Blogue de Ève Christian

Pouvais-je vraiment passer à côté de Star Wars?

Jeudi 14 janvier 2016 à 15 h 17 | | Pour me joindre

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Le septième film de la série Star Wars est sorti. Les premiers films étaient les épisodes IV, V et VI. Ensuite, on a eu droit aux I, II et III. En salle, en ce début d’année 2016, c’est le VII. Est-ce bien ça?

Pour les profanes comme moi, c’est un peu mélangeant. Mais pour suivre mon blogue d’aujourd’hui, ce n’est pas nécessaire d’avoir vu le dernier film ni de connaître la série par coeur. J’ai choisi trois éléments pour voir à quel point ils sont près ou loin de la réalité physique.

Des fans taïwanais de « Star Wars » assistent costumés à la projection du « Réveil de la force ».
Des admirateurs taïwanais de Star Wars assistent costumés à la projection du Réveil de la force.

Le fameux sabre laser

Rappelez-vous comment les personnages utilisent leur sabre lors d’un combat : ils les manipulent comme de vraies épées et les lames, lumineuses et colorées, se heurtent bruyamment. Deux problèmes se présentent.

Le premier : la lame, un laser, est de la lumière, et la lumière est immatérielle. Donc deux faisceaux qui se croisent ne devraient opposer aucune résistance et ne faire aucun bruit.

Le deuxième : un faisceau laser se propage en ligne droite tant qu’un obstacle ne l’oblige pas à changer de trajectoire ou l’absorbe tout simplement. Ce qui veut dire qu’un combat avec de vrais lasers qui se tiendrait dans un vaisseau spatial mènerait rapidement au découpage des parois, qui entraînerait la dépressurisation et la mort immédiate des deux combattants. Exit le laser.

On pourrait alors imaginer que la lame du sabre n’est pas un laser, mais du plasma qui s’obtient en chauffant un gaz à une température très élevée. Ça fonctionnerait assez bien, puisqu’on aurait alors une lame lumineuse, comme le laser, et ça expliquerait les différentes couleurs des sabres. Selon le gaz qui est chauffé, la couleur et l’intensité diffèrent. Mais…

Il faut fournir une grande puissance au gaz pour qu’il reste à l’état de plasma jusqu’à la fin du combat. Par exemple, pour une courte lame de 10 centimètres, il faut maintenir une puissance de 40 kilowatts, ce qui se contient difficilement dans le manche d’un sabre.

La solution serait de confiner le plasma dans une bouteille magnétique de forme allongée, comme une lame, à laquelle on pourrait donner la longueur désirée.

Cependant, il existe une arme secrète. En jetant une poignée d’aimants vers le porteur du sabre, ça perturberait le champ magnétique et le plasma se répandrait alors sur le porteur, qui serait cuit, littéralement! Dommage qu’aucun Jedi ne semble connaître ce secret!

Le véhicule Landspeeder

Les personnages dans les épisodes se déplacent dans des véhicules flottant au-dessus du sol et à grande vitesse : le Landspeeder. Voyons comment il pourrait fonctionner. On peut penser que le véhicule, semblable à un aéroglisseur, est installé sur un coussin d’air et maintenu au-dessus de la terre ferme grâce à de puissantes turbines soufflant l’air vers le sol. Mécaniquement, ça fonctionnerait, considérant que le véhicule est muni d’une jupe tout autour pour piéger l’air. Le Landspeeder n’en a pas.

Autre chose : le sol étant désertique, l’air soufflé avec force pour maintenir le véhicule au-dessus du sol devrait créer un nuage de sable et de poussière dans sa trajectoire. Il n’y en a pas non plus. Il faut donc penser à un autre système.

On pourrait regarder du côté de la sustentation magnétique. Plusieurs pays l’ont d’ailleurs déjà expérimentée avec le train appelé Maglev — pour Magnetic Levitation. Le principe est qu’on oppose des aimants de polarités identiques sur le train et sur les rails. Le train flotte ainsi au-dessus de rails et, puisqu’il n’y a pas de frottement, il atteint des vitesses records de plus de 600 km/h. Ça existe, c’est réel. Mais, évidemment, ça prend des rails et aucun n’est vu sur Tatooine.

Luke Skywalker assiste à un coucher de soleils sur la planète Tatooine.
Luke Skywalker assiste à un coucher de soleils sur la planète Tatooine.

La planète Tatooine

Dans un des films, on voit Luke Skywalker, pensif, observant un coucher de deux soleils. Ça peut sembler farfelu, mais pas tant que ça. En 2011, la mission Kepler de la NASA a découvert un système planétaire à étoiles doubles à 200 années-lumière de la Terre. La question est de savoir comment se déplace Tatooine dans son système. Il y a deux possibilités.

La première est qu’elle tourne autour d’un seul soleil. Revoyons la scène du coucher des deux soleils : ils semblent de dimensions équivalentes. Si Tatooine tournait autour d’un seul d’entre eux, il serait, en apparence, beaucoup plus gros que l’autre, ce qui n’est pas le cas.

Donc, on en déduit que Tatooine tourne autour des deux étoiles à la fois. C’est possible, sauf que des distances minimales entre les trois astres doivent être respectées pour que ce système soit stable. Allons-y d’hypothèses.

D’abord, d’après la couleur jaune et orange des deux soleils, on peut conclure qu’ils sont de dimensions semblables au nôtre. Ensuite, ils ne doivent pas être trop proches l’un de l’autre, car aucune déformation causée par la gravité n’est perceptible dans la scène de coucher des deux soleils. On estime donc qu’au moins 10 millions de kilomètres les séparent.

Sachant cela, une distance cohérente pour l’orbite de Tatooine serait de 200 millions de kilomètres. Elle recevrait alors 12 % de plus d’énergie solaire que la Terre, ce qui concorderait avec son sol désertique.

On pourrait s’arrêter là et dire que la fictive Tatooine peut donc faire partie de notre réalité. Mais il faudrait oublier qu’au pied des personnages, une seule ombre est visible, alors que deux soleils se trouvent dans le ciel!

Pour en savoir plus

Roland Lehoucq, astrophysicien au commissariat à l’énergie atomique de Saclay en France, sait bien s’amuser à analyser scientifiquement les films de science-fiction. Il m’a été d’une grande inspiration.

Son livre numérique est téléchargeable gratuitement. Et voici une conférence qu’il a donnée sur le sujet en 2004. Il est passionnant!