Blogue de Claude D'Astous

La peur des compteurs intelligents

Vendredi 17 février 2012 à 14 h 41 | | Pour me joindre

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Les compteurs intelligents d’Hydro-Québec sèment l’effroi. Des gens craignent d’être irradiés par les ondes électromagnétiques qui s’échappent de ces compteurs et de développer au pire un cancer, au mieux un sérieux mal de tête. Des physiciens renommés et les autorités de la santé ont beau dire qu’il n’y a pas de danger, un doute persiste.   

Champs électriques et magnétiques naturels

De tout temps, l’humanité a baigné dans un champ électromagnétique. 

Les mouvements électriques produits par le mouvement de la matière en fusion dans le noyau terrestre génèrent un champ magnétique dont l’intensité du flux varie de 35 à 70  µT (micro Telsa) : 35µT à l’équateur, 70 µT aux pôles.  Sous nos latitudes, nous subissons un champ magnétique naturel de 50 µT. Chaque fois qu’on utilise une boussole, on fait appel à ce champ magnétique. La Terre est une dynamo et nous vivons à sa surface.  

L’atmosphère est aussi chargée d’électricité, surtout pendant des orages. Cela crée à la surface de la Terre un champ électrique. Enfin, notre corps produit aussi des courants électriques qui parcourent le système nerveux, permettent les contractions musculaires et assurent le bon fonctionnement du métabolisme cellulaire. Sans ce courant électrique à l’intérieur de nous, la vie serait impossible. Même la lumière visible est composée d’ondes électromagnétiques. Impossible d’y échapper.    

Les ondes ionisantes et non ionisantes

On peut séparer les ondes électromagnétiques en deux catégories. Il y a les ionisantes. Ce sont des ondes très courtes et très énergiques : rayons gamma, rayons cosmiques, rayons X et, à moindre mesure, les rayons ultraviolets. Ces ondes ont la capacité de briser les liens entre les molécules et d’endommager l’ADN. Dans leur cas, c’est clair : le lien entre les ondes ionisantes et le cancer est solide.    

Les ondes non ionisantes sont beaucoup plus longues. Certaines peuvent induire un réchauffement, mais elles ne brisent pas les molécules. C’est ce type d’ondes que produisent ou utilisent tous les appareils domestiques : téléphone mobile, télévision, radio, four à micro-ondes, cuisinière, réseau sans fil. Faut-il en avoir peur?

 Les champs électromagnétiques de basse fréquence

À partir des années 1980, des craintes sont apparues chez ceux dont le domicile voisinait des lignes électriques haute tension. La science a fait ses devoirs : 25 000 études se sont efforcées de trouver des effets nocifs causés par les ondes électromagnétiques de basse fréquence que génèrent les lignes électriques. On a labouré très large : cancer, mal de tête, dépression, maladies cardiovasculaires, maladies dégénératives… et on n’a rien trouvé. Enfin, presque rien.

Certaines études épidémiologiques ont détecté une faible association entre les champs magnétiques et la leucémie infantile. Et le plus souvent, cette association n’était pas statistiquement importante. D’autres études n’ont trouvé aucune association avec la leucémie infantile. Quant aux études sur des cellules en culture et sur des animaux : rien. On a soumis pendant deux ans des rats à des champs électromagnétiques des centaines de fois plus forts que ceux existant dans les maisons (1000 à 5000 µT contre 0,1 à 0,4 µT) sans noter d’effets nocifs.   

Le Centre international de recherche sur le cancer s’est montré prudent et, tenant compte des études épidémiologiques qui avaient trouvé une association avec la leucémie infantile, a classé les champs électromagnétiques de basse fréquence, en compagnie du café, dans la catégorie 2B : lien « possible ». Possible ne veut pas dire « probable ». Probable, c’est la catégorie 2A. Donc, le lien avec le cancer est toujours possible, mais peu probable. 

Les micro-ondes

Au cours des années 1990, une nouvelle crainte est apparue : les micro-ondes des téléphones cellulaires peuvent induire un léger réchauffement près de l’oreille. Ce réchauffement peut-il causer un cancer du cerveau? 

Avec des milliards d’utilisateurs potentiels, il était urgent de répondre à la question. Et de nouveau, la recherche scientifique s’est mise à l’oeuvre.

Selon les études, il n’y pas eu d’augmentation du cancer du cerveau depuis l’introduction du téléphone sans fil. On a aussi vérifié spécifiquement pour les cancers près de l’oreille : pas plus qu’avant. Donc, jusqu’à maintenant, pas de changement notable. Chez les grands utilisateurs, après 10 ans d’utilisation, une étude rétrospective a cependant détecté une augmentation du risque pour un type de cancer :  le gliome. Encore là, il s’agit d’une association que d’autres études n’ont pas trouvée.    

À cause du doute créé sur les risques de gliome et du manque de recul sur les effets à long terme, un cancer peut prendre des décennies à se développer, le Centre international de recherche sur le cancer a classé les micro-ondes dans la catégorie 2B : lien « possible ». Seul le temps nous dira si ce lien s’avère.

Le compteur d’Hydro-Québec 

Tout cela pour revenir au compteur intelligent d’Hydro-Québec. Que fait le compteur intelligent d’Hydro-Québec? Il communique sans fil et pour cela il utilise des micro-ondes comme le fait le téléphone mobile. Grosse différence cependant : on n’a pas l’oreille collée sur l’appareil. Donc, comme le champ électromagnétique décroît très rapidement à mesure qu’on s’éloigne de sa source, le compteur intelligent devrait être des centaines de fois moins nocif qu’un téléphone mobile, si nocivité il y a. 

Conclusion

Je vis déjà dangereusement. L’été, je fais du vélo sous le soleil. Je conduis ma voiture pour aller au boulot. Je bois du café. Aussi, Hydro-Québec peut venir installer un compteur intelligent à ma maison en tout temps.

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