Erik Guay est en train de s’établir comme le meilleur skieur canadien de l’histoire. Champion du monde de la descente en 2011, gagnant du petit globe de cristal en super-G l’année précédente, le véloce skieur de Mont-Tremblant compte 15 podiums en Coupe du monde, un de plus que le légendaire Ken Read. Il s’approche tranquillement du record de 20 de Steve Podborski.

Motivé et comblé

Vendredi 27 septembre 2013 à 11 h 59 | | Pour me joindre

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Une arthroscopie à mon genou gauche en juillet a considérablement compromis mon entraînement en vue de cette importante saison olympique.

Malgré la colère, la frustration et la déception, tu dois revenir à la réalité, ce qui est plus facile à faire à 32 ans qu’à 22. Après 3-4 jours, contrairement à 3-4 semaines en 2003 quand je m’étais déchiré le ligament croisé antérieur, j’avais retrouvé ma motivation pour affronter ce nouveau défi.

Et ce n’est pas la fin du monde, même si ça compromettait ma carrière. J’ai une femme, deux filles en santé et bientôt trois. Je serai de nouveau papa à la fin mars.

Tout a été bien planifié. La cigogne devrait passer autour du 25 mars, et je termine ma saison le 18. Reste juste à espérer que le bébé ne décidera pas de se pointer prématurément.

On ne veut pas connaître le sexe avant sa naissance. Karen et moi aimons avoir la surprise. Cependant, je dois avouer que j’aimerais bien avoir un garçon pour équilibrer les choses. Parce que sinon, je vais me retrouver en minorité avec quatre femmes à la maison!

La grossesse n’a cependant rien changé pour les Jeux olympiques. Karen n’avait pas prévu venir à Sotchi de toute façon. La Russie, ce n’est pas simple et c’est également très cher. Même ma mère n’est plus certaine de faire le voyage. Mon père, lui, a déjà réglé le dossier : il regardera les Jeux de Mont-Tremblant. Au moins, je pourrai compter sur la présence de mon frère Stefan!

Pour ma part, j’ai repris l’entraînement en salle cette semaine. Après deux mois de natation et de travail au haut du corps, car mon genou ne tolérait pas les chocs, j’avais besoin de renouer avec cette intensité que recherchent constamment les athlètes.

Mon chirurgien Robert Litchfield m’a donné le feu vert vendredi dernier pour reprendre l’entraînement. Aucune limite sur ce que je peux faire tant et aussi longtemps que je ne ressens pas de douleur. Si c’est le cas, je devrai faire un pas en arrière.

Ça a été une semaine épuisante, j’y ai mis toute la gomme. Les jeunes Mikaël Kingsbury et Alexandre Bilodeau m’ont fait souffrir sur le vélo. J’avais le sentiment d’être en mode rattrapage, moi qui suis à environ 80 % de ma forme. Mais j’ai bien confiance que pour mon retour sur neige le 1er novembre au Colorado, la forme sera revenue à 100 %.

Ma grande crainte c’est que la blessure revienne sur la neige, même si je ne ressens rien en gymnase, comme en juillet. Il n’y a aucun mouvement dans un autre sport ou dans la vie de tous les jours qui reproduit celui que ne tolère pas mon genou en ski. C’est quand je transfère mon poids de droite à gauche dans les virages qu’un pincement, parfois intenable, à l’extérieur de mon genou gauche apparaît. Tellement que j’étais incapable de garder ma jambe contractée.

Pour éviter que le problème surgisse de nouveau à mon prochain séjour sur neige, mon entraîneur Scott intégrera des séances de patinage à mon entraînement. Au chapitre de la pression et de l’angle, il y a une certaine similitude avec le ski.

J’aurai la réponse dans cinq semaines. Mes coéquipiers de l’équipe canadienne me rejoindront une semaine plus tard. Comme je ne compte que cinq jours sur neige depuis le printemps, je profiterai de leur absence pour retrouver mes sensations. Parce qu’une fois qu’ils seront là, ça va rouler à fond pendant deux semaines.

Comme il y a toujours un côté positif, ce repos forcé m’a permis d’assister au mariage d’une amie il y a deux semaines à Barcelone. Une belle semaine de vacances avec ma femme en Espagne. Initialement, un camp sur neige au Chili m’empêchait d’y assister. Mais quand je me suis blessé, je l’ai appelée tout de suite pour dire qu’on s’en venait.

Ensuite, j’en ai été quitte pour une semaine folle : Barcelone-Munich-Montréal-Mont Tremblant-Vancouver-Los Angeles-Auckland-Queenstown-London (Ontario). Deux jours d’avion pour une journée en Nouvelle-Zélande pour le tournage d’une publicité qui sera diffusée avant et durant les Jeux.

Essoufflant, mais d’ici le Colorado, je n’ai plus de distractions… à part l’entraînement intense. Je baisse la tête, je fonce et… je souffre.

Apprendre pour mieux avancer

Vendredi 5 juillet 2013 à 15 h 22 | | Pour me joindre

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La période intense d’entraînement bat actuellement son plein. Une période cruciale où l’on met l’accent sur la force et le volume. Beaucoup de musculation, à la limite de mes capacités.

L’entraînement que je fais maintenant me permet de commencer la saison avec une force maximale. C’est sûr qu’au mois de février, je vais en avoir perdu, car durant la saison je ne peux m’entraîner aussi fort dans le gym.

Mon entraîneur Scott Livingston a une façon originale pour imager le concept. Il dit que c’est comme si j’essayais d’ajouter plus de distance entre ma voiture et celle en avant de moi parce que si ça freine, j’aurai une plus grande marge de manœuvre.

En gros, ça veut dire qu’il faut que je donne tout ce que j’ai l’été pour rester le plus longtemps en forme l’hiver.

Scotty excelle pour trouver des exercices toujours plus difficiles les uns que les autres. Quand je fais un exercice solidement, soit il augmente la tension, soit il le remplace par un autre plus exigeant.

Justement, cette semaine, je joue au cobaye en essayant de nouveaux exercices… et j’ai mal un partout. Mais ça fait du bien, c’est bon.

J’aime m’entraîner, je trouve ça motivant. C’est sûr que je préfère l’entraînement sur la neige, mais après la saison de la Coupe du monde, j’ai toujours hâte de retrouver le gym. Et quand, comme maintenant, ça fait deux mois que je n’ai pas enfilé mes bottes et skis, j’ai hâte de voir de la neige. Cette attitude-là fait en sorte que je suis toujours affamé.

Je serai bientôt en partie rassasié parce que le 15 juillet, je pars pour un camp sur neige à Zermatt. Un camp de deux semaines, mais je pourrais ajouter une semaine supplémentaire si le besoin se fait sentir. Comme je n’ai skié que trois jours lors de notre camp en mai à Sunshine, j’ai un peu de retard sur les autres et je n’ai pas testé l’équipement autant que je l’aurais souhaité.

La bonne nouvelle, c’est que le genou et le dos ne me font plus souffrir. À Sunshine, la douleur à mon genou gauche était réapparue et j’avais préféré jouer de prudence parce que ça ne servait à rien de pousser à cette période de l’année.

Erik Guay
Erik Guay à Sunshine

Je m’étais blessé lors d’une descente d’entraînement à la Coupe du monde de Kvitfjell au début mars, une déchirure partielle du ligament croisé postérieur gauche subie en frappant un trou, suivie d’une chute plus bas. Mais comme je tenais vraiment à skier pour accumuler des points, j’ai pris part à la descente et au super-G. Avec le recul, j’ai réalisé que j’avais fait une erreur, car j’ai probablement aggravé la blessure en skiant.

J’ai retenu la leçon et je l’ai appliquée en mai! Mais on dirait que plus je vieillis, plus j’ai de bobos à soigner. Je crois que je suis aussi bien de m’y faire!

Une autre leçon que j’ai apprise, c’est que les Jeux olympiques ne sont pas une compétition comme les autres. Dans le passé, l’équipe de ski alpin essayait de faire comme si c’était simplement une autre Coupe du monde.

Ce n’est pas le cas du tout. C’est une course spéciale, il y a une énergie différente autour des Jeux. C’est important de le savoir. Et il faut absolument s’imprégner de cet esprit olympique et s’en nourrir pour qu’il nous serve de motivation.

À Vancouver, l’équipe avait décidé que, pour notre bien, valait mieux ne pas habiter le village olympique. Donc, nous, skieurs alpins, restions dans le village même de Whistler. C’était une mauvaise décision. Je n’ai pas vraiment vécu ces Jeux-là, même si c’était chez nous.

À Sotchi, je tiens à ce que ça soit différent. Je veux m’amuser et voir d’autres compétitions, malgré le travail que j’ai à faire.

À quelques mois de Sotchi, je n’ai pas l’intention de changer grand-chose. L’important, c’est de rester en santé. J’ai toujours eu un certain succès aux Jeux, même si je n’ai pas été sur le podium. Je comprends mon sport, je sais que ça se joue à quelques centièmes de seconde. J’espère juste que les centièmes vont être de mon côté cette fois-ci.

L’équipe travaille actuellement à faire des tests en soufflerie sur les combinaisons et les casques à Ottawa. Je ne suis pas vraiment engagé dans les tests, mais j’espère des résultats positifs pour qu’on ait quelque chose de mieux que l’an dernier. Les Italiens et les Norvégiens détenaient des combinaisons plus rapides, à la limite de la légalité. Tant que ça passe dans la soufflerie, la Fédération internationale de ski l’accepte.

Sotchi loin dans mes pensées

Jeudi 7 février 2013 à 9 h 45 | | Pour me joindre

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Sotchi? C’est encore beaucoup trop loin pour y penser. Je ne suis pas encore rendu là dans ma tête. Il y a tellement de choses qui peuvent se produire en un an. Une blessure, et vlan, j’oublie les Jeux.

Pour l’instant, il y a un autre gros événement qui occupe mes pensées : les Championnats du monde où je dois défendre mon titre en descente. Ensuite, je devrai me concentrer sur le reste de la saison.

Je trouve même que le début de la prochaine saison est encore trop prématuré pour penser aux Jeux. Selon moi, l’important, c’est que les choses tombent en place le mois avant les Jeux olympiques, les Championnats du monde ou toute autre course où l’on veut performer.

Erik Guay à Sotchi
Erik Guay à Sotchi
Les résultats de cette saison n’ont pas d’impact pour l’an prochain. Ce que j’ai fait à Wengen et Kitzbühel le mois dernier, ça ne veut rien dire pour 2014. Par contre, si j’obtenais pareils résultats en janvier 2014, je serais sur la bonne voie.

Mais je peux dire que jusqu’à maintenant, mon plan de match a fonctionné. J’ai commencé la saison lentement afin de pousser la machine davantage en janvier avec le but avoué d’attaquer aux mondiaux.

Donc, je suis vraiment content de ma progression durant le mois de janvier. Ma 4e place à Wengen et mes 5e (super-G) et 2e (descente) positions à Kitzbühel m’ont insufflé une bonne dose de confiance.

Reste maintenant à voir si le plan de match fonctionnera à Schladming parce que les conditions (neige, pluie, brouillard) sont vraiment particulières. Je n’ai coursé que deux fois ici, lors de finales de la Coupe du monde l’an dernier et, disons, que je ne suis pas très fier de mes résultats (13e de la descente et 19e du super-G).

Alors, je reste réaliste. Être sacré champion du monde de la descente deux fois de suite, ce ne sera pas une mince tâche. C’est un sport où tout se joue par des centièmes. De plus, les Autrichiens vont vouloir rapatrier le titre chez eux. C’est sûr qu’ils ne m’encourageront pas… même si mon commanditaire (Red Bull) est autrichien!

En tout cas, je ne serai pas le seul à ressentir une certaine pression aux mondiaux. Klaus Kröll, qui vient de Schladming, Aksel Lund Svindal, le meneur au classement de la descente, et Dominik Paris, qui m’a devancé sur la plus haute marche du podium à Kitzbühel, en auront aussi un peu sur les épaules.

Par contre, contrairement aux mondiaux de 2011 et même aux Jeux de Vancouver, j’ai enfin maîtrisé mes douleurs au dos. Avant, je devais réduire mes entraînements en salle et sur neige. Maintenant, je peux m’entraîner davantage en ski, donc ma technique et ma constance se sont améliorées.

Un gros plus pour la confiance. Un gros plus pour un gars qui est un peu tanné des 4e et 5e places (5e en descente et super-G aux Jeux de Vancouver, 4e en super-G aux Jeux de Turin, 4e en descente aux mondiaux d’Are en 2007 et 6e des super-G des mondiaux de 2007 et 2003).

Erik Guay
Erik Guay lors de la descente de Sotchi
C’est sûr que le parcours de descente à Sotchi ressemble davantage à un parcours de super-G. Il y a trop de virages serrés à mon goût, mais le tracé est ce qu’il est et je dois en tirer le meilleur.

Cela dit, c’est un parcours qui pourrait me convenir assez bien. L’an passé, j’ai eu de la misère avec la section du haut, j’ai eu de la misère à tourner mes skis de descente et j’ai fini 20e. Cependant, j’avais été très rapide en bas. Pour moi, l’important sera de bien skier la section du haut pour bien amener ma vitesse. La section du bas m’inquiète un peu moins.

En revanche, c’est un endroit tout à fait splendide. Il n’y a pas de conifères, mais de belles forêts de feuillus. C’est très unique. Je ne crois pas avoir vu quelque chose de la sorte.

Kitzbühel, le Super Bowl du ski

Samedi 19 janvier 2013 à 13 h 09 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la meilleure place, la 4e, mais je suis content de ma journée.

C’est important de mettre les choses en perspective. À l’entraînement cette semaine, j’ai fini deux fois 14e. J’avais de la misère avec quelques sections. Et aujourd’hui, j’ai bien skié et j’ai réussi à corriger les erreurs que je commettais.

Malheureusement, j’ai perdu le podium dans le milieu du parcours. Je suis mal sorti de l’Alpweg, une portion très étroite, et ça m’a causé des ennuis dans les virages serrés qui suivaient. Jusque-là, je détenais les chronos intermédiaires les plus rapides, mais j’y ai laissé six dixièmes de seconde.

Néanmoins, j’aime la façon dont j’ai amorcé 2013. C’était mon but de bien commencer l’année, surtout après la déception de Bormio entre Noël et le jour de l’An.

J’étais fiévreux en Italie et ma 24e place m’a fait mal au classement de la descente. J’étais 4e et je suis glissé au 8e rang. Mon résultat d’aujourd’hui m’a permis de remonter d’une place.

C’est décevant parce que généralement j’obtiens de bons résultats à Bormio. Mais ce qui est encore plus décevant, c’est la victoire que je me suis fait souffler à Val Gardena.

J’avais la victoire en poche jusqu’à ce que deux skieurs, partis avec des dossards élevés, se faufilent devant moi. Le soleil parti, la piste s’est durcie et elle était plus rapide.

Pourtant, c’est moi qui avais le mieux skié de la journée. Mais ça fait partie du sport!

C’est donc avec beaucoup de confiance que je mets le cap sur Kitzbühel la semaine prochaine. Une autre piste mythique. Je vais essayer de bâtir sur ce que j’ai fait durant la semaine à Wengen.

La Streif, c’est une piste qui sied bien aux vétérans, à des gars d’expérience. Didier Cuche, maintenant retraité, et Klaus Kröll, qui m’a sorti du podium à Wengen, s’y sont toujours distingués.

À 31 ans, je pense que je suis mûr pour réussir mon premier podium sur une piste que j’aime et où j’y ai obtenu deux 5es positions. Gagner Kitzbühel, c’est le rêve de tout skieur, c’est comme gagner le Super Bowl. C’est LA course que je veux vraiment remporter avant la fin de ma carrière, même si je ne cracherais pas non plus sur une victoire à Wengen.

Kitzbühel est cependant très différent de Wengen. La Streif est tellement abrupte que la technique y joue un rôle primordial. En revanche, la Lauberhorn, par sa longueur, 4415 m, te laisse amplement de temps pour commettre des erreurs.

Reste que ce sont quand même les deux pistes les plus difficiles du circuit. Et deux pistes que tout skieur veut avoir à son palmarès.

J’y travaille!