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ALERTE : les méduses contrôleront bientôt les océans

jeudi 2 juillet 2015 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Oui, oui… j’ai bien mis le mot « alerte » en majuscules, car c’est à la fois grave et c’est à la limite, paniquant. Je vous explique. Tout a commencé il y a une vingtaine d’années environ. On s’est d’abord aperçu du phénomène de gélification des océans. Prenons l’exemple de la Pelagia noctiluca, une espèce de méduse des côtes méditerranéennes. Auparavant, sa prolifération était constante, selon un cycle d’une douzaine d’années. Il y avait même une corrélation entre le climat et son apparition. On savait qu’à la fin d’un trio d’années chaudes et sèches, cette espèce s’installerait dans la Méditerranée pour quelque temps. Dorénavant, elles sont là en permanence.

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Crédits photo : Institut océanographique/Michel Dagnino

Hausse des températures

Pourquoi? D’abord en raison des changements climatiques et des hausses de températures qui font que les étés durent plus longtemps et que, par le fait même, la saison de reproduction des méduses est prolongée de deux mois (de mars à novembre plutôt que d’avril à octobre). Donc, exit la régulation par la saisonnalité.

Stade du polype

Ensuite, dans leur cycle de vie, elles passent par un stade qui s’appelle le polype et qui est fixé au fond de la mer. Cette étape inquiète les spécialistes de la biodiversité marine, car elle est difficilement contrôlable. Même en contrôlant le nombre de méduses, si le stade de polype n’est pas éradiqué, l’année d’après, d’autres méduses naîtront.

Autre problème pour la prolifération des polypes : ils se fixent aussi au plastique… du genre de ceux qui composent le septième continent – les immenses amas de plastique qui se déplacent au milieu des océans.

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Crédits : Caroline Pascal, Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco

Surpêche

Certaines espèces de poissons et de tortues se nourrissent – ou se nourrissaient – de ces méduses. Mais la biodiversité marine étant dans une situation dramatique, un grand pourcentage des animaux des mers ont disparu. Alors, imaginez : toute la nourriture qui aurait servi à nourrir ces animaux marins est maintenant disponible aux méduses. En plus, elles mangent les œufs et les alevins des poissons, ce qui s’ajoute au problème de la surpêche.

À tous ces éléments qui mènent à une plus grande capacité de reproduction et à des méduses drôlement en santé et de bonnes dimensions, on ajoute d’autres conséquences reliées aux activités humaines. Celles-là contribuent à l’envahissement des eaux salées du globe par plusieurs espèces de méduses.

Centrales nucléaires

Les études des scientifiques marins ont permis de constater qu’à la sortie de certaines centrales nucléaires, là où est rejetée l’eau de refroidissement des réacteurs à 16 ⁰C, les méduses pullulent et ça bouche les conduits d’évacuation des centrales! La mer Baltique est un exemple frappant à cause du déversement des centrales de la Finlande et de la Suède.

Rejets de médicaments

Dans les zones de dilution du Saint-Laurent et de l’Atlantique près de Terre-Neuve, les eaux sont grandement polluées par les rejets de médicaments, particulièrement ceux associés à la ménopause et à la contraception. Ainsi, les morues manquent à l’appel, mais ça n’empêche pas les méduses de s’y installer.

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Pelagia noctiluca
Crédits photo : Institut océanographique Yves Bérard

Se baigner dans une soupe de méduses

Le tourisme est aussi touché par la prolifération de ces méduses. Il y a la Pelagia noctiluca dans la Méditerranée, mais aussi la Chrysaora quinquecirrha, la méduse dont les tentacules font 20 mètres et que l’on observe de plus en plus dans la baie de Chesapeake, aux États-Unis, ou celle dont les piqûres sont mortelles et qui tue cinq fois plus que les requins, dans le nord de l’Australie, nommée Chironex fleckeri. Dans le golfe de la Californie, une méduse de 6,5 m d’envergure, une Chrysaora achlyos, a été vue, pour le moment, en nombre réduit. Mais qu’arriverait-il si jamais elle s’y plaisait?

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Crédits : Caroline Pascal, Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco

Une solution?

Revenir en arrière pour limiter l’augmentation de la température à 2 ⁰C, ce qui n’est pas une chose facile, irais-je jusqu’à dire envisageable. Il faut se rendre à l’évidence que la réalité parle. Si la température continue d’augmenter, les méduses en profiteront et contrôleront un jour les eaux salées.

Pour le moment, les eaux douces ne semblent pas être touchées. Mais la science connaît moins les méduses qui les habitent. Un autre sujet de recherche? En attendant, soyons prudents sur les plages des mers de notre planète.

Plus d’informations

Je me suis entretenue avec Mme Jacqueline Goy, attachée scientifique à l’Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco, qui est une passionnée des méduses depuis les années 60. J’ai tellement été soufflée par les propos de cette scientifique, que je partagerai avec vous la presque totalité de mon entrevue enregistrée le 30 juin dernier.

Pour pousser plus loin la recherche et l’information sur ce phénomène, voici un livre publié aux éditions du Rocher par Jacqueline Goy et Robert Calcagno à l’automne dernier : Méduses : À la conquête des océans.

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Crédits : Caroline Pascal, Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco