Blogue de Mikaël Kingsbury

Sotchi me voici

Vendredi 8 février 2013 à 10 h 56 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Ma série de podiums consécutifs en Coupe du monde s’est arrêtée à 19. Tout un exploit. Il y a plein de gens dans le milieu qui disent que ça ne sera jamais battu, qu’en fait, je suis le seul qui pourrait améliorer cette marque.

Pour ma part, je dois avouer que je ne suis pas du tout fâché que ce record soit derrière moi. Quand je suis arrivé au bas de la piste, j’ai senti une tonne de pression s’envoler.

Mine de rien, de course en course, la pression s’accumulait. Chaque fois que j’étais en haut de la piste, j’entendais l’annonceur poser la question : Kingsbury va-t-il améliorer sa série de podiums? J’étais capable de gérer cette pression parce qu’au portillon de départ, je suis dans ma zone.

En revanche, j’aurais préféré que cette série prenne fin à la régulière, soit en étant battu par un meilleur adversaire ou en commettant une erreur, plutôt que par un bris d’équipement. La partie arrière de ma fixation de droite s’est littéralement cassée juste avant le deuxième saut. Ce n’est qu’une fois au bas de la piste que j’ai constaté le bris. Car au moment de perdre mon ski, je n’ai pas compris pourquoi c’est le droit qui avait lâché alors que tout mon poids se trouvait sur le gauche.

Mikaël Kingsbury
Mikaël Kingsbury

Après Deer Valley, je suis rentré au Québec pour cinq petits jours de repos bien mérité – la piste de Deer Valley taxe le corps –, avant de m’envoler pour Sotchi où se déroulera l’épreuve test en ski acrobatique la semaine prochaine. Ce sera mon troisième voyage à Sotchi. L’an dernier, j’ai pris part à une Coupe d’Europe… que j’ai gagnée. Et en 2011, j’y suis allé avec l’équipe canadienne juste pour me familiariser avec l’endroit.

C’est donc gonflé à bloc, mais aussi soulagé, que je pars pour la Russie parce que j’ai remporté les trois épreuves en simple de la saison et les trois premières qui servaient de qualification pour les Jeux. On dirait que lors des courses en simple, je me sens plus en mode olympique que lors des deux autres années précédentes. En principe, je suis pratiquement assuré d’aller aux Jeux, même si selon les critères de la Fédération canadienne, je dois également réussir un podium à Sotchi ou aux mondiaux en mars.

Comme j’étais sur le podium de la Coupe d’Europe l’an dernier, des gens de l’organisation m’ont offert une petite répétition préolympique. J’ai visité les installations. Ils m’ont indiqué comment ça se passerait aux JO, ils m’ont montré où sera la zone mixte, les tests antidopage. Donc, ça a été une bonne préparation, même si c’est sûr que ça va être encore plus gros aux JO.

En ce qui a trait à la piste de bosses, elle est belle. Mais ce n’est pas la plus difficile que j’ai vue. Par contre, les conditions changeantes seront difficiles. Une neige molle et collante qui se transforme en glace. Après cinq skieurs, la piste devient comme une grosse boule de neige pleine d’eau qui durcit. Je pense que les conditions seront pires qu’à Vancouver parce que c’est encore plus chaud.

Mikaël Kingsbury sur la piste de Sotchi

Ça fait deux fois que je vais en Russie, mais je ne peux pas dire que j’ai vu grand-chose du pays, à part la montagne et le site pour le patinage, le hockey et les cérémonies. En fait, à Sotchi, il n’y avait rien. Ils nous ont seulement dit que les futures installations seraient construites à tel ou tel endroit.

Sotchi, c’est vraiment dépaysant. Disons que c’est spécial d’être en hiver, de voir de la neige… et des palmiers en même temps! Notre hôtel était sur le bord de l’eau et il y avait des glissades d’eau à côté. Ça me fait penser à Vancouver, les palmiers en plus!

Justement, j’ai déjà vécu l’expérience olympique aux Jeux de Vancouver, où j’étais ouvreur de piste. Je suis vraiment content d’avoir eu un avant-goût des Jeux grâce au Comité olympique canadien. Il a usé de son influence pour que nous soyons là, Philippe (Marquis), Cédric (Rochon), Eddie (Hicks) et moi. On s’est entraînés avec nos coéquipiers de l’équipe canadienne. C’est comme si nous avions coursé, mais avec le stress et la pression en moins.

En haut de la piste, je me suis imprégné du moment en regardant la foule, en regardant les gars se préparer, s’échauffer. En fait, j’étais comme une ombre qui surveillait tout. Ça sera donc un gros avantage d’avoir tout vu et d’avoir profité de ce moment. Parce que pour l’occasion, j’avais les mêmes privilèges que les athlètes, j’avais une accréditation, j’avais accès au salon des athlètes sur le site de la compétition. Seulement pour cette course-là cependant.

À Sotchi, j’aurai une VRAIE accréditation. Je logerai dans le village des athlètes, ce qui n’était pas le cas à Vancouver. J’ai hâte, ça va être vraiment cool.

Kingsbury sur le podium avec les Russes Sergey et Andrey Volkov

Je me demande bien quels coéquipiers vont m’accompagner. La lutte est vraiment serrée dans l’équipe. Marc-Antoine (Gagnon) est vraiment en bonne position, il est le plus constant après Alex (Bilodeau) et moi. Entre Cédric, Simon (Pouliot-Cavanagh), Phil, et même Pascal-Olivier (Gagné) qui vient d’arriver, ça joue du coude. Tous les gars sont capables de faire un podium, mais c’est de savoir qui va le faire au bon moment. Ils ne vont pas se battre à coup de 5e-6e places, mais à coup de podiums.

Les Russes seront à surveiller chez eux. Ils ont toujours été de bons skieurs. Mais leur point faible, c’était les sauts. Ils les ont toutefois beaucoup améliorés. La saison passée, Sergey Volkov a fini 6e au classement des bosses. Et cette saison, c’est Alexandr Smyshlyaev (4e) qui s’illustre. Sauf que dans son cas, il n’a réussi ses podiums qu’à Calgary et à Deer Valley.

Mais c’est sûr qu’eux aussi, comme pour nous à Vancouver, ils ont un objectif pour Sotchi. Je parle beaucoup aux Russes. J’essaie de me rapprocher d’eux, surtout que nos anciens entraîneurs (Stephen Fearing, Jim Schiman et Darcy Down) sont rendus avec l’équipe russe. Cependant, je n’ai jamais eu la chance d’aborder avec eux la question de la pression pour les Jeux de Sotchi.