google sur l’utilisation d’autres produits particuliers, comme Recherche et YouTube, sont conservées à des endroits distincts, c’est‑à‑dire que l’historique de recherche générale d’un utilisateur ne sert pas à améliorer les résultats de recherche sur YouTube. Étant donné que l’historique de recherche d’une personne lui est propre et est parfois très sensible (puisqu’il peut comprendre des renseignements sur l’endroit où elle se trouve, ses intérêts, son âge, son orientation sexuelle, sa religion, ses problèmes de santé, et bien plus), il s’agit d’une importante protection pour la vie privée. Selon notre interprétation de la nouvelle politique, Google supprime cette distinction entre ses divers produits. Autrement dit, Google réunit toutes les données d’un utilisateur lorsque celui‑ci ouvre une session de son compte et utilise divers services. »

Elle ajoute que « la nouvelle politique consolidée semble omettre des renseignements importants sur la conservation et l’élimination des données qui se trouvaient dans les anciennes politiques relatives à un service précis. Les politiques propres à un service que nous avons examinées comprenaient des calendriers de suppression des renseignements personnels précis quand un utilisateur en faisait la demande (p. ex. Google Santé — 24 heures pour supprimer les données; Picasa — 60 jours pour les supprimer). Or, la nouvelle politique globale ne fournit aucun échéancier de la sorte.»

Jennifer Stoddart soutient donc que Google devrait préciser à ses utilisateurs qu’ils peuvent créer des comptes distincts si cette nouvelle politique leur déplaît.

Dans sa réponse à la commissaire, envoyée la veille de l’entrée en vigueur des nouvelles règles, Google rappelle, grosso modo, que sa nouvelle politique ne change rien au caractère privé de vos données.

Dans sa nouvelle politique, Google rappelle que les utilisateurs peuvent :

  • Utiliser Google Dashboard pour vérifier et contrôler certains types de données liés à votre Compte Google.
  • Utiliser le Gestionnaire de Préférences pour les Annonces pour consulter et modifier vos préférences en matière de publicité, telles que les catégories d’annonces susceptibles de vous intéresser. Vous pouvez également utiliser cet outil pour désactiver certains services publicitaires Google.
  • Utiliser notre outil d’édition pour visualiser la façon dont certaines personnes voient votre Profil Google et pour l’ajuster en conséquence.
  • Contrôler avec qui vous partagez vos données.
  • Supprimer des données de plusieurs de nos services.

Inquiétudes européennes

De son côté, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a écrit lundi à Google pour indiquer que les nouvelles règles de confidentialité du moteur de recherches Google « ne respectent pas » les exigences de la Directive européenne sur la protection des données en matière d’information des personnes concernées.

L’organisme français représente l’ensemble de ses homologues européens dans ce dossier.

« La CNIL et les autorités européennes sont particulièrement inquiètes des nouvelles possibilités de croisements de données entre les services et vont poursuivre leurs investigations », souligne la commission dans un communiqué.

« La fusion des règles de confidentialité des services de Google rend impossible la compréhension des données personnelles collectées, des finalités, des destinataires et des droits d’accès pertinents pour chaque service », ajoute la CNIL.

« Avec les nouvelles règles, Google pourra suivre et associer une grande partie des activités des internautes, grâce à des produits comme Android, Analytics ou ses services de publicité », ajoute la commission. « L’impact sur la vie privée et la protection des données est d’autant plus important que Google représente plus de 80 % du marché européen des moteurs de recherche, environ 30 % du marché européen des smartphones, 40 % du marché mondial de la vidéo en ligne et plus de 40% du marché mondial de la publicité en ligne », précise la CNIL.

La CNIL demandait donc à Google un « report de la mise en oeuvre » de ces règles. On constate aujourd’hui que Google n’a pas attendu le feu vert des autorités européennes.

Un service à prendre ou à laisser

« En Europe, on est très soucieux des questions de vie privée et on est moins porté [qu'aux États-Unis] à faire confiance aux entreprises », explique Pierre Trudel, titulaire de la Chaire L.R. Wilson sur le droit des technologies de l’information et du commerce électronique à l’Université de Montréal. « Les entreprises ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent avec les données personnelles, même si les gens sont appelés à donner leur accord », ajoute-t-il.

À l’inverse, « l’approche américaine en matière de vie privée, c’est de dire « voici une entreprise qui vous dit à quoi elle s’engage, et si elle ne tient pas parole, on va la punir », dit le professeur de droit. « On soutient que personne n’est obligé d’utiliser les services de Google, donc ceux qui estiment que leurs données personnelles sont mises à mal n’ont qu’à ne pas utiliser les services. Ce qui est évidemment un peu irréaliste. Je ne sais pas si on peut vivre en 2012 en évitant tout ce qui touche à Google », s’interroge-t-il.

Alors, un monde avec ou sans Google? Avec l’approche européenne ou américaine?

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