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Je vais vous quitter pour quelques semaines, chers internautes, mais pour ne pas vous laisser sans nourriture pour le cerveau (!), j’ai pensé vous suggérer quelques-uns de mes blogues estivaux des années passées. Ils sont toujours d’actualité, comme vous le verrez…

Des phénomènes météo

D’abord, évidemment, des sujets de météo. Une météorologue de profession comme moi ne pouvait évidemment pas passer à côté d’un tel thème!

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 Des conseils pour passer un bel été à l’extérieur

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  • Et quand le soleil, et ses rayons UV entre autres, brille tant et tellement qu’il peut devenir dangereux pour la santé, que faire? Je vous suggère quelques trucs tout en vous expliquant les dangers. Et vous apprendrez que le soleil peut être bon pour la santé… avec parcimonie!

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  • Que peut-il se passer quand la canicule sévit? Plus de liens que vous ne le croyez sont possibles. Des exemples? On est plus impatient, mais aussi plus amoureux. Et malgré ce qu’on croit, on ne devrait pas boire de boissons trop froides. Ah oui, faites attention au pollen!

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Des beautés pour l’été

  • Pour ma part, l’été ne serait pas complet sans quelques soirées arrosées de feux d’artifice! Pour les gens de Montréal et des environs, huit soirées sont offertes à la population en provenance de la Ronde, mais on en trouve un peu partout pour les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste et du Canada. Mais comment sont-elles fabriquées, ces bombes qui explosent tout en relâchant plusieurs couleurs?

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  • Où aller? Quoi voir? Les tremblements de terre, les volcans, le passage des glaciers, les chutes de météorites ou l’érosion sont des catastrophes qui n’ont pas que des points négatifs à apporter. Après de nombreuses années, des sites fabuleux en émergent. Voici des merveilles géologiques à découvrir pendant l’été!

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Passez tous un bel été et à bientôt!

140619_mv6ye_petrole_sn635À l’été 2010, l’entreprise québécoise Pétrolia, ayant racheté les permis d’Hydro-Québec, relance les activités d’exploration en forant le puits Chaloupe 1. Jusqu’ici, on avait foré au-dessus ou en dessous d’une formation géologique, le Shale de Macasty. Cette fois, on cible le Shale, et on trouve des indices d’hydrocarbures.

Mais c’est une roche-mère qu’il faudra fracturer pour faire sortir le gaz ou le pétrole, vraisemblablement les deux. Du pétrole de schiste…

À partir de ce forage, les choses se sont bousculées. Pétrolia a commencé à promouvoir sa découverte en parlant de milliards de barils. Des économistes, comme Germain Belzile de l’Institut économique de Montréal, ont renchéri.

Alors on en remet…

Quarante milliards de barils de pétrole? Cette estimation provenait d’une étude réalisée par la firme Sproule de Calgary. Mais l’étude ne porte que sur ce qu’on appelle « le pétrole initialement en place ». Ce qu’elle dit, c’est que la roche du Macasty possède les caractéristiques essentielles pour que les hydrocarbures s’y soient formés et soient encore dans les pores de cette roche. Elle indique un potentiel.

Le rapport sert essentiellement à décider s’il faut continuer l’exploration ou non. Ce n’est pas une estimation de réserves récupérables. À ce stade, il n’y a pas de découverte, pas de gisement, pas de pétrole confirmé.

Si bien qu’à Anticosti, on n’est qu’au début de la phase décisive d’exploration. Il faudra des années pour établir s’il y a des gisements économiquement exploitables, chaque étape ouvrant la possibilité d’un abandon.

Québec entre en scène

Pour accélérer l’exploration, le gouvernement Marois avait conclu en février dernier une entente avec l’entreprise privée. Sur deux ans, il s’agit de réaliser une série de forages, y compris avec fracturation horizontale. Sur un total de 100 millions de dollars, l’État fournit 56 millions,  le reste étant partagé entre les entreprises Pétrolia, Corridor Resources et Maurel et Prom.

Le nouveau gouvernement respecte cette entente. Les forages exploratoires vont donc commencer cet été, ce qu’on appelle des sondages stratigraphiques. En fait, ce sont des forages, mais avec des foreuses légères, de type minier. Avant d’autoriser la phase deux, la fracturation, Québec attendra les conclusions d’une étude environnementale stratégique sur Anticosti. Ce n’est donc pas avant la fin de l’été 2015 que Pétrolia et ses partenaires Corridor Ressources et Maurel et Prom seraient autorisés à procéder à une fracturation.

Une autre entreprise, Junex, détient aussi des permis d’exploration dans l’île, mais elle devra se trouver un partenaire industriel avant de pouvoir imiter ses concurrents.

Admettons qu’il y ait du pétrole récupérable. En quelle quantité? Et sera-t-il exploitable commercialement? Quels sont les risques technologiques et environnementaux d’une fracturation à grande échelle sur quelque 6000 kilomètres carrés? Que fera-t-on du gaz? Cherchera-t-on à le brûler dans des torchères s’il y en a peu, comme dans le gisement Bakken au Dakota? Ou bien voudra-t-on l’exploiter s’il y en a beaucoup, soit construire un réseau et le raccorder à un  gazoduc? Ou bien voudra-t-on construire un port méthanier pour l’exportation? Tout cela dans une île où il n’y a aucune infrastructure.

Ce ne sont que quelques questions en vrac. Mais importantes. Dans ce dossier, elles jaillissent en cascade. Les dimensions techniques, environnementales et économiques sont nombreuses. On n’aura pas trop de deux ans pour commencer à les étudier et pour consulter la population, élément essentiel. Un très, très long parcours s’annonce.

Un puits en exploitation pour le pétrole dans le gisement Bakken au Dakota du Nord. Le gaz est ici brûlé en torchère.
Un puits en exploitation pour le pétrole dans le gisement Bakken au Dakota du Nord. Le gaz est ici brûlé en torchère.

Lascaux, Lascaux… Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je ne savais pas grand-chose de la grotte de Lascaux hormis le fait que c’est une grotte située quelque part dans le sud-ouest de la France dans laquelle on trouve des peintures faites par des hommes préhistoriques. Mais ça, c’était avant d’avoir visité l’exposition internationale Lascaux 3, présentée au Centre des sciences de Montréal.

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Une artiste travaille à recréer les parois de la grotte.
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

La grotte de Lascaux

En 1940, le hasard mène quatre jeunes garçons à découvrir ce qui bouleversera les connaissances de la préhistoire.

Grâce à son chien, Marcel Ravidat venait de faire la découverte d’un des sites les plus célèbres de l’art pariétal paléolithique, ou, si vous préférez, des représentations sculptées, gravées ou peintes, selon le minéral qui les compose, sur les murs des grottes. La grotte de Lascaux est relativement petite et s’étend sur un dénivelé d’environ 30 mètres. Sur ses parois se trouvent plusieurs peintures et gravures faites par des hommes qui vivaient, d’après les estimations, il y a près de 200 siècles.

Ses galeries, dont la longueur totale est d’environ 250 mètres, sont divisées en zones qui ont été nommées par Henri Breuil, l’un des préhistoriens qui l’ont identifié comme étant une merveille.

La salle des Taureaux ou Rotonde (longue de 17 m par 6 de large et 7 de haut) est la plus spectaculaire de toutes avec certaines des peintures mesurant jusqu’à 5 m de long. Cette salle se prolonge dans une galerie plus étroite appelée Diverticule axial.

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Cette salle contient 36 taureaux, cerfs et chevaux. Un des taureaux mesure plus de 5 mètres!
(Salle des Taureaux)
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

À partir de la salle des Taureaux, on accède au Passage, une galerie de 15 m. Dans le prolongement du Passage, s’ouvre un couloir plus élevé d’une vingtaine de mètres nommé la Nef. En traversant ensuite une partie non peinte, les parois n’étant pas propices à cet art, on débouche sur un étroit couloir de 20 m : le Diverticule des Félins.

Entre le Passage et la Nef, il y a une salle ronde appelée l’Abside qui est ornée de plus d’un millier de gravures. Finalement, tout au fond de cette salle, se trouve le Puits.

Je pense que si j’avais vécu en 1940, je me serais ruée pour visiter cette grotte, et c’est exactement ce qu’ont fait des centaines de personnes. Les jeunes découvreurs en ont tiré profit en demandant un prix d’entrée de 2 francs pour la visite de LEUR grotte! Mais les innombrables visiteurs rendent la situation ingérable et obligent la fermeture de la grotte.

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En 1940, le meilleur moyen d’enregistrer les dessins précis des peintures était de les calquer sur du papier.
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

Cependant, huit ans plus tard, après avoir aménagé l’endroit avec la construction d’une route, une entrée et des escaliers et installé de l’électricité, on rouvre la grotte au public. On ajoute même de la climatisation en 1958. Cependant, le million de visiteurs qui s’est présenté en 15 ans a fait plus de tort qu’en 20 000 ans d’histoire. Imaginez : chaque heure passée par un visiteur provoque l’émanation de 20 litres de CO2, de 40 grammes d’eau et crée un dégagement thermique de 60 kilocalories.

Autrement dit, 1000 visiteurs quotidiennement perturbent l’environnement de la grotte en permettant aux algues, aux champignons et aux bactéries de proliférer, en plus de provoquer la dissolution et la précipitation du carbonate menaçant l’intégralité des œuvres. Pour des raisons évidentes de conservation, on interdit l’accès de la grotte dès 1963.

Cependant, il est difficile pour la communauté scientifique d’isoler du regard de la population autant d’histoire. Donc, après d’importants travaux exécutés par des chercheurs qui avaient accès à cette grotte dans des conditions bien contrôlées, naissait Lascaux 2. Ainsi, les générations à venir peuvent s’informer et connaître un peu de l’art rupestre de nos ancêtres.

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Cette grotte artificielle reproduit environ le tiers du Lascaux d’origine, soit la salle des Taureaux et celle du Diverticule axial. Situé à 200 m de l’original, ce site a ouvert ses portes en 1983, 20 ans après la fermeture au public de celui d’origine.

Parois de la grotte de Lascaux au Centre des sciences

La salle des Taureaux sud reproduite pour Lascaux 3 telle que vue au Centre des sciences de Montréal.
Remarquez l’immensité des peintures.
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

Lascaux 3

Lascaux 3 c’est le nom donné à cette exposition internationale qui se promène partout dans le monde. Elle est à Montréal jusqu’au 14 septembre et ira en Belgique ensuite. Elle était auparavant à Houston et à Chicago et a débuté sa tournée à Bordeaux à la fin de l’année 2012. En soi, Lascaux 3, c’est une reproduction partielle de la grotte originale de Lascaux.

La grotte est reproduite, avec un éclairage tamisé, tout comme si on était dans celle d’origine. On y retrouve cinq reproductions grandeur nature qui proviennent de deux zones de la grotte, la Nef et le Puits. On peut aussi faire connaissance avec une famille Cro-Magnon réalisée par la sculpteure française Élisabeth Daynès avec des techniques de reconstruction faciale. Ces Cro-Magnon sont immortalisés dans des scènes du quotidien de l’époque, habillés de vêtements et d’ornements qui étaient disponibles il y a 20 000 ans passés. Le climat y était plutôt tempéré, la période glaciaire s’étant terminé deux ou trois millénaires auparavant. Les vêtements étaient donc en fourrure ou en cuir fabriqués à partir de la peau des animaux qu’ils chassaient.

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Famille Cro-Magnon, reproduite par la sculpteure Elizabeth Daynès.
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

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Ce dernier-né de la famille Lascaux est actuellement en construction. Cette reproduction complète, température et humidité incluses, de l’originale, sera située 500 m plus loin. On pourra donc y retrouver une des sections de la grotte jamais reproduite à ce jour. Elle comporte plus de 1500 gravures qui n’ont pas toutes été décryptées. Sur un des murs, il y a d’énormes fresques dans lesquelles sont imbriqués des ensembles de fresques plus petites. Pour certains experts qui travaillent sur le projet, cet endroit aurait peut-être été le mur de tag, c’est à dire, le mur où tout le monde pouvait aller s’exprimer, alors que le reste de la grotte était plutôt un sanctuaire réservé aux vrais artistes. Si tout se déroule comme prévu, cette grotte sera achevée en 2016.

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Sur les 2000 images de Lascaux, une seule représente l’humain.
(Salle du Puits)
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

L’art rupestre

On retrouve sur les parois de la grotte beaucoup de signes géométriques, encore incompris à ce jour, et des animaux en mouvement (chevaux, cerfs, bisons) reproduits presque à la perfection. À un seul endroit, on peut voir une représentation humaine, très stylisée. Dans la salle du Puits, un genre de bonhomme allumette à quatre doigts avec une tête d’oiseau et un bec semble tomber à la renverse. Le bison dessiné en face a l’air de le menacer. Comparativement aux animaux qui sont si proches de la réalité, pourquoi la représentation de l’humain est-elle si minimale? C’est une des nombreuses questions que suscite Lascaux et qui demeurent sans réponse.

Les couleurs des œuvres sont assez réelles : il y a beaucoup de noir et de rouge, en plus du blanc et de jaunes. Ces couleurs d’origine naturelle provenaient de deux sortes d’ocre, facilement trouvées sous forme de pâte. Ces ocres étaient transformées par chauffage pour obtenir des teintes plus rouges et foncées. Parfois, divers éléments y étaient ajoutés.

Un des panneaux que l’on retrouve dans Lascaux 3 est assez impressionnant par le mouvement qu’il décrit et les animaux représentés. C’est celui de la vache noire qui se trouve dans la Nef.

L'exposition La grotte de Lascaux : chefs-d'oeuvre de la préhistoire, présentée au Centre des Sciences de Montréal.

La vache noire indique que la grotte a été peinte et repeinte au fil des générations.
Derrière la vache, on voit des traces d’autres animaux qui ont été peints depuis.
(Salle de la Nef)
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

Ce qui est fantastique avec ces peintures de Lascaux, c’est que leur état est si bien préservé qu’elles sont reconnues scientifiquement en tant qu’exemple de l’art qui se pratiquait lors de la préhistoire. Et depuis que la visite est réservée à la communauté scientifique, la grotte semble mieux se porter. Heureusement, les œuvres n’ont pas été touchées de manière irréversible.

Les artistes

Les créateurs de ces chefs-d’œuvre sont des hommes modernes — même s’ils ont vécu il y a 20 000 ans! —, des homo sapiens semblables à nous, appelés Cro-Magnon. (Vous vous souvenez de cette chanson enfantine qui réduisait ces hommes préhistoriques à de « proches parents de l’orang-outan, vêtus d’un slip en peau de bison, avec une hache et un couteau de pierre »? En fait, ils étaient bien loin de ça.) Ces chasseurs-cueilleurs étaient civilisés et devaient lutter pour survivre. Ils chassaient le renne et les petits animaux, pêchaient, mangeaient des oiseaux et leurs œufs et cueillaient des baies, des fruits et des champignons.

Des scientifiques, intrigués par les techniques de ces artistes préhistoriques, se sont rendus dans la grotte. Et en examinant de très près les peintures et les gravures, ils ont tenté d’imaginer les gestes. D’après l’allure et les zones où sont déposés les pigments, ils pensent qu’ils travaillaient de gauche à droite avec différentes techniques de peinture : le soufflé ou projeté, l’application avec des tampons, des pinceaux très sommaires et les doigts. Selon la disposition des œuvres sur les plafonds et en hauteur sur les parois, on imagine que ces peintres devaient travailler en équipe, ou avaient développé une certaine méthode pour grimper, ou encore, avaient installé des pinceaux au bout de perches. Pour voir dans la noirceur absolue de la grotte, ils s’éclairaient probablement avec des torches et des lampes à graisse allumées par le frottement rapide d’une baguette avec du bois sec ou avec les briquets de l’époque, soit silex contre pyrite.

L'exposition La grotte de Lascaux : chefs-d'oeuvre de la préhistoire, présentée au Centre des Sciences de Montréal.

Sculpture d’Élizabeth Daynès. Ils semblent bien réels, ces Cro-Magnon.
(Crédits photo : Centre des sciences de Montréal)

Mais… pourquoi?

Quand on regarde tout ça, plusieurs questions surgissent. Pourquoi ces hommes et femmes ont-ils réalisé de si belles œuvres? Pourquoi dans un souterrain caché au regard des autres? Était-ce un rite d’une quelconque religion ou d’une cérémonie particulière? Pourquoi ces hommes ont-ils abandonné sur le sol de la grotte plusieurs outils et objets qui nous renseignent sur leur mode de vie? Voulaient-ils passer un message aux générations subséquentes? Depuis plusieurs décennies, des experts s’interrogent. Plusieurs hypothèses sont formulées, mais aucune n’est confirmée. Ça vous tente de régler un de ces mystères? La visite de Lascaux 3, au Centre des sciences dans le Vieux-Port de Montréal, vous permettra d’amasser des indices. C’est jusqu’au 14 septembre 2014.

Merci à Olivier Retout, directeur de projet de Lascaux 3