Blogue de Ève Christian

Un coup de fouet environnemental, ou Suzuki et ses amis

Jeudi 16 octobre 2014 à 17 h 30 | | Pour me joindre

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François Reeves, David Suzuki et Jean Lemire

Depuis le 24 septembre et jusqu’au 9 novembre, David Suzuki, généticien, communicateur scientifique, auteur et cofondateur de sa fondation, sillonne le Canada d’un océan à l’autre avec sa tournée Bleu Terre. Il veut passer son message, qui est bien simple en soi. « Y a-t-il un droit plus fondamental que celui de respirer de l’air pur, de boire de l’eau claire et propre, et de manger des aliments sains? Pensons aux générations futures et transmettons les leçons qu’on a apprises au cours de notre vie. »

J’ai eu la chance d’assister à la conférence « Une planète, un avenir : notre droit de vivre dans un environnement sain », qui a eu lieu au Jardin botanique le dimanche 12 octobre dernier. Suzuki était accompagné de deux autres scientifiques dignes de mention : le cardiologue François Reeves et le biologiste cinéaste Jean Lemire. Chacun à sa façon et selon son domaine d’expertise est venu exposer l’urgence de la situation pour prendre soin de notre environnement, au Canada, pour les générations futures. Ils étaient tellement passionnés qu’ils ont allumé une étincelle en moi et m’ont fait réaliser qu’il faut bouger, maintenant.

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 François Reeves

Dr François Reeves

Ce cardiologue a fait un parallèle intéressant entre la santé et l’environnement sain auquel tout humain a droit. Cet environnement qui, pour le moment, ne présente rien d’idéal. Il a évoqué des études faites récemment et communiquées par l’Organisation mondiale de la santé au printemps dernier. Ces données mettent en évidence un fort lien entre la pollution de l’air et l’occurrence élevée des maladies cardiovasculaires, ainsi qu’entre le cancer et la pollution de l’air. Certaines grandes villes ont un taux de pollution si élevé que si on avait réussi à en purifier l’air, sept millions de décès prématurés dans le monde auraient pu être évités en 2012. La pollution de l’air est dorénavant le principal risque environnemental pour la santé. En connaissant mieux les maladies provoquées par cette pollution atmosphérique et l’effet de l’exposition de l’humain aux polluants, on peut arriver avec les chiffres suivants (OMS) :

Décès dus à la pollution extérieure
  • 40 % : cardiopathies ischémiques
  • 40 % : accident vasculaire cérébral
  • 11 % : bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO)
  • 6 % : cancer du poumon
  • 3 % : infections aiguës des voies respiratoires inférieures chez l’enfant
Décès dus à la pollution intérieure
  • 34 % : accident vasculaire cérébral
  • 26 % : cardiopathies ischémiques
  • 22 % : bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO)
  • 12 % : infections aiguës des voies respiratoires inférieures chez l’enfant
  • 6 % : cancer du poumon

 

Le Dr Reeves a aussi utilisé un énoncé de Salim Yusuf, un collègue de l’Université McMaster, en Ontario, pour souligner un défi auquel la population devra faire face. « Après tout, la maladie coronarienne était peu fréquente avant 1830. Pourquoi ne pourrait-elle pas le redevenir en 2050? »

En fait, la révolution industrielle a inclus des nanoagresseurs, comme les appelle le Dr Reeves, dans notre quotidien. Si une ville les éradiquait complètement et était proactive d’un milieu vert, elle pourrait observer une réduction de 25 à 75 % de la morbidité cardiovasculaire. Il est prouvé que plus le taux de polluants augmente, plus s’élève le taux de calcifications artérielles, de thrombophlébites, d’infarctus aigus, d’AVC et de complications diabétiques.

Les nanoagresseurs alimentaires

Les nanoagresseurs aériens

  • Sel
  • Fructose et glucose
  • Gras trans
  • Acide phosphorique
  • Pesticides
  • CO2 (gaz carbonique – gaz à effet de serre)
  • NO2 (dioxyde d’azote)
  • SO2 (dioxyde de souffre – aérosols)
  • Particules fines (créées par les feux de forêt, les éruptions volcaniques et les activités humaines telles que le chauffage au bois, la combustion du charbon et les automobiles)
  • COV (composés organiques volatiles)
  • Ozone
  • Plomb, mercure

 

Des études hollandaises menées entre 1986 et 1994 sur 4492 personnes montrent que plus une population vit près d’une voie routière polluée, plus la mortalité cardiovasculaire est élevée. On observe une hausse de 95 % pour ceux qui habitent à moins de 50 mètres…

À Boston, de 1995 à 1996, on a remarqué que sur 772 infarctus, plusieurs ont été causés par des pics de pollution. Une hausse de 49 % a été constatée dans l’heure suivant un maximum, et 69 % dans les 24 heures suivantes.

Ce n’est pas compliqué, c’est mathématique. L’humain a besoin d’oxygène pour vivre. Est-ce qu’un jour, le taux actuel compris dans notre atmosphère de 21 % et essentiel à la vie diminuera dramatiquement? En adoptant des stratégies plus saines, en plus d’être économique dans le domaine de la santé, ce serait aussi bénéfique pour le climat!

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L’équipe du Sedna IV pour la mission 1000 jours pour la planète

Jean Lemire, biologiste

Sa mission 1000 jours pour la planète avec l’équipage du Sedna IV vient de se terminer. Évidemment, les nouvelles ne sont pas bonnes, comme on peut le constater en écoutant ses émissions sur RDI qu’on peut voir à partir de Tou.tv. Lors de cette conférence, il a abordé plusieurs points.

D’abord, la déforestation qui est un fléau de plus en plus important. On brûle les forêts, car couper les arbres prend trop de temps. La fumée occasionne des problèmes de santé pour les habitants de ces régions, les animaux paniquent, ne sachant plus où se diriger, et se retrouvent sans habitat. Certaines espèces seront ainsi enrayées de la surface de la planète.

D’après Lemire, la fin n’est pas loin, entre autres pour le rhinocéros de Sumatra et les éléphants de la province de Rio en Indonésie. Et ce qu’il dit rejoint le récent constat de la WWF (le Fonds mondial pour la nature), qui expose qu’en 40 ans (de 1970 à 2010), 52 % des espèces d’animaux de toutes sortes (mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et amphibiens) sont disparues de notre planète.

Le biologiste ajoutait à ça que 90 % des grands poissons prédateurs, responsables de l’équilibre marin, sont décimés et que 87 % des océans sont surexploités ou exploités à leur limite. Qu’arrivera-t-il au milliard d’humains qui dépend de la mer pour subsister? Que peut-on faire, nous de l’Amérique du Nord, pour enrayer cette pratique? S’informer sur les produits faits à base d’huile de palme, car en les achetant on contribue à détruire les forêts du monde.

Finalement, Jean Lemire nous a parlé du troisième et dernier volet de ces 1000 jours, pendant lequel le Sedna IV est allé naviguer sur le Saint-Laurent et en Arctique. Rappelez-vous qu’il y a tout juste 12 ans, en 2002, Lemire et le Sedna IV menaient leur mission Arctique. Le cinéaste dit que tout a tellement changé qu’il a de la difficulté à reconnaître certains lieux. Il ne faut plus penser à trouver de la glace arctique en été, c’est terminé.

Plusieurs bateaux de croisière y défilent maintenant et des entreprises minières s’y installent. D’ailleurs, quelle n’a pas été sa surprise d’avoir été chassé du Milne Inlet, pouponnière de narvals rappelant des souvenirs merveilleux à l’équipage, par un entrepreneur minier américain installé au fond du fjord. On lui indiquait que cet endroit était privé! Un quai profond est en construction et il servira à exploiter un des gisements de fer le plus pur au monde.

Son voyage l’a aussi mené près d’Anticosti, où il a constaté ce qu’a donné l’exploitation du pétrole de schiste pour les habitants de l’île. De 800 qu’ils étaient à la fin des années 1920, ils ne sont plus que 200 qui se demandent s’ils auront du travail dans quelques mois…

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David Suzuki

David Suzuki, le grand

C’est avec le chapeau de grand-père et d’aîné de la société que David Suzuki rencontre des gens de tous âges partout au Canada pour leur dire de prendre le flambeau afin d’assurer la pérennité de son enseignement sur notre environnement. Avec cette tournée, il veut sensibiliser la population canadienne pour que le droit d’avoir un environnement sain soit inscrit dans la Constitution de notre pays, comme ça l’est dans celle de 110 pays.

Avec l’inscription de tels droits, ça voudrait dire qu’un jour les Canadiens pourront boire l’eau directement de leur robinet sans crainte de devenir malade. Ça signifie que dans des villes comme Sarnia en Ontario, le droit des habitants de respirer un air pur passerait avant celui d’avoir des raffineries.

On est d’accord que ça ne changerait rien aux décisions prises par le passé comme celle des sables bitumineux, mais ça contribuera grandement à orienter les décisions économiques futures des entreprises en les obligeant à respecter l’environnement.

Les pays qui ont cette clause dans leur Constitution agissent pour améliorer le niveau de pollution et pour contrer les changements climatiques. Ils sont économiquement performants tout en offrant des soins de santé à moindres coûts. L’économie d’un pays ne peut pas être forte si les gens qui y vivent ne sont pas forts et en santé.

Il a évoqué son enfance au milieu du siècle dernier lorsque la nature était abondante et saine, et il l’a comparée avec aujourd’hui.

- Enfant, il ne connaissait pas le mot asthme, alors qu’aujourd’hui il y a autant d’asthmatiques dans une classe que de roux.
- Il pêchait avec son père tout près de chez lui à Vancouver. Maintenant, il doit faire des kilomètres pour y emmener ses petits-enfants.
- Et il n’aurait jamais cru qu’un jour on devrait payer plus cher pour de l’eau en bouteille que pour de l’essence!

Le Canada possède plus d’eau fraîche que n’importe quel autre pays, mais le mercure la pollue. Nos pratiques agricoles et industrielles actuelles ont tellement changé que, maintenant, chaque humain porte dans ses os et ses muscles, des douzaines de polluants toxiques à différentes doses.

Oui, on peut contribuer au changement, dit Suzuki

Suzuki a étalé des changements qui se sont faits au cours des dernières décennies. L’effondrement du mur de Berlin à la fin à la guerre froide, et qui a détruit l’Union soviétique, a été amorcer par des gens ordinaires. Nelson Mandela a fait cesser l’apartheid. Rachel Carson, scientifique auteure du livre Silent Spring, a fait changer les lois sur les pesticides. Plusieurs autres exemples ont été mentionnés. Rappelez-vous qu’il n’y a pas si longtemps, on fumait partout, et tout ça a changé. Des changements qu’on pourrait croire impossibles peuvent se produire, et parfois très rapidement.

Le défi qui nous attend est celui de voir le monde autrement, car la façon dont on le voit influence notre comportement face à lui. L’environnement fait partie intégrante de l’humain. Ce qu’on lui fait, on se le fait directement. Ses exemples parlent d’eux-mêmes. Ne voyons pas les forêts simplement comme de la pâte à papier et du bois de charpente à exporter, mais plutôt comme des bosquets secrets cachant des merveilles de la nature. Le sol n’est pas que de la poussière, il est un monde complexe d’organismes. Notre maison est notre chez-soi et non pas qu’un bien immobilier.

David Suzuki nous demande de travailler tous ensemble pour faire partie de ce changement et d’exiger que ce droit soit inscrit dans la Constitution canadienne. Une fois cette action faite, on aura enclenché le mouvement du changement. N’oublions pas que la santé de la planète et la nôtre sont reliées.

On en parle aussi à ma chronique science du 16 octobre 2014, avec Jean-Pierre Girard, animateur de L’heure de pointe à Radio-Canada Saguenay.

Pour s’informer sur la fondation de David Suzuki.