Blogue de Ève Christian

Le passage de Vénus devant le Soleil

Vendredi 25 mai 2012 à 18 h 22 | | Pour me joindre

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Le 5 juin 2012 (ou le 6 dans l’hémisphère est), il se passera un événement très rare. En fait, depuis 2000 ans avant Jésus-Christ, ce n’est arrivé que 53 fois. Et la dernière remonte au 8 juin 2004. De quoi s’agit-il? Du passage de la planète Vénus devant le Soleil. Ces passages, qu’on nomme parfois erronément « transits » (mot anglophone), se produisent par paire à 8 ans d’intervalle et chacune d’elle est séparée de la suivante de 105,5 ou 121,5 années, en alternance. Ceci veut dire que si le rendez-vous du 5 juin est manqué, il faudra vivre bien vieux pour voir le suivant, dans 113 ans.

En réalité, Vénus, deuxième planète à partir du Soleil et qui tourne autour tout comme la Terre, passe tous les 584 jours entre ces deux astres. Mais le fait que l’orbite vénusienne soit inclinée de 3,4 degrés par rapport à celle de la Terre, elle passe trop au-dessus ou trop en dessous du Soleil pour qu’on puisse l’observer. Cependant, 13 à 14 fois par millénaire, il arrive que l’alignement des trois astres soit parfait : ce sont les moments des passages de Vénus.

Une seule autre planète peut nous offrir un tel spectacle, et c’est Mercure, car elle est aussi située entre nous et le Soleil. Ses passages sont un peu moins rares, ils arrivent environ 13 fois par siècle, et moins spectaculaires, car Mercure est beaucoup plus petite que Vénus.

La planète Vénus
La planète Vénus

Le spectacle en détail

Au moment de son passage, Vénus se déplacera entre la Terre et le Soleil et créera une éclipse très partielle du Soleil. Un peu comme lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil et provoque une éclipse de Soleil. La différence tient au fait que la grosseur de la Lune et sa distance avec la Terre et le Soleil étant idéales, la Lune cache complètement l’astre du jour. Vénus est plus grosse que la Lune, mais étant plus loin, elle n’obscurcira pas beaucoup le Soleil. On la verra déambuler devant lui comme un petit disque noir, mesurant environ 1/32e de la taille du Soleil.

Selon l’endroit où vous serez le 5 juin prochain, vous devriez pouvoir observer à tout le moins une partie de ce passage. Dans presque toute l’Amérique du Nord, on ne verra que la première phase : l’arrivée de Vénus devant le Soleil dans son coin supérieur puis, 17 minutes plus tard, son entrée complète suivie de sa « descente » en traversant le disque solaire. Mais malheureusement, on n’en verra pas plus, car le Soleil se couchera avant que n’en ressorte Vénus. Plus on sera à l’ouest, plus on aura la chance d’observer le phénomène longtemps. Sur les sept continents, il sera possible de voir le passage pendant les 6 heures 40 minutes qu’il durera au total. Ces chanceux habitent les régions longeant l’ouest de l’océan Pacifique, à Hawaï, en Nouvelle-Zélande, en Alaska, au Yukon et dans une partie de l’Antarctique (j’espère que les manchots en profiteront!)

Impression artistique du manchot Kairuku waitaki.
Impression artistique du manchot Kairuku waitaki. Geology Museum,

Les points spectaculaires sont quand la planète touche le limbe du Soleil, puis quand elle passe entièrement à l’intérieur du disque solaire et, évidemment, quand le processus inverse se produit et qu’elle quitte le Soleil.

La goutte noire

Aux moments où Vénus s’apprête à toucher le disque solaire et à la toute fin de la traversée, quand elle finit d’en sortir, on peut observer l’« effet de la goutte noire ». Pendant environ une minute, la planète semble alors reliée au bord solaire par une forme sombre comme un fil noir qui semble s’écouler du disque de Vénus, d’où son appellation. Pendant longtemps, il y a eu un débat à savoir si ce phénomène existait vraiment, car il n’était pas visible par tous. La cause de cette goutte noire a été longtemps ambiguë.

Est-ce une déformation physique du disque vénusien, un effet de l’atmosphère de la Terre ou de Vénus ou une illusion d’optique? Plusieurs études, faites autant grâce à des sondes dans l’atmosphère qu’à des observatoires ici sur Terre, sont réalisées à ce propos. Ce qui en ressort est que la qualité de l’instrument et du ciel change l’apparence du phénomène, qui serait probablement relié à un phénomène optique dû à l’atmosphère entourant Vénus.

L’arc de Vénus

En 2004, les scientifiques n’étaient pas prêts à ce qu’ils allaient observer. Mais là, le passage de Vénus est attendu de pied ferme, surtout pour observer un phénomène qui était jusqu’à maintenant insaisissable : l’arc de Vénus. Il a été aperçu en 2004. C’est comme un anneau brillant qui enveloppe la planète au moment où elle commence à se déplacer devant le Soleil. Comme si elle était devenue un arc de feu pour un court instant. Maintenant, les astronomes savent qu’il s’agit de l’atmosphère de Vénus qui réfracte la lumière solaire passant dans les couches d’air au-dessus des nuages vénusiens. L’arc de lumière que ça crée était visible par les télescopes terrestres et ceux installés dans l’espace permettant ainsi aux astronomes d’étudier les mystères entourant cet atmosphère de Vénus. Vénus et la Terre sont des planètes si similaires et en même temps si différentes. En étudiant l’une, on peut mieux comprendre l’autre. La NASA explique en détails ce qu’il en est.

N’ajustez pas votre appareil, mais la prudence est de mise!

Attention : il est très dangereux d’observer le Soleil directement, et ce, en tout temps, pas seulement lors d’éclipses! Les risques de brûlures permanentes de la rétine de l’œil et, en particulier, de sa partie centrale appelée la macula sont bien réels. Cette brûlure est insidieuse, elle ne fait pas mal, mais les cellules qui seront détruites ne se régénéreront jamais. Il faut donc en utiliser un filtre spécialement conçu, comme les verres de soudeur no14 – et rien de moindre, qu’on peut trouver dans la plupart des quincailleries, ou les filtres spécialement conçus et homologués pour l’observation sécuritaire du Soleil, disponibles dans les boutiques d’astronomie. Tout autre supposé filtre, y compris les lunettes soleil même très dispendieuses, n’est pas sécuritaire. Avisez surtout les enfants afin qu’ils gardent en tête ce conseil pendant toute leur vie.

Plusieurs trucs pour l’observation sécuritaire

Une fois bien équipé avec des lunettes protectrices spéciales, si on a une bonne vue, on peut apercevoir à l’œil nu le minuscule disque de Vénus passant devant le Soleil. Mais pour vraiment jouir du spectacle, l’idéal est de se servir de jumelles ou d’un télescope équipé obligatoirement d’un filtre solaire.

Cependant, il y a plusieurs autres façons d’observer ce phénomène : en bricolant une boîte à soleil, ou, comme indiqué sur le site du Planétarium de Montréal, en projetant le passage sur un écran à l’aide de jumelles ou d’un télescope ou en confectionnant un abat-jour, ce qui permet à plusieurs personnes d’observer en même temps.

Des points de rencontre

Plusieurs activités sont aussi organisées dans plusieurs régions. Vous y recevrez des conseils de gens qualifiés, des astronomes amateurs et professionnels, et pourrez utiliser des moyens d’observation appropriés. Voici les lieux de rencontres organisées au Québec et au Canada. Pour les autres régions, surveillez les sites web.

Une fois dans une vie

Le phénomène débutera à 22 h 9 min 38 s, temps universel, et se terminera à 4 h 49 min 35 s. Vous pouvez faire la conversion pour connaître l’horaire dans votre région, mais n’oubliez pas l’heure du coucher du Soleil qui mettra fin à l’observation, parfois de façon précoce. Ce site peut vous aider pour savoir exactement à quelle heure le phénomène sera visible de votre ville.

C’est donc le moment d’inscrire cet événement à votre liste des choses à voir avant de mourir, car la prochaine fois que Vénus passera devant le Soleil sera… dans 105 ans, le 11 décembre 2117! Mais encore là, ça débutera à 21 h 48 (HNE), après le coucher du Soleil! Il faudra donc remettre l’observation à la fois suivante, le 8 décembre 2125 à 11 h 01… Pas certain qu’on y soit!

Les nuages envahissent votre ciel et bloquent l’observation? Qu’à cela ne tienne. Ces sites Internet suivront ce passage en direct : le site de la NASA et celui du musée des sciences de San Francisco, l’Exploratorium.

Pour savoir de quelle façon ces passages de Vénus sont utiles pour l’avancement de la science et pour compléter ce blogue avec plusieurs autres informations, je vous suggère d’écouter mon échange avec Jean-Pierre Girard, animateur de l’Heure de pointe à Radio-Canada, Saguenay, le 24 mai 2012.