Blogue de Rebecca Makonnen

Un dernier Studio 12 avec Mes Aïeux

Vendredi 23 mars 2012 à 12 h 03 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Star Académie, ça change pas le monde sauf que… lorsqu’on y participe, tout le monde en parle. C’est ce que racontent les membres de Mes Aïeux quelques jours après leur visite sur l’épatant plateau de Julie Snyder. « Même dans la cour d’école quand je reconduis notre fils, les enfants nous en parlent! » s’étonne encore la très enceinte Marie-Hélène Fortin (violon) en se frottant le ventre. Nouvel album oblige (À l’aube du printemps) le groupe est au coeur d’une éreintante tournée promotionnelle.

Ce qui est franchement très chic avec Mes Aïeux, c’est que malgré leurs 15 ans d’existence, leur amitié est toujours solide. J’ai passé deux heures en compagnie de Stéphane Archambault (voix) et Frédéric Giroux (basse, guitare), et j’ai été surprise de constater à quel point ils s’intéressent encore sincèrement à ce que l’autre raconte, qu’ils sont encore capables de se faire rire, qu’ils sont sur la même longueur d’onde.

 

 Pensez-y : 15 ans, ce n’est pas rien. Et même si aujourd’hui Les  Cowboys Fringants, Karkwa et Les Trois Accords cumulent les années au compteur, il fut un temps où les groupes québécois ne survivaient  pas longtemps. Marie-Hélène (violon) acquiesce, puis me rappelle que Fred et Stéphane, deux ex-colocs, étaient déjà de bons amis avant même de fonder le groupe et surtout, elle me précise que les membres du groupe ne sont pas toujours ensemble.

Il est vrai qu’il y a de longues pauses après les tournées, mais au sein de Mes Aïeux, on retrouve quand même deux frères et un couple. Ajoutez à cela le succès, la cohabitation et hop, voilà le cocktail idéal pour un ras-le-bol intense.

 

On le dit sur toutes les tribunes, Mes Aïeux est un groupe convivial et inclusif. Dans les courriels de gens qui souhaitent assister à l’enregistrement de Studio 12, j’ai lu de nombreuses fois que « Mes Aïeux, c’est nous. On s’y reconnaît. » On peut reprocher à Mes Aïeux d’être parfois passéiste, parfois moralisateur, mais il reste que le grand public s’identifie à ce groupe qui a vendu 650 000 albums en carrière.

 

 

En observant les cinq membres de Mes Aïeux se réunir sur scène, je m’imagine à quoi doit ressembler le quotidien d’un professeur. Pendant que Marc-André Paquet teste le son de sa batterie, Stéphane se porte volontaire pour aller chercher des cafés; Fred et Luc Lemire (percussions, instruments à vent) cherchent en vain un moyen d’être plus virils en jouant du piccolo sur l’introduction de La Stakose; Benoît Archambault arrive le souffle court de Gatineau, où il donnait un spectacle pour enfants (en se désolant justement de ne pas voir suffisamment les siens), et Brigitte St-Aubin, l’invitée, accorde son violon. Mes Aïeux, c’est démocratique : pour qu’une décision passe, elle doit faire consensus. Les discussions sont nombreuses, mais les membres du groupe résolvent les impasses en moins de deux. Tout le monde parle en même temps ou presque. C’est un joyeux bordel, un peu comme dans un poulailler! Même l’ingénieur de son Pierre Plante (pourtant père de deux jeunes garçons) est étourdi, ce qui fait bien rire Marie-Hélène.

L’ambiance est rigolote. Toujours volontaires, Mes Aïeux suivent quiconque dans un délire. Pour tuer le temps pendant qu’on peaufine l’éclairage, Benoît se lance dans une interprétation spontanée de More than words, succès des années 90. Les autres, guillerets, suivent instinctivement, même si tous ne maîtrisent pas nécessairement les paroles du groupe Extreme. Ils connaissent déjà tous les textes de leur nouvel album, par contre. Ce soir à Studio 12, Mes Aïeux interprètent exclusivement des chansons d’À l’aube du printemps, dont quelques-unes qui n’ont encore jamais été jouées en public.

Les nouvelles chansons font mouche! Deux semaines après la parution du disque, les fans présents en studio l’ont visiblement apprivoisé, voire adopté. Une fois l’enregistrement de l’émission terminé, Mes Aïeux offrent en bonus, juste pour les chanceux en studio, une version arabisante de Dégénérations. Généreux, vous dites? Une si belle fin pour notre Studio 12.

Studio 12, ça se termine ici. Je garde en mémoire un laboratoire créatif et convivial, où de formidables (et parfois peu probables) rencontres ont eu lieu. J’ai souvent eu le privilège d’être témoin d’une étincelle, d’une idée qui a ensuite fait son chemin, sur scène ou sur disque. J’ai eu la chair de poule souvent. Merci aux artistes qui ont tendu la main aux autres, à ceux qui ont cassé leurs chansons ici en primeur, à ceux qui ont eu l’audace de pousser le concept un peu plus loin, à ceux qui ont chamboulé leur horaire pour être des nôtres, à ceux qui se font rares, à ceux qui ont l’oreille absolue, à ceux qui sont revenus encore et encore. Et pour ceux qui n’ont pas pu venir, tant pis. Vous avez manqué un chouette party.