Avez-vous entendu parler du conflit ivoirien sur les médias sociaux? Certes, les médias traditionnels couvrent le conflit. Mais des vidéos sur YouTube? Des blogueurs en direct d’Abidjan? La situation se compare difficilement aux révoltes populaires en Tunisie, en Égypte et dans plusieurs pays du Magreb et du Moyen-Orient.

« Il faut faire attention et être vigilant aux autres révolutions qui ne se passent pas de manières aussi flamboyantes, mais qui sont aussi là sur le terrain », me disait mercredi Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale pour le Canada francophone.

« En Côté-d’Ivoire, il y a encore des gens qui prennent énormément de risques. Regardez les massacres qui se passent là-bas. En Haïti, il y a des femmes qui se font violer tous les jours », ajoutait-elle.

« Il ne faut pas oublier les révolutions qui sont moins bruyantes et aussi le fait que ces moyens technologiques-là sont parfois d’une manière systémique un peu discriminants »

– Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale pour le Canada francophone

Ces propos, elle les a tenus en marge de la conférence du grand patron d’Amnistie internationale, Shalil Shetty, qui était à Montréal pour lancer les activités du 50e anniversaire de l’ONG.

Le thème de sa conférence? « L’évolution des technologies de l’information et les droits humains dans le monde ».

Car Amnistie internationale mise beaucoup sur les nouvelles technologies pour défendre les droits de l’homme et mobiliser ses quelque 3 millions de militants dans plus de 150 pays. Signe des temps, l’ONG devrait lancer son application iPhone la semaine prochaine.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, les médias sociaux sont fort utile pour « témoigner, dénoncer et mobiliser », explique Béatrice Vaugrante. « On l’a vu au Kenya quand on a fait notre campagne sur les évictions forcées. Les cellulaires ont été un énorme outil pour divulguer l’information et mobiliser. On le voit aussi en Chine où de plus en plus d’internautes et de blogueurs passent des informations à leurs risques et péril.»

Même utilité présentement en Libye : « On a [la chercheuse] Donatella Rivera en ce moment en Libye qui nous dit le jour-même à travers son blogue « Voici ce que j’ai fait, voici les victimes que j’ai rencontrées », donc c’est chaud et c’est fait par un expert. Ça aide nos gens sur le terrain et ça nous aide aussi à diffuser l’information  », explique Mme Vaugrante.

Mais la forte médiatisation sociale de certains conflits se fait-elle au détriment d’autres crises?

« On sait que les populations rurales et les femmes, qui en général sont moins éduquées, ont moins de revenus et n’ont pas forcément accès à ces moyens de technologies. Donc en tant que militants des droits humains, il faut qu’on prenne en compte ces enjeux-là », explique Béatrice Vaugrante.

Et vous, avez-vous l’impression que les médias sociaux vous permettent d’être mieux informés au sujet des conflits aux quatre coins de la planète?

Pour me joindre :