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Peut-être avez-vous vu passer cette nouvelle sortie le 2 juin dernier. Une étude publiée dans une revue scientifique appelée Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) déclare que les ouragans qui portent des prénoms féminins causeraient beaucoup plus de pertes humaines que les ouragans masculins! Ben voyons donc, me suis-je dit, quand j’ai entendu ça la première fois. Quel est le rapport entre l’appellation et la dangerosité d’un phénomène météo extrême?

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Ouragan Irene, août 2011

Le baptême des tempêtes tropicales

Comme je l’ai déjà expliqué dans un précédent blogue, on a commencé à baptiser les tempêtes tropicales qui ont le potentiel de devenir ouragans il y a très longtemps, afin de simplifier la communication avec la population. On les a d’abord identifiées par leur position en latitude et longitude. Mais lorsque deux tempêtes se suivaient de quelques kilomètres, la confusion régnait. On a fait ensuite plusieurs essais. Elles portaient les prénoms des saints du jour de leur formation, ceux de politiciens. De 1950 à 1952, elles étaient nommées par l’alphabet phonétique international (Able, Baker, Charlie…). Puis, en 1953, seuls des prénoms féminins servaient à les identifier.

C’est en 1979 que l’Organisation météorologique mondiale, par souci d’équité, a eu l’idée d’établir des listes alphabétiques composées de prénoms, courts et distincts, féminins et masculins, d’origines anglaise, française et espagnole, en alternance. On y trouve un prénom pour chacune des lettres de l’alphabet, sauf cinq (Q, U, X, Y et Z) pour l’océan Atlantique.

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L’étude des genres

Je reviens donc à cette étude, dont les auteurs sont deux doctorants : Kiju Jung, en gestion des affaires, et Sharon Shavitt, en sciences cognitives. Pour arriver au constat mentionné ci-dessus, ils ont mené six expériences auprès de deux groupes : des étudiants de l’Université de l’Illinois et un échantillon d’adultes d’Amazon Mechanical Turk. Ces expériences servaient à évaluer, avec différentes méthodes scientifiques et mathématiques, la perception des gens par rapport au niveau d’intensité et de dangerosité d’un ouragan à partir de son prénom.

Pour l’une des expériences, on évaluait les prénoms par leur degré de masculinité ou de féminité en leur attribuant un indice (MF1 à MF11). En comparant ce dernier avec le nombre réel de décès causés par ces ouragans, on se rendrait compte que plus l’indice de féminité était élevé (MF11), plus le nombre de morts était important.

Une autre expérience consistait à séparer, en deux ensembles distincts, les ouragans de faible et de forte intensité, qu’on a, par la suite, combinés à l’indice MF. Là aussi, on y a associé le nombre de morts. Le résultat? Il semble que pour les plus faibles tempêtes, le nombre de décès ne soit pas lié à l’indice MF, alors que c’est éloquent pour les fortes tempêtes.

D’autres questions bien précises ont été posées aux groupes d’étude :

  • Pour lequel des ouragans Christopher ou Christina seriez-vous plus enclins à procéder à une évacuation, si demandée par les autorités?
  • Sans savoir quelle sera l’intensité de l’ouragan Alexandra ou celle de l’ouragan Alexander, lequel vous paraît le plus risqué?

Leurs réponses? Christopher et Alexander les feraient évacuer leur domicile.

Mis à part ce qu’en pensent les groupes testés, les chercheurs ont aussi analysé les décès causés par 94 ouragans qui ont sévi de 1950 à 2012. Ils en concluent que la proportion de décès causés par des ouragans ayant un prénom masculin par rapport à ceux nommés au féminin est de 15 contre 42.

En mots clairs, ça voudrait dire qu’à sévérité égale, un ouragan appelé Laura causerait près de trois fois plus de morts que s’il s’appelait Édouard, comme si les gens avisés de la venue de Laura par les autorités ne croyaient pas nécessaire de se mettre à l’abri, le percevant comme moins menaçant que si c’était Édouard. Ça équivaut à dire que l’intensité d’un ouragan serait fonction du comportement humain féminin ou masculin. Est-ce à dire qu’il est clair que les femmes sont bien plus douces et moins violentes que les hommes et qu’il ne vaut pas la peine de s’en méfier?

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Ouragan Arthur, juillet 2014

Mais est-ce biaisé?

Les résultats en ont fait sourciller certains lors de leur dévoilement. Sincèrement, pensez-y bien : comment le nom attribué à un phénomène météo peut-il être représentatif de son degré de danger et de la préparation adéquate pour s’en protéger?

Jeff Lazo, du National Centre for Atmospheric Research, considère que cette étude est en fait probablement un hasard statistique, car il relève de plusieurs partis pris.

D’abord, il ne faut pas oublier qu’entre 1953 et 1979, les ouragans ne portaient pas de prénoms masculins. Ça veut dire qu’au total, entre 1950 et 2012, il y a eu 30 ouragans masculins pour 61 féminins. Donc, pour être juste, il faudrait refaire les calculs à partir du moment où ont commencé à alterner les noms masculins et féminins (ce qui a été fait et qui donne des résultats beaucoup moins significatifs : 1,7 mort de plus pour les tempêtes féminines que masculines).

Les auteurs estiment que s’ils en avaient tenu compte, ils auraient manqué de données post-1979 pour calculer une moyenne pertinente. Il faut cependant savoir que cette négligence est importante, parce qu’au fil du temps les ouragans sont généralement moins mortels. M. Lazo croit qu’il se pourrait donc que leur conclusion qui dit que plus de gens meurent lors des ouragans féminins vienne tout simplement du fait que davantage de personnes sont mortes, en moyenne, dans les ouragans précédant 1979.

Autre élément : deux des ouragans les plus meurtriers, soit Katrina, qui a tué au moins 1800 personnes en 2005, et Audrey, qui, en 1957, a fait 416 morts, ont été exclus de l’étude. Les chercheurs disent que ces tempêtes représentaient des mesures aberrantes, mais cela ne les a tout de même pas empêchés de noter que ces ouragans meurtriers portaient des prénoms féminins…

Le dernier ouragan à l’étude est Sandy, qui a sévi à l’automne 2012 et provoqué la mort de 159 personnes. Autre item qui augmente une moyenne.

Finalement, la moitié des expériences ont été menées auprès d’un groupe de l’Université de l’Illinois, à Chicago. D’après Jeff Lazo, ces gens n’ont jamais vu d’ouragans. L’échantillon n’est donc pas représentatif de la population cible habitant des régions vulnérables à la venue d’ouragans.

Donc, malgré son caractère intéressant, cette étude reste un peu farfelue. À mon avis, quand un ouragan nous menace, qu’il s’appelle Emily ou Bill, écoutons les gens responsables de la sécurité et fuyons!

À ma chronique radio cette semaine

Cette semaine, à ma chronique radio enregistrée le 11 septembre 2014 avec Jean-Pierre Girard, animateur de L’heure de pointe à Radio-Canada, Saguenay, vous saurez que, même rendus seulement à mi-chemin dans la saison des ouragans, on est en mesure de dire que 2014 sera une saison record, surtout dans l’océan Pacifique Est.

La culture scientifique au Canada

La semaine dernière, le Conseil des académies canadiennes a divulgué un rapport sur l’état de la science au pays intitulé Culture scientifique : qu’en est-il au Canada? En plus de dévoiler la façon dont la science est perçue, vécue et véhiculée au Canada, ce rapport compare les résultats canadiens avec ceux d’autres pays industrialisés, comme les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et les pays de l’Union européenne.

Cette enquête a été réalisée de façon très précise, avec des critères bien établis et en utilisant un sondage mené auprès de 2000 citoyens choisis d’un océan à l’autre, de sexes, âges, régions, milieux socio-économiques et niveaux d’instruction différents. En est sorti un rapport bien volumineux et détaillé.

Quatre grands thèmes étaient examinés : les attitudes du public à l’égard de la science, la mobilisation de celui-ci, les connaissances scientifiques de la population, de même que ses compétences en matière de science et de technologie. Les conclusions permettent de réaliser que les Canadiens aiment se mobiliser pour la science. En chiffres, ça veut dire que 93 % de la population est intéressée par les nouvelles découvertes scientifiques et les avancées technologiques. Ça met ainsi le Canada au premier rang sur 33 pays! Plusieurs autres constats ont été établis, constats très positifs qui font qu’on peut être fiers de ce qui est accompli au Canada pour promouvoir la science. Et cela, surtout du côté francophone, qui présente une plus grande diversité — recherche, éducation, culture, activités pour les jeunes, musées — que du côté anglophone.

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Le rôle des médias pour la promotion de la science

Par contre, certains points négatifs en sont aussi ressortis. Entre autres, on se rend compte que parmi la population, les plus gourmands de science sont les jeunes, les personnes avec un haut niveau d’instruction, celles de milieux favorisés et dont le revenu est élevé. Il existe donc une grande disparité parmi les Canadiens. Le rapport mentionne aussi certaines actions à prendre à la suite de ces constats, comme de réduire cette disparité, de rendre la science accessible aux adultes une fois sortis de l’école et d’adapter le rôle des médias pour alimenter la culture scientifique auprès de la population.

C’est exactement ce que je fais aujourd’hui : je vous présente un nouveau magazine, Curium, qui vise en principe les 14-17 ans, créneau oublié dans le magazine scientifique. Je peux toutefois vous assurer qu’il est conçu de façon à intéresser autant les plus jeunes que les adultes! Le contenant est agréable à consulter, et le contenu, diversifié.

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Dans le premier numéro se trouve un dossier intitulé « Testé sur des humains », où on apprend les côtés sombres de l’expérimentation scientifique. On pense notamment aux vivisections que menaient des médecins à Alexandrie quelques siècles avant Jésus-Christ et à toutes les autres pratiques parfois assez barbares, dont les crimes nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, perpétrés au profit de la science médicale.

Et l’éthique dans tout ça?

On y traite aussi de l’éthique par l’entremise d’une entrevue avec Michel Bergeron, éthicien pour le comité universitaire d’éthique de la recherche de l’Université de Montréal. Comme on s’en doute, un code d’éthique avec des critères bien précis doit être respecté pour que soit approuvée une étude médicale sur un échantillon de la population. Les cobayes doivent comprendre les risques auxquels ils s’exposent quand ils participent à une étude et donnent leur consentement. Ils peuvent se retirer de l’étude au moment où ils le désirent, qu’elle soit terminée ou non, et les chercheurs doivent protéger la confidentialité des sujets. Voici certains de ces critères.

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Des cas non éthiques historiques sont listés. En 2003, en Inde, alors qu’un groupe testait un médicament pour prévenir les crises cardiaques, huit sujets en sont décédés. Le problème, c’est que ces personnes ne savaient même pas qu’elles participaient à une étude! Parfois, des pays sous-développés ou aux prises avec des conflits armés n’ont pas les infrastructures nécessaires pour faire une bonne évaluation des études proposées. Et on se rend compte que de plus en plus d’essais cliniques se font justement dans ces pays où l’évaluation est moins rigoureuse qu’en Amérique du Nord ou en Europe, par exemple.

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Pourquoi devient-on cobayes d’études médicales?

Une section du dossier est justement consacrée aux cobayes humains qui participent à ce type de recherches médicales. En ce moment, plus de 30 000 études nécessitent des cobayes. Qui sont les gens qui décident de se porter volontaires? Pourquoi le font-ils?

Certains disent que c’est une façon de gagner de l’argent, d’autres le font pour l’avancement de la science. Chris Hatfield, le réputé astronaute, explique que lui et ses collègues servent souvent de cobayes. Plusieurs expériences sont menées sur ces voyageurs de l’espace, entre autres sur l’effet de l’apesanteur. On a ainsi constaté que le corps vieillit plus vite dans l’espace que soumis à une force gravitationnelle comme sur Terre. Certains astronautes portent un cathéter dans la jambe ou un thermomètre dans l’anus pendant le lancement de la navette pour comprendre la réaction du corps humain. Malgré son accord pour participer à diverses expériences, Hatfield a refusé l’une d’entre elles : celle qui demandait de s’extraire un échantillon de muscle.

D’autres personnes deviennent cobayes de la science par plaisir. Kevin Warwick a toujours aimé la perfection des ordinateurs. Il est donc devenu un cyborg, c’est-à-dire un être mi-humain, mi-machine! Une puce a été implantée dans son bras gauche pour tester la technologie des interfaces cerveau-machine. Il peut ainsi, par la pensée seulement, ouvrir et fermer le poing d’une prothèse!

Est-ce que j’accepterais de participer à des études cliniques pour tester un médicament? Ça dépend des circonstances. Jamais au détriment de ma santé. Mais si j’avais contracté le virus Ebola et qu’on me demandait de tester un médicament qui aurait la possibilité de me guérir, alors là, oui. Enfin, probablement…

Vous en apprendrez davantage en écoutant ma chronique enregistrée le 4 septembre 2014 avec Jean-Pierre Girard, animateur de L’heure de pointe à Radio-Canada Saguenay, ou celle du 28 août concernant la culture scientifique au Canada.

Je vais vous quitter pour quelques semaines, chers internautes, mais pour ne pas vous laisser sans nourriture pour le cerveau (!), j’ai pensé vous suggérer quelques-uns de mes blogues estivaux des années passées. Ils sont toujours d’actualité, comme vous le verrez…

Des phénomènes météo

D’abord, évidemment, des sujets de météo. Une météorologue de profession comme moi ne pouvait évidemment pas passer à côté d’un tel thème!

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 Des conseils pour passer un bel été à l’extérieur

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  • Et quand le soleil, et ses rayons UV entre autres, brille tant et tellement qu’il peut devenir dangereux pour la santé, que faire? Je vous suggère quelques trucs tout en vous expliquant les dangers. Et vous apprendrez que le soleil peut être bon pour la santé… avec parcimonie!

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  • Que peut-il se passer quand la canicule sévit? Plus de liens que vous ne le croyez sont possibles. Des exemples? On est plus impatient, mais aussi plus amoureux. Et malgré ce qu’on croit, on ne devrait pas boire de boissons trop froides. Ah oui, faites attention au pollen!

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Des beautés pour l’été

  • Pour ma part, l’été ne serait pas complet sans quelques soirées arrosées de feux d’artifice! Pour les gens de Montréal et des environs, huit soirées sont offertes à la population en provenance de la Ronde, mais on en trouve un peu partout pour les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste et du Canada. Mais comment sont-elles fabriquées, ces bombes qui explosent tout en relâchant plusieurs couleurs?

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  • Où aller? Quoi voir? Les tremblements de terre, les volcans, le passage des glaciers, les chutes de météorites ou l’érosion sont des catastrophes qui n’ont pas que des points négatifs à apporter. Après de nombreuses années, des sites fabuleux en émergent. Voici des merveilles géologiques à découvrir pendant l’été!

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Passez tous un bel été et à bientôt!