Nous vous parlions récemment d’histoires, aux États-Unis, d’ordinateurs volés puis retrouvés grâce à des logiciels antivol et aux réseaux sociaux. Ces logiciels ont certes bénéficié d’une belle publicité avec ces histoires, mais valent-ils la peine d’être achetés?
À la suite de la publication de cet article, nous avons reçu des témoignages d’internautes qui ont vécu des situations semblables.

Francis Soyez-Murrell
Fin novembre 2010, Francis Soyez-Murrell se fait voler son ordinateur portable dans un restaurant du pavillon Desmarais de l’Université McGill, à Montréal.
L’appareil est muni du programme TeamViewer 6, qui lui permet de prendre contrôle de son ordinateur à distance. Précisons que contrairement à Prey et à Hidden, mentionnés dans l’article précédent, Team Viewer 6 n’est pas spécifiquement conçu comme étant un programme antivol.
Le jeune homme s’arme donc de patience en attendant un signe d’activité sur son ordinateur volé. Ce qui se produit quelques semaines plus tard. Un homme est en train de converser avec quelqu’un d’autre sur Skype. Francis Soyez-Murrell demande à l’homme en possession de son portable d’être son « ami » sur Skype, ce qu’étonnamment l’homme accepte.
S’ensuit une discussion au cours de laquelle l’homme, confronté, se défend plutôt maladroitement, selon la victime, et affirme avoir acheté l’appareil dans un marché aux puces. Il refuse de le rendre à son propriétaire, met ensuite fin à la conversation et supprime le jeune homme de ses contacts.
Francis Soyez-Murrell a toutefois eu le temps de prendre des photos de l’homme et de recueillir des informations qui pourraient aider à l’identifier, comme son adresse IP et son adresse courriel.

Photo du suspect prise par Francis Soyez-Murrell
Muni de ces potentiels éléments d’enquête, il se présente au Service de police de la Ville de Montréal. Bien qu’admiratifs du travail effectué par le jeune homme, les policiers lui expliquent que comme il s’agit de démarches d’enquête, il devra venir témoigner, ce qu’il ne souhaite pas faire : « Ils ont dit que même s’ils le trouvaient, le pire qui allait se passer, c’est une conséquence comparable à une petite tape sur les doigts. »
Guy Ouellet, commandant au Centre d’enquêtes Nord du Service de police de la Ville de Montréal, explique qu’il faut signaler le plus rapidement possible un ordinateur volé, et indiquer aux policiers s’il est muni d’un dispositif antivol. Ceux-ci pourront alors faire les démarches pour recueillir la preuve et, éventuellement, la présenter devant les tribunaux.
Il ajoute que des éléments de preuve recueillis par les victimes doivent être pris avec beaucoup de précaution. La personne qui utilise un ordinateur volé n’est pas nécessairement le voleur. L’appareil peut lui avoir été prêté, donné, ou il peut l’avoir acheté en toute bonne foi.
Benoît Dupont, directeur du Centre international de criminologie comparée (CICC) de l’Université de Montréal, explique que pour l’appareil judiciaire, le jeu n’en vaut pas la chandelle. « Non seulement il faut arrêter le suspect, mais ensuite il faut constituer une preuve qui va devoir être présentée par le procurer à un juge, de façon convaincante. Et c’est là que de nombreuses heures vont devoir être consacrées à la constitution de ce dossier. Et tout ce temps passé avec ces tarifs horaires qui sont assez prohibitifs vont faire en sorte que les organisations policières ne vont pas juger extrêmement prioritaire de consacrer du temps à ces dossiers », dit-il.
Guy Ouellet confirme qu’un vol d’ordinateur est considéré comme un vol d’un bien de moins de 5000 $ et que ce type d’infraction se situe rarement au sommet des priorités d’un service de police.
Histoire semblable à Québec

Photos du suspect de Québec
Une histoire semblable est arrivée à un internaute de Québec, qui a préféré taire son identité. Quelque temps après s’être fait voler son portable, il le retrouve le site de vente aux enchères eBay.
Grâce à Spokeo, un service payant qui permet de savoir qui se trouve derrière une adresse courriel, il parvient à amasser une foule de renseignements sur le revendeur (qui n’est pas la même personne que le voleur) : son nom, son adresse à domicile ainsi que des photos de lui. Il trouve également des photos qui semblent indiquer que l’homme se spécialise dans la vente de matériel volé.
Il se présente lui aussi à la police avec ces informations, avec un résultat semblable à celui de Francis Soyez-Murell. Un agent de la police de Québec, se faisant passer pour un acheteur, entre en contact avec le revendeur et lui demande s’il est possible de voir l’ordinateur avant de l’acheter. Devant le refus de ce dernier, la police dit ne pas pouvoir aller plus loin.
L’histoire aura néanmoins une fin heureuse pour l’internaute. Il a racheté son ordinateur sur eBay et a pu se faire rembourser par le site après avoir enclenché une procédure de litige. Content d’avoir récupéré son bien, l’internaute regrette que la police ne puisse aller plus loin, en dépit d’une collecte d’informations précises.
Pas de service après vente
Ces deux histoires apportent de sérieux bémols à la pertinence d’équiper son ordinateur de logiciels antivol.
Benoît Dupont croit que ces logiciels peuvent créer un faux sentiment de sécurité chez les internautes : « C’est, dans une certaine mesure, de la fausse représentation, parce qu’on incite les gens à installer ces logiciels, tout en sachant pertinemment que la police va être relativement peu intéressée à assurer le service après vente, de récupérer l’ordinateur. »
 « Ils vous permettent de retrouver le présumé voleur, mais ne vous offrent pas le service après vente qu’est son arrestation. Cela revient à la police, qui n’a pas toujours les moyens de le faire ».
Le commandant Guy Ouellet estime en outre que les victimes pourraient être tentées de se faire justice elles-mêmes, ce qu’il leur déconseille fortement. Il encourage malgré tout les gens à déclarer un vol d’ordinateur, même si les chances de le retrouver peuvent être minces.
Pour sa part, Francis Soyez-Murrell croit que malgré son expérience décevante, s’il se faisait encore voler son ordinateur, il tenterait à nouveau d’identifier le voleur. Seulement, cette fois, souligne-t-il, la tentation serait forte de se tourner vers les réseaux sociaux pour récupérer l’appareil.
Entrevue avec Benoît Dupont
Voyez l’entrevue réalisée avec le criminologue Benoît Dupont, qui s’exprime entre autres sur les logiciels antivol, sur l’appareil judiciaire et les vols d’ordinateurs, sur la valeur des ordinateurs et de leur contenu.
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