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L’histoire du météorologue fusillé

Vendredi 21 novembre 2014 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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C’est le Salon du livre de Montréal ces jours-ci. À cette occasion, plusieurs nouveautés nous sont offertes. L’une d’elles m’est tombée dans les mains. Le météorologue, écrit par l’écrivain français Olivier Rolin, auteur de récits de voyage, de reportages et d’une vingtaine de romans, dont Port Soudan (1994), qui a remporté le prix Femina.

Ce livre, que j’ai dévoré en un après-midi, est un roman que j’appellerais de fiction-réalité. Il a été tiré de faits vécus. L’auteur relate la vie d’un météorologue ukrainien, Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, à partir de documents d’archives et de témoignages, mais il y met aussi sa part d’imagination.

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Olivier Rolin, auteur du livre Le météorologue

En 2010, Rolin est invité à donner une conférence à l’Université d’Arkhangelsk, une ville portuaire du nord-ouest de la Russie, à 25 km de la mer Blanche dans laquelle s’élèvent les îles Solovki. Il prend un petit avion pour visiter l’archipel qu’il avait découvert grâce à des photographies. Et il apprend qu’à partir de 1923, on y a installé un camp du goulag dans lequel se trouvait une bibliothèque de 30 000 livres.

Il a l’idée de faire un film. Il y est retourné en 2012 pour faire du repérage et est alors reçu par Antonina Sotchina. Cette vieille dame pleine de souvenirs lui a présenté plusieurs livres, dont l’un d’eux retient l’attention de Rolin. C’est un album édité par la fille d’un déporté sur cet archipel, en 1934.

Son père, alors prisonnier, envoyait plusieurs lettres à sa femme dans lesquelles il insérait des dessins, colorés au crayon ou à l’aquarelle de la nature (animaux, plantes, aurores boréales, fruits…) afin d’apprendre à sa fillette, alors âgée de 4 ou 5 ans, l’arithmétique, la botanique, la faune et la flore.

Mais il découvre aussi tout un pan de l’histoire de cet homme qui, quoiqu’étant somme toute assez ordinaire, avait vécu une vie bien particulière. Son roman nous raconte la vie du météorologue Alexeï Vangengheim, entre sa naissance en Ukraine en 1881 et sa mort, par fusillade, le 3 novembre 1937.

Une vie destinée à la météo et l’agronomie

C’est un peu grâce à son père, qui s’intéressait lui-même à la météo et à l’agronomie et qui a laissé ses enfants, garçons et filles, faire des études en sciences, qu’Alexeï est devenu un scientifique accompli. Mais ses aptitudes lui auraient permis de se démarquer bien plus — devenir membre de l’Académie des sciences ou être décoré de l’ordre de Lénine — si la vie n’en avait pas décidé autrement.

Après des études menées avec succès à la Faculté de physique et de mathématiques de l’Université de Moscou, à l’Institut polytechnique de Kiev et à l’Institut agricole de Moscou, Alexeï devient premier directeur du Service hydrométéorologique unifié de l’URSS, à Moscou.

Il travaillera d’arrache-pied pour créer un service unifié sur tout l’immense territoire de l’URSS qui servira à relever des données météo quotidiennes et à émettre des prévisions pour tout ce continent. L’idée est utopique tellement ce territoire est vaste et rempli de diversités climatiques. Au total, 22 millions et demi de kilomètres et une dizaine de fuseaux horaires! Mais Alexeï y arrivera en 1929. D’ailleurs, il aura toujours espéré qu’un jour, c’est le monde entier qui serait unifié.

Il installe des stations météo et perfectionne son réseau et ses prévisions dans le but d’améliorer les performances de l’agriculture socialiste qui bat de l’aile. Il tente d’aider les paysans, mais il doit se battre contre leurs croyances qui attribuent les sécheresses aux instruments tels que girouettes, anémomètres et autres tourniquets. Il faut dire aussi qu’à cette époque, la politique de Staline entraîne une famine sans précédent en Ukraine. L’auteur fait d’ailleurs référence à cette politique en URSS tout au long du livre, mais ce n’est ni lourd ni futile. Ça permet de bien situer la vie du météorologue.

Alexeï rédige aussi des articles, est à la tête d’une revue de sciences et organise la première conférence en URSS (voire au monde!) qui met en relation l’hydrométéorologie, la santé et l’urbanisme. C’est un précurseur. À son époque, personne n’avait pensé à relier villes, habitat et climat. Il croit aussi fortement que l’avenir dépendra des énergies éolienne et solaire, même si les éoliennes n’existent pas encore.

En tant que président du Comité soviétique pour la deuxième année polaire internationale, il échange avec les navires qui veulent s’engager sur le passage du Nord-Est des prévisions contre leurs observations. C’est ainsi qu’a lieu le premier passage sans hivernage du brise-glace Sibiriakov, en 1932.

C’est aussi un peu grâce à lui que s’effectue le premier vol dans l’espace avec un stratostat, un ballon sphérique en duralium. Après plusieurs reports en raison de mauvaises conditions météo, c’est Alexeï qui donne le signal de départ d’URSS-1 le 30 septembre 1933. Le record mondial de l’époque de 16 800 mètres sera battu. Une altitude de 19 500 mètres sera atteinte avant une descente et un atterrissage réussis.

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Membre du Parti, peu lucide sur Staline

Alexeï était membre du Parti, mais n’était pas un radical. Alors, quand il s’est fait arrêter le 8 janvier 1934, il ne comprenait pas du tout quelle en était la raison. D’ailleurs, l’auteur tente de comprendre lui aussi. L’hypothèse la plus plausible est qu’un de ses subordonnés, Spéranski, le jalousait, car le service météo qu’il dirigeait jusqu’en 1932 avait été absorbé par le service météo unifié de l’URSS d’Alexeï. Vengeance? Peut-être.

Quoi qu’il en soit, après des semaines d’interrogatoires menés par le KGB qui l’oblige à alterner entre la vérité et de faux aveux, Alexeï est accusé d’avoir organisé et dirigé du travail de sabotage contre-révolutionnaire dans le Service hydrométéorologique de l’URSS et d’avoir fabriqué des prévisions sciemment fausses pour nuire à l’agriculture. Aussi, il aurait monté un recueil de données secrètes à des fins d’espionnage.

Sur ces prémisses, il est donc condamné à 10 ans de camp de rééducation par le travail le 27 mars 1934 et est déporté sur les îles Solovki. Il y occupera son temps — et son esprit! — à classer les milliers de livres de la bibliothèque, à étudier l’Arctique et la relativité d’Einstein, à donner des conférences scientifiques aux condamnés. Il écrit à son épouse Varvava plus de 150 lettres et fait des dessins à sa fillette, Éléonora, que l’on peut retrouver à la fin du roman de Rolin.

Et il écrit à Staline pour clamer son innocence. Sept fois. Il explique à sa femme ne pas comprendre pourquoi Staline ne donne pas suite à ses demandes…

Enquête sur une mort supposée

Sa femme n’a appris qu’en 1956, soit 19 ans sans avoir eu de ses nouvelles, le décès de son Alexeï. Mais quand, comment et où a eu lieu la mort? Bien des détails restent nébuleux. Une première version indique que le météorologue serait mort d’une péritonite le 17 août 1942 dans un lieu inconnu. Des enquêtes menées plusieurs dizaines d’années plus tard (en 1997) officialisent plutôt sa mort le 3 novembre 1937 dans une forêt, avec 1110 autres déportés. Il aurait été fusillé comme les autres dans une fosse creusée à même le sol.

Pour connaître l’issue de la vie d’Alexeï, l’auteur a consulté plusieurs personnes, dont certaines travaillent au Mémorial de Saint-Pétersbourg, endroit qui organise l’assistance financière et juridique des victimes du goulag. Un des objectifs du Mémorial est de faire la lumière sur le passé et de perpétuer la mémoire des victimes de répressions politiques exercées par des régimes totalitaires.

Ah oui : Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, le météorologue, a été réhabilité le 10 août 1956. Au moins, sa femme le savait le jour de sa propre mort en 1977. Mais elle n’avait pas su où il reposait depuis des décennies.

Sa fille Éléonora, paléontologue spécialiste des vertébrés, s’est suicidée le 9 janvier 2012, le lendemain du jour anniversaire de l’arrestation de son père.

Pour plus de détails sur ce météorologue bien décrit dans ce livre d’Olivier Rolin aux éditions du Seuil, je vous suggère d’écouter ma chronique enregistrée le 20 novembre 2014 avec Jean-Pierre Girard à l’émission L’heure de pointe à Radio-Canada Saguenay.

9782021168884Au hasard de la découverte d’un album

Attention aux canulars scientifiques!

Jeudi 6 novembre 2014 à 15 h 42 | | Pour me joindre

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Les mensonges font partie des choses qui m’horripilent le plus. Les mensonges et les gens qui utilisent le manque de connaissances des autres pour leur faire croire à des balivernes.

Rappelez-vous toutes les faussetés qui sont apparues sur Internet, il y a deux ans, à propos de la supposée fin du monde annoncée pour le 21 décembre 2012 par le calendrier maya. Combien de sites, dont certains semblaient pourtant solides scientifiquement, ont propagé des informations erronées? Parfois, il fallait être férus en science pour réaliser qu’ils étaient des canulars.

Peut-être avez-vous vu passer ce qui revient comme une tradition annuelle depuis 2003 et qui nous annonce que Mars sera aussi grosse que la pleine Lune vue à l’œil nu? On lit de ne pas manquer l’événement, car la prochaine fois que ça se produira, ce sera en 2287. Pourtant, cette nouvelle revient sur Internet et sur les réseaux sociaux chaque année!

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Basées sur des vérités?

Certaines de ces annonces sont totalement farfelues, sans aucune base scientifique, alors que d’autres partent d’une vérité qui, avec le temps et les moyens de communication par lesquels elle est partagée, se déforme. Pour Mars, la vérité était qu’en 2003 cette planète se trouvait à environ 52 millions de kilomètres de la Terre, la plus courte distance entre ces deux astres en 60 000 ans.

La nouvelle disait que c’était alors idéal pour observer la planète rouge. « À ce moment-là, à travers un télescope qui grossit 75 fois, Mars paraîtrait aussi grosse que la pleine Lune vue à l’œil nu. » Voilà la phrase qui a donné naissance au canular. Internet, ressemblant parfois à un téléphone arabe, a oublié quelques mots du texte original – ma foi, assez essentiels –, et a propagé : « On verra Mars aussi grosse que la pleine Lune. » À partir d’un seul compte Facebook, il y a eu plus de 626 000 partages!

Il me semble que si je vous dis que ce soir il y a aura deux pleines lunes, vous me direz à tout le moins : « Tu es certaine? Comment ça? », même si vous n’avez aucune connaissance scientifique. Ces questions représentent la petite lumière ou la petite cloche du doute qui s’installe dans votre esprit. Il faut l’écouter!

La distance moyenne Mars-Terre est de 225 millions de kilomètres. Pour que Mars nous apparaisse aussi grosse que la pleine Lune, il faudrait qu’elle soit à 780 000 km de la Terre, ce qui est 288 fois plus près que la distance moyenne. Donc, jamais Mars n’apparaîtra aussi grosse que la pleine Lune lorsqu’on l’observe à l’œil nu, pas l’an dernier ni cette année ni en 2287. Au mieux, elle sera un tout petit point diffus rougeâtre.

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La NASA prévoit trois jours d’obscurité (!)

Et c’est arrivé encore il y a quelques semaines. Sur mon mur Facebook, je vois passer cette nouvelle : « La NASA confirme que trois jours d’obscurité auront lieu les 21, 22 et 23 décembre. La Terre restera durant ces trois jours sans soleil, de nuit, c’est -à-dire dans l’obscurité totale à cause d’une tempête solaire. »

Sur le coup, je sens mon poil se hérisser et je me dis : « Ben, voyons! » Puis, je poursuis la lecture. On y ajoute que ce sera la plus grande tempête solaire des 50 dernières années, que « sous l’effet de l’accélération du champ vibratoire terrestre, notre planète pourrait se retrouver prochainement plongée dans l’obscurité durant une période de trois journées au cours desquelles chacun se retrouvera confronté à ses propres démons », que cet incroyable événement est annoncé depuis des siècles par différentes traditions et religions, et que ce sera un moment extrêmement pénible pour l’humanité!

Vous pouvez facilement vous imaginer à quel point je suis bouche bée. Je me précipite pour vérifier d’où vient cette nouvelle, et je cherche une source fiable qui la dénoncera.

Ce qu’en dit la science

Scientifiquement, il est impossible de prévoir des tempêtes solaires plus de 24 h avant. Et même s’il y en avait une autour du 20 décembre prochain, les effets seront les mêmes que ceux des autres tempêtes solaires des dernières décennies : la possibilité de perturbations dans les transmissions radioélectriques, le risque d’endommager les satellites spatiaux et la création de jolies aurores polaires.

Je remarque aussi certains indices qu’on retrouve dans ce genre de nouvelles et qui ne mentent pas sur leur validité scientifique : le lien entre religions et science, les mots comme démon ou dieu, et aussi le nom du site Internet qui peut parfois en dire long sur la qualité des primeurs qu’il dévoile!

Par exemple, celui sur lequel j’ai trouvé cette nouvelle est : scoop.tumeniaisestu.ca.  Vous remarquerez qu’on lit souvent, sur ces sites, des mots comme scientifiques, NASA, tempête solaire, confirme, experts… Ils servent à renforcer leur crédibilité et on dirait bien que ça fonctionne si on se fie au nombre de partages!

Pour poursuivre avec ces trois jours d’obscurité, on y lit sous une vidéo que « même l’administrateur de la NASA, Charles Bolden, demande à la population de garder son calme ». En l’écoutant, on réalise que cet homme avise simplement les citoyens américains d’élaborer un plan d’évacuation en famille en cas de situations d’urgence comme un ouragan, des inondations ou des attaques terroristes.

On se rend rapidement compte que cette vidéo enregistrée en juin 2011 n’a aucun rapport avec les jours d’obscurité annoncés! Encore là, c’est facilement vérifiable par une visite sur le site de la NASA.

J’ai même vu une deuxième version de ce canular dénonçant l’alignement des planètes, qui fera passer la Terre de la troisième à la quatrième dimension, comme étant responsable de ces trois jours d’obscurité. Cette raison avait aussi été évoquée lors de l’annonce de la fin du monde; elle n’avait pas fonctionné en 2012, ça ne se produira pas plus en 2014. On ne peut pas aligner des planètes dans un espace à trois dimensions comme on aligne des pommes sur le bord d’une table!

Conclusion : dans ce cas-ci, on a affaire à un canular pure laine. Il n’y a là aucune base de vérité sur laquelle s’accrocher.

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Donc, morale de ces histoires, faites confiance à votre jugement. Quand vous entendez le fantôme du doute venir vous envahir, faites-lui plaisir et allez vérifier vos sources. Ne partagez pas ces faussetés, sauf si c’est pour les dénoncer. Pour ce faire, ces sites Internet sont une source fiable de démystification :

http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/3-jours-sans-soleil

http://www.snopes.com/science/astronomy/blackout.asp

En ces temps d’Halloween, j’ai envie de partager avec vous une étude pour le moins assez particulière, qui pourrait vous donner la chair de poule.

D’abord, c’est le titre de l’article que j’ai trouvé dans le National Geographic qui a attiré ma curiosité : « Are mites having sex on my face? » que je traduis librement par « Les acariens s’en donnent à cœur joie sur votre visage ».  Cet article relate l’étude « Meet your mites » (Rencontrez vos acariens), menée par des chercheurs de l’Université de la Caroline du Nord qui veulent comprendre le cycle de vie de ces bestioles microscopiques vivant sur les différentes populations humaines afin de cartographier l’histoire génétique de ces acariens.

D’après ce qu’on sait, parmi les 48 000 espèces d’acariens connues, deux d’entre elles passent leur vie exclusivement sur le visage des humains ou sur leurs follicules pileux. Ces bestioles mesurant un tiers de millimètre de longueur ressemblent à des saucisses, avec huit petites pattes trapues à une extrémité leur permettant de ramper sur la peau pendant la nuit, de manger les huiles qu’on sécrète ou de s’accrocher les unes aux autres.

Pendant leur vie qui dure 14 jours, ils en mettent cinq pour la reproduction. La femelle choisit un pore de peau et s’y installe. À un certain moment, pendant la nuit, elle remonte à la surface de notre peau pour se faire féconder. Elle retourne ensuite dans son pore pour y vivre sa vie, pondre ses œufs et manger notre sébum. Le mâle, lui, continue de se promener à la recherche d’une autre femelle ou d’un coin pour s’installer…

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L’acarien Demodex folliculorum

Une découverte d’équipe

La découverte de ces minuscules créatures remonte à 1841, par deux scientifiques, indépendamment l’un de l’autre. Mais c’est le dermatologue allemand Gustav Simon qui les décrit scientifiquement en 1842. Alors qu’il examinait au microscope l’acné sur le visage d’un patient, il remarque quelque chose ressemblant à un tout petit ver, mais avec une tête et des pattes. Intrigué, il le coince entre deux plaques pour constater que cette chose est mobile. Il en conclut que c’est un animal.

C’est un an plus tard, que cet « animal » reçoit un nom accordé par Richard Owen, un zoologiste britannique. Il le baptise Demodex, qui veut dire ver creuseur dans la graisse, d’après les mots grecs Demo et Dex. À partir de là, on sait que l’humain est donc l’hôte de deux espèces : les Demodex folliculorum et les Demodex brevis, un peu plus petits. Ces ectoparasites restent toutefois en surface et ne pénètrent pas dans notre corps.

Suite à leur découverte, au début des années 1900, on voulait savoir si les Demodex se trouvaient sur tous les corps humains, alors des décomptes ont été faits. On en a dénombré sur 50 % des cadavres français examinés et sur 97 % des cadavres allemands. Mais les autres études menées par la suite ont donné des résultats plus conservateurs : les acariens semblaient présents sur 10 % à 20 % des corps seulement.

Il faut dire que les méthodes pour les repérer n’étaient pas très scientifiques : soit on appliquait un ruban collant sur la peau qu’on retirait rapidement, soit on grattait une section huilée de la peau avec une petite spatule. Mais puisqu’ils vivent dans les pores de peau, ces Demodex ne sont pas faciles à extraire. En plus, leur distribution n’est pas uniforme : les vôtres peuvent être sur vos joues, les miens, sur mon front.

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Une étude plus poussée pour un résultat plus réel

Donc, pour avoir un décompte exact, il faut faire un examen complet du visage et, surtout, utiliser une méthode de dépistage plus précise. Les chercheurs l’ont trouvé dans l’ADN d’acariens. Ces animaux n’ayant pas d’anus, ils ne rejettent aucun déchet de leur vivant. Mais quand ils meurent, ils libèrent les déchets de toute une vie, qui contiennent leur ADN.

Une expérience a été menée auprès de volontaires, qui étaient au départ assez réticents à y participer (je peux comprendre…). D’abord, on a fait le décompte des acariens présents sur leur visage par les méthodes de dépistage simples. Résultat : ils ont trouvé des acariens sur 14 % des participants, ce qui correspond aux statistiques précédemment énoncées de 10 % à 20 %. Mais en détectant l’ADN, les chiffres changent : tous les sujets adultes examinés en possèdent! Il semble toutefois que les acariens soient rares chez les bébés, alors qu’on commence à en détecter un peu plus sur les ados.

Pourquoi est-ce ainsi? La science n’a pas de réponse. Par contre, on a constaté chez d’autres mammifères, comme les chiens, qui ont eux aussi ce genre de parasites, qu’ils les contractent pendant l’allaitement. Logiquement, on pourrait croire que c’est aussi à ce moment-là qu’ils s’installent sur l’humain, car plusieurs Demodex sont détectés dans les tissus des mamelons. Mais la preuve n’est pas encore faite.

Des études similaires ont été menées dans d’autres pays et le résultat est le même : on retrouve ces deux espèces d’acariens, en plus ou moins grand nombre, autant chez les hommes que chez les femmes, quelle que soit l’ethnie ou la couleur de peau. On estime que les Folliculorum, situés surtout en surface de peau, se déplacent d’un individu à l’autre plus facilement que les Brevis, qui s’installent plus profondément dans les pores et qui ont donc évolué avec l’humain, développant plusieurs lignées.

L’une des scientifiques en tête de cette étude américaine résume de façon imagée : « L’espèce Brevis représente l’insularité, alors que la Folliculorum symbolise la mondialisation. De connaître la relation entre ces populations d’acariens permet de déterminer la façon dont chaque humain est lié à son voisin, comment l’humanité s’est répartie sur la planète et comment elle a évolué à travers les temps. C’est excitant de savoir qu’un minuscule arthropode est associé à chaque humain sur la Terre… »

Ça vous pique un peu? Vous ressentez l’envie de vous gratter ou de vous laver le visage profondément? C’est normal…

Pour écouter ma chronique sur le sujet, enregistrée avec Michel Plourde, animateur de Boréale 138 à Radio-Canada, Sept-Iles.

Pour lire l’étude complète dans la revue Plos One