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Les zones tarifaires de l’AMT font des mécontents

Les zones tarifaires de l’AMT font des mécontents

De plus en plus d’usagers du train de banlieue se déplacent en voiture vers une gare voisine afin d’économiser sur le prix de la carte mensuelle de l’Agence métropolitaine de transport (AMT). C’est le cas de Jean-François Panneton, qui habite dans le sud de Blainville, et qui se rend tous les jours de la semaine à Sainte-Thérèse pour prendre le train en direction de Montréal.

Le lieu de départ de M. Panneton se trouve en zone 6, selon la carte des zones tarifaires de l’AMT. La gare de Sainte-Thérèse, elle, est en zone 5. La carte mensuelle (TRAM) lui coûte 30 $ de moins par mois.

« Je pourrais prendre l’autobus si j’avais un incitatif, mais je n’en ai aucun. C’est sûr que moi, je prends une place de stationnement à Sainte-Thérèse », dit-il.

Des Blainvillois préfèrent prendre le train à Sainte-Thérèse pour économiser.

Des Blainvillois préfèrent prendre le train à Sainte-Thérèse pour économiser. Source AMT.

La mairesse de Sainte-Thérèse, Sylvie Surprenant, dont le centre-ville est déjà engorgé, ne pourrait pas être plus claire : « On aimerait que les gens de Blainville prennent le train à Blainville ».

François Cantin, maire de Blainville, qui est aussi président du Conseil intermunicipal de transport des Laurentides (CITL), est aussi préoccupé par le système des zones. « Il y a beaucoup de pressions qui sont faites [sur l’AMT]. Nous, au CITL, on a envoyé des résolutions et à chaque fois qu’on les rencontre, on n’arrête pas de frapper sur ce clou-là. »

Le système des zones, conçu à partir du centre-ville de Montréal, impose des tarifs de plus en plus élevés au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre. Le tarif mensuel ne prend pas en compte le nombre de zones traversées, mais bien la zone de départ. Cette situation peut créer certaines aberrations, comme le démontre notre animation.

Sainte-Marthe-sur-le-Lac crie à l’injustice

Sainte-Marthe-sur-le-Lac se trouve en zone 6, alors que la gare de Deux-Montagnes, à quelques kilomètres seulement, se trouve en zone 5.

« Physiquement, on est plus proche de la gare que certaines personnes qui vivent à Saint-Eustache », affirme François Robillard, conseiller municipal de Sainte-Marthe.

Sainte-Marthe-sur-le-Lac, à quelques kilomètres de Deux-Montagnes, ne fait pas partie de la même zone tarifaire.

Sainte-Marthe-sur-le-Lac, à quelques kilomètres de Deux-Montagnes, ne fait pas partie de la même zone tarifaire. Source AMT.

Pourtant, les Eustachois peuvent se rendre en autobus à la gare de Deux-Montagnes avec leur TRAM 5 en poche. « On trouve que c’est injuste », dit M. Robillard.

Injuste, et cocasse : le circuit d’autobus 93 prend des voyageurs à Deux-Montagnes, en zone 5, passe par Sainte-Marthe, en zone 6, et revient à Deux-Montagnes. Ceux qui ont parcouru le plus de kilomètres se trouvent à payer moins cher. « Aberrant », estime M. Robillard.

L’administration marthelacquoise, excédée, a voté en octobre dernier une résolution demandant à l’AMT de revoir son système et d’incorporer la municipalité dans sa zone 5.

La résolution a reçu l’appui du CITL, qui regroupe 15 municipalités.

« Ce sont les réponses habituelles de l’AMT, comme quoi ils sont conscients et qu’ils vont regarder la problématique », dit François Robillard, qui siège aussi au conseil d’administration du CITL.

Insatisfactions dans l’Est

À Charlemagne, le maire Normand Grenier n’a pas des mots tendres pour le système zonal de l’AMT.

« En Europe, la priorité, c’est d’amener les gens dans le train. Ici, c’est d’éloigner les gens du train », dit-il.

Charlemagne et Repentigny se trouvent en zone 5. Des usagers traversent en voiture pour prendre les transports en commun à Montréal, en zone 3.

Charlemagne et Repentigny se trouvent en zone 5. Des usagers traversent en voiture pour prendre les transports en commun à Montréal, en zone 3. Source AMT.

Il note que plusieurs citoyens, au lieu de prendre les autobus du Réseau de transport collectif régional de la MRC de L’Assomption (RTCR), dont il est président, « traversent le pont avec leur voiture et vont prendre l’autobus ou le métro à Montréal ».

En agissant ainsi, ils économisent le tarif non pas d’une zone, mais bien de deux zones, puisqu’il n’y a pas de zone 4 entre la Rive-Nord et l’île de Montréal, tout comme il n’y en a pas entre la Rive-Nord et Laval d’ailleurs.

Un résident de Rosemère, en zone 5, pourrait, par exemple, aller prendre le train à la gare de Sainte-Rose, à Laval, en zone 3. La différence de coût de la TRAM mensuelle entre les zones 3 et 5 est de 30 $.

Bien que Charlemagne se soit fait retirer la gare qu’on devait y construire dans le cadre du futur train de l’Est, Normand Grenier estime qu’ « éventuellement, on va avoir le même problème que partout ailleurs ».

« Il devrait y avoir une seule zone tarifaire à partir du centre-ville », dit-il.

Les zones tarifaires à l’étude

Pour le maire de Blainville, François Cantin, le débat sur les zones tarifaires s’inscrit dans la question beaucoup plus globale du financement du transport en commun.

« C’est sûr que c’est facile pour nous de dire : “Baissez les tarifs, changez les zones, faites trois zones, faites une seule zone.” Si on change les zones, et s’il y en a qui paient moins cher, c’est parce qu’il y en a d’autres qui vont payer plus cher. Est-ce que Laval est prête à payer plus cher pour que la Rive-Nord paie moins cher? »

En fin de compte, ce que les élus de la Rive-Nord demandent, dit M. Cantin, « c’est que ce soit équitable ».

L’Agence métropolitaine de transport s’apprête à étudier de nouvelles options tarifaires. Nous en parlerons lors de notre prochain reportage.

D’ici là, à vous la parole :
Le système des zones tarifaires de l’AMT doit-il être revu?

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