Blogue de Ève Christian

Ces papillons qui migrent… et migrent

Vendredi 15 février 2013 à 16 h 38 | | Pour me joindre

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Je pense que beaucoup d’entre nous savent que les papillons migrent. Mais savons-nous que les monarques, particulièrement, font un voyage long de 4000 km pour aller passer l’hiver quelque part dans le sud? Attention : ce n’est pas aussi simple que de prendre l’avion et d’aboutir dans un tout compris sur les plages d’une île! Ce sanctuaire, qui reçoit des millions de monarques chaque année, a été longtemps recherché et c’est grâce à un zoologiste canadien, Fred Urquhart (1911-2002), que ce mystère a été résolu. Il a passé sa vie presque entière, à étudier, chercher, explorer où se situerait ce lieu qui reçoit ainsi chaque hiver des populations de papillons. Il l’a finalement découvert en 1975 : c’est dans les forêts de sapins sacrés aussi appelés oyamels, dans les montagnes de Michoacàn, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la ville de Mexico.

Une longue migration

Même si cette migration n’a pas divulgué encore tous ses secrets, on sait tout de même que l’aller nord-sud se fait habituellement par le même individu, contrairement au retour qui sera fait par ses rejetons, de la quatrième ou de la cinquième génération. Imaginez : partant des Grands Lacs, de Montréal ou même plus au nord, le monarque déploie ses petites ailes pour traverser plus de 4000 km de paysages, jusqu’aux montagnes mexicaines.

On peut difficilement imaginer comment ces petits insectes réussissent à trouver un chemin qu’ils n’ont jamais emprunté de leur vie! Plusieurs études ont tenté de résoudre ce mystère. Certaines indiquent qu’ils auraient un compas solaire dans leur cerveau, qui, par l’incidence de la lumière sur leurs antennes, leur indiquerait le sud par rapport à la position du Soleil. Mais que font-ils alors par temps nuageux?

C’est l’hypothèse suivante qui semble répondre à cela : les papillons auraient une boussole biologique interne, genre de GPS, basée sur le champ magnétique terrestre. Cette boussole correspondrait à des molécules présentes dans leur cerveau qui s’activent avec le changement de la position du Soleil dans le ciel à la fin de l’été et durant l’automne. Cette théorie serait plausible, car elle est corroborée par une étude faite au Panama qui a démontré que la présence d’un champ magnétique artificiel perturbe le vol d’un papillon nommé Aphrissa Statira.

Mais le ciel, les étoiles et les éléments météo peuvent aussi leur servir. Ils profitent du vent en altitude, mais pas stupidement. Ils s’y fient lors du segment sud-nord au printemps, mais ils corrigent leur trajectoire pour la portion nord-sud, car les vents les amèneraient trop à l’est. Certains systèmes météorologiques peuvent aussi les aider. Pour leur retour vers le nord, ils sont portés par des masses d’air chaud se déplaçant du sud au nord. Et à l’automne, les vols vers le sud sont favorisés par les zones de hautes pressions.

Les effets des changements climatiques sur cette migration

Des recherches et des explorations sur ce sanctuaire nous laissent des images fortes. Les arbres sont chargés de papillons orange à un point tel qu’on ne distingue plus leurs branches. Par contre, des milliers d’autres tapissent le sol, morts. Je me suis entretenue avec Maxim Larrivée, chef de section de la recherche et des collections à l’Insectarium de Montréal. Il nous explique que les responsables seraient les impacts des changements climatiques.

Un autre effet du climat qui se réchauffe est l’observation d’une multitude de papillons beaucoup plus au nord : Edmonton, Abitibi… Du jamais vu!

Le problème qui peut survenir est que l’asclépiade, la plante dont se nourrissent la chenille puis le papillon, ne suive pas cette évolution vers le nord. Écoutons Maxim nous en parler.

Oasis pour attirer ces beaux papillons


Il est possible de construire dans notre cour ou notre jardin, une oasis à papillon en plantant de l’asclépiade, l’unique plante qui sert à nourrir les chenilles. Pour le papillon, il faut simplement des fleurs à nectar, comme l’échinacée, le buisson à papillons ou la rudbeckie. Maxim Larrivée nous explique.

Si vous passez par Montréal…


La vie des monarques est fascinante. Si vous passez dans la région de Montréal au cours des prochaines semaines, ne manquez pas ces deux événements qui sont reliés aux papillons monarques : la 16e édition de Papillons en liberté dans la grande serre du Jardin botanique qui se termine le 28 avril, et le film en 3D L’incroyable voyage des papillons qui sera présenté au cinéma Imax du Centre des Sciences du Vieux-Port de Montréal jusqu’à la fin de l’été. J’ai expérimenté les deux événements, et c’est simplement épatant et ahurissant!

À la chronique radio cette semaine

Avec Jean-Pierre Girard, animateur de l’Heure de pointe, le 14 février à Radio-Canada, Saguenay, on discute entre autres de la façon dont les générations de papillons effectuent cette migration aller-retour du Canada au Mexique et de l’étiquetage de M. Urquhart. Tout ça, bien sûr, avec la contribution de Maxim Larrivée. À écouter pour s’émerveiller!