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Montgomery, Alabama

Mercredi 16 janvier 2013 à 11 h 25 | | Pour me joindre

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Berceau de la lutte des Noirs pour les droits civils, Montgomery attire des milliers de personnes qui visitent les lieux marqués par le révérend Martin Luther King. Deux jeunes étudiantes afro-américaines représentent bien le chemin parcouru depuis les années 50, mais aussi la route qu’il reste à faire pour que Noirs et Blancs soient égaux dans ce pays.

Portraits d’électeurs

Lundi 5 novembre 2012 à 17 h 16 | | Pour me joindre

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Le « rêve américain » existe-t-il toujours en 2012? J’ai posé la question à des électeurs le long de ma route en Illinois, en Alabama, au Texas et en Arizona. Voici quelques réponses diffusées à Dimanche magazine le 4 novembre :

Sweet home, Alabama

Samedi 20 octobre 2012 à 12 h 55 | | Pour me joindre

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Mobile, fondée en 1711 par Jean-Baptiste Le Moyne, un Montréalais.

Mobile est une ville d’une nonchalante douceur. Une odeur parfumée − chaude et sucrée − donne juste envie de s’asseoir à l’ombre des grands arbres couverts de vignes et de laisser le temps s’écouler.

Une ville où un écrivain pourrait trouver l’inspiration, s’il ne l’a pas déjà, et l’espace pour écrire. Presque une ville des Caraïbes, mais avec des traces d’histoire coloniale auxquelles s’ajoutent celles laissées par la guerre de Sécession et l’esclavagisme.

Ça, c’est pour l’impression que beaucoup de touristes peuvent percevoir le temps d’un séjour pour le Mardi gras, presque aussi festif, mais peut-être plus authentique que celui de La Nouvelle-Orléans. Lorsque la ville se vide de tous ses festivaliers, une tout autre clientèle, beaucoup plus étrange, erre au centre-ville.

Jean-Baptiste Le Moyne, un Montréalais gouverneur de la Louisiane

Depuis 1991, Mobile accueille des milliers de prisonniers en réhabilitation. Sans vraiment vous en rendre compte, vous croisez sur la rue des gens qui ont purgé des peines pour des histoires de drogue, de vol, de meurtre ou de viol.

Dans le parc où j’ai rencontré Eddy, un groupe de Noirs bavardait bruyamment sur un banc. Lorsque je suis arrivé, le groupe s’est dispersé à part Eddy, un costaud, fin vingtaine, avec un étrange tatouage sur l’avant-bras. Je lui ai demandé s’il y avait des Noirs qui votaient pour les républicains dans la ville. « Le maire est Noir, mais il est du côté des Blancs », me dit-il.

En fait, le maire Sam Jones est une institution en Alabama. Élu premier maire noir de Mobile en 2005, il est démocrate, contrairement à ce qu’affirme Eddy. Mais il a adopté la ligne dure pour combattre la délinquance juvénile, un fléau au centre-ville. Cela lui donne, aux yeux de certains citoyens comme Eddy, des airs de républicain.

L’an dernier, il a imposé un couvre-feu aux moins de 17 ans. Il a aussi proposé un règlement pour interdire le port des pantalons hip-hop qui laissent dépasser les sous-vêtements de plus de quatre pouces, une mode disgracieuse selon le maire et le chef de police, qui partagent les mêmes goûts vestimentaires.

Pollman's Bakeshop, une institution depuis 1918 fréquentée majoritairement par les Afro-Américains
Pollman’s Bakeshop, une institution depuis 1918 fréquentée majoritairement par les Afro-Américains

Eddy me dit qu’il n’a jamais pu voter à cause de son passé criminel et de ses huit années derrière les barreaux. Mais il est pour Barack Obama, comme la très grande majorité des Afro-Américains de la ville.

La population noire est majoritaire à Mobile
La population noire est majoritaire à Mobile

- Si un Noir est républicain, c’est parce qu’il est au service des Blancs, ajoute un grand bonhomme venu récupérer son coca qu’il avait laissé sur le banc.

- Peut-être qu’ils votent républicains pour les valeurs morales ou religieuses?, j’ajoute.

- Comment voulez-vous qu’un Noir soit républicain, alors qu’ils ne veulent pas que l’État aide les pauvres? Ils veulent couper les programmes sociaux. Il y a beaucoup de Noirs qui ne vivraient pas sans cette aide.

- Il y a encore beaucoup de racisme en Alabama?

- Yep!

Plus de 30 000 prisonniers sont passés par le centre de réhabilitation de Mobile
Plus de 30 000 prisonniers sont passés par le centre de réhabilitation de Mobile

À Mobile, il y a plus de Noirs que de Blancs, comme à Birmingham ou à Montgomery,  les principales villes de l’Alabama. Pourtant, cet État est plus républicain que les républicains à cause de la population blanche qui, sur l’ensemble du territoire, est plus importante. Et aussi parce que beaucoup de Noirs, provenant de familles nombreuses, sont encore trop jeunes pour être inscrits sur la liste électorale. Mais d’ici quelques années, le portrait risque de changer dans ce sweet home Alabama, à condition que les nouveaux électeurs noirs aillent voter.

L'église où Martin Luther King a organisé la lutte pour les droits civils

L’église où Martin Luther King a organisé la lutte pour les droits civils.

L’Alabama fait partie de ce que l’on appelle la black belt region, une région plus densément peuplée par la population noire américaine. Dans cet État du sud, une personne sur quatre est afro-américaine, deux fois plus que la moyenne nationale, qui se situe autour de 13 %. Pas étonnant que cet État ségrégationniste soit devenu le berceau de la lutte des Noirs pour les droits civils.

Dans les rues de la capitale Montgomery, des plaques commémoratives rappellent les combats menés, dans les années 50 et 60, par Martin Luther King ou Rosa Parks. Devant la King Memorial Baptist Church, l’église où le révérend King a prêché de 1954 à 1960, des visiteurs se prennent en photo. L’édifice, d’où a été lancé le mouvement de boycottage des bus de la ville de Montgomery en 1955, est un lieu de pèlerinage. Tout comme la maison où Martin Luther King a vécu.

Sous le porche d’une résidence voisine de celle du révérend, une dame âgée se berce sur une balançoire. Devant sa maison, on peut lire qu’en 1961 l’endroit a servi de refuge à un groupe d’activistes  les Freedom Riders — pourchassés par le Ku Klux Klan. Le groupe effectuait la tournée des États du sud afin de dénoncer la ségrégation dans les autobus transnationaux, dont ceux de la compagnie Greyhound. C’est aussi dans cette résidence que Martin Luther King, avec d’autres activistes, a organisé la stratégie pour continuer le combat des Freedom Riders. Le propriétaire de la maison, Richard H. Harris fils, était pharmacien, tout comme son père, qui a ouvert la première pharmacie tenue par un Noir à Montgomery. L’endroit est classé lieu historique.

L'église de Martin Luther King est située à deux pas du Parlement sécessionniste de l'Alabama.
L’église de Martin Luther King est située à deux pas du Parlement sécessionniste de l’Alabama.

Pendant que je lis la plaque, la vieille dame me salue et me fait signe d’approcher. Elle m’explique qu’elle vit ici depuis plus de 60 ans. Elle se nomme Vera Harris. L’épouse de Richard H. Harris. En 1976, elle a perdu son mari, qui avait 58 ans. Elle a bien connu Martin Luther King, mais il n’était pas le seul, tient-elle à préciser, engager dans la lutte. « Si les Noirs américains vivent mieux que dans les années 60, il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à l’égalité. » Elle cite en exemple l’éducation, le meilleur outil pour combattre l’inégalité. Malheureusement, les Afro-Américains arrivent encore derrière les Blancs quant au niveau de scolarisation, surtout lorsqu’il s’agit d’études universitaires. Le rêve américain de Vera est l’éducation, l’égalité et la paix pour tous.

Vera Harris, son mari était un des défenseurs des droits civils.
Vera Harris, son mari était un des défenseurs des droits civils.

L'église où a prêché Martin Luther King est un lieu de pèlerinage.
L’église où a prêché Martin Luther King est un lieu de pèlerinage.

Devant la King Memorial Baptist Church, deux jeunes femmes venues d’Atlanta sont l’exemple de cette Amérique noire qui se tient debout. Toutes deux munies d’un postdoctorat en neuroscience, elles se sont échappées d’un congrès et voulaient absolument faire le tour des lieux mythiques de Montgomery. Elles aussi pensent qu’il faut miser sur l’éducation pour que les Noirs soient traités comme les Blancs.

Une des deux femmes me dit que le racisme est toujours présent aux États-Unis, et qu’elle-même en a été la cible. Sont-elles déçues de la performance de Barack Obama depuis son élection en 2008? Non, disent-elles. Et elles trouvent qu’on a bien malmené le président ces dernières années : « Comment voulez-vous qu’il fasse mieux? Avec l’héritage qu’il a reçu des républicains et la crise économique, personne ne peut faire de miracle. Les Américains sont des adeptes de la pensée magique. »

La maison où a vécu Martin Luther King.
La maison où a vécu Martin Luther King.

Lorsque j’ai quitté l’hôtel, j’ai demandé aux préposés comment se rendre au monument commémoratif des droits civils de Montgomery. C’est une énorme fontaine en marbre noir où sont gravés les noms de quarante victimes, dont celui du révérend Martin Luther King, qui ont payé de leur vie la ségrégation qu’ils ont subie. Aucun des deux employés de l’hôtel ne savait de quoi je parlais. Ni le Blanc ni le Noir. L’éducation est la clé de l’avenir, disait Vera Harris.