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Herbe à poux : Salaberry-de-Valleyfield contamine d’autres municipalités

En trois ans, Salaberry-de-Valleyfield, en Montérégie, a réduit de moitié les symptômes du rhume des foins de ses résidents. Elle inspire aujourd’hui d’autres municipalités à lutter contre l’herbe à poux.

L’allergie à l’herbe à poux touche près d’une personne sur cinq au Québec, et le problème s’amplifie d’année en année. Elle coûte jusqu’à 240 millions de dollars annuellement à la société, principalement en consultations médicales, en achats d’antihistaminiques et en absentéisme au travail.

En revanche, le contrôle de l’allergène n’est pas très dispendieux, affirme la directrice de la Santé publique de la Montérégie, Dre Jocelyne Sauvé.

Selon une étude réalisée à Salaberry-de-Valleyfield de 2007 à 2010, faucher au moins deux fois par été, à la mi-juillet et à la mi-août, est une des mesures les plus efficaces pour faire la guerre à l’herbe à poux.

La municipalité a ciblé les zones où la plante allergène est la plus abondante (bordure des routes, dépôts de neige, terrains vacants) et les zones sensibles, c’est-à-dire près des habitations, des écoles et des garderies. Elle a coordonné ses efforts avec le ministère des Transports et d’autres institutions, comme les commissions scolaires, qui possèdent plusieurs des terrains infestés.

Elle oblige également les propriétaires de terrains vacants à couper l’herbe.

Une démarche concluante

« On a réalisé que ça ne servait à rien de contrôler à la grandeur d’un territoire comme le nôtre, parce que le grain de l’herbe à poux ne voyage pas très loin, soit environ 800 m », explique la conseillère à l’environnement de la municipalité, Maggy Hinse.

En plus des coupes, Salaberry-de-Valleyfield utilise ses balais mécaniques pour décapiter les plants qui poussent entre la rue et les trottoirs. Elle a aussi son « escouade verte », un groupe de jeunes qui arrache l’herbe à poux sur des terrains publics et cogne aux portes des résidences et des commerces envahis par la plante pour les sensibiliser à l’importance de l’éliminer.

Ces mesures lui coûtent environ 50 000 $ par année.

Les résultats sont concluants : la quantité de pollen dans l’air a été divisée par neuf en trois ans, par rapport à la ville-témoin, Saint-Jean-sur-Richelieu. Les symptômes enregistrés chez quelque 220 résidents lors de l’étude ont quant à eux diminué de 50 %.

« Les gestionnaires des municipalités avaient beau se faire dire de mettre en place des mesures de contrôle de l’herbe à poux, rien ne démontrait concrètement que ces décisions pouvaient avoir un impact sur la santé des gens. Maintenant, on ne peut plus l’ignorer », dit Maggy Hinse.

Salaberry-de-Valleyfield donne maintenant des formations à d’autres villes du Québec, en collaboration avec Granby et la Direction de la santé publique de la Montérégie. Une quarantaine en a bénéficié depuis ce printemps.

Des villes de plus en plus sensibilisées

La Direction de la santé publique de la Montérégie constate que les municipalités sont de plus en plus sensibles à la problématique de l’herbe à poux. Et ce nombre devrait augmenter, prédit la Dre Sauvé. « C’est quand même assez nouveau, ces preuves que nos campagnes de contrôle sont efficaces. On pense que dans les prochaines années, on va aller chercher de plus en plus d’engouement de la part des municipalités. »

La bataille est toutefois loin d’être gagnée, prévient-elle, car le problème s’amplifie avec les changements climatiques. « Les températures étant plus élevées, la saison pollinique est plus longue. Et plus, il fait chaud, et plus il y a de gaz carbonique, plus les plants génèrent de pollen. »

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