
Photo : Vincent Grou
« Excusez-moi, vous avez une minute? » C’est la question que de nombreux Québécois vont se faire poser, au cours des prochaines semaines, par Timothy John Van Horn, l’artiste à l’origine du projet Canadian Mosaic.
Le photographe s’est donné pour but de prendre les portraits de Canadiens de partout au pays. Il compte réaliser 38 000 clichés (grosso-modo 0,1 % de la population) afin de former une immense mosaïque qui représentera la diversité culturelle du Canada.
Le projet doit aboutir en 2017, année du 150e anniversaire du pays. « Ce sera le plus gros anniversaire dont notre génération sera témoin », dit Tim Van Horne, lors d’une entrevue accordée samedi après-midi à Radio-Canada.ca. Arrivé le jour même à Montréal, il a installé sa minifourgonnette sur l’avenue du Parc, entre les rues Saint-Viateur et Bernard. Le véhicule, tapissé de portraits, lui sert à la fois de maison, de studio et de bureau.
Il aborde toujours les gens avec la même phrase, leur demandant s’ils ont une minute à lui accorder. Comment choisit-il les gens à qui il s’adresse? « Je parle à la personne qui passe le plus près de moi », explique-t-il. Il s’agit d’une façon, selon lui, de rendre sa démarche plus objective. « Sinon, je ne m’adresserais qu’aux jolies filles! », ajoute-t-il en s’esclaffant.
Au cours du quart d’heure qu’a duré notre entretien, il aura abordé une trentaine de personnes. Certaines déclineront poliment son invitation, d’autres détourneront la tête, feignant de ne pas l’avoir vu, d’autres prendront quelques minutes pour se laisser convaincre, alors que certaines accepteront d’emblée de poser pour sa fresque.
Pas de politique

Photo : Vincent Grou
Son projet est personnel et ne cache aucune motivation politique, insiste-t-il. L’idée lui est venue en 2008, quand il a réalisé que ce 150e anniversaire approchait.
« J’ai voulu faire quelque chose qui représenterait à la fois notre humanité individuelle et collective », dit-il. Il a ainsi réalisé une série de portraits à Red Deer, en Alberta, d’où il est originaire, avant de prendre la route et de sillonner le pays.
Il n’a jamais d’itinéraire précis. Il tient seulement à ce que chaque région du pays comporte des photos prises dans chacune des quatre saisons.
La réaction des gens est-elle différente au Québec par rapport aux autres provinces? Pas du tout, dit-il, ajoutant qu’il s’attendait à y rencontrer davantage de réticence. « Je reçois la même palette de réactions variées ici comme ailleurs », mentionne-t-il.
« Ce n’est pas vraiment un projet qui parle du Canada, c’est un projet qui parle de la vie. » -Tim Van Horne
Il précise qu’une fois sa mosaïque achevée, chaque province et territoire aura une couleur, un style qui lui sera propre. Pour le Québec, le modèle affiché sur sa minifourgonnette représente un drapeau semblable à l’Unifolié. Seulement, les deux bandes rouges qui représente les océans Atlantique et Pacifique sont bleues, et la feuille d’érable est remplacée par une fleur de lys.
Un projet en partie autofinancé
Tim Van Horne a d’abord dû puiser dans ses poches pour financer son projet. Il a tenté à plusieurs reprises, en vain, d’obtenir du financement du gouvernement albertain et du Conseil des arts du Canada. Son projet, dit-il, n’était pas considéré comme étant « assez artistique » pour lui valoir une subvention. Il est finalement parvenu à obtenir une bourse du Conseil des arts pour financer la mosaïque québécoise. Il a également réalisé des mosaïques pour les villes de Pembroke et de Vancouver. L’argent reçu lui a permis de réaliser 3500 portraits, dit-il. Il se tourne également vers la générosité du public pour réaliser son objectif. Sur son site, les gens peuvent acheter des affiches ou encore commanditer des kilomètres à titre personnel. Il refuse toutefois d’être associé à des marques de commerce.
Une mosaïque en évolution
Pour le moment il a installé ses pénates à Montréal, où il compte rester encore quelques jours. Il reprendra ensuite la route et se rendra dans d’autres régions de la province. Il n’a pas d’itinéraire précis, mais il entend se rendre jusqu’en Gaspésie.
« Voyager et rencontrer des gens font partie de l’expérience culturelle du projet. » -Tim Van Horne
On peut suivre l’évolution de la mosaïque en ligne. Les photos qu’il prend sont généralement ajoutées à l’oeuvre dans la dizaine de jours qui suit.
Tim Van Horne a réalisé quelque 12 000 portraits jusqu’à présent. Il espère qu’en 2017, sa fresque sera exposée « dans un musée majeur ». Mais ce n’est pas sa préoccupation pour le moment. D’ici là , il lui reste des milliers de kilomètres à parcourir, et autant de gens à qui à qui demander s’ils ont une minute à lui accorder.
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