Blogue de Ève Christian

Usain Bolt contre les guépards

vendredi 24 août 2012 à 15 h 23 | | Pour me joindre

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Vous avez vu ces courses de 100 m et de 200 m chez les hommes aux Olympiques de Londres? Avez-vous remarqué comment défilaient les mètres sous les semelles du Jamaïcain Usain Bolt, le double médaillé d’or sur ces courtes distances?

Si j’étais analyste sportive, je dirais : « Suite à un départ plutôt ordinaire (hum, hum), Usain Bolt développe une accélération importante et impressionnante vers le milieu de la course, pour terminer d’une façon, disons plutôt décontractée et évidemment, remporter la médaille d’or! »

Probablement inconsciemment, la technique de course d’Usain Bolt s’inspire de celle d’un animal…

Usain Bolt – AFP/Fabrice Coffrini

Le guépard, l’animal le plus rapide de la planète

Lors des vitesses de pointe, un guépard en milieu naturel peut courir à plus de 110 km/h. Si l’on extrapole linéairement, le guépard ferait la distance de 100 m en 3,27 s, alors que Bolt l’a fait en 9,63 s. C’est trois fois moins pour le guépard! Bon, d’accord, Bolt n’a que deux jambes et le guépard, quatre pattes. Il y a donc quelque chose d’irrégulier dans cette comparaison. Eh bien, pas tant que cela.

Le Journal of Experimental Biology a publié une étude faite par des chercheurs britanniques qui ont trouvé des points communs entre la biomécanique de la course du guépard et celle du Jamaïcain.

La première partie de l’étude tentait de comprendre pourquoi deux animaux assez semblables en ce qui concerne la taille et le type de galop ont des vitesses de course si différentes. On a donc comparé aux guépards, les chiens lévriers Greyhound dont la vitesse moyenne est d’environ 60 km/h. Ces chiens réussissent à tenir tête à des chevaux de course, mais restent loin derrière les félins africains.

Oscar le guépard contre Humphrey le lévrier

La difficulté de cette première étape était d’installer sur les blocs de départ, Oscar et Humphrey. On a donc procédé en deux moments différents. Pour le lévrier, il a été assez facile de mesurer sa vitesse en le faisant courir sur une piste dans un labo. Pour le guépard, c’était un peu plus compliqué.

Les chercheurs ont aménagé en plein air, au zoo de Whipsnade en Grande-Bretagne, une piste sur laquelle étaient installées des plaques sensibles à la pression, le tout sous l’œil de caméras ultrarapides.

Comme ce guépard a été élevé en captivité, il n’a jamais été obligé de courir à pleine vapeur en nature pour attraper sa proie. Même malgré les essais pour attirer le guépard avec des morceaux de poulet tirés par un câble, Oscar n’a jamais dépassé la vitesse obtenue par le lévrier, soit 65 km/h. Il savait bien qu’on le nourrirait plus tard! Cependant, cette expérience n’a pas été vaine. Les caméras ont transmis des images sur les différentes façons de courir d’Oscar et de Humphrey, et grâce à ces différences, on comprend beaucoup de choses.

Un guépard en pleine course – AP Photo/The Florida Times-Union, Bruce Lipsky

Deux différences qui en font toute une!

D’abord, les chercheurs ont constaté que ces deux animaux ont le même genre de galop rotatoire. Les pattes avant et arrière se rejoignent et se déploient en même temps. Toutefois, à vitesse équivalente, les foulées du guépard sont beaucoup plus longues que celles du lévrier. En moyenne, elles mesurent six mètres. Ainsi, à grande vitesse, dans la nature, on estime qu’elles peuvent facilement atteindre et dépasser sept mètres.

Tout au long de sa course, Oscar garde la même longueur de foulée, mais il accélère le rythme très facilement. Au départ, il faisait 3,2 foulées par seconde pour finalement atteindre le chiffre de quatre. La cadence du lévrier est plus rapide au départ de la course (3,5 foulées par seconde). Mais contrairement au guépard, elle reste à peu près constante lors de l’accélération.

La deuxième différence est que les pattes d’Oscar le guépard restent au sol plus longtemps que celles d’Humphrey le lévrier. Le résultat? Plus longue est la durée des appuis au sol, plus la force vers le sol est importante et plus la vitesse augmente.

Les similitudes avec Usain Bolt

Chez Usain Bolt, l’humain, en plus des similitudes avec le guépard sur le rythme (départ lent et accélération en milieu de course), les foulées sont très longues et moins nombreuses par rapport à celles de ses concurrents. Des 41 enjambées nécessaires pour franchir le 100 m, certaines dépassaient 2,6 m. À titre de comparaison, le deuxième à atteindre la ligne d’arrivée l’a fait en 44,5 foulées et en 12 centièmes de seconde de plus.

La grande taille (1,96 m) de Bolt, sa puissance, sa cadence élevée et la force considérable qu’il réussit à transmettre au sol en gardant ses pieds plus longtemps en contact avec la piste, à l’instar du guépard, font de lui l’homme le plus rapide de la Terre. Mais il a encore de l’entraînement à faire pour se mesurer au guépard, le félin le plus rapide des mammifères!

Sarah le guépard femelle : la vraie championne du 100 m!

Le 20 juin dernier, le zoo de Cincinnati s’est amusé à chronométrer cinq guépards en course. Le plus lent, qui semblait faire une promenade de santé, a parcouru 100 m en 9,97 s. Mais la plus rapide, c’est Sarah, 11 ans. Elle bat Bolt sans problème. Son 100 m, elle l’a franchi en 5,95 s! Et dites-vous que cette course n’était que « pour le plaisir ». Sarah trouvait amusant de bondir hors de l’arrière du camion et de courir après des animaux en peluche tirés à grande vitesse en pleine prairie. Dans la nature, elle aurait fait encore plus vite en courant après son lunch, l’antilope!