En surface, les résultats des trois élections partielles n’auront finalement pas changé le paysage politique canadien lundi soir. Mais sur le fond, ils ont envoyé bien des signaux aux chefs des différents partis en vue de la grande bataille électorale de 2015.
Les verts

Elizabeth May et Donald Galloway
Si son parti n’a fait aucun gain, Elizabeth May ne sort pas moins gagnante de la soirée grâce à la performance aussi surprenante que remarquable de ses candidats dans les deux circonscriptions de l’Ouest. Un bond de 22,7 % d’appuis à Victoria a placé les verts en deuxième place et donné toute une frousse au NPD. Une remontée de 15,7 % par rapport aux résultats de 2011 dans Calgary-Centre a sans équivoque privé les conservateurs de la majorité absolue à laquelle ils étaient si habitués.
Est-ce que la remontée du Parti vert a divisé le vote progressiste en Alberta et ainsi ouvert la voie à la réélection des conservateurs? Certainement. Mais cette performance a aussi montré que grâce à un bon candidat, une solide organisation et une campagne ultraciblée, ce parti longtemps marginalisé est capable de s’imposer dans la cour des « grands ». De là à conclure que le Parti vert sera une force indéniable en 2015, il y a une marge.
Ce ne serait pas la première fois qu’ils offrent une bonne performance lors d’une partielle. Pensez à London-North-Centre en 2006. La leçon à retenir pour Elizabeth May est surtout que, tout comme en 2011, son parti a davantage de chance lorsqu’il concentre ses efforts en un endroit stratégique qu’en essayant de mener une campagne nationale.
Les conservateurs
C’est un euphémisme que de dire qu’ils l’ont échappé belle dans Calgary-Centre. De voir leurs appuis passer de 57,7 % à 36,9 % ne peut que soulever une bonne dose d’inquiétude dans cette circonscription qui est jugée comme une des plus sûres au pays.
Ici aussi, les leçons sont multiples. Miser sur une candidate associée avec la droite sociale du parti (non pas tant pour ses opinions personnelles que ses appuis) rapporte de moins en moins, surtout dans une grande ville comme Calgary, dont l’électorat se diversifie. Surtout, est-ce qu’on commence à voir poindre les premiers signes d’une fatigue à l’égard de la gouvernance majoritaire de Stephen Harper?
En tout cas, son parti a perdu des appuis dans les trois circonscriptions. Et bien que les partielles soient rarement tendres envers les gouvernements en place, après presque sept ans au pouvoir, il y a de quoi se demander si les premières failles de l’armure bleue se sont manifestées. La bonne nouvelle : leur machine électorale ciblée demeure ultraefficace et aura permis de sauver les apparences dans Calgary-Centre et Durham.
Les néo-démocrates
Pour un chef de l’opposition officielle qui répète depuis son élection que la route vers le pouvoir passe par des gains dans l’Ouest, difficile pour Thomas Mulcair d’être rassuré par les résultats de lundi soir. Le NPD a réussi à conserver Victoria de peine et de misère et s’est trouvé en 4e place avec 3,8 % des votes dans Calgary-Centre.
Le discours du chef néo-démocrate sur la maladie hollandaise et les effets néfastes de l’industrie pétrolière telle qu’on la connaît aujourd’hui ont fort probablement contribué à cette chute d’appuis. À trois ans des prochaines élections, le message est clair : le NPD est loin d’avoir convaincu les électeurs de cette région du pays que son discours sur l’environnement et les investissements étrangers ne sont pas une attaque à la croissance économique, comme s’amusent à le répéter ad nauseam les conservateurs.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.
Les libéraux
Il y a ceux qui voient la coupe à moitié pleine et se réconfortent de leur défaite dans Calgary-Centre en soulignant que le parti n’a pas aussi bien fait depuis 1968. C’est vrai. Mais ce serait une analyse bien étroite des résultats de lundi soir. Dans Durham, en Ontario, les libéraux ont perdu des appuis. Dans Victoria, une circonscription qu’ils ont détenue pendant 13 ans (1993-2006), ils sont arrivés troisièmes, loin derrière les verts. Morale de l’histoire : quand on accumule le vote populaire total lundi soir, le parti libéral arrive quatrième. C’est dire tout le chemin qu’il reste à parcourir d’ici 2015.

Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l’élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae
Avec une marge de défaite de 1167 voix dans Calgary-Centre, il est difficile de jeter exclusivement le blâme sur les commentaires antialbertains de Justin Trudeau en 2010. Toutefois, ceux-ci auront contribué à dissiper une partie du capital de sympathie qu’il s’était attiré avec un bon début de campagne. L’inquiétude pour ses troupes doit être à plus long terme. Voyant l’effet et la médiatisation de cette première controverse, la machine de guerre conservatrice n’a pas fini de fouiller les déclarations passées de Justin Trudeau pour trouver d’autres munitions.

