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Ceux qui me connaissent le savent : je suis une adepte du chocolat! Mais comme c’est sucré, et que je suis relativement raisonnable, je me retiens sur la quantité dégustée.  Cependant, ce que j’ai récemment appris , et que je partage ici avec vous, me donnera moins de remords à en manger.

En fait, on se doute depuis longtemps que le chocolat, en petite quantité, est bon pour la santé. Mais on ne savait pas exactement pourquoi ni comment ça se passe au niveau de l’estomac. Depuis quelques semaines, une étude menée par John Finley, professeur au Département des sciences des aliments de l’Université de Louisiane, vient de lever le voile sur ce mystère. Les résultats ont été présentés le 18 mars dernier au très sérieux congrès de l’American Chemical Society à Dallas. La découverte de ces chercheurs relie le rôle bénéfique du chocolat aux microorganismes qui se situent dans notre flore intestinale. C’est d’ailleurs la première étude qui examine les effets du chocolat noir sur les différentes bactéries présentes dans l’estomac.

Sachez que quand vous avalez du chocolat, vous le partagez avec certaines bactéries qui peuplent le tube digestif et qui s’en régalent aussi. Elles le fermentent et en produisent des composés anti-inflammatoires dont les effets seraient bénéfiques pour le cœur, mais aussi sur d’autres plans.

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L’expérience

Pour comprendre cela, les chercheurs ont utilisé un modèle d’appareil digestif dans lequel ils ont modifié les tubes pour en simuler la digestion normale. Ils ont ainsi analysé trois poudres de cacao. Ils ont ensuite soumis les matières non digestibles à un processus de fermentation sans oxygène, en utilisant des bactéries… fécales humaines. (Bon… Il faut ce qu’il faut pour faire avancer la science!) Et c’est ainsi qu’ils en sont venus à la conclusion que lorsque ces composés mal digérés et absorbés arrivent au côlon, les bonnes bactéries les prennent en charge.

Des détails sont apportés par Nathalie Jobin, docteure en nutrition pour Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal dans ce clip audio :

Les bonnes et les méchantes bactéries

Dans notre intestin, en moyenne, on retrouve 100 000 milliards de bactéries provenant de 400 espèces différentes. C’est d’ailleurs la guerre entre les bonnes et les moins bonnes. Parlons scientifiquement, c’est à ça que sert ce blogue, non? Les lactobacilles et les bifidobacteriums sont les bonnes bactéries, celles qui aiment le chocolat. Les composés anti-inflammatoires qu’elles produisent diminuent l’inflammation des tissus cardiovasculaires et réduisent ainsi le risque d’attaque à long terme.

Celles qui provoquent des maux de ventre et des inflammations, des ballonnements, des gaz, de la constipation ou de la diarrhée sont, vous l’aurez deviné, les mauvaises. On entend fréquemment circuler leurs noms dans les hôpitaux : Clostridium et E. coli.

Il est important de maintenir un bon équilibre entre les deux types de bactéries qui sont dans notre tube digestif. Pour différentes raisons, par exemple lors d’une maladie, quand on combat une infection, qu’on est en période de stress prolongé ou, le facteur d’agression le plus important, lors de la prise d’antibiotiques, les mauvaises bactéries peuvent prendre le dessus sur les bonnes. À ce moment-là, nos systèmes digestif et immunitaire ne sont pas optimaux. La consommation de chocolat pourrait alors augmenter nos chances d’améliorer notre santé générale. En fait, c’est ma conclusion qui m’a permis d’inventer une petite règle pratique : quand on prend des antibiotiques, on pourrait manger du chocolat pour compenser. Je l’ai proposée à Nathalie Jobin, nutritionniste, qui ne semblait pas vraiment en accord! (Dommage…)

De plus en plus de consommateurs délaissent le chocolat au lait pour se tourner vers le chocolat noir.
De plus en plus de consommateurs délaissent le chocolat au lait pour se tourner vers le chocolat noir.

Probiotiques et prébiotiques

Malheureusement, on ne peut pas s’alimenter que de chocolat pour rester en bonne santé! Par contre, il existe d’autres aliments, avec le même type de fibres, de prébiotiques, qui procurent des effets positifs sur la santé. Portez attention en faisant votre épicerie, vous verrez qu’il y a de plus en plus de produits qui sont enrichis en prébiotiques.

À cette étape-ci, je vous entends vous demander : pro ou prébiotiques… Le mot probiotique est beaucoup plus commun, mais on connaît moins les prébiotiques. Voici la différence. Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, administrés à bonne dose, offrent des bénéfices pour la santé. On les retrouve naturellement dans la flore gastro-intestinale de l’être humain.

Les prébiotiques sont des ingrédients qui ne sont pas digestibles par le tube digestif et qui arrivent donc intacts dans notre intestin. Cependant, ils stimulent la croissance des bactéries vivantes à l’intérieur du côlon, lesquelles sont bénéfiques pour le système digestif. Parmi les types de prébiotiques, on retrouve les fructo-oligosaccharides comme les artichauts, les asperges, les bananes, l’ail, les poireaux, les oignons et les tomates. Il y a aussi l’orge, le seigle et les grains entiers, certaines racines comme celle de chicorée. Sous le type galacto-oligosaccharides, on trouve les produits laitiers fermentés comme le yogourt, le babeurre ou le kéfir.

Les prébiotiques permettent de prolonger la vie des probiotiques. On peut donc les prendre simultanément. Ce sont alors des symbiotiques.

Les nutritionnistes ne cessent de nous conseiller de varier notre alimentation, de manger équilibré et de façon modérée afin d’aller chercher le plus d’éléments nutritifs possible dans chacun des aliments. Cette variété sert aussi à diluer les effets potentiels négatifs. M. Finley, le chercheur à la tête de cette récente étude, conseille d’associer plus souvent le chocolat aux fruits dans les préparations industrielles. Cette combinaison serait favorable à une bonne santé. Il me semble que c’est une excellente idée! On n’a qu’à penser aux bleuets enrobés de chocolat faits par les pères trappistes de Dolbeau dans la région du Saguenay. C’est effectivement assez bon… pour la santé!

Chocolat noir

Évidemment, plus le chocolat contient une bonne quantité de poudre de cacao, meilleur il est pour la santé, car c’est dans le cacao que se trouvent les fibres. Donc, plus il est noir, meilleur il est. Un chocolat au lait peut contenir près de 20 % de cacao, le chocolat noir, jusqu’à 70, 80, 90 %. Nathalie Jobin nous rappelle que cet aliment est tout de même très calorique!

Qui plus est, une expérience menée par cette équipe de chercheurs confirme que le chocolat noir améliore la santé cardiovasculaire en général. Des adultes dans la vingtaine ont mangé, quotidiennement pendant un mois, huit grammes de chocolat noir à 70 % [ça équivaut à un petit carré]. Des mesures faites après l’expérience comparées avec celles prises au préalable ont montré une amélioration évidente de leurs fonctions vasculaires. Simplement en mangeant ce petit morceau de chocolat pendant ces quelques semaines, ces jeunes adultes ont vu leur débit sanguin artériel augmenter de 14 % à 23 %. Autrement dit, plus de sang est propulsé du cœur jusqu’aux organes. Ce fait est bénéfique, car le sang a pour rôle d’amener l’oxygène et les nutriments nécessaires pour leur fonctionnement. Donc pour un battement de cœur, plus de d’oxygène et de nutriments sont fournis aux organes et aux membres périphériques.

Pâques est souvent associé au chocolat. Avec ce qu’on sait maintenant, il faudrait en choisir un bon, le plus foncé possible et n’en manger qu’un carré (ou deux). En tout cas, c’est certain que de manger tout un lapin de Pâques dans une seule journée n’est pas idéal pour la santé!

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Merci à Nathalie Jobin d’Extenso pour tous ces renseignements nutritionnels!

Christophe Colomb s’en est servi pour se sortir d’une mauvaise situation lors de son dernier voyage vers le Nouveau Monde, alors qu’il était dans les Antilles. Les indigènes jamaïcains étaient très hostiles envers lui et son équipage. Il a donc utilisé ses connaissances scientifiques pour les apeurer et les menacer.

Il leur annonça qu’il ferait disparaître la Lune s’ils ne coopéraient pas avec lui et ses hommes. Les indigènes ont cru à une blague jusqu’à ce que la Lune devienne d’un rouge sombre, équivalant à une presque disparition, dans la soirée du 29 février 1504. La menace a fonctionné et ils ont accepté d’aider et de nourrir le navigateur et son équipage avant l’arrivée des secours… quatre mois plus tard.

Le grand explorateur n’était pas devin. Il avait consulté les éphémérides et avait repéré l’annonce de cette éclipse totale de Lune. Il ne connaissait pas l’heure exacte, mais savait que ça allait se passer ce soir-là. Homme rusé…

On aura aussi droit à ce phénomène dans la nuit du 15 avril 2014. La pleine Lune sera éclipsée et tout le Canada pourra l’observer. Cette éclipse totale lunaire sera la première d’une série de quatre qui s’étalera sur un an et demi. On aura donc droit à des éclipses totales presque tous les six mois : le 8 octobre 2014, le 4 avril 2015 et le 28 septembre 2015. Évidemment, si le ciel est sans nuages, elles seront toutes visibles, au moins certaines phases, de partout au Canada.

Éclipse totale de Lune

De rares tétrades

Ce n’est vraiment pas si courant que ça d’avoir autant d’éclipses sur une courte période. Même si le 21e siècle comptera neuf séries de tétrades, c’est comme ça qu’on appelle quatre éclipses consécutives en peu de temps, les siècles précédents ont connu une disette : aucune éclipse totale ne s’est pointée de 1600 à 1900.

Il y a longtemps qu’on n’a pas observé d’éclipse totale au Québec, soit depuis au moins trois ans. En moyenne, les éclipses lunaires se produisent deux fois par année, mais elles ne sont pas toutes totales. Éclipses partielles, éclipses totales… je pense que le moment est bien choisi pour expliquer ce phénomène d’éclipse de Lune.

Tout est une question de géométrie spatiale

C’est une chose établie depuis Copernic et confirmée par Galilée : la Terre tourne autour du Soleil, et la Lune, autour de la Terre. Pour simplifier l’explication des éclipses lunaires, je vais utiliser un monde à deux dimensions.

Imaginez les trois astres comme trois pastilles posées à plat sur une table. Ils circulent l’un autour de l’autre comme il se doit, selon la théorie énoncée ci-dessus. Pour un moment, stoppons le mouvement alors que la Lune se trouve, entre la Terre et le Soleil, sur une ligne droite. C’est ce qu’on appelle la nouvelle lune. Mais ce n’est pas la configuration qui nous intéresse pour l’instant.

On continue à déplacer les pastilles jusqu’à ce que la Lune soit à l’opposé du Soleil, comme si on alignait horizontalement de gauche à droite, le Soleil, la Terre et la Lune. Dans ce cas-ci, on est en situation de pleine lune. Comme le Soleil éclaire la Terre, tout ce qui se trouvera à sa droite sera dans une zone ombragée, y compris la Lune. Nous sommes alors dans des conditions d’éclipse lunaire.

Cette explication est très simplifiée. Si ça se passait comme ça dans la vraie vie, on aurait une éclipse lunaire à chaque pleine lune et une éclipse solaire à chaque nouvelle lune. En réalité, ces trois astres circulent dans un espace à trois dimensions, donc pas nécessairement en ligne droite! Il faut que la géométrie spatiale soit dans des conditions idéales pour avoir un phénomène d’éclipse.

Abandonnons les pastilles… L’essentiel à retenir avec cette explication simplifiée, c’est qu’il y a phénomène d’éclipse lunaire quand la lune traverse la section ombragée créée par la Terre. Les chanceux qui peuvent alors l’observer sont ceux qui habitent la partie de notre planète tournée vers la Lune. Autre spécification : la zone d’ombre créée par la Terre est en fait partagée entre un cône d’ombre totale et deux sections de pénombre, situées de part et d’autre de ce cône.

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Trois types d’éclipses

Selon le déplacement de la Lune dans ces différentes zones, on aura droit à l’un ou l’autre des types d’éclipses.

Lorsque la Lune passe exclusivement dans la zone de pénombre, on dit que c’est une éclipse pénombrale. Elle n’est pas très spectaculaire et passe parfois même inaperçue, car la lune ne disparaît jamais et devient à peine grisâtre.

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Éclipse pénombrale
(Crédits : NASA)

 

On parle d’éclipse de Lune partielle, quand la Lune, après être entrée dans la pénombre, traverse en partie le cône d’ombre, et ressort par l’autre zone de pénombre. Cette éclipse, même partielle, est intéressante à voir.

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Éclipse partielle
(Crédits : NASA)

 

Et finalement, l’éclipse totale, comme celle qu’on espère voir dans quelques jours, se produit quand la Lune pénètre complètement dans le cône d’ombre. On dit qu’elle disparaît, mais elle n’est pas oblitérée du ciel. Puisqu’elle reste éclairée par un mince filet de lumière solaire, elle garde un faible éclat et prend des couleurs rougeâtre plus ou moins intense.

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Éclipse totale
(Crédits : NASA)

Lune rouge…

Ces teintes de rouge que prendra la Lune dépendent de sa position par rapport au cône d’ombre, de sa distance avec la Terre et de la trajectoire des rayons solaires qui traversent l’atmosphère terrestre avant d’arriver à sa surface. Les particules en suspension qui composent l’atmosphère de la Terre servent en fait de filtre à la lumière blanche du Soleil qui arrive à la Lune. Et comme seules les longueurs d’onde du rouge réussissent à passer, la surface lunaire prend cette couleur. Souvenez-vous des beaux couchers de soleil rouges. Ils sont aussi créés par les rayons solaires traversant l’atmosphère terrestre. On remarque d’ailleurs que les éclipses qui se produisent à la suite de fortes éruptions volcaniques sont exceptionnellement sombres, puisque l’atmosphère est remplie de poussières et de cendres.

Un astronome français, André Danjon, a proposé un classement pour décrire la luminosité de la Lune pendant une éclipse totale. Cette échelle a cinq niveaux qui vont de L=0 pour une éclipse où la Lune est presque invisible, à L=4 où la Lune prend des teintes cuivrées ou orange clair.

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La Lune rougie par l’éclipse totale
(Crédits : NASA)

À quelle heure le spectacle du 15 avril 2014?

Une éclipse totale comporte plusieurs phases qui peuvent durer plus ou moins longtemps. L’éclipse de la semaine prochaine durera 5 h 44 min à partir de l’entrée dans la première section de pénombre à la sortie complète de l’autre zone pénombrale. La phase de la totalité sera de 1 h 17 min. Les différentes phases des éclipses totales n’ont pas la même durée. Par exemple, celle du 4 avril 2015 durera 5 h 57, mais il faudra être aux aguets si on veut voir la Lune dans les teintes de rouge, car la phase de totalité ne sera que de 4 min 43 s!

Les heures pour observer ce spectacle dépendent évidemment de l’endroit où on se situe sur la Terre. Les gens de l’Ouest canadien seront avantagés sur ceux de l’Est, car l’éclipse débutera à la fin de la soirée du 14 avril pour se terminer au milieu de la nuit du 15.

Par contre, pour le Québec, le phénomène se passera en pleine nuit. La Lune commencera son entrée dans la première zone de pénombre vers 24 h 53, mais cette étape sera peu visible. À 1 h 58, elle commencera à disparaître dans l’ombre de la Terre tout en prenant une teinte rougeâtre. Peu à peu, la pleine Lune deviendra complètement rouge et le demeurera de 3 h 6 à 4 h 24. Puis, lentement, jusqu’à 5 h 33, elle ressortira de l’ombre pour retrouver son aspect normal de pleine lune blanche à 6 h 37.

Il y a un hic : la Lune sera déjà basse à l’horizon quand le phénomène s’amorcera. Par exemple, sur Montréal, elle se couchera cette nuit-là à 6 h 15. Autre élément perturbateur : le Soleil qui se lèvera vers 6 h 10. Les lueurs de l’aube seront donc déjà présentes avant la fin de l’éclipse, la rendant difficile à discerner.

En résumé, pour observer une partie de cette éclipse, soit l’arrivée de la Lune dans l’ombre terrestre et le début de la phase de totalité, il faudra regarder au-dessus de l’horizon sud-ouest entre 30° et 20°. Idéalement, cet horizon devra être bien dégagé.

Dernière chose : croisons les doigts pour que les nuages soient absents… Sinon, on se reprendra le 8 octobre prochain! Oh, en passant, contrairement à l’éclipse solaire, il n’y a aucun danger à observer une éclipse lunaire à l’œil nu.

Bon spectacle!

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Éclipse totale de Lune du 15 avril 2014 (HAE)
(Crédits : Planétarium Rio Tinto Alcan/Espace pour la vie
espacepourlavie.ca)

18 AVRIL 2014 : AJOUT

Puisque les nuages étaient présents dans le ciel du Québec et qu’on n’a pas pu voir cette éclipse, voici quelques liens de chanceux qui ont pris des photos un peu partout…

Le magazine Scientific American regroupe des photos des lecteurs;

la caméra itinérante d’AuroraMAX a capté ces images de l’éclipse totale de la Lune dans un ciel inondé d’aurores boréales.

 

 

Les changements climatiques ne sont vraiment pas une vue de l’esprit. L’année qui vient de se terminer le prouve encore. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), c’est la sixième année la plus chaude de l’histoire, ex aequo avec 2007. La température moyenne était de 14,5 degrés, 0,5 degré de plus que la normale calculée pour la période de 1961-1990, et 0,03 degré de plus que la décennie 2001-2010. D’ailleurs, cette dernière décennie a battu tous les records des trois dernières décennies, qui ont été toutes plus chaudes les unes que les autres. En fait, 13 des 14 années depuis le début du nouveau siècle sont parmi les plus chaudes. De vastes territoires ont enregistré des records de chaleur, dont l’Australie et le centre de l’Asie et de l’Afrique.

Malheureusement, tout indique que le réchauffement climatique n’est pas à la veille de diminuer : 90% de la chaleur trappée par les gaz à effet de serre, qui atteignent en 2013 des niveaux sans précédent, est captée par les océans. Ils montrent d’ailleurs des signes évidents d’un réchauffement de plus en plus rapide.

Les changements climatiques s’illustrent par plusieurs événements. Les ondes de tempête font monter le niveau des océans; la sécheresse sévit en Chine; les inondations noient le centre de l’Europe; les typhons dévastent de grandes zones en Asie (Fitnow – Chine et Japon, Haiyan – Vietnam et Philippines). Sans parler de la fonte rapide de la glace arctique. Selon l’OMM, plusieurs des événements extrêmes survenus en 2013 ne sont pas une surprise. Ils suivent la tendance annoncée.

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Les événements extrêmes de 2013 (Crédits : NOAA)

Rapport 5, tome 2 de 3
En septembre dernier, le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) dévoilait la première partie de son cinquième rapport. Il faisait état des éléments physiques du climat, en évaluant les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat. La dernière partie, qui sera publiée dans quelques semaines, traitera de l’atténuation du changement climatique ou des façons de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le deuxième tome, sorti il y a quelques jours, parle de vulnérabilité, d’impacts et d’adaptation.

Décrivons ces trois mots pour une meilleure compréhension :
• La vulnérabilité est une mesure de la sensibilité d’un système devant les effets défavorables des changements climatiques, y compris la variabilité du climat et les phénomènes extrêmes.
• Les impacts représentent les effets des changements climatiques sur les humains et sur les systèmes naturels.
• L’adaptation se traduit par les actions faites pour s’ajuster aux stimuli climatiques actuels ou à venir et à leurs effets, afin d’en atténuer les impacts négatifs ou de tirer profit des effets positifs.

Parce qu’il ne faut pas se le cacher : on est en plein dedans. Pendant des années, on a voulu prévenir les changements climatiques, mais disons que le mouvement s’est tellement fait attendre que maintenant on en est à l’étape de s’adapter au monde qu’on a créé et qui nous entoure.

Certains doutent encore du réchauffement? Regardez cette carte. Les endroits teintés de bleu indiquent les températures plus froides que la moyenne pour 2013, terre et mer confondues. Vous en voyez beaucoup? Le rouge domine. C’est l’évidence de la tendance au réchauffement qui se poursuit.

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Cartes des températures par rapport à la moyenne (Crédits : NOAA)

 

Vulnérabilité et impacts, ici…
On illustre souvent les changements climatiques par des événements survenus à l’autre bout du monde. Voici un exemple bien de chez nous qui dessine de façon évidente la vulnérabilité et les impacts : l’inondation survenue à la suite de la tempête du 6 décembre 2010 sur la rive du Bas-Saint-Laurent, tout juste à l’est de Rimouski, entre Sainte-Flavie et Sainte-Luce.

Une bonne dépression a provoqué des marées d’un niveau record de 5,54 mètres. Ça n’avait jamais été vu au cours des 110 dernières années (le record date de 1914, avec un niveau de 5,44 m). Il faut dire que trois facteurs catalyseurs étaient réunis :

  1. une pression atmosphérique exceptionnellement basse – ce qui a eu pour effet de faciliter la montée du niveau des eaux;
  2. c’était la nouvelle lune, période où la marée est naturellement haute;
  3. les vents soufflaient du nord et provoquaient un courant vers la rive sud pour générer de fortes vagues.

Entre autres dommages, ces marées ont arraché des murs de soutènement et les dépendances de résidences sises le long du fleuve. Pour le moment, ça semble être un événement rare. Mais ce genre de phénomène extrême pourrait se produire plus fréquemment.

Un autre problème, qui pose un risque pour la santé publique, bien présent dans plusieurs grandes villes canadiennes, est celui des îlots de chaleur. Au Québec, le Bureau de normalisation a déjà pensé à un plan d’adaptation. Dans les aires de stationnement, des arbres seront plantés et le revêtement du sol absorbera moins la chaleur.

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Grandes marées au Bas Saint-Laurent

… comme ailleurs!
Dans un récent article de l’Agence France-Presse repris dans La Presse, on peut lire le témoignage de trois femmes de milieux très différents et éloignés les uns des autres qui décrivaient les impacts des changements climatiques dans leur région.

América Castillo Cunyas explique le manque d’eau de son petit village de la cordillère des Andes par le fait que le glacier de la montagne Huayatapallana fond à une vitesse incroyable. D’après les données du gouvernement péruvien, sa surface aurait diminué de 50 % de 1986 à 2006. En plus du recul de ce glacier, les périodes sèches sont de plus en plus longues et les sols sont délavés par des précipitations plus rares, mais plus intenses. On peut donc comprendre la baisse du rendement de l’agriculture.

Depuis une dizaine d’années, Mme Ibrahim, membre d’une tribu nomade du Tchad, en Afrique, remarque que les saisons sèches sont plus chaudes et s’étirent, alors que les pluies sont plus courtes et intenses. L’impact? Les pâturages sont moins garnis et les vaches donnent moins de lait. La communauté doit donc faire de plus grands déplacements pour trouver de quoi abreuver les animaux, ce qui les affaiblit.

Au Bangladesh, les ressources du village de Mme Khatun diminuent au point où les hommes doivent partir travailler en ville. Les eaux montent de façon importante, et ça  accroît la salinité des sols. Les impacts sont la mortalité accrue du bétail, la baisse des rendements agricoles et de longs trajets pour trouver de l’eau potable. Sans compter que cette région est aussi exposée aux cyclones, donc aux inondations.

Par ces exemples, on touche deux des trois items mentionnés dans le présent rapport du GIEC : les vulnérabilités des régions et les impacts des changements climatiques. Cependant, ces régions, pourtant assez démunies, tentent d’agir pour s’adapter à la situation.

Au Pérou, les agriculteurs replantent une ancienne variété de pommes de terre, plus rustique et qui nécessite moins d’eau. De plus, ils reboisent leur environnement. Au Tchad, les enfants consomment maintenant des compléments alimentaires et les bergers nomades font de plus grands déplacements. Au Bangladesh, les agriculteurs utilisent une semence qui demande moins d’irrigation et les femmes se tournent vers l’artisanat.

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Culture de riz au Bangladesh

L’égalité pour tous
En résumé, ce deuxième volet du rapport nous indique que les changements climatiques ne visent plus que les pays côtiers, ruraux ou pauvres de l’autre bout du monde. On sera tous frappés par les conséquences du changement du climat, d’où l’importance de trouver au plus vite des moyens de s’adapter, puisqu’on n’a pas pu ou su comment les enrayer. L’année 2013 l’a prouvé : les phénomènes extrêmes se multiplient et frappent un peu partout, sans égard au milieu.

Si la tendance se maintient, le manque de céréales (riz, blé, maïs) menacera la sécurité alimentaire partout dans le monde. D’après les données des 30 dernières années, le rendement des grandes cultures mondiales, comme le blé, accuse des baisses de 2 % par décennie. Pour le moment, le soya et le maïs semblent être moins vulnérables, mais pour combien de temps? Si le scénario climatique pessimiste prévu se produit, les baisses pourraient atteindre, entre 2030-2049, 25 % par rapport au 20e siècle, et plus encore par la suite. Le hic, c’est que l’évolution démographique exigera une augmentation de la production de denrées alimentaires. Mathématiquement, il y aura une impasse.

Faute de céréales, on aurait pu se tourner vers les océans pour s’alimenter, mais les eaux plus chaudes forceront le déplacement de plusieurs espèces vers le nord, et les régions tropicales habituées à ce produit en seront privées. Il en est de même pour plusieurs espèces animales ou végétales qui migrent déjà vers les hautes latitudes pour trouver un moyen de survivre. Mais ce ne sont pas toutes les espèces qui peuvent ainsi s’adapter à un nouveau milieu ou se déplacer au même rythme que change le climat. Ce sont surtout celles à cycle rapide comme les insectes qui y arrivent. Par exemple, on peut adapter la culture de la vigne en modifiant sa taille, mais il sera un jour difficile de trouver des variétés à la fois productives et tolérantes aux conditions de sécheresses intenses.

Des maladies pourraient se développer, et pas que dans les pays sous-développés, par la contamination et le manque d’eau potable, par la malnutrition et par la propagation de vecteurs, comme la malaria. Il y aura plus de décès en raison de la chaleur (canicules et feux de forêt), mais moins par le froid. Localement, les rendements agricoles pourraient être améliorés justement par les températures plus clémentes.

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Les habitants de Kiribati… réfugiés du climat

Des îles disparaîtront de la surface de la planète avant 2100. Dans La Presse Plus cette semaine, j’apprenais l’existence de Kiribati, une petite île située au sud d’Hawaï. Kiribati est menacée. Des zones sont déjà détruites et ont forcé les gens à se déplacer. Là où les arbres protégeaient de l’érosion, il y a eu coupe. L’eau douce des nappes phréatiques se mêle à l’eau salée au point où l’accès à l’eau potable est menacé. Ce qui est malheureux, c’est que ces gens n’ont pas d’argent. Ils troquent la noix de coco contre des denrées. Ils n’auront donc jamais les moyens de quitter leur île. Ils sont en quelque sorte des réfugiés du climat. Imaginez : cette île aurait pu disparaître avant même que je sache qu’elle existait… et elle n’est pas seule.

Par contre, sur les continents, cette quête pour survivre exigera des migrations massives des populations et, selon les experts, engendrera des tensions entre les nations. Une relation entre la hausse des températures et la violence a même été établie. Pour chaque degré de plus de chaleur, on verra une augmentation de 4 % de violences entre individus et de 4 % des conflits entre les groupes.

Une note d’espoir…
Plusieurs études nous le prouvent : la planète est en danger. L’avenir nous dira qui, de l’homme ou du climat, aura  le dessus. J’aimerais être là dans 100 ans…

Les experts du GIEC ont publié un rapport publié aujourd’hui à Yokohama, au Japon. Réaction d’Alain Bourque, climatologue et directeur général d’OURANOS.
L’Australie est aux premières loges de cette révolution climatique et fait partie des pays les plus durement touchés.