Blogue de Ève Christian

Des génies et leurs inventions

Vendredi 23 novembre 2012 à 15 h 53 | | Pour me joindre

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À Montréal, du 14 au 19 novembre derniers, c’était la 35e édition du Salon du livre. Ça m’a donné le goût de présenter un superbe livre intitulé Les génies et leurs grandes inventions, publié aux éditions Le courrier du livre. On y trace le portrait de 27 hommes et d’une femme qui sont des génies à leur façon. D’Archimède à Franklin, de Gutenberg aux frères Lumière, qu’ils soient plus ou moins connus, ils ont tous fait avancer la science grâce à leur imagination. On les découvre par le récit qui est accompagné de nombreuses illustrations et d’importants fac-similés glissés dans des enveloppes. Un petit bijou pour ceux qui s’intéressent à la science. Je vous en présente deux.

Cornelius Drebbel

Néerlandais né en 1572 et mort en 1633, Drebbel est l’un des inventeurs les plus prolifiques du 17e siècle. Peu scolarisé, son rôle d’apprenti auprès d’un peintre, graveur et éditeur hollandais lui ouvre bien des horizons. Il apprend l’alchimie, ce qui oriente son travail pour le reste de sa vie vers les éléments de cet art : la terre, le feu, l’air et l’eau.

Sa première invention est le Perpetuum Mobile, une horloge astronomique qui indique l’heure, le jour et la date, les phases de la Lune, la position du Soleil et des planètes. Cet appareil, qui fonctionne avec l’énergie provenant des changements de pression et de température de l’air, est breveté en 1604. Drebbel est très fier de cette invention qui le rend notoire dans toute l’Europe.

Son imagination ne s’arrête pas là. Il invente plusieurs autres objets, dont un four à pain utilisé par l’armée hollandaise ainsi qu’un climatiseur. Il expérimente aussi avec la lumière et les lentilles pour construire un des premiers microscopes. Mais l’invention qui a surtout intéressé la météorologue que je suis, c’est celle d’un thermomètre qui est assez particulier par le fait qu’il n’a pas d’échelle de graduation. Il donne la tendance de la température en se servant de la dilatation et de la contraction de l’air enfermé dans un tube en verre.

À l’époque, les inventeurs de thermoscopes étaient nombreux, mais celui conçu par Drebbel influence beaucoup les hommes de sciences qui l’ont succédé, dont Gabriel Fahrenheit (né 50 ans après Drebbel, il a mis sur pied un prototype du thermomètre moderne à liquide, alcool d’abord puis mercure ensuite, dont la graduation précise de température définie par des points fixes, porte son nom).

Le summum du génie créateur de Drebbel est plutôt la création et l’essai des premiers sous-marins au monde. Entre 1620 et 1624, il en construit trois variantes dont certaines sont essayées dans la Tamise. Ces sous-marins peuvent descendre jusqu’à quatre ou cinq mètres de profondeur et rester immergés pendant plusieurs heures.

Cependant, il y a un problème : ils ont besoin de rameurs pour avancer! La double coque hermétique en bois est percée de trous latéraux rendus étanches qui laissent passer les rames. D’après certaines hypothèses, les rameurs devaient respirer soit à l’aide de longs tubes, soit avec de l’oxygène résultant d’une réaction chimique faite en chauffant du nitrate de potassium.

Il tenta de convaincre la Marine royale anglaise d’adopter ses sous-marins à des fins militaires, mais en vain. Il a fallu 150 ans de plus pour que les sous-marins participent à une guerre! Il était un peu en avant de son temps…

Tim Berners-Lee

Cet autre génie, physicien et informaticien anglais, est de notre temps : il est né en 1955. L’homme est peu connu, mais son invention l’est beaucoup! À l’origine, c’est l’électronique qui intéresse Tim; encore petit garçon, il contrôle son train miniature en bâtissant des circuits. Mais c’est en tant qu’étudiant en physique à l’Université d’Oxford qu’il construit son premier ordinateur. À l’obtention de son diplôme, en 1976, il travaille comme ingénieur système dans plusieurs compagnies.

Puis, en 1980, il passe six mois dans le laboratoire de physique des particules au Conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN). Pour son travail, il a besoin d’un système informatique pour l’aider à stocker et à récupérer ses informations. Comme il ne trouve rien à son goût, il l’imagine! Berners-Lee avait compris le principe qui dit qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même!

Revenons donc à son système appelé Enquire, qui s’avère être le précurseur du web. Basé sur les références croisées d’un document, il permet à un ordinateur d’ouvrir un autre document apparenté. En 1989, il présente sa vision d’un « système informatique universel » qui organise les énormes volumes d’informations générées au CERN.

Fortement inspiré par son second passage au laboratoire cinq ans auparavant, il trouvait frustrant que les systèmes d’opération et les documents rédigés avec des logiciels différents soient si incompatibles. Il suggère donc, dans son mémoire, qu’un réseau de liens est plus utile que le système hiérarchique fixe existant et est encouragé par son directeur à développer son idée.

Avec un collègue informaticien, Robert Cailliau, ils créent, en 1990, toutes les composantes fondamentales du web :

  • le HTML, langage universel pour écrire les documents liés (c.-à-d. les pages web),
  • le serveur web, qui est en soi le logiciel répondant aux requêtes des liens hypertextes,
  • le HTTP (Hypertext Transfer Protocol), langage utilisé par les ordinateurs pour communiquer les requêtes du lien hypertexte et
  • le WWW (World Wide Web), le premier navigateur web servant à visualiser les documents présents sur les serveurs web.

En 1991, Berners-Lee met ses logiciels à la disposition des gens extérieurs au CERN, et l’idée prend rapidement de l’ampleur. Trois ans plus tard, le web a tellement profité que chaque ressource a besoin d’une adresse unique sur Internet. Il crée donc l’URL (Uniform Resource Locator), le format des adresses web. Il n’a fallu que quelques années pour que des millions de personnes surfent régulièrement en ligne et que Berners-Lee reçoive de nombreuses récompenses pour son invention.

À la chronique radio cette semaine

Je présente à Jean-Pierre Girard, animateur de L’heure de pointe du 22 novembre à Radio-Canada Saguenay, une collection de livres qui saura répondre à plusieurs questions plus ou moins simples de la vie courante, du genre pourquoi les girafes ont des taches… À écouter pour tout savoir!