Blogue de Ève Christian

L’explosion de Toungouska

Vendredi 8 février 2013 à 15 h 03 | | Pour me joindre

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Dans ma chronique radio cette semaine, je présente Apophis, 2012 DA14 et 2011 AG5. Ce sont trois astéroïdes parmi les milliers qui ont rendu ou rendront visite à notre planète, de près ou de loin… Par chance, la presque majorité passe tout droit, mais quelques-uns ont tout de même laissé des cicatrices de leur passage dans notre voisinage.

Meteor Crater in Arizona
Cratère en Arizona

Meteor Crater – Arizona

Ce cratère, sur les bords duquel on peut se promener – ce qui est vraiment impressionnant croyez-moi! – est justement le souvenir laissé par un astéroïde d’une cinquantaine de mètres, il y a 50 000 ans. Arrivant dans l’atmosphère terrestre à 43 200 km/h, il s’est écrasé sans douceur pour causer un cratère de 1,2 km de diamètre et de 200 mètres de profondeur.

Toungouska ou la forêt soufflée

Beaucoup plus récemment, le 30 juin 1908 un peu après 7 h, une explosion phénoménale s’est produite à une dizaine de kilomètres au-dessus de la rivière Toungouska, en Sibérie centrale, en Russie. À cette époque, cette région de collines recouvertes par la taïga est peu peuplée. On y trouve surtout des éleveurs de rennes.

D’après les documents historiques, seuls de rares témoignages ont été archivés. Ils font état d’une traînée de lumière bleutée dans le ciel, longue de 800 km, aussi brillante que le soleil, puis quelques minutes plus tard, d’un flash au loin. L’habitant d’un village situé à 60 km de l’explosion raconte qu’il était assis au poste de traite de Vanavara et qu’il a été expulsé de sa chaise par le souffle de chaleur. Il la ressentait tellement intensément qu’il croyait son chandail en feu. Voici son récit : « Soudainement, le ciel du Nord fut coupé en deux et très haut, au-dessus de la forêt, toute la partie nord du ciel apparut comme couverte de feu. Au même moment, il y eut un BANG, suivi par un bruit ressemblant à des pierres tombant du ciel ou à des coups de canon. La terre tremblait. »

L’explosion était tel que son onde de choc équivalait à des milliers de fois celle qu’a générée la bombe d’Hiroshima. À l’observatoire magnétique et météo d’Irkoutsk, à 1000 km de là, l’explosion a été enregistrée comme un séisme de magnitude 5. Elle a détruit la forêt entière dans un rayon de plus de 20 km, abattant 60 millions d’arbres. Le souffle a fait des dégâts sur plus d’une centaine de kilomètres, de nombreux incendies ont brûlé des zones forestières pendant plusieurs semaines et la déflagration a été entendue dans un rayon de 1500 km. Localement, des centaines de rennes ont été tués, mais aucune perte de vie humaine n’est mentionnée.

Tout le ciel en a été perturbé

Un tourbillon de poussières et de cendres s’est déplacé jusqu’en Espagne par les courants en haute altitude. Des halos se sont formés dans la haute atmosphère et se sont étendus sur tout le continent. Les couchers de soleil étaient très colorés et une luminosité nocturne exceptionnelle éclairait l’Europe occidentale, à un point tel qu’on pouvait lire un journal pendant la nuit! En raison de l’explosion relativement récente du Krakatoa en Indonésie en 1883, les scientifiques ont pensé à l’éruption d’un volcan, car en éjectant d’énormes quantités de poussières dans l’atmosphère, il avait généré des phénomènes lumineux semblables.

Ce qui s’est vraiment passé?

Plusieurs explications ont été avancées, mais d’après les enquêtes de Leonid Kulik, un météorologue russe, curateur en chef de la collection des météorites du Musée de Saint-Pétersbourg, c’est l’hypothèse de la chute d’une météorite qui est la plus plausible.

La zone d’explosion étant tellement éloignée, et les conditions en Sibérie, difficiles, ce n’est qu’en 1927 que Kulik a réussi à se rendre sur place avec une expédition scientifique. Il s’attend à trouver un cratère d’impact ou des fragments de météorite, mais rien de cela n’est observé. En revanche, il découvre des sphères riches en matériaux normalement trouvés dans les météorites, ce qui le pousse à conclure à l’explosion d’une météorite en vol. Il observe, sur plus de 30 km, des millions d’arbres couchés au sol, comme des allumettes, dans toutes les directions, leurs troncs semblant indiquer directement l’épicentre de l’explosion. D’autres arbres debout, dénudés de branches et d’écorce comme des poteaux téléphoniques, font croire aux conséquences d’une onde de choc très rapide.

Selon les observations de Kulik, cette roche de l’espace mesurerait environ 50 mètres de diamètre et sa masse serait de 10 millions de tonnes. Elle aurait pénétré dans l’atmosphère terrestre à environ 54 000 km/h en chauffant l’air à 25 000 ˚C. À 7 h 17, à une altitude d’environ 8 km, l’effet combiné de la pression et de la chaleur a fragmenté la météorite et l’a anéantie en produisant une boule de feu et en relâchant une incroyable énergie. Aucun cratère d’impact n’a été identifié, car presque tout l’objet rocheux aurait été consumé lors de l’explosion.

Comète? Météorite? Astéroïde?

Après l’époque Kulik, deux autres expéditions sont retournées enquêter, en 1958 et en 1961. Plusieurs hypothèses farfelues ont été avancées pour expliquer cet événement, comme une boule de foudre, des tonnes de méthane échappé de conduits volcaniques, un minitrou noir et même un vaisseau spatial extraterrestre. Mais la vérité hésite entre deux solutions : une comète glacée ou un astéroïde rocheux.

Une étude américaine a conclu, en 1993, que l’événement de la Toungouska était dû à l’explosion d’un petit noyau de comète composé de gaz gelé. Des études faites en 2007 ont, d’une part, réajusté la masse de l’objet à la baisse à 62 000 tonnes et, d’autre part, trouvé des similitudes avec la comète 97P/1906 V2 et l’astéroïde 2000 WK63.

Même plus de 100 ans après cet événement, rien n’est encore clair sur ce qui est arrivé. Cependant, pour tous les astronomes, c’est LE sujet de conversation lorsqu’il est question de chute de météorites. N’oublions pas que cet événement demeure la plus grosse explosion connue de l’ère humaine due à la rencontre d’un astéroïde avec la terre.

Représentation de la ceinture principale d'astéroïdes
Représentation de la ceinture principale d’astéroïdes

Attention : chute d’astéroïdes

Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure à savoir si une roche nous tombera sur la tête. Des experts de la NASA surveillent les objets célestes qui pourraient croiser de trop près l’orbite terrestre et risquer de s’y écraser. Ils estiment qu’en moyenne, une météorite de la grosseur de celle de la Toungouska entrerait dans l’atmosphère terrestre une fois tous les 300 ans. Des objets plus petits traversent beaucoup plus fréquemment l’atmosphère, mais elle les vaporise pour les transformer en étoiles filantes.

À la chronique radio cette semaine

J’annonce à Jean-Pierre Girard, animateur de L’heure de pointe, le 7 février à Radio-Canada Saguenay, la visite de l’astéroïde 2012 DA14, qui frôlera la terre le 15 février à une distance jamais observée depuis que les objets célestes sont surveillés par la NASA. À écouter pour se rassurer que la fin du monde n’est pas pour le 15 février 2013!