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Le yéti de Boston

Jeudi 19 février 2015 à 15 h 05 | | Pour me joindre

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@eve_christian

Qui n’a pas entendu parler de ces tempêtes qui semblent s’acharner cet hiver sur l’est du continent américain?  Plusieurs se demandent si c’est encore ce fameux vortex polaire, célèbre depuis l’hiver dernier, qui en serait responsable.

pelle neige boston

Vortex polaire et courant-jet

Ce vortex polaire est un centre de basse pression normalement situé au-dessus du pôle Nord et délimité par un fort courant-jet. Ce qu’on appelle aussi « jet stream » est un endroit situé à une dizaine de kilomètres d’altitude où le vent est d’au moins 95 km/h, mais qui peut aussi souffler à 400 km/h.

Ce courant-jet délimite les masses d’air : le froid au nord, le chaud au sud. Le long de sa trajectoire, on retrouve des systèmes météo. Par exemple, quand l’hiver est doux sur le centre du pays, c’est parce que le courant-jet est très nordique. Par contre, si la langue s’étire loin au sud, l’hiver est considéré comme rigoureux.

Depuis deux ans, le vortex est décalé vers le sud et entraîne le courant-jet parfois jusqu’au golfe du Mexique. C’est ce qui engendre ces hivers rigoureux, particulièrement sur le centre-sud et l’est du Canada, et sur les régions adjacentes des États-Unis, comme dans la Nouvelle-Angleterre ou au sud des Grands Lacs.

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Courant-jet (Crédit : Reuters)

Une réaction en chaîne

Ce décalage de l’air polaire aurait été initié en décembre dernier dans l’Ouest et le centre du Pacifique tropical. D’intenses orages s’y sont formés, ajoutant ainsi un apport de chaleur dans l’atmosphère et altérant le courant-jet sur le nord du Pacifique. Le résultat? Des vagues de grandes amplitudes se sont formées dans le courant-jet et l’ont emmené anormalement au sud.

Et les Bostoniens, eux, n’en peuvent plus. Les records météo s’additionnent dans la ville du Massachusetts :

  • L’accumulation la plus rapide de six pieds de neige (72,5 po ou 184 cm) : 18 jours, soit du 24 janvier au 10 février. Le précédent record était de 45 jours, enregistré du 29 décembre 1993 au 11 février 1994. Je peux comprendre que les gens ne savent plus où mettre la neige, d’autant plus que ça prend de grands bras pour lancer le contenu de la pelle en haut du tas de neige!
  • La plus grande quantité de neige tombée en 30 jours : 90,2 po ou 229 cm du 17 janvier au 15 février. Il a neigé presque tous les jours.
  • Le record du mois le plus neigeux, détenu par janvier 2005 avec 43,3 po (110 cm), a été largement dépassé par le mois de février actuel. En date du 16 février, 58,5 po (149 cm) sont déjà tombés. Imaginez la quantité totale à la fin de février. Le record est basé sur 142 ans de données.
  • Le record de la saison hivernale la plus neigeuse revient à l’hiver de 1995-1996, avec 107,6 po (273 cm). Actuellement, avec 95,7 po tombés sur Boston, l’année 2014-2015 figure au troisième rang. Mais j’ai la forte impression qu’il pourrait prendre la première place.

Les Bostoniens ont tout de même le sens de l’humour, du moins l’un d’entre eux. Depuis quelques semaines, un personnage déguisé en yéti déambule dans les rues de Boston. On le voit ici et là, assis dans un banc de neige ou se promenant dans les tempêtes. Et comme il est de son temps, il a même un compte twitter @BostonYeti2015, par lequel il encourage de façon humoristique les citadins, avec des photos et des commentaires.

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Le yéti de Boston (Crédit : twitter = BostonYeti2015)

 

Froid dans l’est, chaleur à l’Ouest

Par ailleurs, pendant qu’on gèle dans l’est et dans le Sud américain, le point de congélation est prévu pour la Floride ce week-end et l’ouest bat des records de tous les temps avec des températures dépassant les normales de 10 à 20 degrés. Par exemple, à Reno, au Nevada, il a fait 22°C à la Saint-Valentin. Le lendemain, Las Vegas enregistrait un record de 25°C.

Dans les états de l’Oregon et de Washington, des fleurs printanières tapissent les terrains. Les skieurs sont en manque de neige dans les montagnes californiennes et la sécheresse sévit par endroit. Ainsi, le bilan net pour les États-Unis est un hiver plus doux que la moyenne tellement les records de chaleur l’emportent sur ceux du froid.

Blizzard

Plusieurs avertissements de blizzard ont été émis récemment. Pour qu’on se retrouve en conditions de blizzard, il faut que trois critères soient respectés :

  • les vents soutenus ou en rafales doivent excéder 55 km/h;
  • la neige ou la poudrerie doit réduire la visibilité à moins de 400 mètres;
  • le tout doit persister pendant au moins trois heures.

Malgré ce que l’on peut penser, la quantité de neige ne fait pas partie des critères.

Le blizzard n’est pas rare sur les grandes plaines de l’Ouest canadien ou américain parce qu’il y fait souvent très froid, et que la neige, très légère et contenant très peu d’eau, devient facilement de la poudrerie.

Par contre, en Nouvelle-Angleterre ou près de la côte canadienne, malgré qu’il ne soit pas rare d’avoir des chutes de neige dépassant les 30 cm, les conditions de blizzard sont plutôt rares. Quand les vents atteignent le critère de 55 km/h et s’ils proviennent de l’océan, ils sont assez doux pour transformer la neige en pluie. Et si les précipitations demeurent en neige, elle est tellement chargée d’humidité et lourde que le vent n’arrive pas à la souffler, donc les conditions ne sont pas remplies.

neige accumulation boston

Les orages d’hiver

Parfois, l’hiver, quand l’instabilité de l’atmosphère devient assez importante, il y a formation d’orages comme en été, avec tout ce que ça comporte : éclairs et tonnerre. Mais ce phénomène est assez rare. Sur tous les états américains, annuellement, on peut en compter 7,6 en moyenne. Alors, imaginez la joie de ce météorologue qui entend six coups de tonnerre. Il est en liesse et explose de joie!

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Pauvre ours polaire! En plus du réchauffement climatique qui ne cesse de réduire les banquises, son terrain de chasse et de vie, une étude en cours suggère qu’une partie de son anatomie reproductrice serait touchée par des polluants, les biphényles polychlorés, mieux connus sous l’abréviation de BPC.

Commercialisés en 1929, ils ont abondamment été employés par l’industrie jusqu’à la fin des années 70, entre autres dans les condensateurs, les transformateurs et les agents réfrigérants, en tant qu’additifs pour la peinture, et comme produits de calfeutrage et dans les matières plastiques.

Deux incidents importants de contamination par ces BPC en Asie ont montré qu’ils étaient clairement toxiques pour la santé, ce qui a rendu illégale leur fabrication. Depuis 1985, ils ne peuvent donc plus être rejetés dans l’atmosphère. Mais comme leur décomposition est lente, il en reste encore dans l’environnement et dans les tissus vivants. Transportés par les courants atmosphériques et océaniques, ces produits sont en concentration particulièrement élevée en Arctique.

Ils se retrouvent dans les planctons que mangent les poissons, qui se font dévorer par les phoques, qui deviennent à leur tour le repas des Inuits et des ours polaires. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour cet animal. Ça signifie qu’en plus d’avoir de la difficulté à chasser, donc à se nourrir, il aurait aussi des problèmes à s’accoupler, donc à se reproduire. Il est déjà sur la liste des espèces menacées.

Os pénien

Certains mammifères mâles (évidemment!) possèdent un os pénien inséré dans leur pénis, comme les ours polaires et quelques primates. Par exemple, les grands singes en ont un, alors que l’homo sapiens a perdu le sien au cours de l’évolution.

Une équipe de chercheurs, menée par Christian Sonne de l’Université Aarhus du Danemark, avait déjà constaté que les ours polaires ayant dans leur organisme un taux élevé de composés organo-halogénés (dont font partie les BPC) possédaient de plus petits testicules et un plus petit os pénien que la moyenne.

L’étude en cours consiste à mesurer la densité de cet os pénien. Pour ce faire, l’équipe a travaillé en étroite collaboration avec des chercheurs canadiens, dirigés par Andrew Derocher de l’Université d’Alberta à Edmonton, pour obtenir un échantillonnage de 279 ours polaires du nord-est du Groenland et du Grand Nord canadien, tous nés entre 1990 et 2000.

Ils n’ont évidemment pas tué les ours eux-mêmes, mais ils ont demandé la collaboration des chasseurs qui exhibent fièrement, au retour de la chasse, cet os pénien qui représente un trophée et une preuve qu’ils ont vaincu un ours blanc!

Densité osseuse faible = concentration élevée de BPC?

Les chercheurs ont donc calculé la densité de calcium dans chacun des échantillons grâce à une technique à rayons X et ont tenté de trouver un parallèle avec les niveaux de concentration des polluants dans différentes régions. Le lien semble évident. Quand le niveau de BPC est élevé, la densité osseuse de l’os pénien est faible.

Toutefois, l’analyse n’était pas assez rigoureuse selon l’équipe pour prouver statistiquement que les BPC seuls sont responsables des densités osseuses plus faibles. Les recherches se poursuivent. Si, comme l’étude le constate, cet os est moins dense, et par conséquent fragile et friable, il pourrait se fracturer et, selon M. Sonne, l’ours aurait des difficultés à copuler et à se reproduire.

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Grand mystère de l’évolution

Cet os n’étant pas présent chez tous les mammifères, sa fonction et son utilité demeurent un mystère pour les biologistes. Serait-il, comme certains l’ont évoqué, un simple sous-produit de développement du pénis sans fonction adaptative? Son évolution différente selon les divers mammifères indique pourtant qu’il aurait une réelle fonction. Visiblement, il ne doit pas être indispensable à la reproduction, car plusieurs espèces n’en ont pas et se reproduisent toujours.

Plusieurs hypothèses sont émises. Inséré dans le pénis, rendant ainsi celui-ci plus rigide, l’os pénien servirait de support mécanique au moment de la copulation pour faciliter la pénétration. Ou il contrecarrerait la résistance engendrée par un orifice vaginal très petit. Ou encore, il stimulerait la femelle afin de provoquer l’ovulation et de préparer l’utérus pour l’implantation. Et selon sa longueur, il faciliterait le transport du sperme vers l’ovule, etc. Les recherches se poursuivent…

Quoi qu’il en soi, si l’os pénien se fragilise, pourrait-il mettre en jeu la survie de l’espèce?

Au fil des ans, les matchs de football professionnel ont souvent été éprouvés par des conditions météorologiques extrêmes. En voici quelques exemples.

Le plus chaud…

La 49e édition du Super Bowl, qui a eu lieu le 1er février 2015 à Phoenix, en Arizona, a bénéficié d’une météo somme toute assez clémente : temps dégagé, vent léger avec des températures qui sont passées de 21°C au début du match à 17°C à la fin. Malgré les températures relativement douces, l’édition 2015 ne fait même pas partie du top 5 des Super Bowls les plus chauds.

En tête de liste, on retrouve celui du 14 janvier 1973 disputé à Los Angeles. Les joueurs ont dû évoluer par une température presque caniculaire de 29°C! Les quatre autres places reviennent à San Diego, Miami et Pasadena, des villes hôtesses de la Floride et de la Californie.

Le plus froid…

Le plus froid match de Super Bowl a été disputé à La Nouvelle-Orléans, le 16 janvier 1972. Le mercure n’avait alors jamais dépassé 4°C de tout le match. Considérant que cette ville est très méridionale pour remporter un tel record de froid, c’est encore plus surprenant qu’elle soit aussi au deuxième rang de cette liste avec le match du 12 janvier 1975. Les connaisseurs se souviennent fort probablement du Super Bowl frisquet de l’an dernier : le maximum avait été de 9°C à East Rutherford, au New Jersey. Ce match de la NFL arrive au troisième rang des plus froids.

Aaron Rodgers

Le refroidissement éolien…

À part les Super Bowls, d’autres championnats ont exposé leurs joueurs d’élite à une météo exécrable. Prenons la rencontre entre les Packers de Green Bay et les Cowboys de Dallas pour le championnat de la NFL du 31 décembre 1967. Ce match est connu dans l’histoire comme étant l’Ice Bowl en raison des conditions extrêmement froides qui ont sévi. Au début de la partie, il faisait -25°C à Green Bay, mais ce n’est rien à comparer avec ce que les joueurs et les 51 000 admirateurs ont ressenti : une température équivalente à -40 à cause de vents à plus de 80 km/h! À cette température, la peau gèle en 5 à 10 minutes.

D’ailleurs, à la fin du match, plusieurs joueurs ont dû être soignés pour des engelures et un des spectateurs a perdu la vie en raison d’une exposition prolongée au froid. Les arbitres criaient les arrêts de jeu, car ils n’osaient pas utiliser leur sifflet de peur qu’ils gèlent sur leurs lèvres! Pour les amateurs, sachez que les Packers l’ont emporté sur les Cowboys, 21 à 17.

Le brouillard…

Et que dire de ce match éliminatoire entre les Bears de Chicago et les Eagles de Philadelphie du 31 décembre 1988 (décidément les 31 décembre portent malheur!). Les joueurs ont commencé leur duel sous un ciel bleu, mais juste avant la mi-temps, un brouillard dense en provenance du lac Michigan a recouvert subitement le terrain au point de réduire la visibilité à moins de 20 mètres. Les commentateurs et les spectateurs n’ont pas vu grand-chose de la deuxième demie. Mais les points, surtout comptés en première partie de match, ont permis aux Bears de remporter 20-12 ce Fog Bowl.

Le déluge…

Le 4 octobre 1998, il y a eu la rencontre entre les Chiefs de Kansas City et les Seahawks de Seattle. Ce jour-là, deux cellules orageuses importantes ont déversé des pluies abondantes et de la grêle, et ont entraîné un avertissement de tornades. Kansas City a enregistré la deuxième inondation de son histoire, mais 65 000 personnes ont tout de même assisté à ce Mud Bowl. La foudre a interrompu ce match pendant près d’une heure. À la fin de la journée, plus de 100 mm d’eau étaient tombés dans le stade. Mais envers et contre la météo, le match a eu lieu et les Chiefs l’ont remporté sur les Seahawks, 17 à 6.

Le moins qu’on peut dire, c’est que quand les Américains sont passionnés par un sport, ils ne le sont pas à moitié! D’ailleurs, savez-vous qu’en moyenne, 114 millions de personnes ont regardé le match du 49e Super Bowl et que la fin du match, plus particulièrement, a tenu en haleine 120,8 millions de téléspectateurs?! C’est le plus grand auditoire de toute l’histoire de la télévision américaine. Quand on aime, on aime, envers et contre tous, conditions météorologiques extrêmes comprises!

Placement des SeahawksPlacement des Seahawks Photo : CP/AP/Elise Amendola

Ici à Montréal, pas de matchs le 31 décembre, pas de grands lacs à proximité pour engendrer des murs de brouillard, mais il reste les orages. Et en fin de saison, la neige et le froid. On ne peut pas tout contrôler! Go, Alouettes, Go!