Blogue de Ève Christian

Aïe! moustique, ne me pique pas

Jeudi 16 juillet 2015 à 16 h 15 | | Pour me joindre

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Vous pensez être LA cible préférée des moustiques dans un groupe? Ce n’est peut-être qu’une impression, mais attention de ne pas faire en sorte qu’ils vous préfèrent.

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Ochlerotatus triseriatus
(Crédits photo : Christopher Cloutier, McGill, @C_Cloutier15)

Mythe ou réalité?

  • « Je suis diabétique, c’est pour ça que les moustiques m’attaquent. »
  • « J’aime manger épicé; c’est pour cette raison que je suis une proie pour les maringouins. »
  • « Les moustiques me repèrent parmi les autres individus parce que mon groupe sanguin est O. »
  • « J’aime la bière, que voulez-vous. Je dois faire un choix : en boire et me faire piquer, ou me priver et ne plus me gratter! »

Vous avez déjà entendu ce genre d’affirmations? Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux?

D’abord attirés par la chaleur

Attention : masse chaude à l’horizon! C’est probablement ce que se disent les insectes piqueurs quand ils aperçoivent un mammifère (animal ou homme), car c’est comme ça qu’ils nous repèrent en premier lieu. Une fois à proximité, ils vont détecter le CO2 qu’on émet. Ensuite, c’est la chimie corporelle qui joue un rôle, selon ce qu’a montré une expérience américano-britannique faite avec des couples de jumeaux identiques et non identiques. Face à des jumeaux identiques (ayant le même code génétique et la même chimie corporelle), les moustiques n’ont pas de préférence. Par contre, ils attaquent davantage l’un ou l’autre des jumeaux non identiques.

Explications complémentaires de Marjolaine Giroux, entomologiste à l’Insectarium de Montréal.

Pourquoi les moustiques piquent-ils?

Seules les femelles s’adonnent à cette activité et ce n’est pas par loisir, mais par nécessité. Elles ont besoin d’un repas sanguin pour aller chercher les protéines – et non le sucre -, qui servira à la reproduction. Après leur « prise de sang », elles vont se reposer pour digérer, et ingérer les protéines afin de procéder à la maturation de leurs œufs qu’elles iront ensuite pondre. C’est dans ce seul but qu’elles piquent.

Selon les individus, les réactions aux piqûres sont plus ou moins importantes. En piquant, la femelle injecte de la salive et un anticoagulant afin que le sang reste liquide dans sa trompe lorsqu’elle le pompe. C’est notre intolérance à ces substances qui créent les boursouflures sur notre peau et qui nous démange. Mais il y a de l’espoir : les gens qui travaillent dans un milieu foisonnant de moustiques semblent moins sollicités avec le temps et certains se rendent moins compte qu’ils se font piquer.

Culex restuans-OK

Culex restuans
(Crédits photo : Christopher Cloutier, McGill, @C_Cloutier15)

Éloigner les moustiques

Afin de mettre les chances de son côté, mieux vaut éloigner de la maison tout contenant à ciel ouvert qui accumule l’eau stagnante, car elle favorise la reproduction des moustiques. Évitez aussi d’être à l’extérieur aux moments privilégiés par les moustiques, c’est-à-dire avant la pluie, au crépuscule ou lorsque l’humidité est présente. En raison de leur corps frêle, les moustiques ont un grand besoin d’humidité qu’ils laissent entrer par de petites ouvertures sur le côté de leur corps. Si le temps est trop sec, ils risquent la mort par dessiccation. Ils sont donc moins actifs quand le soleil est présent.

Les insectifuges au DEET sont reconnus, mais comme il s’agit d’un ingrédient chimique, il est préférable de vérifier la concentration dans le produit avant de l’utiliser. En bas de 25 %, c’est largement suffisant pour éloigner l’insecte désagréable.

Scientifiquement, le DEET (diéthyl-m-toluamide) bloque les récepteurs qui permettent aux insectes de déceler la présence chimique d’une proie. D’ailleurs, il n’est pas recommandé de l’appliquer sur les jeunes enfants. Petit conseil : on peut vaporiser ce produit sur nos vêtements ou sur un foulard, qu’on noue autour de la jambe ou du bras, plutôt que directement sur la peau. En grande concentration, ce dissolvant peut faire fondre le plastique!

Par contre, la citronnelle, qui avait fait l’objet d’un débat ces dernières années, est reconnue, même si son efficacité répulsive est moindre.

Le vrai du faux

  • Les moustiques aiment bien les buveurs de bières : VRAI, car la bière augmente le taux d’éthanol dans la sueur et hausse la température corporelle.
  • Les moustiques visent les mangeurs de viande et d’aliments contenant des gras saturés : VRAI, en raison de la production d’acide urique.
  • Les mets épicés attirent les maringouins : FAUX, car ils sont digérés avec le repas et n’interfèrent donc pas avec la respiration.
  • Les diabétiques sont une cible convoitée : FAUX, les moustiques cherchent les protéines dans le sang et non le sucre.
  • Les vêtements foncés attirent les moustiques : VRAI, une expérience démontre qu’ils préfèrent les carreaux noirs aux blancs sur un tissu.
  • Donc, logiquement, les peaux plus pâles se font piquer davantage : FAUX, aucune preuve scientifique n’appuie cette idée.
  • Les haies de cèdres sont un endroit de prédilection pour ces insectes : VRAI, mais ce n’est pas que les cèdres. Tout endroit ombragé sera toujours davantage visité par les moustiques.
  • Le moustique est l’animal le plus meurtrier dans le monde : VRAI, maringouins, mouches noires, moustiques et brûlots en plus de ceux qui véhiculent des maladies comme la malaria et la dengue.
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Crédits photo : Insectarium de Montréal, (André Payette)

Et les autres piqueurs?

Les moustiques piquent avec leur bouche dans un but de reproduction. Mais qu’en est-il des abeilles, des guêpes ou des bourdons? A-t-on raison de craindre leur piqûre? Selon Marjolaine Giroux, ces types d’insectes utilisent leur dard pour piquer, injectent un venin et attaquent pour des raisons différentes que les moustiques, notamment à cause de nos agissements.

Merci à Marjolaine Giroux, entomologiste à l’Insectarium de Montréal