Étoile montante sur le circuit féminin de ski, Marie-Michèle Gagnon compte trois saisons d’expérience en Coupe du monde. Malgré son jeune âge, la skieuse de Lac-Etchemin sera, à 22 ans, le fer de lance de l’équipe féminine. Cinquième du slalom géant de Saint-Moritz en décembre 2010, elle vise un podium cette saison.

Faire bouger la jeunesse

Jeudi 18 juillet 2013 à 13 h 11 | | Pour me joindre

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Au moment où la première canicule s’abat sur le Québec, je me suis envolée pour la Suisse. Un camp de deux semaines à Zermatt, où l’accent sera mis sur la technique en slalom et en slalom géant.

J’ai hâte de skier. Ça fait deux mois que je travaille exclusivement sur mon développement physique. Je suis très satisfaite du progrès accompli.

Contrairement aux dernières années, où l’accent était mis sur la masse musculaire, nous avons cette fois axé l’entraînement sur la puissance. Donc, au lieu de prendre la charge la plus lourde possible, je devais pousser ou soulever une charge le plus vite possible.

Après deux mois, j’ai vu une bonne différence. En mai, j’avais fait un test sur un vélo pour mesurer ma puissance. Pendant deux minutes, je devais générer et maintenir une certain nombre de watts. J’avais tenu le coup pendant 1 min 50 s. La semaine dernière, pour le même nombre de watts, j’ai poussé jusqu’à 2 min 45 s. C’est une nette amélioration.

Les entraîneurs tenaient également à ce que l’on travaille le volet mouvement parce qu’ils ne voulaient pas que l’on devienne des madames muscles sans souplesse. Nous avons donc incorporé à notre entraînement de la danse house, un genre de hip-hop, et de la gymnastique pour apprendre à bouger avec notre nouvelle masse musculaire.

Disons que nos talents de danseuses étaient plutôt limités au début. On manquait de coordination. À la fin, nous bougions beaucoup mieux, au grand plaisir de notre entraîneur de danse.

Marie-Michèle Gagnon et Marie-Pier Préfontaine en Suisse
Marie-Michèle Gagnon et Marie-Pier Préfontaine en Suisse

Nous avons même eu droit à un entraînement original : du ménage! Devant l’ampleur des dégâts causés par les inondations, toute l’équipe féminine technique a décidé d’aller donner un coup de main durant une journée à Calgary, à l’un de nos commanditaires de longue date qui, malheureusement, a été touché. Une initiative approuvée par nos entraîneurs.

De notre côté, nous avons été épargnées, même si Canmore a reçu beaucoup d’eau. Seul hic, l’autoroute entre Calgary et Canmore était fermée, donc petit congé forcé pour nos entraîneurs. Nous sommes assez autonomes, alors leur absence durant quelques jours n’a pas changé grand-chose.

Avant de partir pour la Suisse, j’ai passé une semaine chez moi à Lac-Etchemin. Une semaine fort occupée avec un tournoi de golf, un tournage télé en prévision des Jeux olympiques et un triathlon.

Le premier tournoi de golf Marie-Michèle Gagnon a permis d’amasser 20 000 $ pour les jeunes sportifs de ma région. Plus jeune, j’ai bénéficié du soutien de ma communauté. Alors, à mon tour, j’essaie d’aider les jeunes de mon coin.

L’équipe de hockey mineur, l’équipe junior de golf, l’équipe junior de ski du mont Orignal et l’équipe de soccer mineur profiteront de cette aide. Des jeunes qui se démarquent dans des sports individuels, comme Marie-Colombe St-Pierre en athlétisme et une autre en snowboard cross, recevront aussi une bourse.

Triathlon au Lac-Etchemin
Triathlon au Lac-Etchemin

Je suis aussi l’instigatrice du triathlon MMG pour les jeunes de 5 à 13 ans. Mon but, c’est juste de faire bouger les jeunes. C’est mon idée, mais je compte sur le soutien de plein de gens pour l’organiser. Moi, j’ai eu la chance de grandir dans une famille sportive. J’ai vu l’effet énergisant et positif du sport.

C’était vraiment mignon de voir les petits bouts de 5-6 ans faire leur course. Je pense qu’on va répéter l’expérience chaque année, et peut-être même ajouter un volet pour les adultes. Lac-Etchemin a tout ce qu’il faut pour organiser un triathlon et ça pourrait devenir une belle tradition.

Pour ceux incapables de faire le triathlon parce qu’ils ne pouvaient apporter leur vélo, il y avait une option B : une course à obstacles de style Spartan. Les jeunes ont vraiment tripé. C’était vraiment cool.

L’an dernier, j’avais organisé une journée olympique, avec pour thématique les Jeux de Londres. Il y avait huit stations, avec différents sports comme le volleyball, le basketball, le baseball, le tennis et le soccer que les jeunes essayaient pendant une demi-heure sous l’œil attentif de moniteurs spécialisés. Puis l’après-midi, ils avaient accès aux glissades d’eau et à un parcours d’habiletés, un peu comme je fais à l’entraînement. Ils devaient courir pendant 30 secondes au travers d’obstacles et il y avait une remise de médailles à la fin.

Je ne reviendrai pas à Lac-Etchemin avant un bon petit bout de temps. À mon retour de Suisse, je file à Lake Tahoe chez mon copain pour une semaine. Ensuite, une dizaine de jours à Canmore et, à la mi-août, je m’envole pour un camp d’un mois en Nouvelle-Zélande!

J’ai à peine eu le temps de poser mes valises à Canmore (je suis arrivée tard lundi soir) que me voilà repartie pour Whistler où se tiennent les Championnats canadiens.

Ce n’est pas toujours évident de prendre part aux Championnats canadiens après une longue saison de Coupe du monde, mais ça permet de retrouver tous les coéquipiers et d’accumuler des points FIS. Dans mon cas, c’est dans les épreuves de vitesse que je veux faire le plein de points afin d’avoir un meilleur numéro de dossard en Coupe du monde.

Si j’accumule 500 points, je partirai tout juste après les 30 premières. Si je réussis à me hisser dans le top 30, alors là, je m’élancerai après les 15 meilleures. C’est vraiment mon objectif pour l’an prochain de me rendre à 500 points.

Je ne suis jamais très loin, autour de 400, mais je dois vraiment pousser encore plus pour optimiser mes chances dans les épreuves de vitesse. Quand tu pars loin, c’est plus difficile mentalement et physiquement parce que tu courses sur une piste plus endommagée, sans parler de l’obscurité qui s’installe parfois. Alors, ce n’est vraiment pas évident de sortir un bon résultat.

Pour se retrouver dans les points FIS, il faut avoir de la graine de mathématicien. C’est tout un calcul qui dépend du nombre de participants dans une course, du palmarès de ceux qui finissent dans le top 10, de la longueur du parcours, de l’avance du gagnant et de son nombre de points FIS. Bref, ce n’est pas facile de s’y retrouver.

Moi, en route vers ma 4e place à Ofterschwang

Si je reviens sur ma saison en Coupe du monde, c’est sûr que je n’ai pas obtenu les résultats auxquels je m’attendais. J’ai eu beaucoup de sorties de piste, j’ai raté de belles occasions. Malgré tout, mon ski s’est vraiment amélioré. J’ai fait un gros pas en avant et je sens que je suis sur la bonne voie. Les résultats n’ont pas suivi. Mais des fois, ça fait partie du processus de progression. Je ne suis pas nécessairement contente de mes résultats, mais de ma progression oui. C’est excitant pour l’an prochain.

J’ai surtout appris qu’il ne fallait pas que je panique si je n’ai pas une bonne descente. Lors de quelques courses, je n’avais pas de bonnes sensations, pourtant, j’étais très rapide et je ne commettais pas d’erreurs. Comme j’attaque toujours, ça peut m’aider dans l’avenir.

Si je compare à l’an dernier où j’avais eu une super saison avec mon premier podium et plusieurs top 10, c’est assez similaire. Cette année, je suis quand même passée très près du podium avec ma 4e place en slalom à Ofterschwang, et j’ai réussi encore plusieurs autres résultats dans le top 10.

C’est certain qu’après la saison 2011-2012, j’avais mis la barre haut. Mais cette 4e position en Allemagne m’a vraiment ravie. J’étais contente d’avoir un résultat qui démontrait ce que j’étais capable de faire. À la deuxième manche, j’ai vraiment bien skié, tout était parfait. Alors, ça ne me dérangeait pas de passer si près du podium. C’est sûr que c’était l’un de mes objectifs cette saison, mais ce n’est pas la fin du monde, il me reste encore plusieurs années.

Par contre, j’ai reçu toute une tape dans le dos aux finales de la Coupe du monde à Lenzerheide.

Heureuse de cette 4e place!

L’Italien Andrea Massi, l’entraîneur de Tina Maze, la gagnante du grand globe de cristal, m’a dit que, selon lui, je figurais parmi les six meilleures skieuses en slalom géant et en slalom. Difficile de demander mieux comme encouragement quand les autres entraîneurs remarquent ta progression.

Après les Championnats canadiens, je passerai un mois avec mon copain (le skieur américain Travis Ganong) en Californie. Nous allons faire du ski hors piste et peut-être du vélo de montagne dans le désert de Moab.

Du ski pour des skieurs, ça ne rime pas trop avec vacances. Mais cette fois, c’est vraiment pour notre plaisir. Et puis, ça ne se compare en rien avec les pistes damées et injectées de la Coupe du monde. Nous sommes dans le milieu de nulle part, sans remonte-pentes et sans âme qui vive. J’apprends aussi à aimer la poudreuse, ce qui n’est pas évident pour une fille du Québec habituée aux pistes dures et glacées.

En hors-piste l’an dernier!

Début mai, ce sera le retour au travail avec deux camps de ski d’une semaine à Sunshine. Il est rare que nous ayons l’occasion de faire du ski au Canada. Ce sera agréable. Nous allons en profiter pour tester de l’équipement et faire différents exercices.

Notre entraînement estival sera similaire à l’an dernier, avec deux camps en Suisse et un en Nouvelle-Zélande. L’an dernier, les entraîneurs avaient choisi le plongeon comme nouvel exercice pour développer nos habiletés. Cette année, ce sera des cours de zumba… ce qui sera très bon pour améliorer ma souplesse!

Je vous promets une petite vidéo de mes cours de danse durant l’été!

Surprise, me voilà à Garmisch-Partenkirchen. J’aurais pu profiter de quelques semaines de vacances parce que les prochaines épreuves techniques ne sont que les 9 et 10 mars.

Mais justement, l’occasion était parfaite après les Championnats du monde de participer à quelques épreuves de vitesse. D’autant plus que deux bons résultats dans les super-G me permettraient de me classer pour les finales de la Coupe du monde de Lenzerheide, qui regroupent les 25 meilleures de chaque discipline.

Avant l’étape allemande, je pointais au 26e rang.

J’y tenais parce que je ne voulais pas perdre mes acquis. J’aurais dû faire plus de super-G, mais comme mes courses techniques se sont avérées plus difficiles que prévu cette saison, je me suis concentrée sur le slalom et le slalom géant jusqu’aux mondiaux.

Maintenant que j’ai retrouvé mes repères dans les épreuves techniques, je peux renouer avec la vitesse. J’ai beaucoup de plaisir et je m’améliore chaque jour.

Je n’avais pas fait de super-G depuis Saint-Moritz en décembre. On dirait que j’ai choisi les deux meilleures semaines pour faire de la vitesse. Il fait beau, la neige est parfaite. J’ai été chanceuse.

Il y a deux ans, aux mondiaux, j’avais skié à Garmisch et la piste était glacée. C’était difficile.

Le week-end dernier, en finissant 5e du super-combiné de Méribel, j’ai réalisé que je devrais peut-être m’y attarder un peu plus parce que cette épreuve représente, certes, une chance de médaille pour moi.

Si j’améliore ma vitesse avant Sotchi, tout est possible. À Méribel, j’étais à moins d’une seconde d’une médaille.

C’est sûr que d’avoir participé à la descente le samedi m’a aidée pour le super-combiné le lendemain. Lors du slalom je me suis retenue un peu parce que la neige n’était pas aussi parfaite que pour un slalom de Coupe du monde

J’ai bien skié, mais j’aurais dû foncer davantage comme l’a fait Michaela Kirchgasser. Elle ne me précédait que de deux places (26 contre 24) après la descente. Elle n’a fait qu’une bouchée du parcours de slalom pour finir 3e.

Quand j’ai franchi la ligne d’arrivée, je savais que je n’avais pas assez poussé. Oui, j’aurais pu attaquer plus et monter sur le podium. Mais j’aurais pu aussi sortir de piste. Alors, je suis bien contente de cette 5e place et toutes les situations que je rencontre me font acquérir de l’expérience.

Dommage cependant que le super-combiné n’ait pu vraiment sa place en Coupe du monde. Après les Jeux de Sotchi, la Fédération internationale n’en inscrira plus à son calendrier. Vrai que le super-combiné ne jouit guère de la même popularité que les autres disciplines.

Marie-Michèle Gagnon
Marie-Michèle Gagnon à Méribel
Le problème, c’est qu’en Coupe du monde, la plupart des filles sont divisées en deux catégories : vitesse ou technique. Ce n’est pas facile de trouver des filles qui s’illustrent dans toutes les disciplines, à part les Lindsey Vonn, Tina Maze, Maria Höfl-Riesch, les trois grandes vedettes du circuit.

Il faut arriver à déloger ces filles-là. Mais pour ce faire, il faut être aussi à l’aise sur ses skis de vitesse que sur ceux de technique. Parce que sinon, il est impossible d’attaquer si la confiance n’est pas au rendez-vous.

Le hic, c’est qu’une fois arrivées en Coupe du monde, les skieuses se dirigent vers la vitesse ou la technique, tandis qu’en Coupe Nor-Am ou en Coupe d’Europe, tu fais toutes les disciplines.

Dans mon cas, j’ai passé à peine une semaine l’été dernier sur mes skis de vitesse. Et c’est pareil pour celles qui se concentrent sur la vitesse. Alors, il faut un certain courage pour se lancer en super-combiné.

Si vous pensez que c’est une affaire de filles, détrompez-vous!

En janvier, l’équipe américaine a inscrit mon copain pour le super-combiné de Kitzbühel afin qu’il récolte des points. Ça faisait quatre ou cinq ans qu’il n’avait pas fait de slalom. Il m’a dit qu’il avait bien plus peur de faire le slalom que la descente.

Pourtant, y a-t-il quelque chose de plus épeurant que la descente de Kitzbühel? C’est la descente la plus dangereuse.

Alors, tout est question de confiance et d’entraînement.

Par ailleurs, la saison tire à sa fin. Trois Coupes du monde, et on rentre à la maison. Je n’ai jamais hâte que ça finisse parce que je récolte souvent mes meilleurs résultats en fin de saison.

Reste à voir ce que Garmisch, Ofterschwang et Lenzerheide me réservent!

Des attentes à la baisse

Mardi 12 février 2013 à 9 h 43 | | Pour me joindre

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Mes Championnats du monde s’amorcent jeudi avec le slalom géant, suivi du slalom samedi.

Au début de la saison, je m’étais fixé de gros objectifs, surtout pour les mondiaux parce que c’est une répétition pour les Jeux olympiques l’an prochain à Sotchi. Je visais une médaille parce que je m’imaginais monter sur le podium avant les JO.

Mais comme la saison est un peu plus difficile que prévu, les objectifs ont changé. Je serais très contente avec un top 10. En fait, je ne veux pas me fixer d’objectif en terme de résultat. Je veux seulement skier et je sais que les résultats viendront si le ski et la confiance sont au rendez-vous.

Je n’ai coursé qu’une fois à Schladming, c’était aux finales de la Coupe du monde l’année dernière. J’avais fini 6e du slalom, un de mes meilleurs résultats de la saison. C’est sûr qu’à cette époque, je débordais de confiance. C’est différent d’une fois à l’autre. Mais je crois que c’est une piste qui pourrait bien me convenir.

Par contre, je n’ai jamais skié le parcours de slalom géant, car je ne m’étais pas qualifiée pour les finales dans cette discipline. Je sais que c’est une piste longue qui, je crois, pourrait être à l’avantage de notre équipe parce que nous sommes en bonne forme physique.

Marie-Michèle Gagnon à Schladming
Marie-Michèle Gagnon à Schladming en 2012

Avant de m’envoler pour Schladming, j’ai passé une semaine à la maison, à Lac-Etchemin. Une semaine de repos pendant laquelle je n’ai pas skié. Généralement, un petit séjour au Québec s’avère très positif pour le reste de la saison, surtout quand j’ai moins de succès. On dirait que les choses m’atteignent moins quand je suis à la maison, et je repars plus motivée.

Pendant mon séjour au Québec, j’en ai profité pour échanger avec mon psychologue afin d’essayer de sortir de cet état d’esprit où j’essaie d’en faire trop.

C’est ce qui est arrivé à Maribor, à ma dernière Coupe du monde avant de revenir au Canada. Chaque fois, tant lors du slalom géant que du slalom, j’ai trop poussé à la seconde manche parce que je voulais améliorer mon rang.

Mais c’est le contraire qui s’est produit. J’aurais dû garder la même approche et la même façon de skier que lors de la manche initiale. Les deux fois, j’étais 9e après le premier parcours. Au final, j’ai terminé 16e en slalom géant et 20e en slalom. On dirait que lors des courses, je veux faire quelque chose de différent au lieu de conserver le même plan et rester confiante.

Je dois donc retrouver cette confiance parce que le ski est là. À l’entraînement, je suis forte, je chauffe les meilleures. Je dois seulement prendre le temps de franchir les étapes pour revenir à mon meilleur niveau.

Schladming
Schladming

En tout cas, la performance d’Erik (Guay) à Kitzbühel (2e de la descente) s’est avérée toute une source d’inspiration. Entre les deux manches du slalom géant, j’ai regardé la descente. Dans la mesure du possible, j’essaie de suivre les courses masculines, puisque j’aime bien voir mon copain, l’Américain Travis Ganong, à l’œuvre.

Ça a été une course vraiment excitante à suivre. On ne s’entraîne presque jamais avec les garçons, mais leurs performances et leurs résultats nous inspirent parce que ça montre que le programme canadien fonctionne.

En terminant, je m’en voudrais de ne pas glisser un petit mot sur notre nouvelle recrue, Mikaela Tommy, qui aura même l’occasion de participer aux mondiaux. Mikaela, 17 ans, s’amène en renfort dans l’équipe de slalom géant. C’est une bonne nouvelle, car il n’y avait que Marie-Pier Préfontaine et moi inscrites dans cette discipline. De plus, Mikaela s’est super bien intégrée à l’équipe et tout le monde l’adore.

C’est bien d’avoir une jeune qui nous pousse. Les jeunes arrivent avec une nouvelle énergie qui nous incite aussi à nous dépasser. Et puis, c’est bon de commencer jeune sur le circuit de la Coupe du monde parce que tu réalises que même si tu gagnes en Coupe Nor-Am, ça ne veut rien dire. Ça fait du bien un bon retour à la réalité! C’est comme ça qu’on apprend.

Prisonnière à Sotchi

Mardi 5 février 2013 à 11 h 57 | | Pour me joindre

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Nous, skieurs alpins, avons découvert Sotchi il y a un an déjà. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avant de partir, puisque la Russie n’est guère une destination de prédilection pour les skieurs.

Je me souviens qu’à notre arrivée, il n’y avait que deux hôtels prêts à nous accueillir. Tout le reste était en chantier. Cependant, nous étions confinés dans un quadrilatère et on ne pouvait en sortir parce que c’était dangereux. La sécurité était omniprésente, il y avait même des tireurs d’élite dans le bois.

Disons que ça tranchait avec les autres destinations de la Coupe du monde. Généralement, on se promène dans le village, on va courir ou faire des randonnées en montagne. Mais là, nous n’avions pas cette liberté. C’était un peu bizarre, mais nous ne sommes pas restées assez longtemps pour que ça nous dérange vraiment.

J’imagine que les choses auront changé d’ici les Jeux.

Mes coéquipières avec des poupées russes
Mes coéquipières avec des poupées russes

Côté ski, j’ai eu l’occasion de tester la piste de descente dans deux entraînements. J’ai bien failli avoir l’occasion de m’élancer une troisième fois pour la descente officielle, mais les organisateurs ont annulé la course après la 51e concurrente en raison du brouillard. Comme je ne suis pas une descendeuse, je partais avec le dossard 60, je n’étais pas déçue parce que vaut mieux ne pas descendre si les conditions sont dangereuses.

C’était une piste assez difficile. Elle n’était pas préparée comme celle que l’on retrouve souvent en Coupe du monde. Le parcours était cahoteux. Il ventait beaucoup, disons que ce n’était pas mon idéal de piste de descente. Il faut dire que la température ne collaborait pas beaucoup avec la chaleur qu’il faisait.

De toute façon, je n’ai pas à me préoccuper trop du parcours, car la descente ne fera pas partie de mon programme olympique.

Cependant, j’ai bien aimé le tracé de super-G et de slalom. Un super-combiné était prévu pour le dernier jour de la Coupe du monde, mais la mollesse de la neige a forcé l’annulation de l’épreuve. On a quand même pu s’entraîner sur le parcours. J’ai fait quatre descentes sur la piste de slalom et c’était bien.

Le gros problème avec la neige molle, c’est que ce n’est pas juste pour tout le monde. Plus tu pars loin, plus le parcours est abîmé, tandis que sur une neige d’hiver, les skieurs ne laissent pas de trace. Alors, que tu partes 1er ou 60e, ça ne change pas grand-chose.

Les montagnes de Krasnaya Polyana
Les montagnes de Krasnaya Polyana

À Vancouver, c’était chaud aussi. La deuxième manche du slalom géant avait été remise au lendemain. Il faut s’ajuster et être prête pour toutes les conditions. La Russie aurait pu choisir une ville plus hivernale, mais il y a un petit côté exotique à Sotchi. C’est une station de villégiature, c’est différent.

J’ai déjà vécu une première expérience olympique à Vancouver. J’étais jeune. Je n’avais pas de pression, j’y allais juste pour l’expérience.

J’ai réalisé que les Jeux, c’était beaucoup plus gros et plus important que les autres compétitions. Non seulement pour nous, les athlètes, mais aussi pour la communauté. Aux Jeux, on court aussi pour les gens du Canada qui nous regardent à la télé. On les représente et ils sont fiers de nous. On veut donner le meilleur de nous-mêmes pour nous, mais aussi pour eux.

Je n’ai jamais ressenti pareil sentiment lors d’une Coupe du monde parce que je sais très bien que peu de Canadiens regardent nos courses.

Même si ce sont mes deuxièmes Jeux, je ne sais pas vraiment comment les approcher. Je sais que je vais encore découvrir des choses et acquérir de l’expérience.

Évidemment, je veux avoir une bonne saison avant les Jeux parce que je veux obtenir de bons résultats à Sotchi. C’est sûr que les Championnats du monde la semaine prochaine (pour moi), c’est un bon entraînement pour Sotchi.

Les Jeux olympiques sont encore loin et je n’y pense pas vraiment. Surtout que je suis une fille qui apprécie le moment présent. Je pense une course à la fois, la prochaine, et chaque course a la même importance. Je les attaque avec tout ce que j’ai.

Hôtels à Sotchi
Hôtels à Sotchi

C’est sûr que d’ici quelques mois, on va travailler sur notre horaire pour l’an prochain afin d’optimiser notre préparation. Pour l’instant, l’horaire de compétition de la Fédération internationale de ski (FIS) pour 2013-2014 n’a pas encore été approuvé, celui proposé récemment n’a pas été accepté.

Les entraîneurs vont nous proposer un horaire et, ensuite, nous ajusterons avec eux pour nous assurer d’arriver à Sotchi au sommet de notre forme.

Au cours de l’été, je m’attends à ce qu’on mette l’accent davantage sur le ski. Ce n’est pas moi la spécialiste de l’entraînement, je me pointe et je fais ce qu’on me dit de faire. Mais je sais que depuis trois ans, on a fait beaucoup de travail en salle pour justement bâtir notre force en vue des Jeux.

Autre gros été d’entraînement en perspective!

Je me prépare pour ma dernière Coupe du monde avant les Championnats du monde. Un dernier week-end à Maribor, en Slovénie, et je rentrerai enfin à la maison pour une semaine.

J’aurais pu participer à la Coupe du monde de Moscou (city event), où une invitation est nécessaire pour être de la partie. Mais comme la course se déroule durant le seul temps où je peux retourner à la maison, j’ai préféré passer mon tour.

Cette course ne revêt pas vraiment d’importance pour moi parce que je ne me bats pas pour un des classements en Coupe du monde. Par contre, ma jeune coéquipière Britanny Phelan y sera puisqu’un bon résultat lui permettrait de se qualifier pour les finales de la Coupe du monde de Lenzerheide, réservées aux 25 premières de chaque discipline.

Pour moi, le retour à la maison va me faire le plus grand bien. Je n’ai pas été chez moi, au Québec, depuis le mois de juillet. J’ai hâte de voir mes parents, mes amis, ma famille.

Depuis le printemps dernier, j’ai un pied à terre à Canmore en Alberta. Comme nos entraînements estivaux se déroulent dans la région de Calgary, c’est plus pratique. J’avais besoin d’avoir une place à moi, même si je ne suis pas souvent à la maison.

Mais quand je reviens au Québec, c’est différent. Chez moi, à Lac-Etchemin, les gens sont tellement fiers de ce que je fais. Je me sens comme une reine. Les gens suivent mes performances et ils l’apprécient. Ça me donne toujours une bonne dose de confiance pour les courses. Donc, je n’aurais pas pu choisir meilleur moment, juste avant les Championnats du monde.

Au cours des dernières années, je suis revenue à la maison plus tôt dans la saison. Mais cette année, les entraîneurs ont voulu essayer une recette différente puisqu’au cours des années passées, nos résultats durant les fêtes étaient moins bons. Ainsi, de concert avec eux, l’équipe technique féminine a décidé de skier durant toute la période des fêtes sans prendre de congé. Comme nous étions déjà en Europe, valait mieux en profiter.

Mais tout de suite après la Coupe du monde de Zagreb, nous avons filé vers l’aéroport de Munich pour un petit cinq jours de vacances au soleil, à Hurghada, en Égypte.

Je sais, l’Égypte ne sonne pas comme la destination soleil par excellence, mais c’était la seule sans décalage horaire et la plus proche de l’Europe. Finalement, ça ne s’est pas avéré aussi chaud qu’on l’espérait, tellement que nous avons eu un peu froid! Des skieuses qui manquent de vêtements chauds, ironique n’est-ce pas? Mais le bon côté, c’est que nous avons pris une pause du ski et que nous avons eu beaucoup de plaisir.

Avant de partir pour l’Égypte, j’avais eu un petit passage à vide à Courchevel et à Are, où je n’ai pas terminé mes courses. À Are, j’étais déçue parce que c’est là que j’ai eu mon premier podium l’an dernier. Et d’habitude, j’y skie bien.

Cependant, mes deux chronos intermédiaires indiquaient que je pointais aux 1er et 3e rangs avant de sortir de piste. C’est sûr que le fait de ne pas finir, ça atteint ta confiance. Je crois que j’ai été prise dans une espèce de spirale.

Les sorties de piste font partie de la vie des skieurs et il faut apprendre à vivre avec elles. C’est sûr que j’avais de gros objectifs cette année et, inconsciemment, je me mettais de la pression. Les sorties de piste n’aident donc pas et troublent ta confiance. Tu te dis : coudonc, je ne peux même pas descendre jusqu’en bas.

Depuis, j’ai eu de bons entraînements et j’ai retrouvé ma confiance. Pour regagner la confiance, il faut avoir une approche professionnelle, reprendre sa routine et continuer à travailler. Le ski, c’est 50 % physique et 50 % mental. Les entraîneurs s’occupent de la technique, et parfois ils essaient de nous aider mentalement. C’est à nous de trouver des solutions.

Par exemple, à Zagreb, je m’étais foulé la cheville deux jours avant la course. Elle était vraiment enflée et je ne croyais pas pouvoir skier. Mon copain (Travis Ganong, skieur de l’équipe américaine) assistait à une de mes courses pour la première fois de la saison. Il m’a aidée à approcher la course avec une attitude de dur. Il m’a appris à ne pas me trouver d’excuse. J’ai donc foncé et fait de mon mieux. J’ai fini 8e!

C’est sûr que d’avoir un copain qui fait la même chose que toi, ça aide. Il comprend et sait ce que tu vis. Mais n’imaginez pas que notre conversation tourne toujours autour du ski, il faut en sortir sinon ce ne serait pas sain.

Certes, à Flachau, je n’ai pas terminé le slalom quand j’ai enfourché un piquet. Tu ne peux pas vraiment analyser ce genre d’erreurs. Est-ce que les skis étaient trop aiguisés? Est-ce moi qui étais trop dynamique? C’est une erreur minime et il faut passer à autre chose.

C’est tellement plus facile de commettre des erreurs en slalom parce que c’est une discipline rapide. Enfourcher et sortir de piste sont monnaie courante. C’est comme un parcours d’agilité.

Maze, mon modèle

Vendredi 21 décembre 2012 à 11 h 51 | | Pour me joindre

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Après la première course de la saison à Sölden, j’avais exprimé à quel point j’étais contente de la victoire de Tina Maze qui, malgré une dizaine de podiums en 2011-2012, n’avait pas gagné une course.

Eh bien là, j’ai l’occasion de me réjouir très souvent parce que Maze aligne les podiums au rythme d’un métronome.

Et Maze, c’est mon modèle. C’est une skieuse que j’admire depuis plusieurs années. On a le même physique et on a une technique similaire.

Elle skie avec beaucoup de confiance et je pense qu’elle va donner du fil à retordre à Lindsey Vonn pour le grand globe de cristal cette année [NDLR : l’entretien avec Gagnon a eu lieu juste avant que l’Américaine fasse l’impasse sur les prochaines Coupes du monde]. Son ski a toujours été solide, mais elle était plus émotive. Maintenant, elle est plus confiante et elle a plus de plaisir à skier que par le passé. C’est le fun à voir.

C’est sûr que Vonn avait préparé le terrain quand elle a tout gagné à Lake Louise. Mais Lake Louise, c’est sa piste. À moins qu’elle fasse une grosse erreur, Lindsey ne se fera jamais battre là.

Dans les prochaines courses, ça va être différent. Maze devrait représenter un bon défi pour Lindsey dans les courses de vitesse. D’ailleurs, on l’a vu à Saint-Moritz, Tina a fini 2e du super-G derrière Lindsey.

Le village de Saint-Moritz (crédit : Marie-Michèle Gagnon)

Maze a toujours été une technicienne redoutable. Maintenant, elle est capable de transposer ses acquis en vitesse, elle s’est beaucoup améliorée.

De plus, elle a du mérite parce qu’elle vient d’un petit pays et qu’elle est la seule de l’équipe slovène à pratiquer toutes les disciplines. Donc, depuis 2008, elle a formé sa propre équipe (Team Maze). Ça lui facilite les choses.

Je vous parlais de Lake Louise précédemment. C’est à cette occasion, à la fin novembre, que j’ai décidé que les descentes, ce ne serait pas pour moi pour le moment. Une seule descente d’entraînement à Lake Louise m’a convaincue.

N’allez pas croire que la vitesse me fait peur. J’adore ça. J’en mange. Je passe bien les sauts, ce n’est pas un problème, pas plus que la vitesse. Le problème, c’est que ça prend une touche spéciale sur la neige. Et pour ça, il faut avoir de l’expérience sur de longs skis. Justement, lors de la première descente d’entraînement à Lake Louise, je ne me sentais pas à l’aise sur mes skis de descente.

J’ai réalisé que je perdais un peu mon temps à faire de la descente. Il faut vraiment s’entraîner dans cette discipline pour être à l’aise et être capable de bien performer. Ce n’est pas évident de s’entraîner en descente durant l’été. C’est plus facile de préparer une piste de slalom géant ou de super-G que de descente.

Ça coûte cher avec tous les équipements de sécurité. C’est pour cela que l’été dernier, les équipes canadiennes, norvégiennes, suédoises et britanniques se sont regroupées pour quelques jours d’entraînement en Suisse.

À part Lindsey Vonn et quelques autres, qui n’ont jamais cessé de s’entraîner en descente, la plupart des autres filles optent soit pour les disciplines techniques, soit pour celles de vitesse.

Ma coéquipière Marie-Pier Préfontaine et moi lors de l’inspection du parcours à Lake Louise

Bien sûr, je pourrais en faire, mais je trouve que c’est plus bénéfique pour moi de m’entraîner en super-G. Au lieu de m’épanouir dans toutes les disciplines, je me contenterai d’ajouter le super-G cette année. D’autant plus qu’après Saint-Moritz, où j’ai fini 13e, je sais que je peux maintenant obtenir des tops 15.

Si je me concentre sur la descente et le super-G, peut-être que je ne pourrais pas faire mieux que des tops 30 dans l’une ou l’autre des disciplines. Et même là, je serais chanceuse.

Donc, jusqu’aux Jeux olympiques de Sotchi, je mets l’accent sur le super-G. Je ferai peut-être quelques entraînements en descente ici et là, mais pas de façon sérieuse, seulement pour me familiariser avec les pistes. Cela pourrait m’aider pour le super-G.

En tant que skieuse de slalom géant, c’est plus facile d’obtenir du succès en super-G qu’en descente. La descente, c’est vraiment une discipline en soi comme le slalom. Tu peux être une excellente skieuse de slalom géant et ne pas être capable de bien réussir en slalom.

C’est sûr qu’après Sotchi, j’aimerais ajouter la descente.

Mais chaque chose en son temps. Je suis encore jeune, alors vaut mieux me concentrer sur les disciplines avec lesquelles j’ai du succès en ce moment.

Apprendre de ses erreurs

Mercredi 12 décembre 2012 à 14 h 38 | | Pour me joindre

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Quel excellent week-end à Saint-Moritz! On dirait que l’endroit me porte chance parce que chaque année, ça va de mieux en mieux.

Samedi, j’y ai obtenu le meilleur résultat de ma carrière en super-G, 13e. Comme j’avais déjà pris part à cette même épreuve ici en début d’année, je connaissais bien la piste. Mais ce qui m’a surtout aidée, c’est que j’ai beaucoup mis l’accent sur mon entraînement en slalom géant au cours de l’été. Et quand tu es forte en slalom géant, c’est plus facile de passer en super-G. Les deux disciplines se ressemblent beaucoup. Mon plan a donc bien fonctionné.

D’avoir fait le super-combiné (super-G et slalom) la veille a aussi aidé ma cause. J’ai regardé la vidéo de mon super-G et je l’ai analysée. J’ai constaté que je manquais d’agressivité et que ma position aérodynamique n’était pas toujours optimale. Cependant, la technique était à point.

J’ai donc corrigé mes petites lacunes et ça a fonctionné. D’ailleurs, je constate que je m’améliore chaque jour parce que chaque jour, j’apprends de mes erreurs.

Je suis donc vraiment contente de mon début de saison. C’est franchement au-delà de mes attentes. À chacune de mes courses, j’ai fini dans les points (top 30), dont trois fois dans le top 10. Je suis satisfaite de cette constance.

Je savais que j’avais eu de très bons entraînements au cours de l’été. Mais quand tous tes efforts se transposent en courses, c’est franchement agréable.

Je pense que je suis prête à franchir une autre étape. Je pense que je suis assez solide techniquement pour maintenant prendre plus de risques, pour travailler sur la tactique. Peut-être que ça va me faire monter de nouveau sur le podium cette saison.

J’espère que ma série de succès se poursuivra ce week-end à Val-d’Isère et à Courchevel. J’ai étiré mon séjour à Saint-Moritz jusqu’à mardi parce que je ne participe pas à la descente de vendredi.

J’ai donc profité des deux jours supplémentaires en Suisse pour peaufiner ma technique en vue des Coupes du monde de Courchevel (slalom géant) dimanche et d’Are (slalom géant et slalom) le week-end suivant. Comme le super-G de Saint-Moritz est encore frais dans ma mémoire, les entraîneurs et moi avons jugé que je n’avais pas vraiment besoin de m’entraîner pour celui de Val-d’Isère.

Donc, je me satisferais bien d’un top 30 en super-G samedi. C’est sûr que j’ai obtenu un top 15 la semaine dernière, mais je ne veux pas me mettre trop de pression pour répéter la même performance à chaque super-G. Par contre, à Courchevel, je vise un top 15. Je veux faire deux manches comme ma deuxième du slalom géant de Saint-Moritz, où j’ai réussi le 2e temps. Deux jours plus tôt, j’avais également enregistré le deuxième chrono du slalom lors du super-combiné.

En route vers ma 2e place dans la portion slalom du super-combiné de Saint-Moritz

Deux fois  en deux jours que j’ai failli remporter ma première manche en Coupe du monde. Les deux fois, une des meilleures du circuit m’a battue [NDLR : Tina Maze au slalom et Viktoria Rebensburg au slalom géant]. C’est décevant, mais c’est une déception positive.

Ce qui m’a déçue dimanche, c’est l’erreur bête que j’ai commise dans la descente initiale du slalom géant, et qui a bien failli m’exclure de la seconde manche.

J’étais encore dans le même état d’esprit que pour le super-G de la veille, c’est-à-dire en mode attaque. Je n’avais pas besoin de pousser autant, et c’est le cas de le dire, c’est ce qui m’a poussée à l’erreur à mon premier parcours. En slalom géant, il faut anticiper, être en avant de ses skis.

J’en ai tiré une bonne leçon : il faut me dissocier de chacune des disciplines parce que l’approche est différente pour chacune d’entre elles. C’est une leçon importante parce que je pratique plusieurs disciplines. Je dois apprendre à passer de l’une à l’autre sans gaspiller la première manche.

Leçon que j’entends mettre en application dès Courchevel!

De skieuse à plongeuse!

Lundi 19 novembre 2012 à 13 h 30 | | Pour me joindre

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Qu’est-ce que fait une skieuse canadienne pendant l’été? Beaucoup d’entraînement physique parce que les glaciers ne sont pas dans notre cour.

Et pour nous, l’entraînement physique ne se résume pas qu’à lever de la fonte ou à gravir des montagnes au pas de course.

Depuis quelques années, nos entraîneurs rivalisent d’originalité pour nous motiver à pousser toujours davantage.

Au menu l’été dernier : du cyclisme sur piste, de la boxe, des entraînements spartiates et du… plongeon!

Oui, vous avez bien lu, j’ai fait un Alexandre Despatie ou plutôt une Émilie Heymans de moi-même durant la saison morte.

La raison pour laquelle nous touchons à toutes sortes de sports, c’est parce que les entraîneurs veulent développer nos habiletés afin que nous soyons en mesure de nous adapter à toutes sortes de situations.

Donc, après des sprints sur la piste, des entraînements en traction (une athlète qui en tire une autre attachée à elle) dans les parcs, nous avions des cours de plongeon pour nous reposer! Mais il fallait quand même maintenir le niveau de qualité élevé, les entraîneurs ne tolèrent pas le relâchement.

Un aperçu de notre entraînement estival :

Je peux vous dire que nous nous sommes passablement bien débrouillées, à la grande surprise des entraîneurs de plongeon. Ils nous ont dit que ça paraissait que nous étions des athlètes. Évidemment, on a commencé à se familiariser avec le sport sur le 1 m, mais assez rapidement, nous avons gravi les échelons… Et nous sommes sorties de notre zone de confort!

Du 3 m, nous avons exécuté des périlleux avant, en plus d’avoir essayé toutes sortes de manœuvres. On s’est même lancées de la tour de 5 m, pas debout cependant. On nous a enseigné le plongeon rouleau. Assise du bout de la tour, on se laisse tomber vers l’avant. Il faut le faire quand même!

Notre initiation au plongeon s’est conclue par une petite compétition amicale, où j’ai pris le 2e rang, derrière Madison Irwin. J’étais pas mal fière. Finalement, j’ai peut-être hérité d’une infime portion du talent d’Émilie Heymans!

L’an prochain, nous avons suggéré aux entraîneurs de faire du parcours (street jumping). Nous attendons toujours leur réponse!

Douce Rettenbach!

Lundi 5 novembre 2012 à 13 h 24 | | Pour me joindre

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Je suis vraiment contente de ma 6e place à Sölden, d’autant plus que je m’en allais là-bas avec pour seul objectif avoué de me classer parmi les 30 premières.

Pourtant, je savais que je pouvais faire beaucoup mieux, mais un top 30 m’aurait satisfaite parce que ça me replongeait dans l’action.

La piste de Sölden, la Rettenbach, est très difficile, très abrupte. Donc, il est préférable d’avoir confiance en ses habiletés sur skis plutôt que de se mettre de la pression en pensant au résultat.

Je le sais, c’est ce que j’ai fait l’an dernier. En 2010, j’avais fini 13e à ma seconde participation à Sölden. Alors, l’année suivante, je m’étais dit que je devais améliorer ce résultat. Mal m’en prit, j’ai échoué  [NDLR : elle a fini 25e].

De toute façon, cette course autrichienne est tellement tôt au calendrier qu’il vaut mieux se dire que si les choses ne se déroulent pas comme prévu, il reste encore un mois avant le prochain slalom géant pour apporter les correctifs nécessaires.

La vallée de Sölden/Crédit: Marie-Michèle Gagnon

Pour ma part, ma performance à Sölden m’a insufflé une bonne dose de confiance. Après ma 3e place en slalom en mars dernier, je réalise que je suis capable de monter sur le podium en slalom géant dès cette année. J’ai tellement travaillé cette discipline durant l’été. En revanche, je veux rester les deux skis bien sur terre pour ne pas vivre des déceptions.

En première manche, je n’avais pas ouvert la machine, mais j’ai décidé de le faire dans la deuxième même si la neige et le brouillard rendaient les conditions beaucoup plus complexes. Durant l’été, je m’étais entraînée à quelques reprises dans pareilles conditions et les entraîneurs nous avaient incitées à attaquer parce que ça pouvait se produire en course.

J’étais donc prête. Tout comme ma coéquipière Marie-Pier Préfontaine, 19e. J’étais vraiment contente pour Marie-Pier parce que Sölden ne lui avait jamais souri. C’était la première fois qu’elle se qualifiait pour la dernière manche.

La victoire de Tina Maze m’a également réjouie. Elle a remporté les mondiaux il y a deux ans, mais la saison dernière, malgré une dizaine de podiums, elle n’avait jamais savouré la victoire.

Ce n’est qu’une course, mais la performance de quelques filles, spécialistes de vitesse, m’a surprise. Je pense à Dominique Gisin, 4e, et à Carolina Ruiz Castillo, 16e, qui ne participent pas très souvent à des slaloms géants. Ces filles-là se sont distinguées parce qu’elles sont plus fortes et plus lourdes et que Sölden leur sied bien, contrairement à une piste de slalom géant moins escarpée.

De plus, les conditions de la piste étaient exceptionnelles cette année. Jamais je ne l’avais vue aussi douce. Les organisateurs avaient réussi parfaitement l’injection. Et durant la nuit, il a neigé un peu, ce qui a favorisé une excellente adhérence. La neige ne collait pas, mais elle faisait en sorte que la prise de carres tenait bien.

Marie-Michèle Gagnon sur la Rettenbach/Crédit Gio Auletta

Généralement, je croise la ligne d’arrivée et je ne sens plus mes jambes tellement la piste est rugueuse. Ce n’était pas du tout le cas cette année.

D’ailleurs, au lieu de mettre le cap sur un autre glacier autrichien comme Hintertux ou sur Levi, où se déroulera la prochaine Coupe du monde ce week-end, nous avons décidé de rester à Sölden jusqu’au 7 novembre tellement la piste est belle.

C’était vraiment la meilleure option, même si nous avons un partenariat avec l’équipe technique finlandaise. Mais nous n’avions pas vraiment envie d’aller passer deux semaines à Levi. Comme c’est presque au pôle Nord, il fait noir du matin au soir. Ça donne plutôt le goût de dormir que de skier.

Comme les Canadiennes et les Finlandaises sont deux petites équipes, cette entente nous permet de nous entraîner ensemble et de partager les ressources et les coûts.

C’est une bonne chose pour les deux parties. Les Finlandaises comptent sur Tanja Poutiainen qui a récolté 46 podiums en Coupe du monde au cours de sa carrière, en plus d’une médaille olympique et de quatre aux mondiaux. C’est un excellent modèle à suivre et elle nous permet de savoir où on se situe par rapport aux autres skieuses. Si on la devance, ça veut dire que notre ski est bon. Sinon, il faut travailler encore plus fort.

De son côté, s’entraîner avec des jeunes de la relève lui permet de se pousser davantage. Je vous dirais que durant notre dernier camp à Saas Fee en octobre, j’avais une petite longueur d’avance!

J’espère donc poursuivre sur ma lancée au slalom de Levi samedi. Je vise un top 10. En partant dans les 15 premières, si j’ai une bonne course, je devrais atteindre mon objectif. En même temps, je ne dois pas oublier que le sport, c’est le sport. Je peux commettre une erreur sur le parcours et ça en sera fait de ma journée de travail!

L’entraîneur-chef Jim Pollock, Erin Mielzynski, Marie-Michèle Gagnon, Marie-Pier Préfontaine et l’entraîneur Tim Gfeller.