Billets classés sous « Thomas Mulcair »

Partielles : du soulagement aux inquiétudes

par

 publié le 27 novembre 2012 à 14 h 07

En surface, les résultats des trois élections partielles n’auront finalement pas changé le paysage politique canadien lundi soir. Mais sur le fond, ils ont envoyé bien des signaux aux chefs des différents partis en vue de la grande bataille électorale de 2015.

Les verts

Elizabeth May et Donald Galloway

Si son parti n’a fait aucun gain, Elizabeth May ne sort pas moins gagnante de la soirée grâce à la performance aussi surprenante que remarquable de ses candidats dans les deux circonscriptions de l’Ouest. Un bond de 22,7 % d’appuis à Victoria a placé les verts en deuxième place et donné toute une frousse au NPD. Une remontée de 15,7 % par rapport aux résultats de 2011 dans Calgary-Centre a sans équivoque privé les conservateurs de la majorité absolue à laquelle ils étaient si habitués.

Est-ce que la remontée du Parti vert a divisé le vote progressiste en Alberta et ainsi ouvert la voie à la réélection des conservateurs? Certainement. Mais cette performance a aussi montré que grâce à un bon candidat, une solide organisation et une campagne ultraciblée, ce parti longtemps marginalisé est capable de s’imposer dans la cour des « grands ». De là à conclure que le Parti vert sera une force indéniable en 2015, il y a une marge.

Ce ne serait pas la première fois qu’ils offrent une bonne performance lors d’une partielle. Pensez à London-North-Centre en 2006. La leçon à retenir pour Elizabeth May est surtout que, tout comme en 2011, son parti a davantage de chance lorsqu’il concentre ses efforts en un endroit stratégique qu’en essayant de mener une campagne nationale.

Les conservateurs

C’est un euphémisme que de dire qu’ils l’ont échappé belle dans Calgary-Centre. De voir leurs appuis passer de 57,7 % à 36,9 % ne peut que soulever une bonne dose d’inquiétude dans cette circonscription qui est jugée comme une des plus sûres au pays.

Ici aussi, les leçons sont multiples. Miser sur une candidate associée avec la droite sociale du parti (non pas tant pour ses opinions personnelles que ses appuis) rapporte de moins en moins, surtout dans une grande ville comme Calgary, dont l’électorat se diversifie. Surtout, est-ce qu’on commence à voir poindre les premiers signes d’une fatigue à l’égard de la gouvernance majoritaire de Stephen Harper?

En tout cas, son parti a perdu des appuis dans les trois circonscriptions. Et bien que les partielles soient rarement tendres envers les gouvernements en place, après presque sept ans au pouvoir, il y a de quoi se demander si les premières failles de l’armure bleue se sont manifestées. La bonne nouvelle : leur machine électorale ciblée demeure ultraefficace et aura permis de sauver les apparences dans Calgary-Centre et Durham.

Les néo-démocrates

Pour un chef de l’opposition officielle qui répète depuis son élection que la route vers le pouvoir passe par des gains dans l’Ouest, difficile pour Thomas Mulcair d’être rassuré par les résultats de lundi soir. Le NPD a réussi à conserver Victoria de peine et de misère et s’est trouvé en 4e place avec 3,8 % des votes dans Calgary-Centre.

Le discours du chef néo-démocrate sur la maladie hollandaise et les effets néfastes de l’industrie pétrolière telle qu’on la connaît aujourd’hui ont fort probablement contribué à cette chute d’appuis. À trois ans des prochaines élections, le message est clair : le NPD est loin d’avoir convaincu les électeurs de cette région du pays que son discours sur l’environnement et les investissements étrangers ne sont pas une attaque à la croissance économique, comme s’amusent à le répéter ad nauseam les conservateurs.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.
Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.


Les libéraux

Il y a ceux qui voient la coupe à moitié pleine et se réconfortent de leur défaite dans Calgary-Centre en soulignant que le parti n’a pas aussi bien fait depuis 1968. C’est vrai. Mais ce serait une analyse bien étroite des résultats de lundi soir. Dans Durham, en Ontario, les libéraux ont perdu des appuis. Dans Victoria, une circonscription qu’ils ont détenue pendant 13 ans (1993-2006), ils sont arrivés troisièmes, loin derrière les verts. Morale de l’histoire : quand on accumule le vote populaire total lundi soir, le parti libéral arrive quatrième. C’est dire tout le chemin qu’il reste à parcourir d’ici 2015.

Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l'élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae
Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l’élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae

Avec une marge de défaite de 1167 voix dans Calgary-Centre, il est difficile de jeter exclusivement le blâme sur les commentaires antialbertains de Justin Trudeau en 2010. Toutefois, ceux-ci auront contribué à dissiper une partie du capital de sympathie qu’il s’était attiré avec un bon début de campagne. L’inquiétude pour ses troupes doit être à plus long terme. Voyant l’effet et la médiatisation de cette première controverse, la machine de guerre conservatrice n’a pas fini de fouiller les déclarations passées de Justin Trudeau pour trouver d’autres munitions.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Keystone ou le « ni-ni » de Thomas Mulcair

par

 publié le 7 novembre 2012 à 18 h 18

Avec la réélection de Barack Obama, l’avenir du projet d’oléoduc Keystone XL qui doit acheminer le pétrole albertain jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique revient à l’avant-plan des discussions bilatérales entre le Canada et les États-Unis.

L’espoir du gouvernement Harper c’est que maintenant que l’administration Obama est en quelque sorte libérée des considérations politiques et partisanes inhérentes à une campagne électorale présidentielle, elle jugera le projet au mérite et finira par donner son feu vert. Un débat qui va inévitablement relancer celui sur les politiques énergétiques du gouvernement Harper ici au pays.

Demandez à Thomas Mulcair ce qu’il en pense, voici la réponse : « Au lieu de faire la folie d’exporter à un si bas prix, ayons comme principe et comme priorité de déménager nos ressources pétrolières d’ouest en est, toujours sous réserve d’une analyse environnementale rigoureuse. »

Les critiques sont nombreuses. Le chef du NPD reproche au projet Keystone de mener à l’exportation de 40 000 emplois au pays. Comme le gouvernement Harper mise tant sur l’exportation des ressources naturelles brutes vers les États-Unis, Mulcair lui reproche du même souffle de se préoccuper davantage de la sécurité énergétique de nos voisins du sud que de la nôtre.

Mais le chef du NPD est-il en faveur du projet, si jamais son parti prenait le pouvoir? Est-ce qu’un gouvernement du NPD continuerait d’aller de l’avant?

« Nous, on prioriserait de bouger nos produits pétroliers d’ouest en est », affirme M. Mulcair.

Mais encore… Dirait-il oui ou non à Keystone? Est-ce possible de privilégier le développement des ressources pétrolières ici au pays tout en allant de l’avant avec le projet Keystone?

« La priorité d’un gouvernement néo-démocrate ça serait double. Un, s’occuper de notre propre sécurité énergétique pour l’avenir. Deux, veiller à faire l’ajout d’emplois ici pour nos propres richesses », dit Thomas Mulcair, ajoutant que de toute façon, le dossier est maintenant entre les mains du gouvernement américain.

À vrai dire, Thomas Mulcair refuse de se prononcer précisément sur cette question de l’oléoduc Keystone et préfère avancer que le NPD privilégie la mise en oeuvre d’un système de transport du pétrole au Canada, qui permettrait de relancer l’industrie du raffinage et surtout de créer des emplois ici au pays.

Sur l’avenir de Keystone, Thomas Mulcair a donc développé sa propre logique du « ni-ni », la non-ingérence, non-indifférence.

La logique du NPD est simple : pourquoi se laisser embarquer dans un débat sur le controversé pipeline dont l’avenir dépend davantage des gouvernements américains, quand il est plus avantageux de proposer une politique énergétique alternative pour l’ensemble du pays dans l’avenir?

Cela étant dit, on ne pourra pas reprocher à Thomas Mulcair d’esquiver entièrement cet enjeu épineux. Il a tout de même accepté de répondre à des questions sur le sujet pendant une bonne vingtaine de minutes mercredi midi.

 

Catégorie: Ottawa

Bilan d’une rentrée ultra-partisane

par

 publié le 21 septembre 2012 à 16 h 58

S’il fallait trouver un mot pour décrire cette rentrée parlementaire à Ottawa, lequel choisir?

Productif? J’en doute.

Constructif? Encore moins.

Mais ultra-partisan, vindicatif,  seraient plus appropriés. À vrai dire, cette rentrée parlementaire à Ottawa aura été aussi partisane que révélatrice.

Bien sûr, Thomas Mulcair a tenté d’insuffler une dose de professionnalisme et d’optimisme à cette rentrée. Dans un discours à son caucus, il a tracé leur route vers le pouvoir, comme un fruit mûr à cueillir en 2015. « C’est pourquoi, cet automne, nous allons présenter aux Canadiens un message positif, optimiste et ô combien déterminé. Un message qui parle de rétablir l’économie équilibrée que les conservateurs ont démantelée », a-t-il promis à ses députés.

Mais la réalité, c’est qu’en cette première semaine de travaux parlementaires, lui et son parti ont dû subir l’assaut des conservateurs. À la période des questions seulement, députés et ministres de Stephen Harper l’ont accusé de vouloir mettre en oeuvre une taxe sur le carbone, une taxe de 20 milliards de dollars. Une accusation répétée 36 fois en 5 jours durant la seule période des questions. Une taxe « qui tuerait des emplois et ferait augmenter le prix de l’essence, de l’électricité et de pratiquement tout ».

On se serait crû à l’époque du virage vert de Stéphane Dion, en 2008.

Le problème (et les néo-démocrates prient pour que vous le sachiez), c’est que la taxe sur la carbone n’apparaît nulle part dans le programme du NPD. Celui-ci propose plutôt de mettre en place une bourse du carbone. L’ultime ironie, c’est que le Parti conservateur a lui-même proposé une bourse sur le carbone en 2008. Mais soudainement ça c’est de l’histoire ancienne… voilà. Mauvaise foi? À vous de juger. Mon collègue de Maclean’s offre une analyse fort intéressante d’ailleurs.

Sur le front du Québec (drapeau, registre des armes d’épaule), les troupes de Thomas Mulcair ont joué de prudence. Sans surprise, bloquistes et libéraux n’ont pas hésité à dénoncer la décision du gouvernement Harper d’en appeler de l’injonction accordée par la Cour supérieure pour sauvegarder les données québécoises du registre. Même la députée néo-démocrate Françoise Boivin a parlé d’« un affront pour tous ceux qui sont du côté de la prudence, du côté de la sécurité publique ». Mais ne cherchez pas une telle indignation du côté de Thomas Mulcair. Il a plutôt bien évité de se montrer cinglant. « Pour ce qui est du registre des armes à feu, porter ça en appel, ce n’est pas la fin du monde. C’est un cours qui existe pour le gouvernement tant et aussi longtemps qu’effectivement, ils n’ont pas détruit les informations », a-t-il déclaré.

Cette prudence du chef reflète non seulement un certain malaise de plusieurs membres de son caucus face au registre, mais surtout l’espoir du NPD de faire des gains dans les régions du pays où ce registre est honni. Morale de l’histoire : cette semaine, le NPD a choisi de ne pas se mouiller, mais sur les grands enjeux et ceux qui sont plus symboliques, il est loin d’être acquis que tant les Québécois que les électeurs du reste du pays vont apprécier une telle ambivalence à la longue. Après tout, la politique c’est l’art des choix.

Du côté des conservateurs, ceux-ci avaient beau promettre de ne pas mordre à l’hameçon de la gouvernance souverainiste, on a pu constater qu’ils n’en ont pas besoin pour attiser les braises; pensez à la « fierté » de Maxime Bernier d’annoncer l’appel de son gouvernement sur le registre, et Christian Paradis qui ferme la porte à toute discussion sur autre chose que l’économie.

Inutile de dire qu’on a bien hâte de voir Stephen Harper et Pauline Marois côte à côte au Sommet de la Francophonie dans quelques semaines à Kinshasa au Congo.

Pour le reste, comme vous l’a expliqué mon collègue Denis Ferland, le signal d’une nouvelle loi omnibus est clair. Il cache d’ailleurs la tactique d’insérer dans cet immense texte législatif l’éventuelle réforme du régime de pension des députés. Une tactique, diraient certains, pour forcer l’opposition à « voter contre un ménage de leurs retraites dorées », même si elle est en faveur du principe? On entend déjà les lignes d’attaques du caucus conservateur à ce sujet.

L’objectif des conservateurs, dans ce dossier comme dans celui de la taxe sur le carbone, semble être de forcer l’opposition à jouer dans les nuances.

Forcer l’opposition dans le gris alors que dans le monde politique de Stephen Harper, on opère toujours dans le noir ou blanc.

La vie n’est pas si simple me direz vous. Mais les stratèges de Stephen Harper vous répondront que jusqu’à maintenant, ça a toujours fonctionné.

Catégorie: Ottawa

Une opposition sérieuse, structurée…

par

 publié le 2 mai 2012 à 16 h 58

 …et forte, disait le très responsable et toujours sobre Thomas Mulcair, mercredi matin, pour marquer le premier anniversaire de l’avènement de son parti comme opposition officielle aux Communes.

Au « commencement » du NPD, M. Mulcair oppose le « commencement de la fin » pour le gouvernement Harper, c’est la fin de l’opposition « docile » des libéraux qui a laissé passer tant de budgets conservateurs sous la minorité. On passe aux choses sérieuses, donc, et soyons « structurés ».

La pièce de résistance de cette session est certes le C-38, je vous disais hier de le retenir!!! Ce projet de loi omnibus met en application le budget, mais met aussi de l’avant des mesures qui toucheront l’immigration, les prisons, l’environnement, la navigation, les services secrets, etc.

Les questions du NPD en cette journée charnière, les deux dossiers prioritaires du jour, je vous les donne en mille : le retour au pays de Conrad Black et le possible deux poids deux mesures qu’il représente, et les heures supplémentaires payées aux chauffeurs de limousine des 37 ministres et ministres d’État. Ah bon… J’ai dû mal comprendre quelque part.

Je vous l’écris au cas où votre attention aurait été mobilisée par la nomination de Marc Bergevin comme DG du Canadien…

Catégorie: Ottawa

L’effet Mulcair, ou le Mulcair nouveau

par

 publié le 27 avril 2012 à 15 h 55

Le NPD connaît une poussée dans les sondages d’opinion que les analystes attribuent en partie aux difficultés du gouvernement Harper, mais aussi à « l’effet Mulcair ». Il y a bien sûr les retombées habituelles de l’après-course à la direction du NPD. D’autre part, le Thomas Mulcair qui s’est présenté comme le positif, le constructif, le rassembleur et qui a soigneusement évité les attaques personnelles ou mesquines pendant la course persiste et signe dans son rôle de chef de la loyale opposition de Sa Majesté.

Une petite incartade : cette semaine à la sortie du caucus, M. Mulcair a eu une saute d’humeur. Il s’en est pris au premier ministre Harper après la publication d’informations voulant qu’il y ait des discussions Washington-Ottawa sur une autre prolongation de la présence militaire canadienne en Afghanistan, discussions tenues à l’initiative de Washington évidemment.

Toutefois, le style « Mulcair nouveau » a vite repris le dessus, et le chef du NPD a retrouvé sa stature de « premier ministre en attente » à la Chambre des communes. C’est là qu’il ouvre quotidiennement la période des questions orales derrière son solennel lutrin et c’est surtout là où on remarque le plus le contraste avec le Thomas Mulcair d’antan (que ce soit ici ou à Québec).

M. Mulcair a poussé la démonstration hors des Communes, devant un auditoire loin de lui être acquis, lorsqu’il s’est adressé début avril aux membres de l’Economic Club au chic Château Laurier. Là encore, M. Mulcair a joué le rôle à la perfection. C’est avec une grande sobriété dans le ton qu’il s’est aventuré sur deux terrains glissants pour lui : son opposition aux baisses d’impôt des entreprises et sa volonté de baliser le développement des sables bitumineux albertains. Personne ne lui a lancé sa brioche…

Fini le temps, du moins jusqu’à nouvel ordre, où M. Mulcair devait s’expliquer sur son caractère bouillant, comme il l’a fait à maintes reprises durant la course à la direction :

« Je ne mâche pas mes mots et je ne parle pas la langue de bois. […] J’ai une force de caractère qui fait en sorte que je suis capable de me tenir debout et de ne pas reculer pour défendre certains dossiers. Quitte à froisser. » – Le Devoir

M. Mulcair, nouvelle cuvée, trouve probablement qu’il a quand même le meilleur des deux mondes. Il ne manque pas de francs-tireurs dans son caucus pour mettre en joue le gouvernement Harper en Chambre. Tapez-vous une période des questions, et apprenez à connaître Pat Martin, Alexandre Boulerice, Françoise Boivin et Charlie Angus.

Catégorie: Ottawa

Généralement, en politique, les sondages internes des candidats et des différentes campagnes sont des secrets bien gardés, qu’on ne coule discrètement aux médias qu’en des circonstances bien précises, voire exceptionnelles. La dynamique complexe du vote préférentiel dans la course à la direction du NPD aura réussi à chambarder cette logique traditionnelle.

C’est ainsi qu’en matinée, au lendemain d’un premier débat au Québec, où la qualité de son français a encore une fois été remise en question, le candidat Paul Dewar a publié par communiqué les résultats d’un sondage interne mené par sa campagne auprès de plus de 6373 membres du parti.

Il faut dire que ce sondage a été réalisé par appel automatisé et que ces résultats ont été pondérés en fonction du nombre de membres dans chaque province. Donc, oui, le débat est certainement lancé sur la précision de ses données. N’empêche,  le portrait qui émerge demeure intéressant et surtout bien différent de ce que l’on prédisait en début de course. Il confirme surtout ce que plusieurs d’entre nous entendons en coulisse depuis quelques semaines à savoir que :

- Thomas Mulcair semble s’être installé dans la position de meneur et bénéficie d’une certaine avance.

- La lutte au « meilleur deuxième » est bien serrée entre quatre candidats soit : Peggy Nash, Paul Dewar, Nathan Cullen et Brian Topp.

La publication de ces données révèle surtout qui sont les plus sérieux adversaires de Paul Dewar. Le voilà prêt à consacrer Thomas Mulcair comme meneur pour déstabiliser ses autres adversaires, pour tenter d’éclipser le fait que son rival Brian Topp ait obtenu l’appui de la mère de Jack Layton… La campagne de Brian Topp, mécontente de voir son candidat relégué au 5e rang, s’est empressée d’envoyer une note soulignant que dans ses propres sondages en interne, l’ex-stratège récolte l’appui de 28 % des membres, sans toutefois donner de détails sur l’ensemble du portrait de la course. 

Donc, si dans l’entourage de Thomas Mulcair nul n’ose dire que leur candidat est à l’abri d’un mouvement « tout sauf Mulcair », on se réjouit pour l’instant de voir tous ces seconds bien occupés à se distinguer les uns des autres.

Surtout, alors que tous sont bien, bien loin du 50 % + 1 de la victoire, il reste six semaines pour courtiser les partisans des uns et des autres, commencer par gagner les partisans de Roméo Saganash qui s’est retiré de la course, puis ceux des candidats les plus faibles. La partie d’échecs de la dernière ligne droite est bel et bien lancée.

Catégorie: Ottawa

Dur jeu d’équilibre

par

 publié le 13 septembre 2011 à 23 h 39

Le défi auquel les députés du NPD sont confrontés est déjà grand. Mais, soudainement, ils doivent s’adonner à un jeu d’équilibre encore plus périlleux : camper leur crédibilité comme opposition officielle, tout en s’investissant dans une course à la direction déterminante pour l’avenir du parti.

Pas surprenant que l’horaire des deux prochains jours de réunion du caucus soit chargé.

La chef par intérim Nycole Turmel commencera par établir des règles claires pour guider la conduite de son équipe pendant la course, un guide de conduite pour s’assurer que le caucus ne s’entredéchire pas.

Si le président du caucus affirme que ce n’est pas dans la tradition du NPD de se laisser aller à des guerres intestines, la réalité est que jamais le parti n’aura vécu une course à la direction où l’enjeu aura été aussi important. Chef de l’opposition officielle, l’espoir de devenir premier ministre. Donc oui, peu importe la bonne volonté de tout un chacun, le risque de déchirements cette fois-ci est bien réel, et on le sent déjà en coulisse.

La réalité c’est que le NPD doit trouver une façon que la course à la direction ne devienne pas source de distraction. Car cette session parlementaire est cruciale pour le parti, qui aurait bien de la difficulté à se remettre d’un échec cuisant face à un premier ministre conservateur qui a le champ libre comme rarement dans l’histoire.

Au cours des prochains jours, les députés devront endosser la double stratégie que le parti a développée: gagner la joute parlementaire et consolider les gains auprès de l’électorat. C’est pratiquement une feuille de route vers les élections de 2015.

Gagner la joute parlementaire, ça veut dire avoir un caucus très discipliné, toujours prêt à réagir intelligemment et efficacement aux grandes priorités du gouvernement conservateur, que ce soit au chapitre de la loi et l’ordre ou de son action économique.

Ça veut aussi dire présenter le NPD comme une option potentielle. Donc, ne pas laisser le champ libre aux conservateurs et plutôt occuper le terrain politique avec des idées, des propositions concrètes, tenter de définir le discours politique national. À surveiller ici : les propositions du NPD sur les pensions, la santé et le registre des armes à feu par exemple.

Mais tous savent que la joute parlementaire ne suffit par pour faire en sorte que les résultats des dernières élections ne deviennent pas un simple accident de parcours. Le NPD veut alors se donner les moyens de transformer les appuis soudains du 2 mai dernier en appuis fermes.

Ce n’est pas une mince tâche, surtout au Québec. Car le parti doit maintenant joindre les 1,6 million d’électeurs, mais surtout la base des groupes syndicaux, environnementaux et sociaux qui l’ont appuyé, et développer une vraie relation de confiance. Voilà le mandat de l’équipe de liaison mise sur pied au bureau de Montréal.

La course

Quant à la course à la direction, Thomas Mulcair fait durer le suspens. Le député d’Outremont affirme qu’il est en train de bâtir son équipe, récolter les appuis et qu’il doit terminer ce travail de préparation avant de confirmer s’il va ou non se lancer dans la course à la succession de Jack Layton.

Difficile de s’imaginer comment un député aussi influent pourrait dire non. Mais la barre demeure haute à plusieurs chapitres.

D’une part, son adversaire Brian Topp, qui était jusqu’à hier président du parti, part avec la longueur d’avance plus qu’imposante que lui donne l’appui d’Ed Broadbent. Il ne faut pas se tromper, cet appui est plus que symbolique, il vient avec l’immense autorité morale de cet ancien chef. Et dans un parti comme le NPD qui se décrit encore comme un « mouvement », c’est là un avantage majeur. Donc pour gagner cette course, Thomas Mulcair aura du terrain à rattraper auprès de l’establishment du NPD ailleurs au pays.

D’autre part, si Thomas Mulcair peut compter sur l’appui d’une partie importante du caucus québécois, avant de se lancer, il doit avoir les moyens de faire la preuve rapidement qu’il n’est pas que le « candidat du Québec ». Ce qui explique l’accent qu’il met sur la consolidation de son équipe d’un océan à l’autre.

Si Brian Topp a lancé sa campagne avec un coup d’éclat comme l’appui d’Ed Broadbent, Thomas Mulcair devra faire de même. Il lui s’agit maintenant de trouver comment égaler le coup d’envoi de son rival.

Catégorie: Ottawa