Misteur Valaire à Studio 12 : ça faisait un sacré moment qu’on en rêvait! Le quintette de Sherbrooke a été à la hauteur de nos attentes (et même plus), transformant le studio en pseudo boîte de nuit le temps d’une émission avec son imposante machine à musique.
Je me suis pourtant inquiétée quand Luis Clavis (voix, percussions et claviers) est arrivé les joues gonflées comme celles d’un petit suisse, conséquence d’une chirurgie dentaire, l’air un peu blême dans son t-shirt à l’effigie de Vanilla Ice.
Je me suis même sincèrement demandé si l’ablation de ses dents de sagesse l’empêcherait de donner son maximum. Pas du tout. Luis est un pro, comme le sont Kilojules, To, DRouin et France. Ce qui est épatant avec MV, au-delà de sa musique vibrante, c’est que les cinq garçons sont vraiment adorables. Un brin turbulents, je vous le concède, mais pas l’ombre d’un ego démesuré. Même quand Guillaume St-Onge, réalisateur de l’émission Histoire d’objets, déambule dans le studio pour épier les répétitions et, débordant d’enthousiasme, s’exclame : « WOW. C’est donc bien bon! Vous êtes qui, vous? »
« Sylvain Cossette », ont-ils répondu du tac au tac.
Autre point : MV a un excellent sens de la répartie.
Habitués à travailler en groupe (ils se connaissent depuis le primaire), les cinq membres de Misteur Valaire sont disciplinés, travaillants et créatifs. Ce sont aussi d’impressionnants musiciens, diplômes à l’appui, qui peuvent improviser, mais surtout exécuter avec finesse leur musique somme toute complexe. Personnellement, les joueurs de cuivres m’épatent (ayant moi-même dû abandonner mes cours de clarinette, parce que c’était simplement trop compliqué ). C’est pour cette raison que DRouin décide de s’agenouiller devant moi et de me donner une sérénade au saxophone. Je n’en demandais pas tant. Je me serais volontiers laissée engloutir par le plancher du studio.
C’est Socalled (vrai nom : Josh Delgin) que Misteur Valaire a choisi d’inviter à Studio 12. Le Montréalais d’origine, trop souvent décrit comme une « bibitte », leur ressemble : l’échantillonnage est, pour lui aussi, un pilier de sa musique. Il bricole. Il collabore fréquemment avec d’autres. Il est curieux. Il est aussi introuvable. On a essayé de le joindre par courriel, par téléphone : aucune réponse.
Il arrive, charmant comme tout, mais il n’a pas préparé la chanson de MV qu’il doit interpréter seul. Qu’à cela ne tienne, Socalled pianote quelques instants sur son clavier, noircit une page de texte, manipule ses séquenceurs et promet qu’il fera ses devoirs le soir. Après avoir fait une promenade avec son chien, un Shitzu de trois ans. « She is dangerous, dit-il. Dangerously adorable. » C’est un peu comme s’il se décrivait lui-même.
Plus tard, lorsque Misteur Valaire débarque en studio, j’ai eu la chance d’assister en direct à la création d’une nouvelle pièce musicale de Qualité Motel, leur groupe parallèle. Sur un canevas 100 % électronique, Socalled a couché le texte d’un vieux rap qui traînait dans ses tiroirs, en plus d’y ajouter une mélodie traditionnelle klezmer qu’il exécute au mélodica. Socalled est directif, mais très inspiré et épaté par la virtuosité et la polyvalence du quintette. « Did you all go to music school or something? » s’interroge-t-il tout haut. Ils font oui de la tête. « Oh, you Valaire, » rigole-t-il, comblé. Le fruit de leur collaboration sera présentée en grande primeur à Studio 12 et, qui sait, se retrouvera peut-être sur le nouvel album de Qualité Motel.





