Blogue de Ève Christian

De nouvelles idées pour améliorer l’état des océans

jeudi 1 octobre 2015 à 15 h 31 | | Pour me joindre

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Plastique, plastique…

Vous connaissez les continents de plastique qui polluent les océans de la planète et menacent dangereusement la vie marine et l’environnement? Ils sont cinq, situés sur les océans Pacifique et Atlantique, nord et sud, ainsi que sur l’océan Indien. Ces zones ressemblent à de grands vortex où les courants marins se rencontrent en raison de la force de Coriolis, qui dévie les courants atmosphériques ou océaniques de la planète.

Les courants marins tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère nord, et dans l’autre sens, dans le sud. Ils créent une spirale qui entraîne tous les déchets présents, de la surface jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur, vers le centre, où ils s’accumulent.

On y trouve surtout des microplastiques de moins de cinq millimètres de diamètre, mais il y a aussi des bouteilles et des bidons, des sacs, du polystyrène et des microbilles plastique provenant des cosmétiques, mal filtrées par les stations d’épuration. En vieillissant, le plastique se morcelle et devient souvent invisible à l’œil nu.

Cependant, la pollution créée demeure, car les plastiques ont une longue durée de vie qui varie beaucoup selon le produit : moins de cinq ans pour un fil de nylon à plus de 1000 ans pour une carte de crédit! Malgré le fait que plusieurs pays soient au courant de la situation, la production de déchets de plastique ne cesse de croître. En 1950, on en produisait 1,5 million de tonnes, et en 2020, on en produira 300 millions.

Près de 10 % sont drainés par les pluies et les vents ou entraînés par les cours d’eau et les eaux usées vers les océans. Et, malheureusement, ces endroits sont habités par des poissons, du zooplancton et des mammifères marins et survolés par des oiseaux. Ces microplastiques se recouvrent d’un film de bactéries et sont ingurgités par les animaux marins qui les confondent avec le plancton. Et de prédateur en prédateur, ils arrivent au  dernier maillon de la chaîne alimentaire : nous!

Plusieurs équipes de chercheurs scientifiques, dont Expédition 7e continent, se penchent sur ce grave problème. En collaboration avec Neotilus, un partenaire du Fonds mondial pour la nature (WWF) de France, cette équipe a une suggestion pour améliorer la situation : une application pour les téléphones intelligents afin d’établir les endroits pollués et en transmettre l’information aux services de collecte des déchets de la zone concernée.

Avec l’appli gratuite « 7e continent », lorsque vous découvrez un endroit pollué, une berge ou un cours d’eau, vous le photographiez avec votre téléphone, et la géolocalisation activée par l’appli envoie les détails aux services de collecte. On espère qu’ainsi ces déchets seront ramassés avant de se retrouver au large.

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Crédits : Radio-Canada

Micromoteurs

Quotidiennement, les océans absorbent une grande quantité de carbone limitant ainsi le CO2 de l’atmosphère. C’est une bonne chose, sauf qu’il y a une conséquence mesurable. Dans l’eau, le CO2 se transforme en acide carbonique, et cette hausse d’acidité réduit le carbonate de calcium qui compose les coquilles et les exosquelettes des crustacés et des coraux.

Des ingénieurs de l’Université Californie-San Diego ont eu une idée géniale : ils ont inventé des moteurs qui transforment le CO2 des océans, en carbonate de calcium! Ces prototypes sont vraiment tout petits, ils font six micromètres (des millionièmes de mètre). Leur surface externe est fabriquée d’un polymère contenant une enzyme, alors que l’intérieur est en platine. Dans l’eau salée, l’enzyme transforme le CO2 en bicarbonate. Quand on ajoute du chlorure de calcium à la solution, ça devient du carbonate de calcium, justement l’élément essentiel pour la croissance de certains crustacés et mollusques.

En additionnant un deuxième réactif à cette solution, la réaction avec le platine forme des bulles d’oxygène qui propulsent les micromoteurs à une vitesse pouvant atteindre 100 micromètres à la seconde, ayant pour effet d’éliminer efficacement le CO2 de la solution. Ces moteurs éliminent donc le CO2 et aident à la croissance d’animaux marins! Mais pour le moment, les recherches se poursuivent, car, idéalement, il serait plus écologique d’utiliser un moyen environnemental pour propulser ces moteurs plutôt que d’ajouter un produit chimique!

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Crédits: Laboratory for Nanobioelectronics, UC San Diego Jacobs School of Engineering.

À bas le « coussin de belle-mère »!

Deux équipes de chercheurs viennent de trouver deux méthodes pour réduire la population d’une étoile de mer qui tue les récifs de corail. Celle qu’on appelle parfois « coussin de belle-mère » ou « couronne du Christ », en raison de son apparence épineuse, est la plus redoutable destructrice de corail qui soit. Elle enraye 90 % des surfaces qu’elle touche. Celle que la science nomme Acanthaster planci est une étoile de mer couverte d’aiguilles qui renferment du venin qu’elle injecte dans les coraux pour les anéantir.

Jusqu’à maintenant, il y a deux façons pour s’en débarrasser. La méthode simple est de les retirer une à une du fond marin. Ça demande de la patience! La deuxième manière n’est pas très environnementale : il s’agit d’injecter des produits chimiques à l’étoile de mer. Cependant, les produits utilisés — formol et sulfate de cuivre — sont toxiques pour l’homme. Et quant à l’autre produit, le bisulfate de sodium, il faut de 10 à 15 injections pour venir à bout de l’animal. Pas idéales comme solutions.

Des biologistes ont toutefois trouvé le point faible de l’animal : il ne supporte pas le vinaigre. En 48 heures, ils ont réussi à tuer un spécimen en injectant 25 ml de vinaigre à la base d’un de ses bras. L’idée est donc efficace et peu coûteuse. Mais il reste que cette méthode nécessite de cueillir un individu à la fois pour lui injecter la solution miracle.

C’est pourquoi il est presque impensable d’éliminer toute la population, mais cette solution peut se faire localement, très efficacement. Par exemple, tout près de propriétés hôtelières qui misent sur les récifs coralliens pour attirer les touristes, ou à des endroits bien ciblés où la santé des récifs avoisinants influent sur l’écosystème, puisque des poissons y nichent ou s’en nourrissent.

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Crédits photo : iStock