Billets classés sous « Illinois »

Freeport, Illinois

Dimanche 13 janvier 2013 à 9 h 32 | | Pour me joindre

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La petite ville de Freeport, en Illinois, est le microcosme de bien des villes américaines. La délocalisation d’une de ses usines en Chine porte un dur coup à l’économie et aux travailleurs, des femmes pour la plupart, qui vont perdre leur emploi après des années de loyaux services. Syndrome d’une Amérique en crise, l’exemple de Freeport est doublement ironique puisque c’est Bain Capital, compagnie grâce à laquelle Mitt Romney a fait fortune, qui ferme l’usine.

Chicago, Illinois

Samedi 12 janvier 2013 à 16 h 40 | | Pour me joindre

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Être artiste iconoclaste aux États-Unis peut avoir un prix, surtout lorsqu’on s’en prend aux républicains. L’artiste Bruce Elliott, qui a peint une caricature de Sarah Palin nue sur une peau d’ours polaire armée d’un fusil automatique, en sait quelque chose. En 2008, il a été la cible de centaines de menaces de mort. Intrusion dans l’univers de l’artiste et de ses œuvres irrévérencieuses.

Portraits d’électeurs

Lundi 5 novembre 2012 à 17 h 16 | | Pour me joindre

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Le « rêve américain » existe-t-il toujours en 2012? J’ai posé la question à des électeurs le long de ma route en Illinois, en Alabama, au Texas et en Arizona. Voici quelques réponses diffusées à Dimanche magazine le 4 novembre :

La fermeture de l'usine de Sensata Technologies
La fermeture de l’usine de Sensata Technologies

Perdue à travers les champs de maïs à pop corn, cette petite ville de l’Illinois d’environ 26 000 habitants a contribué à l’économie de la région grâce à une compagnie de pièces automobiles, Sensata Technologies.

En 2011, cette compagnie a acheté de la multinationale Honeywell l’usine numéro 4 qui emploie 170 personnes, en grande majorité des femmes. L’usine de montage offre des salaires considérés comme plus que convenables dans cette partie des États-Unis, où le chômage est en croissance. Pour celles qui commencent, le taux horaire est de 10 $ l’heure. Pour les travailleuses plus expérimentées, ce taux pouvait grimper jusqu’à 15 $.

C’était le cas de Cheryl, qui a donné 33 ans de sa vie à l’usine. Sans se plaindre. Bien au contraire, Cheryl, une mère monoparentale qui a élevé seule sa fille en plus d’assumer toutes les dépenses de la famille − y compris une hypothèque sur la petite maison qu’elle possède − était heureuse de travailler pour cette usine qui offrait un environnement propre et de bonnes conditions à ses employés, ou plutôt à ses « employées », puisque 90 % étaient des femmes.

Quinze dollars l’heure après 33 ans de service! J’arrive peut-être d’une autre planète, mais ça représente un salaire brut de 600 $ par semaine, ou 30 000 $ par année. En enlevant les impôts de l’État de l’Illinois ainsi que l’impôt fédéral, les contributions syndicales et toutes les autres contributions, ça fait tout de même moins de 20 000 $ nets par année pour un boulot à temps plein après 33 ans de service! C’est moins que le seuil de pauvreté, qui est de 22 000 $ pour une famille de quatre personnes.

Cheryl et sa fille Sharon ne formaient pas une famille de quatre personnes, mais quand même, les études universitaires n’étaient pas gratuites, tout comme le reste de la vie. Étrangement, Cheryl n’a jamais considéré les choses sous cet angle. Au contraire, elle était la première à se porter volontaire pour faire des heures supplémentaires pour l’usine, ce qui lui permettait de joindre les deux bouts. Au total, elle travaillait en moyenne 52 heures par semaine, y compris le samedi et le dimanche. En plus, elle était fière d’aller au boulot. Elle l’était, à l’imparfait.

Après 33 ans de service, Cheryl se retrouve sans emploi.
Après 33 ans de service, Cheryl se retrouve sans emploi.

Aujourd’hui, un groupe de ces futures ex-travailleuses campent sur un terrain vague devant l’usine. En cette fin d’après-midi du mois d’octobre, le vent glacial du Midwest souffle à écorner les bœufs, qui se font rares dans la région qui fait plutôt dans l’agriculture. Le drapeau américain bat de l’aile à côté du drapeau chinois. D’ailleurs, une trentaine de Chinois sont venus vivre à Freeport, il y a trois mois de cela, le temps d’apprendre comment fonctionne la chaîne de montage. Et ce sont Cheryl, Joanne, Bonnie et toutes les autres qui ont dû leur montrer comment assembler les pièces destinées aux automobiles. En d’autres mots, comment faire le travail qu’elles vont perdre à cause de ces mêmes travailleurs. Ce n’est pas facile à comprendre comme logique, surtout lorsque la direction de l’entreprise vous propose la porte maintenant si vous refusez de former les Chinois, ou dans quelques mois lorsque l’usine déménagera en Chine.

Le plus ironique est que cette délocalisation de l’usine arrive en pleine campagne présidentielle dont le thème de prédilection est justement l’emploi. Des millions d’emplois que les républicains promettent aux Américains qui les éliront. Un thème tellement important que ces derniers ont accusé le président Obama d’avoir joué avec les chiffres pour faire tourner les statistiques en sa faveur.

Toujours est-il que le taux de chômage a glissé sous la barre des 8 % en septembre dernier dans le pays, le taux le plus bas depuis l’assermentation d’Obama en 2008. Haro sur le chômage, la plaie de l’Amérique causée par Obama, crient malgré tout les républicains. Même si ces nouveaux emplois promis par le candidat Mitt Romney – il prévoit en créer 5 millions – ne rapportent que 10 $ l’heure comme ceux de l’usine de Freeport.

Freeport, 170 emplois de perdus au profit de la Chine
Freeport, 170 emplois de perdus au profit de la Chine

À Freeport, il n’y a pas que les belles promesses républicaines qui font sourire. Mitt Romney traîne un passé qui refait surface avec Sensata Technologies. C’est que son ancien employeur, Bain Capital, est en train de fermer l’usine de l’Illinois pour la rouvrir en Chine. Le mandat de Bain Capital est fort simple : acheter des compagnies saines, les restructurer en mettant à pied des milliers de personnes, faire remonter la valeur des actions de la compagnie « assainie » et revendre les actions bonifiées afin d’empocher des profits faramineux.

Jusqu’en 1999, c’était le gagne-pain de Mitt Romney, qui a monté sa fortune personnelle en tant que partenaire de Bain Capital grâce à ce stratagème. KB Toys, Clear Channel Communications et maintenant Sensata Technologies sont autant de restructurations célèbres orchestrées par Bain Capital. Et elles ont entraîné la mise à pied de milliers de travailleurs américains et rapporté des millions de dollars de profit à Bain Capital et à Mitt Romney.

Selon le New York Times, ce dernier continue de recevoir des prestations de Bain Capital sous forme d’actions offertes en fonds de pension. Drôle d’éthique pour un prétendant au poste de président qui cite son expérience d’homme d’affaires accompli chaque fois qu’il le peut pour montrer ses compétences de futur chef du pays.

Cheryl et les autres travailleuses qui seront bientôt sans emploi aimeraient bien voir la caravane républicaine passer par Freeport. Elles lancent un appel à l’ex-gouverneur du Massachusetts pour qu’il intervienne auprès de ses amis de Bain Capital afin d’éviter le déménagement d’une autre entreprise vers des contrées où la main-d’œuvre ne coûte rien, la plaie de l’Amérique.

90 % des travailleurs sont des femmes.
90 % des travailleurs sont des femmes.