Ça y est, c’est le temps des vacances… et elles tombent à point. La saison m’a paru vraiment longue, c’est la première fois que ça m’arrive.
J’ai quand même réussi à obtenir le meilleur résultat de ma saison le week-end dernier aux Championnats du monde par distance, à Sotchi : une 9e place au 500 m, une hausse de deux rangs par rapport aux mondiaux de l’an dernier.
Pas si mal pour un gars qui a souffert d’une entorse lombaire juste avant son départ pour l’Europe… suivi d’un bel effet domino. Je me suis blessé à un muscle pectoral en faisant un départ, puis ensuite, au psoas.
Bref, j’ai commencé à recouvrer la santé seulement deux semaines avant les mondiaux. Et je considère que j’y ai patiné la meilleure course de ma vie.
Mon premier 500 m était excellent, j’étais au 7e rang, à 4 centièmes de seconde de la 4e place. C’était extrêmement serré. Si j’avais été trois dixièmes de seconde plus rapide par course, j’aurais gagné. Je ne prétends pas que j’aurais été capable de le faire, mais on parle ici de centièmes de seconde.
Ça augure bien pour 2014. D’être si près à un an des Jeux, ça me permet de croire qu’avec un été d’entraînement, un an de plus, une plus grande maturité et une plus grande force physique, je serai capable de réduire l’écart.

Laurent Dubreuil
J’ai vraiment adoré patiner à Sotchi. L’anneau est magnifique, le plus beau que j’ai vu de ma vie. C’est d’un tel luxe, les planchers sont même en marbre!
De plus, c’est le genre de glace que j’aime : inégale et un peu lente, contrairement aux pistes de Calgary et de Salt Lake City, reconnues comme les deux plus lisses et plus rapides (à cause de l’altitude) du monde.
Sur une glace comme Sotchi, le coup de patin n’est peut-être pas aussi fluide, mais il faut serrer les dents et donner tout ce qu’on a. Ça m’avantage et ça convient bien à mon style et à ma mentalité. Disons que quand tu t’entraînes dehors, n’importe quel anneau intérieur représente une nette amélioration. Le seul avantage à patiner à l’extérieur, dans des conditions horribles, c’est que ça facilite ma capacité d’adaptation.
Mon entraîneur m’a même dit après une course que la glace avait l’air de m’aimer. J’allais vite sans trop me casser la tête. La glace aimait mon coup de patin. J’ai donc hâte d’y retourner l’an prochain.
Par contre, j’ai été surpris de constater tout le travail qui restait à faire avant l’ouverture des Jeux dans 10 mois. Ils vont devoir mettre les bouchées doubles, mais il y avait beaucoup de travailleurs qui s’affairaient sur les chantiers.

Anneau de glace de Sotchi
Le Canada n’a gagné qu’une médaille aux mondiaux, le bronze de Christine Nesbitt au 1500 m. Il faut mettre ces résultats en perspective.
Avant d’arriver aux mondiaux, il y avait peu de Canadiens ayant des chances de médailles. Moi, c’était irréaliste de me voir sur le podium. Par contre, 9e au 500 m à 20 ans, sur une distance où les temps sont serrés, je me considère comme un espoir de médaille l’an prochain.
Kali Christ, 5e au 1500 m à 21 ans, est dans la même situation que moi. Denny Morison, lui, disputait sa première course depuis sa fracture du péroné en décembre. Avant sa blessure, il trônait en tête du classement du 1000. Alors, ce n’est que partie remise pour 2014.
Il n’y a qu’à la poursuite féminine que le Canada a perdu une médaille, quand Nesbitt a chuté dans le dernier virage, alors qu’elle était 2e.
Si on regarde la colonne des résultats, certes, ce n’est pas reluisant, mais l’équipe va se relever et répondre aux attentes l’an prochain.

Laurent Dubreuil à Sotchi
Pour moi, ma saison olympique commence maintenant. Je me suis rendu compte l’an passé que si on ne se repose pas pendant le mois de vacances, on peine durant toute la saison. Physiquement et mentalement, j’ai besoin d’une bonne pause. Ce mois de congé va me donner l’énergie nécessaire pour traverser les nombreux camps d’entraînement (5 au menu) et la prochaine saison.
L’an passé, je n’ai pas eu droit à un congé récupérateur. En avril, j’ai été hospitalisé deux jours pour un ulcère à l’oesophage. J’ai perdu 12 livres, et je n’en ai pas en surplus afin d’être le plus rapide possible. Ça a grugé mes muscles, mes forces.
C’est pour cette raison que je n’ai pas eu les résultats escomptés. Je n’ai pas été capable d’être au sommet de ma forme avant la dernière compétition de la saison, les mondiaux. J’ai combattu la fatigue toute l’année. J’ai l’impression d’avoir fait deux saisons de suite.
Je n’aurais pas dû recommencer à m’entraîner tout de suite en sortant de l’hôpital. J’aurais dû prendre deux semaines de plus pour me donner une chance de récupérer de la maladie.
En revanche, je ne considère pas cette saison comme perdue. Je me suis quand même rapproché des meilleurs au monde. Je me positionne relativement bien pour la saison olympique, mais je ne peux pas cacher que j’espérais mieux cette année.
Alors, je ne ferai pas grand-chose pendant mes vacances. Mes projets : rester chez nous, me lever tard et me coucher à la même heure que d’habitude.
Parce que 2014 sera la saison la plus importante de ma carrière!



