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Brossard Chinatown : le journal de bord (II)

Brossard Chinatown : le journal de bord (II)

À Brossard, il n’y a pas de quartier chinois. Brossard EST un quartier chinois. Chaque vague d’immigration a choisi son quartier, jusqu’au DIX30 dans la section L de la ville.

Les deux pieds dans la « sloche » du boulevard Taschereau, avec l’interprète Wai-Yin Kwok, nous remarquons que la communauté gravite autour de cette grande artère mal aimée. Nous cognons aux portes des épiceries, maisons de thé et autres magasins à un dollar… Des endroits où nous nous attendions à trouver des Chinois. Mais on a aussi visité un pasteur évangélique, et des propriétaires de motel, de bar country ou de restaurant grec.

Une famille chinoise propriétaire d'un restaurant grec

L’intégration de la communauté chinoise est au cœur de la réflexion de notre webreportage. Une question complexe qui mérite d’importantes nuances.

À Brossard, il existe des dizaines de personnes d’origines chinoises qui parlent peu, ou pas, le français ou l’anglais. Ils réussissent tout de même à se débrouiller, et ce, depuis des décennies.

« C’est difficile de s’intégrer, explique Jean Chen, chef cuisinier et professeur de français installé à Brossard depuis 1980. Il faut sortir de la tour d’ivoire de la communauté. J’enseigne depuis 1980 à des Chinois. Peu arrivent à s’intégrer complètement à la vie québécoise. Ils ne vont pas au théâtre en français par exemple. Toutes les références culturelles sont complètement différentes. »

La Maison internationale de la Rive-Sud œuvre dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes et réfugiées. Son président, Noureddine Belhocine, se risque à une explication historique aux difficultés d’intégration de la communauté. Dans les années 1880, environ 17 000 ouvriers chinois sont venus au Canada pour construire le chemin de fer du Canadien Pacifique. Une fois l’ouvrage terminé, plusieurs ouvriers ont voulu rester au pays. Ottawa a donc adopté l’Acte de l’immigration chinoise, qui imposait une taxe d’entrée de 50 $ aux ressortissants chinois. Le gouvernement fédéral voulait les décourager de s’installer au Canada. « On les a assez maltraités. Peut-être que c’est resté dans la mémoire? »

M. Chen remarque toutefois que les plus jeunes générations s’intègrent beaucoup mieux. « Ils parlent le français entre amis, ajoute le professeur à l’École Antoine-Brossard. C’est pourquoi des parents apprennent la langue maintenant, pour comprendre leurs enfants. »

Jean Chen
Jean Chen

M. Belhocine observe aussi que les Chinois sont de plus en plus nombreux aux cours de francisation. « La Chine change. Il y a de plus en plus de gens éduqués. Ils veulent vivre comme les Québécois. Auparavant, l’immigration au Canada était paysanne. Les nouveaux arrivants ouvraient des dépanneurs ou travaillaient dans des sous-sols du quartier chinois, par exemple. Maintenant, on sélectionne des professionnels. »

Mais selon le directeur de la Maison internationale, c’est aussi le travail de la population québécoise de s’ouvrir aux immigrants chinois. « Et ce n’est pas acquis. »

Le projet

Plus de 12 % de la population de Brossard est d’origine chinoise. Un phénomène unique en Amérique du Nord. Radio-Canada Rive-Sud prépare un webreportage interactif sur cette communauté de 8000 âmes qui a élu domicile au sud du fleuve Saint-Laurent. Nous lancerons le produit final pour le nouvel an chinois, en février.

Au fil de rencontres avec les membres de la diaspora chinoise, nous aborderons le thème de l’intégration, qui fluctue souvent selon les générations. À travers les lieux qu’ils fréquentent, mais aussi leurs traditions culinaires, nous tenterons de déboulonner certains mythes.

Les différentes vagues d’immigration des Chinois vers Brossard racontent aussi l’histoire de la Chine moderne.

Chaque semaine, je tiendrai ce journal de bord pour partager les développements du projet, et quelques anecdotes. J’espère aussi recevoir vos suggestions.

Pour la réalisation de ce reportage interactif, j’ai fait appel aux services de l’interprète et recherchiste Wai-Yin Kwok. Née à Hong-Kong, elle parle couramment le français, l’anglais, le mandarin et le cantonais.

La forêt du dollar

Créé avec cinemagr.am

En complément

Le journal de bord, semaine 1

La Maison internationale de la Rive-Sud

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