Les Vulgaires Machins, ça vous dit quelque chose? Si vous êtes moyennement à l’affût de l’actualité musicale québécoise, vous savez que ce groupe de punks (désormais trentenaires) existe depuis 15 ans, pour le meilleur et pour le pire, envers et contre tous. Et que c’est lui qui vous a mis l’indécollable refrain Je suis abonné au Journal de Montréal dans la tête.
J’ai souvent croisé les VM au cours de la dernière décennie, mais je n’avais jamais réellement passé du temps avec eux. Exit les idées fausses que je me faisais d’un groupe de gens sérieux, taciturnes et implacables. Ils ont des principes, se révoltent, mais ils savent rire aussi. Après trois jours en leur compagnie, tous mes souvenirs de Marie-Ève (guitare, piano) sont ceux d’une fille rieuse, le sourire constamment collé aux lèvres. Elle rigole quand Fred Fortin chante Conconne, quand la régisseuse m’appelle Rebs (prononcé à l’Américaine), quand elle se trompe. Bref, une rieuse contagieuse. Je suis convaincue que sa présence a embelli l’humeur collective au studio 12.
Guillaume a un visage impassible. Difficile de savoir si ce qu’il raconte est vrai ou faux. Lorsqu’il nous avoue aimer le film Titanic, je consulte ses collègues pour en avoir le cœur net. « Il a vu le film cinq fois », confirme Marie-Ève. « J’aime l’histoire d’amour et les effets spéciaux », répond tout bonnement Guillaume. Suivez-vous Guillaume sur Twitter? Son amitié imaginaire avec Gene Simmons, légendaire bassiste de Kiss, est hilarante.
Le 24 février prochain, les VM amorceront une tournée acoustique du Québec, la suite logique d’un album éponyme unplugged lancé plus tôt cet automne. Désireux d’essayer quelque chose de nouveau, le groupe a fait appel à la violoncelliste Mélanie Auclair (Martin Léon, Richard Desjardins) pour enjoliver leurs chansons nouvellement dépouillées. L’inimitable Fred Fortin, leur invité, se joint aux répétitions pour « faire un peu de tout ». Il est accompagné de son fils Matthias, qui dessine tranquillement dans un coin.
Pendant une pause-cigarette, Marie-Ève vient écouter le résultat en régie. « C’est fou comme les paroles ressortent encore plus », constate-t-elle, encore tout étonnée de la force de frappe des textes. Au-delà d’un certain nihilisme propre au punk, il est vrai que les textes vibrent davantage d’émotion. C’est aussi incroyablement sombre. La chanson Triple meurtre et suicide raté en est un exemple probant (et malheureusement d’actualité). « On va sourire ben gros pour faire contrepoids », promet Guillaume.
Le jour de l’enregistrement, les VM sont nerveux. C’est la première fois qu’ils testent leur formule acoustique devant public. C’est aussi la première fois qu’on leur consacre une heure à la télévision de Radio-Canada, mine de rien. Maxime a emmené presque toute sa petite famille, dont ses adorables jumelles pour encore plus de soutien moral. Guillaume m’interpelle gravement : « Rebecca, j’ai un conseil à te demander.» « Oui?» « Quelle chemise devrais-je porter ce soir? » Gene doit être fier.



