Blogue de Ève Christian

La pseudo-science… ou comment être critique face à la fin du monde!

Lundi 3 décembre 2012 à 17 h 19 | | Pour me joindre

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On en parle beaucoup ces jours-ci et c’est normal, car l’événement approche. Cette fin du monde attendue depuis des décennies est prévue, je vous le rappelle, pour le 21 décembre 2012. Dire que ce mythe est parti d’une mésinterprétation d’un calendrier maya et d’un amalgame de suppositions cataclysmiques, qui ont été propagées dans un langage pseudo-scientifique par de milliers de sites web et de charlatans…! Mais restons zen : cela n’arrivera pas. Pas tout de suite en tout cas.

D’abord, on doit savoir que les Mayas avaient de très bons calendriers, bien précis, qui confirment que les savants de cette civilisation étaient des érudits en mathématiques et en astronomie. Les interprétations qu’en ont faites de supposés experts concluaient à la fin du monde en 2012. Mais nulle part il n’en était question dans leurs calendriers. Et de un.

Les cataclysmes en provenance du ciel

Parmi les catastrophes qui étaient censées déclencher l’arrêt de la vie sur Terre, il y a celles qui proviennent du ciel, soit des collisions avec des astéroïdes et des planètes connues ou même simplement inventées comme Nibiru; un alignement complètement farfelu des planètes; une activité solaire d’une intensité incomparable; un trou noir qui attirerait la Terre… Astronomiquement parlant, tout ça est baliverne. Et de deux.

Les cataclysmes en provenance de la terre

Ceux-là pourraient sembler plausibles, car ils sont naturels et on les connaît : tremblements de terre, tsunamis, supervolcans. Selon la prophétie, ils auraient une telle puissance qu’ils causeraient la destruction de l’humanité et de ses infrastructures. Foutaise. Même si on croit que les tremblements de terre sont plus fréquents ces derniers temps, il n’en est rien. N’oublions pas que les centres de séismologie ont accès à une meilleure technologie qu’il y a 30 ou 40 ans pour détecter les plus faibles séismes, d’où notre impression qu’il y en a plus. Mais c’est une fausse impression. Et de trois.

Voilà pour le résumé des éléments qui devaient être responsables de l’apocalypse de 2012.

Sources d’inquiétudes

Depuis la nuit des temps, des événements font peur et soulèvent l’inquiétude. Rappelez-vous ce qui planait à l’approche du nouveau millénaire, « le bogue de l’an 2000 » comme on disait. À travers les âges, des éclipses totales de Soleil ont créé leur lot de mystère, de celle dans l’album Tintin et le temple du Soleil, jusqu’à celle du 11 août 1999.

Des livres, plus ou moins crédibles, ont aussi contribué à semer la terreur. George Orwell et son 1984, Apocalypse 2012 écrit par le journaliste Lawrence Joseph (après avoir enquêté auprès de chamans guatémaltèques, rencontré des géophysiciens, des vulcanologues, des spécialistes du Soleil et lu des textes sacrés religieux, chinois, musulmans et bibliques…) et un ouvrage rédigé par un soi-disant scientifique de la NASA en 1984, dans lequel on apprend que l’axe de rotation de la Terre va s’inverser. Évidemment…

Et que dire des films à catastrophes comme Tremblement de terre, The day after ou 2012? Ce dernier est selon la NASA, le film scientifique le plus stupide et absurde jamais réalisé, un exemple exceptionnel de la mauvaise science faite par Hollywood. Il tire avantage des inquiétudes des gens concernant la supposée fin du monde et sème la confusion entre la fiction et la potentielle réalité. Un exemple de fausseté scientifique du film? L’utilisation des particules de neutrinos qui cause les éruptions solaires, les tremblements de terre, les ouragans et les tsunamis est totalement fausse, car ces particules ne peuvent pas interagir avec des substances physiques!

Accès facile à l’information… quelle qu’elle soit

De nos jours, l’accès à l’information, fausse ou réelle, est très facile. Le problème est plutôt de trouver des sources d’information fiables. Il faut aussi faire attention aux phrases savantes ou au jargon compliqué employés pour expliquer des théories révolutionnaires que nous servent les experts. Le langage scientifique parfois utilisé pour expliquer un phénomène ou un événement peut impressionner l’auditeur et lui faire croire que la personne qui parle « doit savoir ce qu’elle dit, et puisqu’elle semble si convaincue, ça doit être vrai ce qu’elle avance ». Attention : ce n’est pas parce que l’explication est compliquée que la personne qui l’énonce a nécessairement raison.

Se méfier du jargon pseudo-scientifique

Si quelqu’un dans les médias essaie de vous convaincre de quelque chose qui vous semble surprenant ou qui vient ébranler vos connaissances, n’hésitez pas à vous poser des questions et ne prenez rien au pied de la lettre. Quand vous avez un doute, il faut vérifier, toujours se méfier des supposés experts qui évoquent les événements, s’assurer de leurs domaines de connaissance, ne pas se laisser impressionner par des titres (professeurs, chercheurs, experts, scientologues) ou des noms d’institutions ou de groupes qui n’ont de prestigieux que leur appellation.

On vous présente un expert? Un expert en quoi? Il faut s’assurer du domaine d’expertise des gens. Un employé de la NASA, spécialiste des systèmes de navigation des fusées, n’est pas pour autant un expert en tremblement de terre, par exemple.

Je me suis entretenue avec le physicien Sébastien Gauthier, fondateur du site Cosmagora, une entreprise de communication scientifique vouée à la diffusion de la science, au sujet de la confiance que doivent avoir les gens envers les scientifiques. Outre les conseils donnés précédemment, il soutient que si quelqu’un avance quelque chose d’extraordinaire ou de complètement nouveau, il doit aussi amener des preuves extraordinaires pour appuyer ce qu’il dit. Écoutons-le :

Faites-vous confiance. En cas de doute, approfondissez vos recherches!

À la chronique radio cette semaine

Avec Jean-Pierre Girard, animateur de l’Heure de pointe, le 29 novembre à Radio-Canada Saguenay, je déboulonne toutes les hypothèses avec détails de ce mythe persistant, mais qui tire à sa fin. Et ne vous inquiétez pas : rien n’arrivera à notre Terre en 2012. Elle devrait encore tourner pendant 4 milliards d’années. On reporte donc la fin du monde à une date ultérieure!

Un merci bien spécial à Sébastien Gauthier, pour notre conversation dont quelques bribes sont partagées avec vous au fil du blogue et de la chronique radio. À écouter pour tout savoir!