La meilleure saison de ma carrière s’est conclue en début de semaine avec les titres en slalom et slalom géant en parallèle aux Championnats canadiens.
Chaque année, je connais ma meilleure saison, c’est une progression constante.
Cependant, j’ai fait un grand pas entre ma 12e place au classement général l’an dernier et ma 3e cette année. Je suis montée sur le podium à plusieurs reprises (3) durant la saison, dont une fois en slalom, une première pour moi en Coupe du monde. J’ai porté le dossard jaune de meneuse à quelques reprises et j’ai décroché deux médailles de cristal, une pour ma 3e place au classement général des épreuves en parallèle et l’autre pour ma 3e position au classement du slalom.
À plusieurs égards, ça a été une année de premières! C’est très encourageant pour l’an prochain!
J’attribue mon succès à deux aspects importants qui ont fait une différence : la technique et le psychologique.

Caroline Calvé avec sa médaille de cristal
J’ai déjà un peu abordé le sujet technique dans mon blogue en début de saison, à quel point il était important de maîtriser la technique européenne afin d’agrandir ma boîte à outils.
Je voulais maîtriser cette technique parce qu’en surf des neiges alpin, ce sont les coureurs du Vieux Continent qui dominent sur le circuit de la Coupe du monde. Leur force, c’est leur grande constance. Et moi, je tenais à diminuer ma marge d’erreur pour augmenter mon taux de réussite.
Notre nouvel entraîneur Rob Roy, qui a travaillé avec les Autrichiens, était l’homme tout désigné pour me permettre d’atteindre mon but.
La technique européenne propose une ligne plus directe d’une porte à l’autre. Et tu utilises la gravité pour descendre. Donc, tu ne veux pas nuire à la gravité en faisant de grands virages.
Les grands virages sur la carre, c’est ce que j’avais toujours appris. Le problème avec cette technique-là, c’est qu’une fois que tu es engagée dans ton virage, tu ne peux pas changer ta trajectoire. Et ça fonctionne moins bien sur les parcours plus abrupts.
Donc, je perdais beaucoup de temps dans les sections à pic parce que je ne savais pas comment ajuster ma technique.
Avec cette nouvelle technique, tu n’as qu’à laisser flotter ta carre sur la neige. Une fois que tu arrives à la bonne distance de la porte, tu mets un peu de pression sur ta planche, ta carre mord dans la neige et là, tu termines ton virage. C’est très doux comme technique et beaucoup moins agressif que ce que je pratiquais avant.
L’autre avantage, c’est que cette technique-là est moins exigeante sur le corps. Pour nous, qui faisons 10 descentes si on atteint la finale, ça fait une grosse différence. Ça diminue le risque d’erreurs et de chutes quand tu laisses la gravité faire une partie du travail.
Maintenant, je détiens un avantage sur les Européennes parce que je suis capable d’appliquer ces deux techniques-là.
À plusieurs reprises cet hiver, j’ai pu alterner les deux techniques selon le type de parcours. Cela m’a vraiment aidée à être plus constante, parce que je pouvais m’adapter plus facilement aux conditions.

La Canadienne Caroline Calvé
Par contre, au début de l’été, ma tête ne suivait pas, elle paniquait à l’idée de filer directement vers les portes. Ma tête n’était pas habituée à analyser le parcours de cette façon.
Et c’est là que l’aspect mental, que je considère comme aussi important que le physique en compétition, est entré en jeu.
J’ai enfin trouvé un psychologue avec une approche très concrète. Pas le genre qui ne fait que jaser sur un divan.
Ça faisait longtemps que je recherchais un programme d’entraînement pour ma tête, comme j’en ai un quand je vais au gymnase. C’est important d’être fort mentalement quand tu dois faire 10 descentes dans une journée. Il faut avoir la bonne approche pour faire face aux diverses situations. C’est quelque chose qui s’exerce, comme le côté technique, surtout pour une fille comme moi qui a tendance à tout suranalyser.
Les concepts, je les connaissais. Je comprends que je dois me concentrer sur le processus et non sur les résultats. Mais comment les appliquer?
L’an passé, quand j’ai gagné à Carezza, tout est tombé en place au bon moment. J’étais concentrée sur une descente à la fois, j’étais calme et seulement contente de m’être qualifiée pour les huitièmes de finale. J’avais parfaitement géré ma course et ma journée.
Mais cette course « psychologiquement » parfaite, c’était le fruit du hasard. Est-ce que je saurais comment reproduire une journée parfaite? Comment retrouver ce même état d’âme pour obtenir d’autres bons résultats?
Pierre Beauchamp m’a donné des exercices, des trucs pour travailler sur mes faiblesses. Il m’a aidée à mettre le doigt sur les choses qui fonctionnent avec moi pour que je puisse les reproduire en compétition.
Par exemple, nous avons convenu que je dois être un peu zen avant la course. Pour y arriver, je dois faire des exercices de respiration, faire un plan. J’ai besoin d’être sur le pilote automatique quand je course.

Calvé (droite) aux côtés de Patrizia Kummer, gagnante du globe de cristal, et de Marion Kreiner.
Il reste encore beaucoup de travail à faire, parce que l’an prochain avec les Jeux, il va y avoir beaucoup de pression pour performer au moment important. Mais je vois déjà qu’après seulement une saison, ça a porté ses fruits. J’ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner l’an prochain.
Les deux médailles de cristal représentent l’ensemble de mes succès cette année. Je suis la première Canadienne à atteindre ce niveau-là en Coupe du monde. C’est particulier comme sensation de réaliser que tu fais partie des trois meilleures au monde dans ton sport.
Je peux aussi me targuer d’être non seulement la première Canadienne à avoir remporté un slalom géant en parallèle en Coupe du monde, mais un slalom aussi.
C’est sûr que c’est un peu décevant parce qu’avec l’annulation de la dernière course à Sierra Nevada, je n’ai pas pu me battre pour le globe de cristal en slalom géant en parallèle et pour celui du cumulatif des épreuves en parallèle. Mais les conditions de neige n’étaient pas dignes d’une Coupe du monde et, dans les circonstances, l’annulation était préférable. Oui, d’un côté, j’aurais pu gagner le globe, mais de l’autre, j’aurais pu perdre ma 3e place au classement cumulatif.
Rien pour gâcher mes vacances. Un mois que je passe chez moi, avec mon copain et mon chien. Je voyage assez que je n’ai pas envie de boucler de nouveau mes valises. Je veux être là aussi pour voir pousser mes fleurs!
Bon été!












