Blogue de Jean-Pierre Rogel

H7N9 : quelles sont les craintes?

Mercredi 17 avril 2013 à 16 h 24 | | Pour me joindre

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Mardi, l’agence de presse Chine nouvelle annonçait que le nouveau virus de la grippe aviaire H7N9 avait déjà fait au total 16 morts en Chine, deux semaines après sa détection sur des humains.

Selon les autorités, jusqu’ici 77 personnes ont été contaminées. Fait tout aussi inquiétant, la grippe s’était propagée à Pékin et à une province du centre du pays, alors que les cas étaient auparavant concentrés à Shanghai et dans trois provinces voisines.

Premier cas traité à Pékin, cette petite fille a pu quitter l’hôpital mardi. (photo AFP)

Mardi, une petite fille de 7 ans a été autorisée à sortir de l’hôpital où on la soignait depuis six jours. Elle est considérée comme guérie. À ce stade, tous les cas traités, aussi bien que ceux des patients qui hélas! décèdent, constituent de précieuses sources d’informations pour les médecins. Mais il faut faire vite pour en tirer les leçons pour la suite.

Des risques d’épidémie humaine? 

Ce qu’on redoute le plus, évidemment, c’est la transmission du virus d’homme à homme. La semaine dernière, l’OMS a bien souligné qu’il n’existe présentement aucune indication à cet effet, mais le risque doit être pris au sérieux pour deux raisons.

La première, c’est que les populations humaines n’ont jamais été exposées à un virus de type H7 et N9, et si le virus devenait transmissible d’humain à humain, une épidémie pourrait s’ensuivre.

La seconde, c’est que la composante « H » du virus possède une séquence génétique qui est connue pour muter vers une forme qui se lie plus facilement aux cellules humaines qu’aux cellules d’oiseaux. Le virus modifié pourrait-il alors être plus pathogène chez l’humain? On l’ignore, mais c’est ce qu’on craint.

Il faut apprendre, et vite

Dans la situation actuelle, on est au début d’une épidémie chez les oiseaux et on a observé la transmission volaille-homme. Mais on ignore beaucoup de faits qui ont une grande importance dans la lutte contre une éventuelle épidémie de grippe chez l’humain.

Un marché de volailles en Chine (photo AFP)

On ne connaît pas la source première du virus ni son réservoir naturel. C’est probablement une espèce d’oiseau sauvage, mais cela pourrait être une volaille. Par ailleurs, contrairement au virus H5N1, ce nouveau virus passe inaperçu chez de nombreuses volailles, ce qui complique la détection des voies de transmission de la maladie.

On travaille déjà sur un vaccin

La mesure la plus importante pour le moment, c’est de tenter de circonscrire la contagion entre oiseaux. Dès la détection du premier cas humain, les autorités ont ordonné la fermeture des marchés aux volailles vivantes et l’interdiction des courses de pigeons, un passe-temps populaire en Chine.

Mais dans un pays aussi peuplé que la Chine, où les hommes et les animaux cohabitent constamment, où les règles d’hygiène sont souvent bafouées, ces mesures sont difficiles à appliquer. Le virus suit aussi les nombreuses routes de voyage des hommes et des volailles, comme le montre la réalité de la propagation jusqu’à ce jour. Pour juguler le nouvel avatar de ce vieil ennemi de l’humanité qu’est la grippe, il faudra une solide combinaison de surveillance épidémiologique, de mesures de prévention, et de traitements médicaux appropriés.

À ce sujet, la vaccination massive reste la pierre angulaire d’une stratégie de lutte. Mais en ce moment, il n’existe pas de vaccin spécifique contre le virus H7N9, et la mise au point d’un tel vaccin — que certains experts jugent problématique — pourrait prendre plusieurs mois.

Une mission d’experts de l’OMS se rendra en Chine dans les prochains jours pour faire le point sur la situation.