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Chaleur et mystères naturels de 2014

Jeudi 22 janvier 2015 à 14 h 40 | | Pour me joindre

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2014 – année record de chaleur

Je vous entends déjà me dire : « 2014, l’année la plus chaude de tous les temps? Comment ça se peut : il a fait un froid de canard l’an dernier! » C’est vrai qu’au Canada, 2014 a été l’année la plus froide en 18 ans et les mois de novembre à mars, qu’on appellera l’hiver, ont été les plus glaciaux depuis que des données météorologiques sont enregistrées au pays, soit 1948. Mais ça n’empêche pas la planète, dans son ensemble, de se réchauffer. D’ailleurs, plusieurs agences scientifiques réputées comme la NASA et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) ont émis ce constat à la suite à des prises de mesures indépendantes.

C’est à la surface des océans qu’a été constaté le plus grand réchauffement : 0,57°C de plus que la moyenne, alors que sur les terres, la température est au quatrième rang des plus chaudes depuis 1880. Bilan : la moyenne des températures du sol et des océans conjointement a été de 14,59°C. Ce record de 135 ans a dépassé de 0,69°C la moyenne du 20e siècle.

Quelques coins du globe ont remporté la palme.

  • L’Europe a vécu son année la plus chaude en 500 ans; 19 pays ont battu leur propre record, dont l’Allemagne, l’Autriche, la France, la Suède, la Belgique et le Royaume-Uni.
  • L’hiver a été chaud en Californie, sur l’Arizona et le Nevada; les températures ont parfois dépassé de 10°C, leur propre record!
  • En Alaska, il n’a jamais fait sous 0°C en 2014; c’était l’année la plus chaude depuis 1916.
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Température annuelle pour l’ensemble de la planète
(Crédits : NOAA)

2005 et 2010

Ces années détenaient précédemment le record ex æquo des années les plus chaudes depuis 1880, toutes températures confondues. 2014 les a dépassées de quatre centièmes de degrés. Ça vous paraît peu? Pour ce genre de records qui normalement se chiffrent par millièmes de degrés, c’est énorme, affirme Alain Bourque du Consortium Ouranos.

2013, 2012, 2010, 2009, 2007, 2006, 2005, 2003, 2002, 1998

Ces années sont le top 10 des plus chaudes auxquelles s’ajoute maintenant 2014. Comme on le constate, à part 1998, elles sont toutes au XXIe siècle. Autre donnée importante : le phénomène El Niño était présent lors des années formant le top 3 (2010, 2005, 1998). On croyait donc qu’il contribuait fortement à établir ces records. Erreur : il était absent l’an dernier et les températures ont tout de même été plus élevées que jamais. Imaginez quand El Niño sévira à nouveau…

Friends of Science, ça vous rappelle quelque chose? Ces créateurs des panneaux publicitaires avec de faux messages environnementaux, que l’on voyait cet automne, soutiennent que le réchauffement s’est arrêté en 1998… Quand on voit ces chiffres et que l’on constate le nombre d’animaux et de plantes qui ont disparu de la surface de la planète ainsi que la fonte rapide de la glace des pôles, on est en droit de douter du sérieux de leur organisation.

1976

C’est la dernière année où les températures ont été sous les moyennes du 20e siècle. Imaginez : les moins de 40 ans ont toujours vécu avec des températures au-dessus de la moyenne! Et c’est février 1986 qui a été le dernier mois plus froid que les moyennes, à l’échelle de la planète.

Des chiffres éloquents nous indiquent que le réchauffement actuel est bien provoqué par l’activité humaine et les gaz à effet de serre. La température moyenne des basses couches de l’atmosphère a augmenté, alors que celle de la couche plus élevée (entre 15 et 20 km d’altitude) a diminué. Indice qui ne trompe pas.

Que nous réservera l’année 2015? Un petit El Niño avec ça?

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Mystères naturels de 2014

Météorologie

Le 16 juin 2014, dans le nord-est du Nebraska, une super cellule orageuse a produit, sur une trentaine de kilomètres, un quatuor de tornades violentes dont les vents soufflaient de 250 à 320 km/h. Parmi elles, deux se sont produites simultanément, à moins de deux kilomètres de distance, pour réduire presque à néant la petite ville de Pilger.

D’après les experts de la NOAA, des tornades jumelles, aussi violentes, n’arrivent qu’une fois tous les 10 à 20 ans. Elles peuvent se former à partir de deux super cellules séparées ou naître de la même cellule. Cette dernière hypothèse est la préférée des scientifiques. La première tornade agonisait, avec son entonnoir touchant encore le sol, alors que la deuxième se formait. Mais que les deux soient au sol en même temps, si violentes et si longtemps, n’est pas courant.

Vulcanologie

En septembre 2014, un volcan islandais, le Bardarbunga (prononcer BAR-DAR-BOUNN-KA) est entré en éruption. D’après le bureau météorologique et climatologique d’Islande, cette éruption est unique pour trois raisons.

  1. L’immense champ de lave de 83 km est potentiellement le troisième du monde (en tout cas, le plus grand créé dans ce pays depuis l’éruption du Laki en 1783).
  2. La quantité de soufre libéré aurait dépassé celle éjectée par tout volcan de ce type sur la planète. Les gaz ont d’ailleurs touché toute l’Islande, une première en 150 ans.
  3. L’éruption a causé le plus grand affaissement des temps modernes pour une caldera en Islande, soit 56 mètres. Elle a avalé un GPS installé à ses abords, qui devait en mesurer le taux d’affaissement.

Et cette éruption se poursuit toujours. Pourquoi? Les vulcanologues cherchent encore…

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Géologie

En juillet 2014, dans la péninsule de Yamal en Sibérie, une explosion inexpliquée a créé un trou de 35 mètres de profondeur en éjectant roches et poussière jusqu’à 120 mètres du site. Deux autres dolines se sont produites peu de temps après dans le nord de la Russie. Les scientifiques ont d’abord pensé que le terrain d’exploration de combustibles fossiles situé à proximité avait pu causer une explosion gazeuse qui aurait fait éclater la surface du sol comme une bulle, mais une numérisation faite par radar rejette cette hypothèse. Elle privilégie plutôt des causes naturelles.

Quelques hypothèses sont à l’étude : soit le dégel des strates de roches qui aurait libéré des gaz de schiste, soit une accumulation de pression lors du gel et du changement de volume de certaines cavités contenant du méthane ou soit des hydrates gazeux, ceux-là mêmes qu’on croit responsables des anomalies observées autour du triangle des Bermudes. La péninsule de Yamal, tout comme le triangle des Bermudes,  a longtemps été un point chaud des événements inexpliqués. On note de nombreux rapports des habitants ayant observé… l’abominable homme des neiges!

En novembre dernier, une équipe de scientifiques, accompagnée d’un médecin et d’un grimpeur professionnel, est descendue dans un des gouffres pour résoudre l’énigme. Mais l’origine des trous profonds est encore inconnue.

La science aura de quoi s’occuper en 2015!

On le sait, le climat change depuis déjà quelques décennies. Plusieurs études tentent d’établir le plus justement possible les effets et conséquences de ces changements : les hausses de températures dans le monde autant qu’ici, l’occurrence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, la montée du niveau des mers… Parmi les modifications que devront apporter les humains à leur quotidien en raison de ces changements climatiques, il y a l’alimentation. Certaines denrées vont se raréfier, d’autres seront appelées à disparaître ou à changer de régions. Et concrètement, ça pourrait modifier nos repas des Fêtes et nos traditions.

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Dernier coucou à la période des réjouissances avant de passer à 2015

Selon nos convictions familiales ou religieuses, ce qui compose le menu de nos repas de Noël et du Nouvel An est souvent traditionnel. La dinde et ses canneberges, accompagnées de pommes de terre, souvent pilées, de pain et de beurre, se retrouvent dans les assiettes de plusieurs maisons. Et du chocolat pour dessert… Mais cela est appelé à changer.

Parmi les plus importants changements de notre climat, il y a les températures qui sont mondialement de plus en plus chaudes saison après saison (vous me direz que ce matin, avec des températures de -20 à -30 degrés à travers la province, ce n’est vraiment pas chose évidente!). Ce changement de régime touche plusieurs éléments de notre alimentation.

volailles

Dindes

Ces volailles ne tolèrent que de petits écarts de température et sont susceptibles de mourir de coups de chaleur. En plus, les hausses de température réduisent leur croissance. Donc, les éleveurs de volaille devront adapter leurs poulaillers pour s’assurer de régulariser la température tout au long de l’année afin qu’elle soit optimale. Pour ce faire, il leur faudra probablement aussi investir dans la ventilation.

canneberge

Canneberges

Quoi de meilleur que d’ajouter ces petits fruits à côté d’un morceau de dinde? Eh bien! Là aussi, ça va mal. Records de chaleur, pluies abondantes, inondations, gels et sécheresses intenses ne vont pas de pair avec les canneberges. Les cultures sont menacées et on le voit déjà, du moins au Massachusetts, deuxième producteur américain. La production pour l’année 2011-2012 a chuté de 9 % en raison d’un printemps précoce et de températures chaudes qui ont occasionné une croissance prématurée des plants, les exposant ainsi au gel survenu plus tard.

Pommes de terre

Avec les températures de plus en plus chaudes et la pluie qui est moins régulièrement au rendez-vous, les agriculteurs de pommes de terre devront faire preuve d’ingéniosité pour trouver des moyens d’adaptation. Déménager? Développer une variété résistante à la chaleur? D’autant plus qu’avec le climat qui change, un autre danger plane : la teigne de la pomme de terre, cet insecte ravageur des tubercules, pourrait migrer des régions du sud dans des plus nordiques ou situées à des altitudes plus élevées. Par contre, il pourrait y avoir un effet positif dans les zones où les étés seront plus secs et plus chauds. Le mildiou, un des pires fléaux de la culture de la pomme de terre, aurait tendance à moins se propager. Cette maladie a causé la grande famine des années 1840 en Irlande, particulièrement.

chocolat

Chocolat

Une autre denrée pourrait se raréfier. Et  j’en suis particulièrement attristée. Selon le groupe Barry Callebaut, meneur mondial des fabricants de produits à base de chocolat, la  hausse des températures mènerait à une pénurie potentielle de cacao d’ici 2020. L’an dernier, la consommation de chocolat a dépassé la production de 70 000 tonnes métriques. On prévoit qu’en 2020, ce déficit sera 14 fois plus grand.

Une telle demande a fait grimper les prix de 60 % depuis 2012. Le temps sec, ainsi que l’augmentation de 2 degrés Celsius prévue d’ici à 2050 au Ghana et en Côte d’Ivoire, responsables de plus de 70 % de l’offre mondiale de cacao, signifie que davantage d’eau s’évaporera à partir des feuilles et de la terre, en laissant moins derrière pour la croissance des cacaoyers.

On voit aussi de plus en plus de maladies fongiques comme la moniliose et le balai de sorcière ravager ces cultures. Si les difficultés persistent, les agriculteurs pourraient délaisser le cacao pour s’adonner à d’autres cultures plus rentables…

Ces aliments ne sont que quelques-uns qui seront touchés par les changements du climat d’ici les prochaines décennies. Qui sait de quoi seront constitués les menus des Fêtes quand ce sera à notre tour d’être invités chez nos enfants?

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Avatar, la série Star Trek, Star Wars, Gravity, 2001 Odyssée de l’espace… il en pleut des films de science-fiction! Certains réalisateurs s’assurent que les notions scientifiques qu’on retrouve dans ces films, qui mélangent science et fiction, soient assez proches de la réalité, alors que d’autres s’en préoccupent peu.

Tout dernièrement, Interstellaire, un film du réalisateur Christopher Nolan, est arrivé sur les écrans. À ma sortie du cinéma, je vous avoue que j’étais assez interloquée. Je me demandais si c’était mon manque de connaissances scientifiques — malgré un baccalauréat en physique — qui m’avait empêchée de comprendre certains bouts du film, ou parce qu’il était mal réalisé. J’ai donc pensé à en discuter avec Roland Lehoucq, un astrophysicien qui s’intéresse à la science derrière les œuvres de science-fiction. Il travaille au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, à Saclay, au sud de Paris.

L’histoire d’Interstellaire

On se trouve, au début du film, dans un État américain non identifié. Les changements climatiques ont visiblement fait leur œuvre. La sécheresse sévit vraisemblablement depuis des années et les gens semblent habitués aux tempêtes de poussière intenses qui viennent perturber leur quotidien. On y voit des champs de maïs partout. Les habitants sont devenus, pour la plupart, des agriculteurs.

Un hasard amène l’un d’eux vers un lieu secret où se trouve ce qui reste de la NASA. Cooper, ayant été pilote dans le passé, se fait entraîner dans une mission secrète dont le but est de trouver, ailleurs dans l’univers, un nouveau monde qui saurait accueillir les terriens, car les ressources de la Terre les abandonnent.

Étant veuf et responsable de sa fillette et de son garçon adolescent, il refuse. Mais on l’y oblige, car justement, le but de l’expédition est de sauver l’avenir des générations futures. Il embarque donc avec quelques scientifiques pour une mission spatiale dont l’issue est incertaine. Ils découvriront et tenteront d’élucider certains mystères de l’univers. Ils franchissent des trous noirs, traversent de nouveaux espaces à plus de trois dimensions (celui auquel on est habitué et dans lequel on vit!). D’ailleurs, l’espace-temps y joue un rôle important.

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Collaboration scientifique

Comme il est justement beaucoup question de relativité, d’espace-temps, de gravité, de trous noirs, l’équipe de réalisation s’est adjoint la collaboration du physicien américain Kip Thorne, spécialiste de la relativité générale, une théorie de la gravitation élaborée par Einstein en 1915. Et c’est un plus, indique Roland Lehoucq. Les conseils de Thorne en ont fait un film qui est relativement plausible, sans être toutefois parfait.

Le scénario

Dès le début du film, il se peut que déjà vous soyez un peu sceptique, car, dans un monde de sécheresse, comment vivre de la monoculture du maïs, alors que c’est la céréale qui demande le plus d’eau pour croître? Vous aurez aussi peut-être constaté que les gens roulent en véhicules utilitaires 4 x 4 qui demandent beaucoup de pétrole pour fonctionner. Mais peut-être n’aurez-vous tout simplement rien remarqué. Ça a été mon cas. Parce que votre esprit était programmé pour détecter des erreurs beaucoup plus complexes. D’ailleurs, c’est malheureux que le scénario de base n’ait pas été mieux ficelé, étant donné les connaissances actuelles des scientifiques sur les dégâts que causeront éventuellement les changements climatiques.

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Idées scientifiques

Par contre, l’astrophysicien m’a rassurée sur les moments dans le film où j’ai dû lâcher prise, m’adosser dans mon fauteuil et me laisser porter par l’histoire sans me poser de questions. « Mêmes pour des scientifiques, plusieurs idées sont encore à l’état de spéculation dans ce film », m’a-t-il confirmé.

Parmi les notions abordées, l’une des plus difficiles à avaler à mon sens est celle d’un univers qui comprendrait plus de trois dimensions. D’après des physiciens théoriciens, son existence serait fort possible, puisque de tout temps, la gravité, qui fait partie des quatre interactions fondamentales responsables des phénomènes physiques observés dans l’univers, est considérée comme étant la plus faible, et de loin.

Pourquoi? Une hypothèse suggère que la gravité s’exprimerait dans un espace à plus de trois dimensions et que sa faiblesse serait donc due à des fuites dans des dimensions spatiales que nous ne pouvons détecter par la lumière qui est confinée dans nos trois dimensions. Ouf! Une chance que j’ai eu les explications et l’exemple amusant donnés par Roland Lehoucq pour comprendre un peu de quoi il s’agissait.

À un autre moment, les voyageurs de l’espace utilisent un trou de ver pour passer d’une région à une autre dans l’espace-temps. Un trou de ver? Lehoucq m’a expliqué la théorie sous-jacente à cet objet hypothétique qui ressemble à un raccourci pour passer d’un univers à un autre. Évidemment, quand le trou de ver est emprunté, le temps pour les astronautes passe beaucoup moins vite que pour les terriens. Et ça devient un problème pour l’éventuel retour sur Terre.

J’ai adoré m’entretenir avec Roland Lehoucq, car je pense qu’il a une façon passionnante de traiter la science. C’est pourquoi je rends ici disponible, l’entrevue complète. Ne manquez pas son appréciation de la fin du film, quand une station orbitale installée près de Saturne devient le nouveau foyer des terriens (je ne dévoile pas de secrets, ici…) Et ne vous laissez pas décourager. Si vous aimez la science-fiction, vous apprécierez Interstellaire et ses magnifiques plans visuels.

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Pour ma dernière chronique avant Noël, j’ai passé au peigne fin de la science, la tournée mondiale du père Noël. Et vous savez quoi? Il existe pour vrai; c’est prouvé! Écoutez ma chronique livrée à l’animateur jean-Pierre Girard de l’Heure de pointe, Radio-Canada, Saguenay, le 18 décembre 2014.