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Les pêcheurs de nuages

Vendredi 18 mai 2012 à 17 h 23 | | Pour me joindre

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@eve_christian

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On dirait un titre de conte de fées… mais quand on y pense bien, en soi, c’en est un. « Il était une fois, des pêcheurs de nuages attrapant dans leurs filets l’eau du brouillard pour alimenter des régions désertiques »… Dans certaines régions du monde, notamment sous les latitudes tropicales, les nuages bas, que sont la brume et le brouillard, sont si denses que lorsqu’ils traversent la végétation, ils y déposent de minuscules gouttelettes, qui ruissellent le long des feuilles et des branches pour aboutir sur le sol.

Le volume d’eau ainsi récupéré est essentiel à certains milieux naturels tels que les páramos, des prairies humides de haute altitude, ou les forêts de nuages (joli nom pour parler des forêts tropicales de montagne, situées entre 1 000 et 3 000 mètres d’altitude). Selon certaines estimations, ces précipitations « horizontales » pourraient représenter un volume deux fois supérieur à celui apporté par la précipitation « verticale », communément appelée la pluie.

Encore le biomimétisme…

C’est la nature qui a servi d’inspiration pour développer cette technique servant à récolter l’eau des nuages. L’Homme a observé et tiré des leçons des « arbres-fontaines » au feuillage particulièrement efficace pour capter l’eau de pluie et il a inventé… des pièges à brume!

Ce sont de vastes filets de fines mailles en plastique (polyéthylène), pouvant atteindre une surface de 50 m2, tendus à quelques mètres de hauteur, entre deux poteaux plantés dans le sol. On les installe dans des endroits face au vent, dans des renfoncements de relief ou sur les crêtes des montagnes. En traversant les mailles, le brouillard dépose des gouttelettes qui s’écoulent jusqu’à une gouttière placée sous le bord inférieur des filets.  Cette invention est vraiment simple et économique, elle ne consommant aucune énergie et peut produire chaque jour plus de 50 litres par m2 !

Parc national de la Terre de Feu, au Chili

Pour combler le déficit en précipitation

On utilise beaucoup cette technique sur la côte pacifique de l’Amérique latine, car il n’y tombe que quelques centimètres de pluie annuellement, même si presque toute l’année, des nuages de basse altitude poussés par les vents de la mer recouvrent la côte. Ils passent sans laisser tomber de pluie et continuent leur chemin le long des versants des contreforts des Andes. Un endroit judicieux pour installer ces filets attrape-brouillard, c’est évidemment, sur ces pentes face à l’océan.

La première initiative d’installation de ces filets remonte à la fin des années 1980. C’était dans le nord du Chili, à El Tofo, là où les précipitations annuelles totalisent à peine 6 cm, mais où la brume est très présente sur les crêtes. En 1992, grâce à des fonds canadiens, le site s’est développé pour alimenter en eau le village de Chunguno, à 7 km en aval. Grâce à une centaine de filets, la production donnait 15000 litres par jour. La communauté locale s’est alors organisée pour opérer et maintenir le système, et pendant dix ans, au lieu de faire appel à un approvisionnement coûteux par camions-citernes, les 400 habitants de ce village désertique ont consommé l’eau du brouillard.

Mais après une décennie de bons et loyaux services, les filets attrape-brouillard sont tombés en désuétude. La population de Chunguno s’en est désintéressée pour réclamer d’autres solutions aux autorités. En attendant l’hypothétique construction d’une usine de dessalement ou d’un pipeline, les camions-citernes sont revenus alimenter les foyers du village.

Pour aider à la reforestation

À Atiquipa, à 600 km au sud de Lima, au Pérou, depuis la nuit des temps, la végétation a toujours su, naturellement, capter la brume montant de la mer. Mais depuis 60 ans, l’extension des pâturages et la coupe des arbres ont ravagé plus de 5000 km2 de forêt. Alors, vers la fin des années 1990, on y a installé une trentaine de filets attrape-brouillard. La production moyenne de 20 litres d’eau par m2 soutient la croissance de 30000 arbustes qui deviendront assez touffus pour capter eux-mêmes l’humidité nécessaire à leur développement. En plus, ces filets profitent à la population locale : l’eau recueillie irrigue leurs champs de culture.

Quand l’eau potable se raréfie

Lima, l’une des plus grandes villes au monde, située dans un désert, fait face à la baisse du débit des cours d’eau en raison, entre autres, du recul des glaciers des Andes. L’eau utilisée vient des quelques rivières descendant de ces montagnes et des nappes phréatiques. Mais la métropole fait face à la pollution de ces ressources et est menacée par une pénurie d’eau. Les autorités en sont conscientes, et elles tablent sur le dessalement de l’eau de l’océan Pacifique.

L’eau, que contiennent les nuages qui recouvrent la côte presque toute l’année, vient aussi de l’océan, mais elle est désalinisée et transportée par le soleil et le vent. Le captage de brouillard est loin de pouvoir répondre aux immenses besoins de la métropole, mais il permet de soutenir un village ou des cultures.

Ça fait des petits…

Aujourd’hui, on recense de nombreux projets de filets sur la côte pacifique d’Amérique du Sud, mais aussi du Népal à l’Afrique du Sud, dans les Îles Canaries… Servant à l’agriculture, la reforestation ou simplement d’eau potable, cette technique, simple et économique, aide un nombre sans cesse croissant de petites communautés à survivre dans des lieux arides.

À la chronique science radio cette semaine…

Je vous propose un voyage au cœur d’une tempête. Des scientifiques du Royaume-Uni volent dans les nuages pour connaitre les dessous des tempêtes de pluie. Voici mon échange avec Jean-Pierre Girard, animateur de l’Heure de pointe à Radio-Canada, Saguenay, le 17 mai 2012.

 

Quels réseaux sociaux?

Mardi 15 mai 2012 à 6 h 05 | | Pour me joindre

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Janvier 1998. Près de la moitié de la population du Québec est plongée dans le noir et le froid par une pluie verglaçante acharnée. Une trentaine de personnes meurent des conséquences de cette catastrophe. N’eût été des réseaux sociaux, le bilan aurait été beaucoup plus important.

« Comment ça, réseaux sociaux? », répond un jeune bien renseigné. Facebook et Twitter ne verront le jour que cinq ou six ans plus tard, non? Il faut simplement expliquer que les frères, sœurs, amis, tantes et grands-pères qui ont offert un refuge à leurs proches à l’époque étaient eux-mêmes des réseaux sociaux. Pas de clavier. Juste du cœur.

En fait, si le terme de « réseau social » ne fait son entrée que dans les sciences sociales d’après-guerre, les chercheurs évaluent que les véritables réseaux sociaux sont apparus il y a quelque 400 000 ans. Peut-être même un million d’années selon de récentes découvertes. La domestication du feu et le rituel du repas auraient créé ces nouveaux liens qui rendaient la vie plus supportable, conviviale même. Et bien avant qu’homo ne devienne sapiens.

Si de plus en plus de journalistes et de médias ont adopté le terme « médias sociaux », et aussi des sources de référence comme Wikipédia, il reste que le public et une majorité de communicateurs utilisent surtout le terme de « réseaux sociaux ». On identifie ainsi une communication qui ne transite plus par la masse, comme les médias traditionnels, mais curieusement par cette réalité millénaire du tissu social, mais toujours avec l’aide de la technologie. Et encore de quel tissu social parle-t-on dans ce cas? Avec 800 amis Facebook, dont Denis Coderre ou le Canadien de Montréal, la flanelle sociale est quelque peu synthétique.

Contre vents et marées, j’ai donc décidé d’opter pour l’appellation « médias sociaux » plutôt que « réseaux sociaux », mais j’ai l’impression d’être un vieux croulant. J’y tiens cependant. C’est peut-être qu’en observant les jeunes pitonner constamment, j’ai un peu peur que les nouveaux « réseaux sociaux » prennent un jour toute la place… des authentiques.

Et vous?

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Le 1er mai dernier, un grand yacht de 22 mètres équipé de panneaux solaires et d’éoliennes a amorcé la première partie d’une mission de recherche océanique. Quatre organisations et plusieurs scientifiques vont collaborer pendant ce long voyage de 11 000 km dont le but est d’atteindre, dans le Pacifique Nord, un « continent de plastique » probablement aussi large que la Californie. Le Dragon des mers a quitté les îles Marshall, un regroupement d’îlets et d’atolls de coraux situés juste au nord de la ligne de l’équateur et à 3700 km au sud-ouest d’Hawaï, pour naviguer vers la partie ouest de ce « continent de plastique », en direction de Tokyo. Après, il mettra le cap franc est, vers Hawaï pour retracer les déchets du tsunami. 

Le tsunami japonais de mars 2011

Il était une fois un tsunami…

L’an dernier, le 11 mars, a eu lieu une catastrophe d’une grande ampleur : un tsunami a balayé la côte nord-est du Japon, qui a causé la mort de dizaines de milliers de personnes et emporté maisons, voitures, bateaux et plein d’autres objets qui meublaient le quotidien de ces Japonais. Mais où sont allés tous ces objets?

Ils ont été emportés par les courants océaniques et les membres de l’équipage du Dragon des mers comptent bien en retrouver certains. Ils veulent comprendre ce qui leur est arrivé, leur état de décomposition et leur impact sur l’environnement marin. Le fait que soient connus la date de l’événement et le lieu d’où proviennent ces débris aidera à déterminer la façon dont les matériaux se dégradent et les endroits où seront transportées les espèces invasives qui s’y seraient accrochées, le cas échéant.

Le bateau naviguera donc sur les mêmes courants qui transportent, depuis plus d’un an, des dizaines de milliers de tonnes de débris, quelque part entre le Japon et Hawaï.

Des débris du tsunamis recueillis dans le Pacifique

Des continents sur lesquels on ne peut mettre le pied

Ce « continent de plastique » est en fait situé dans une zone relativement calme du centre du Pacifique Nord, où sont capturées, par les mouvements de rotation du courant marin, de grandes quantités de débris plastiques qui viennent des activités humaines, sur terre ou sur mer. C’est Charles Moore qui l’a découvert vers la fin des années 90. Depuis, il veut sensibiliser la population à cet important problème de dérive de déchets qui, sous la lumière solaire, se décomposent en tout petit morceau comparable au plancton. Comme la concentration de plastique est beaucoup plus élevée que celle du plancton, les êtres qui vivent à la base de la chaîne alimentaire en ingurgitent et toute la chaîne alimentaire s’en trouve, de ce fait, empoisonnée.

Un des exemples les plus probants est celui des albatros qui se nourrissent dans cette zone et qui avalent des bouts de plastique en grande quantité. Le pire, c’est qu’ils en donnent à leurs bébés en pensant que c’est de la bonne nourriture, puis l’hécatombe survient. Des dizaines de petits albatros meurent de faim, d’intoxication ou d’étouffement. Un photographe a fait des clichés de cadavres d’albatros décomposés et tout ce qui reste à la place du ventre, parmi les amas de plumes et d’os, c’est beaucoup de particules de plastique.

Du plastique aussi dans l’Atlantique

En 2010, les océanographes d’une organisation non gouvernementale américaine, la Sea Education Association, ont découvert un autre continent rempli de petits débris de plastique. Son centre est situé à la latitude d’Atlanta à environ 1000 km des côtes américaines, dans l’Atlantique. C’est un endroit où les hautes pressions sont fréquentes, les vents y sont faibles et les courants qui s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre emprisonnent tout ce qu’ils emportent.

La densité moyenne de plastique atteint 200 000 fragments par kilomètre carré et l’on peut en retrouver jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur. Il a fallu 22 ans de recherches et de récoltes de filets lancés plus de 6000 fois dans l’Atlantique entre la Nouvelle-Écosse et les Caraïbes pour dénombrer les déchets et leurs effets sur les espèces vivantes. Les débris collectés sont rarement entiers. Ils mesurent moins d’un centimètre et pèsent moins de quinze grammes. C’est pourquoi cette nappe de plastique est indétectable par les images satellitaires et n’est visible que du pont des bateaux.

D’ailleurs, le biologiste Jean Lemire vient d’amorcer la mission 1000 jours pour la planète sur le Sedna. Il doit se rendre début juin au large des Bermudes pour examiner l’état de ce nouveau continent de plastique dont les dimensions seraient comparables à celles du continent du Pacifique. Mais dans ce cas-ci, ce sont nos déchets qui peuplent ce nouveau continent.

Comme on s’en doute, il est pratiquement impossible de nettoyer les océans de ce matériau très résistant. Même réduit en minimorceaux ou transformé en poudre, tout le plastique produit depuis que l’homme le fabrique est présent dans l’environnement. Sa durée de vie dépasse les 500 ans, et aucun micro-organisme ne peut le dégrader complètement. Comment s’en débarrasser alors? En optant pour des matériaux alternatifs biodégradables ou si l’on ne peut s’en passer, en évitant de le jeter dans l’environnement.

Pour en connaître plus…

Le journal de bord de cette mission vous intéresse? Rendez-vous sur le site d’Algalita, l’une des deux organisations scientifiques californiennes qui dirigent cette mission.

Voici une vidéo de Charles Moore et l’une de ses découvertes, le continent de plastique d’Hawaï.

Des milliers d’objets flottants se retrouvent très loin de leur point de départ, déplacés par les courants marins. Voici l’histoire de petits canards de plastique qui ont beaucoup voyagé.

 

Pour entendre la version audio de ma chronique et d’autres détails, voici mon échange avec Jean-Pierre Girard, animateur de l’Heure de pointe à Radio-Canada Saguenay, le 10 mai 2012.