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Gouvernement Harper : 2 ans de majorité

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 publié le 2 mai 2013 à 13 h 40

Il y a deux ans, Osama ben Laden était abattu. Oups, je m’égare… Stephen Harper atteignait la majorité; pas l’âge de la vraie majorité pour un politicien, plutôt celle en Chambre, après une défaite et deux minorités. Il en est aujourd’hui au point où il doit penser à sa réélection en octobre 2015 et, surtout, à ce qu’il fera d’ici là pour l’obtenir.

Le gouvernement Harper maintient le cap, il veut faire en sorte que l’économie sera le thème de la prochaine élection pour lui. Élimination du déficit mise en place par le dernier budget, réforme du marché du travail (formation de la main-d’Å“uvre, assurance-emploi, travailleurs étrangers, immigration économique) et des ententes commerciales importantes en négociation (Union européenne, Inde, Japon et Partenariat trans-Pacifique). Bref, des réussites éventuelles dont personne ne nie l’importance, mais qui ont leur limite électoralement parlant.

On ne fait pas de gros gains avec ce qu’on a fait, mais plutôt avec ce qu’on promet. À plus forte raison quand les réalisations ne touchent pas le quotidien des gens, et surtout compte tenu de la tranche de l’électorat que les conservateurs ont courtisé avec la baisse de la TPS, des crédits d’impôt pour les activités sportives et artistiques et le 100 $ par mois par enfant de moins de 6 ans.

Avec le même 40 % des voix et l’ajout de 30 sièges dans des endroits favorables en 2015, les conservateurs visent le même créneau. M. Harper a encore un gros atout : il est toujours considéré comme le meilleur gestionnaire de l’économie devant MM. Trudeau et Mulcair, même si 59 % des répondants à un récent sondage désapprouvaient son travail en général contre 32 % qui l’appuyaient. La thématique économique n’est donc pas surprenante dans le contexte. Aucune surprise non plus quant à l’angle d’attaque des conservateurs contre Justin Trudeau, quand on voit que M. Harper devance ses rivaux au chapitre de l’expérience et du jugement, toujours selon le sondage. M. Trudeau mène par ailleurs en ce qui concerne le partage des valeurs et son niveau de préoccupation pour les citoyens.

Deux ans et demi à écouler d’ici le scrutin prévu en octobre 2015. Cela donne amplement le temps à M. Harper d’accomplir des choses. Toutefois, le même temps est un facteur d’usure qu’il doit contrer en reprenant l’initiative du débat public. Depuis le début de l’année, ce sont davantage des choses comme les frasques de sénateurs conservateurs, l’agitation autochtone, la résistance de députés conservateurs et le dérapage du programme des travailleurs étrangers qui alimentent la discussion.

Reprendre l’initiative

Le budget Flaherty est, selon moi, la première de quatre étapes qui seront franchies cette année par le gouvernement Harper pour prendre le virage vers octobre 2015. Du point de vue des finances publiques, Jim Flaherty a mis le train sur les rails du déficit zéro à moins d’une détérioration soudaine de l’économie. Même là, attendez-vous à ce que M. Flaherty ou son successeur prenne tous les moyens nécessaires pour y arriver, même les plus douloureux. Déficit zéro/2015, un dogme.

Il faut maintenant regarnir le programme politique. Des 59 projets de loi déposés depuis l’élection de mai 2011, 36 ont été adoptés. Treize étaient des « automatiques » : crédits et budgets. Les faits saillants remontent au début du mandat : le C-10, l’omnibus sur la criminalité et l’abolition du registre des armes d’épaule qui ont tant fait jaser, etc. Cette année, seulement sept projets de loi ont reçu la sanction royale, dont deux sur les crédits, celui sur la lutte au terrorisme la semaine dernière et celui sur… la succession au trône d’Angleterre.

Bref, le gouvernement se cherche un peu. Prochaine étape donc, le congrès du Parti conservateur de la fin juin à Calgary. Cette rencontre devrait donner le ton quant aux attentes de la base, celle qui milite d’une part, et celle qui vote d’autre part. Les militants entretiennent certaines frustrations, notamment sur les dépenses qui montent encore trop vite, et les électeurs ciblés vont montrer au gouvernement sur quels boutons appuyer pour conserver leur soutien.

Le budget et le congrès auront vraisemblablement permis de préparer le terrain pour l’autre étape, celle d’un probable discours du Trône à la rentrée en septembre, question de définir l’ordre du jour jusqu’à l’élection. De nouvelles mesures, mais aussi certains engagements de 2011, conditionnels au retour à l’équilibre budgétaire. Et là, on va remettre en vitrine deux articles qui vont attirer les regards de la clientèle : réduction des impôts grâce au partage des revenus pour les familles avec enfants de moins de 18 ans et le passage du plafond annuel de contribution aux comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) de 5000 $ à 10 000 $. Ça, ce sont les éléments anticipés. D’autres développements permettraient aussi à M. Harper et à ses troupes de diriger la discussion.

Je vois d’ici les tambours et les trompettes advenant la signature de l’entente qui tarde avec l’Union européenne. Attendez-vous à une avalanche de chiffres pour démontrer l’impact de cette entente. Et quels feux d’artifice le jour où le projet de pipeline Keystone XL serait approuvé par l’administration Obama!

L’usure à contrer

À l’élection de 2015, Harper aura été au pouvoir pendant presque 10 ans. Bien de l’eau aura coulé sous les ponts d’ici là, mais on sait déjà qu’il affrontera deux nouveaux adversaires fort différents l’un de l’autre. Surtout, dans le cas de Justin Trudeau, ce sera différent de ce qu’il a connu jusqu’ici. M. Harper ne peut même pas envisager de se battre sur le même terrain que M. Trudeau quant à l’attrait personnel. On a vu plus haut, avec le sondage, qu’il peut davantage se faire valoir sur le terrain de la compétence et de la fiabilité.

Si le rajeunissement de son gouvernement ne passe pas par lui, M. Harper peut miser sur celui de son équipe. On peut s’attendre à ce que le Cabinet soit différent à la rentrée de septembre. C’est tout d’abord le travail du chef de Cabinet, Nigel Wright, de vérifier si certains ministres n’ont pas l’intention d’être candidats en 2015. Pensez aux O’Connor, Toews et Flaherty notamment.

Évidemment, un remplacement immédiat de M. Flaherty aurait un effet domino important. Des ministres actuels, pas très âgés d’ailleurs, sont mûrs pour prendre du galon ou relever de nouveaux défis. Jason Kenney, James Moore et John Baird sont dans ce groupe. Et vient ensuite le véritable rafraîchissement. Aucune marge de manœuvre du côté du Québec, mais plusieurs autres recrues potentielles intéressantes, dont certaines ont fait leurs preuves en étant envoyées plus souvent qu’à leur tour dans ces panels politiques très populaires du côté du Canada anglais.

En haut, de gauche à droite : Kellie Leicht (Simcoe-Grey), Candice Bergen (Portage-Lisgar) et Shelly Glover (Saint-Boniface)
En bas, de gauche à droite : Chris Alexander (Ajax-Pickering), Michelle Rempel (Calgary Center-North) et Pierre Poilièvre (Nepean-Carleton)

Les Kelly Leitch, Michelle Rempel, Chris Alexander, Shelley Glover, Candice Bergen et Pierre Poilièvre vont rester près de leurs portables au cours des dernières semaines de la session! Des considérations de région et de sexe en plus des compétences détermineront leur avenir. Donc, le défi de Stephen Harper, à ce stade-ci de son mandat, en prévision d’octobre 2015 : mettre tout en place pour conserver son 40 % d’appui de 2011. Il devra aussi faire en sorte de ne pas provoquer, par ses politiques, trop de mécontentement dans la population, car un mouvement anti-Harper pourrait profiter à un de ses adversaires, peu importe lequel.

Catégorie: Québec

Attaques conservatrices contre… les médias

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 publié le 25 avril 2013 à 12 h 52

On a beaucoup fait état des publicités négatives et autres attaques conservatrices contre le tout nouveau chef libéral depuis une dizaine de jours. Mais derrière la cible Justin Trudeau se cache une autre cible pour les conservateurs : les médias, et certains journalistes en particulier. Je dis « se cache », mais dans le fond, il n’y a pas de cachette. Les conservateurs s’assument pleinement et visent ouvertement la presse.

Prise un : sur le site « Justin pas à la hauteur », qui véhicule, entre autres, les publicités en ligne et télé dénigrant M. Trudeau pour des déclarations passées et pour certains emplois qu’il a occupés, une rubrique donne les exemples d’écrits de certains commentateurs de publications anglophones favorables à M. Trudeau. Que des commentateurs politiques aient une opinion qui ne fait pas votre affaire, mieux vaut vous y préparer. Si vous avez la peau trop mince, lisez les commentaires qui vous sont favorables. Les conservateurs peuvent me contacter. J’ai des exemples en tête de collègues aux opinions solides et cohérentes qui défendent fréquemment leurs politiques.

Les conservateurs reconnaissent d’ailleurs le droit de ces journalistes à leurs opinions. Toutefois, ils enchaînent en demandant de l’argent pour contrer ces mêmes opinions, qui ne sont pas basées sur des faits, mais plutôt sur « leurs sarcasmes et leur déformation des faits ».

Prise deux : mardi, Jenni Byrne, ex-conseillère du premier ministre Harper retournée au Parti conservateur, s’en prend à nouveau à l’« équipe libérale de Justin Trudeau » qui fait de la petite politique, selon elle, après les arrestations des deux suspects de terrorisme par la GRC. Elle se base sur le compte Twitter de la sénatrice Céline Hervieux-Payette, qu’elle présente comme une conseillère principale pour le Québec de M. Trudeau. En gros, la sénatrice disait qu’avec des politiques à la George W. Bush, le gouvernement Harper allait se retrouver avec des terroristes à la George W. Bush. Bon, disons que les arguments de la sénatrice libérale restent à être étayés, car ils ne sont pas évidents. Et d’associer les commentaires de M. Trudeau sur le terrorisme et ses causes profondes à tout ça.

Le hic, entre autres, c’est que Mme Hervieux-Payette n’a aucune responsabilité dans le bureau ou l’équipe Trudeau. Elle appuyait même sa principale rivale, Joyce Murray, dans la course à la direction.

Mais surtout, autre occasion de s’en prendre aux médias que Mme Byrne ne rate pas. « Les médias ignorent volontairement cette histoire pour protéger M. Trudeau. » Elle ajoute avoir tenté d’attirer l’attention des journalistes là-dessus. Je n’ai pas consulté tous les collègues, mais, dans la tourmente des arrestations des deux suspects lundi après-midi, personne n’a souvenir d’une alerte conservatrice là-dessus. Et Mme Byrne de poursuivre encore une fois en demandant un p’tit 5 $ pour « maintenir la pression sur Justin Trudeau » (sous-entendu, puisqu’on ne peut pas compter sur les médias pour le faire).

À vous de juger. Il vous reste 906 jours avant l’élection d’octobre 2015 pour vous faire une tête là-dessus.

Catégorie: Ottawa

Harper sur les lignes de côté

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 publié le 19 avril 2013 à 11 h 27

Le débat sur l’unité nationale ou sur la Constitution, c’est selon, a repris vie. C’est à tout le moins le cas du côté de l’industrie du commentaire et de la classe politique, qui en fait périodiquement son pain et son beurre.

Les révélations du livre de Frérédic Bastien, combinées à l’accession de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada, relancent le match constitutionnel, grâce à un voyage dans le temps qui nous ramène 32 ans en arrière. Les joueurs ne sont évidemment plus les mêmes, mais un nom perdure : Trudeau.

Le nouveau chef du PLC a beau répéter depuis bien avant la publication de La bataille de Londres que la signature manquante du Québec lors du rapatriement de 1982 n’est pas le scénario idéal, mais que les Canadiens et les Québécois ne lui ont pas parlé de ça pendant la course à la direction, le dossier lui colle à la peau. Son parti est actionnaire majoritaire du rapatriement et il y a, bien sûr, ce nom… Le ballon est sans cesse lancé dans sa direction. Le quart-arrière est la plupart du temps souverainiste, mais la presse y a aussi contribué, dans sa recherche de positions politiques du candidat Trudeau pendant la course à la direction. M. Trudeau capte la passe et s’empresse de sortir sur la ligne de côté pour éviter le plaqué et stopper le cadran.

Son rival fédéraliste sur le territoire québécois, Thomas Mulcair, s’inquiète évidemment des indiscrétions du juge Bora Laskin, en pleine délibération à l’époque, mais s’en remet lui aussi à la Cour suprême, qui se penche sur les faits rapportés dans le livre de Frédéric Bastien. M. Mulcair a déjà porté le ballon dans le dossier plus tôt cette année, lorsque le NPD a proposé sa propre version de la clarté référendaire à partir du renvoi sur la sécession du Québec. Basée sur la fameuse déclaration de Sherbrooke, la position du NPD ne semble pas lui avoir permis de marquer le touché, tout au plus un placement auprès d’une clientèle assez limitée.

Comme ses partenaires souverainistes à Québec, Daniel Paillé s’entraînait ferme pour être compétitif. C’est en fait lui qui a effectué le botté d’envoi à Ottawa avec le projet de loi du Bloc abrogeant tout simplement la loi sur la clarification référendaire. C’est justement le jour où ce projet de loi devait être débattu en Chambre que le NPD, un peu coincé entre son fort contingent de députés québécois et sa présence pancanadienne, est en quelque sorte allé au-devant des coups en déposant son propre projet.

Maintenant que la joute est bien engagée, M. Paillé est en couverture de zone, il traverse le terrain en largeur, et cherche l’ouverture entre les blocs pour frapper tout ce qui bouge derrière la ligne fédéraliste. À la demande de publication des documents du Conseil privé des années 1981-1982, il ajoute sa bombe jusque dans la zone des buts sur le dernier jeu du match, la « Hail Mary pass », une enquête publique sur les événements. Pour les non-initiés au football, ce jeu désespéré fonctionne une fois sur 20.

Et pendant ce temps, que fait Stephen Harper? Il a tenté quelques jeux au sol pour établir son attaque aérienne au Québec. Le « fédéralisme d’ouverture », la reconnaissance de la « nation », etc., ça ne lui a jamais permis de réussir le long jeu qui casse les reins de l’adversaire. Comme c’est le cas depuis l’élection du PQ le 4 septembre dernier, ne comptez pas sur lui pour revenir sur le terrain. Il a retiré son casque et ses épaulettes et il marche sur les lignes de côté, les bras croisés. Il regarde les joueurs s’adonner à leur sport favori.  Surtout, il entend le claquement des équipements et les gémissements et grognements des efforts et des contacts sur la ligne, et il se dit qu’il n’a pas envie de se salir sur ce gazon qui lui donne en plus des allergies.

Qu’aurait-il à y gagner, se dit-il? À part quelques « bleus » supplémentaires au Québec…

 

Catégorie: Ottawa

Partielles : du soulagement aux inquiétudes

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 publié le 27 novembre 2012 à 14 h 07

En surface, les résultats des trois élections partielles n’auront finalement pas changé le paysage politique canadien lundi soir. Mais sur le fond, ils ont envoyé bien des signaux aux chefs des différents partis en vue de la grande bataille électorale de 2015.

Les verts

Elizabeth May et Donald Galloway

Si son parti n’a fait aucun gain, Elizabeth May ne sort pas moins gagnante de la soirée grâce à la performance aussi surprenante que remarquable de ses candidats dans les deux circonscriptions de l’Ouest. Un bond de 22,7 % d’appuis à Victoria a placé les verts en deuxième place et donné toute une frousse au NPD. Une remontée de 15,7 % par rapport aux résultats de 2011 dans Calgary-Centre a sans équivoque privé les conservateurs de la majorité absolue à laquelle ils étaient si habitués.

Est-ce que la remontée du Parti vert a divisé le vote progressiste en Alberta et ainsi ouvert la voie à la réélection des conservateurs? Certainement. Mais cette performance a aussi montré que grâce à un bon candidat, une solide organisation et une campagne ultraciblée, ce parti longtemps marginalisé est capable de s’imposer dans la cour des « grands ». De là à conclure que le Parti vert sera une force indéniable en 2015, il y a une marge.

Ce ne serait pas la première fois qu’ils offrent une bonne performance lors d’une partielle. Pensez à London-North-Centre en 2006. La leçon à retenir pour Elizabeth May est surtout que, tout comme en 2011, son parti a davantage de chance lorsqu’il concentre ses efforts en un endroit stratégique qu’en essayant de mener une campagne nationale.

Les conservateurs

C’est un euphémisme que de dire qu’ils l’ont échappé belle dans Calgary-Centre. De voir leurs appuis passer de 57,7 % à 36,9 % ne peut que soulever une bonne dose d’inquiétude dans cette circonscription qui est jugée comme une des plus sûres au pays.

Ici aussi, les leçons sont multiples. Miser sur une candidate associée avec la droite sociale du parti (non pas tant pour ses opinions personnelles que ses appuis) rapporte de moins en moins, surtout dans une grande ville comme Calgary, dont l’électorat se diversifie. Surtout, est-ce qu’on commence à voir poindre les premiers signes d’une fatigue à l’égard de la gouvernance majoritaire de Stephen Harper?

En tout cas, son parti a perdu des appuis dans les trois circonscriptions. Et bien que les partielles soient rarement tendres envers les gouvernements en place, après presque sept ans au pouvoir, il y a de quoi se demander si les premières failles de l’armure bleue se sont manifestées. La bonne nouvelle : leur machine électorale ciblée demeure ultraefficace et aura permis de sauver les apparences dans Calgary-Centre et Durham.

Les néo-démocrates

Pour un chef de l’opposition officielle qui répète depuis son élection que la route vers le pouvoir passe par des gains dans l’Ouest, difficile pour Thomas Mulcair d’être rassuré par les résultats de lundi soir. Le NPD a réussi à conserver Victoria de peine et de misère et s’est trouvé en 4e place avec 3,8 % des votes dans Calgary-Centre.

Le discours du chef néo-démocrate sur la maladie hollandaise et les effets néfastes de l’industrie pétrolière telle qu’on la connaît aujourd’hui ont fort probablement contribué à cette chute d’appuis. À trois ans des prochaines élections, le message est clair : le NPD est loin d’avoir convaincu les électeurs de cette région du pays que son discours sur l’environnement et les investissements étrangers ne sont pas une attaque à la croissance économique, comme s’amusent à le répéter ad nauseam les conservateurs.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.
Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair félicite son candidat Murray Rankin pour sa victoire dans Victoria.


Les libéraux

Il y a ceux qui voient la coupe à moitié pleine et se réconfortent de leur défaite dans Calgary-Centre en soulignant que le parti n’a pas aussi bien fait depuis 1968. C’est vrai. Mais ce serait une analyse bien étroite des résultats de lundi soir. Dans Durham, en Ontario, les libéraux ont perdu des appuis. Dans Victoria, une circonscription qu’ils ont détenue pendant 13 ans (1993-2006), ils sont arrivés troisièmes, loin derrière les verts. Morale de l’histoire : quand on accumule le vote populaire total lundi soir, le parti libéral arrive quatrième. C’est dire tout le chemin qu’il reste à parcourir d’ici 2015.

Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l'élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae
Harvey Locke, candidat du PLC dans Calgary-Centre pour l’élection partielle du 26 novembre 2012, et le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae

Avec une marge de défaite de 1167 voix dans Calgary-Centre, il est difficile de jeter exclusivement le blâme sur les commentaires antialbertains de Justin Trudeau en 2010. Toutefois, ceux-ci auront contribué à dissiper une partie du capital de sympathie qu’il s’était attiré avec un bon début de campagne. L’inquiétude pour ses troupes doit être à plus long terme. Voyant l’effet et la médiatisation de cette première controverse, la machine de guerre conservatrice n’a pas fini de fouiller les déclarations passées de Justin Trudeau pour trouver d’autres munitions.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Le fédéralisme ouvert de Stephen Harper

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 12

C’était la grande promesse de Stephen Harper en 2006, un fédéralisme d’ouverture assorti de nouveaux liens entre les provinces et Ottawa.

 « Il est temps que le gouvernement fédéral établisse de nouvelles relations avec les provinces dans un fédéralisme ouvert. »

Et ça ne s’arrêtait pas là.

« Soutenir la contribution importante du Conseil de la fédération au renforcement de la coopération intergouvernementale et interprovinciale, à l’amélioration de l’union économique et sociale au Canada, et à la promotion de la définition de normes et d’objectifs communs à toutes les provinces », promettait Stephen Harper à la page 42 du programme qui l’a porté au pouvoir.

Six ans plus tard, au moment où les provinces entament ce sommet spécial du Conseil de la fédération sur l’économie face à la chaise vide du premier ministre Harper qui a refusé leur invitation, celles-ci sont forcées de constater que le « nouveau fédéralisme » d’Ottawa n’est pas nécessairement celui qu’elles avaient envisagé.

Fini les grands sommets, fini les rencontres à 11, fini les fronts communs des provinces face à Ottawa pour forcer la main du pouvoir central et lui imposer les enjeux qui tiennent à cœur aux provinces. Le fédéralisme de Stephen Harper relève davantage du chacun dans sa cour. Une interprétation stricte de la constitution où chaque palier de gouvernement gère ses propres problèmes, où Ottawa se garde bien de mettre le nez dans les affaires des provinces et où il a du même souffle renoncé aux grands programmes nationaux qui, disons-le, agaçaient tant Québec à l’époque.

Pour Stephen Harper c’est une question de philosophie : « Nous avons une philosophie différente, de ce côté de la Chambre. Nous respectons la division et le partage du pouvoir dans la Constitution canadienne, ainsi que les compétences des autorités et des provinces, et nous agissons dans le cadre de nos responsabilités. »

Et comme un mantra, Stephen Harper répète la même réponse chaque fois que cette question est soulevée : « Je rencontre régulièrement les premiers ministres de notre pays. Nous assumons nos responsabilités en ce qui concerne l’économie canadienne », ajoutant en anglais que ce ne sont pas des rencontres au sommet qu’exigent les Canadiens face à l’économie, mais de l’action.

C’est ainsi que le gouvernement conservateur a évité les débats parfois explosifs qui caractérisaient ces rencontres. Depuis qu’il a pris le pouvoir, son approche lui a permis de régler, certains diraient imposer, les questions financières des transferts à la santé en passant par les infrastructures, sans pour autant permettre qu’on ouvre quelque débat de fond sur le partage des pouvoirs ou les lignes directrices qui devraient guider les responsabilités partagées entre Ottawa et les provinces. Un fédéralisme de transaction au pied de la lettre de la constitution.

Mais quand on parle de l’économie du pays, de la menace d’une nouvelle récession, des vulnérabilités auxquelles le Canada est confronté, la présence d’Ottawa autour de la table n’aurait-elle pas pu être utile?

Pauline Marois est de ceux qui croient que oui. La première ministre du Québec s’est dite déçue de l’absence de Stephen Harper, ajoutant que « si sa priorité c’est l’économie, il me semble qu’il aurait dû accepter l’invitation des premiers ministres des provinces ».

Et elle n’est pas la seule, les premiers ministres de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, pour ne nommer que ceux-là, ont tous déploré l’absence d’Ottawa.

« Si le premier ministre est capable d’envoyer ses limousines en Inde par avion, est-il capable de trouver un billet d’avion pour aller à Halifax? », a demandé Thomas Mulcair.

Le chômage et les complexités des défis économiques du pays ne méritent-ils pas une discussion commune entre un premier ministre et ses homologues provinciaux, plutôt que des rencontres bilatérales individuelles? Après tout, l’incertitude est assez importante pour que le ministre des Finances Jim Flaherty ait reporté l’atteinte du déficit zéro d’un an. Et certains diraient même que la présence d’Ottawa aurait pu contribuer à éviter que les disputes bilatérales et les divisions entre les provinces ne prennent le dessus.

Pour Stephen Harper, le risque de faire face au front commun des provinces, le risque qu’elles profitent de l’occasion pour mettre toutes leurs doléances sur la table, du financement de la santé aux infrastructures, semble trop important. Il a bien vu le prix politique qu’ont payé ses prédécesseurs libéraux lors d’exercices semblables.

Les premiers ministres provinciaux ne seront pas totalement en reste. Ils auront la visite du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, pour discuter des prévisions de la banque tant au niveau canadien que mondial.

La dernière fois que Stephen Harper a rencontré les premiers ministres provinciaux en groupe, c’était en janvier 2009, au plus fort de la crise économique. Il faut croire qu’il juge que l’heure n’est pas assez grave pour répéter l’exercice.

Catégorie: Ottawa, Québec

La légendaire limousine du président des États-Unis qui l’accompagne aux quatre coins de la planète a été baptisée « The Beast ». Comment devrions-nous baptiser celle du premier ministre Harper?

La question se pose depuis que les journalistes qui accompagnent Stephen Harper en Inde ont remarqué que c’est un VUS blindé immatriculé de l’Ontario qui l’a accueilli à Agra, puis une limousine blindée, elle aussi canadienne qui attendait au bas des marches de l’avion à Delhi.

Stephen Harper et la limousine à son arrivée à Delhi

Pourquoi donc avoir envoyé la limousine à l’autre bout du monde cette fois-ci, alors que l’on s’est contenté des voitures de fonction congolaises pour le Sommet de la Francophonie à Kinshasa, le cinquième pays du monde pour ce qui est du danger?

À Pékin, à Vladivostok, en Inde en 2009, à peine un an après les attentats de Mumbai, la GRC s’était contentée des voitures de fonction du pays hôte. Qu’est-ce qui a changé? Est-ce une nouvelle politique que dorénavant des voitures blindées canadiennes vont accompagner le premier ministre à l’étranger?

Réponse du directeur des communications du premier ministre, Andrew MacDougall : « C’est une question pour la GRC, ils sont responsables de la protection du premier ministre et ils prennent la décision. Ce n’est pas moi, je n’ai aucun commentaire sur la décision. C’est à la GRC de faire les commentaires. » Une réponse en tout point semblable à celle donnée la semaine dernière lorsque nous avons demandé pourquoi les petits lapins et superhéros de l’Halloween devaient passer sous les détecteurs de métal pour aller chercher leurs bonbons au 24 Sussex.

De son côté, la GRC réplique que le « déploiement des ressources de la GRC est dicté par les exigences opérationnelles, y compris la sécurité du public et celle des policiers, et l’évaluation de la menace pour ce qui est des événements et des environnements ». Et bien sûr, « par mesure de sécurité, on ne discutera pas des plans en matière de protection ».

C’est ainsi que le bureau du premier ministre renvoie la balle à la GRC qui, elle, se cache derrière la sécurité opérationnelle. Pendant ce temps, la transparence tombe entre les craques.

Fait intéressant, Andrew MacDougall  a promis que tous les coûts seraient rendus publics « en temps et lieu ». Or, la dernière fois que la question a été posée, c’est lorsqu’on avait envoyé la limousine en Haïti lors de la visite de Stephen Harper après le séisme. Mon collègue Yves Malo avait fait une demande d’accès à l’information pour avoir les coûts de l’opération. On attend toujours la réponse deux ans et demi plus tard.

Catégorie: Ottawa, Québec

Le monde selon Stephen Harper

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 publié le 28 septembre 2012 à 7 h 21

Pour tout le débat entourant le fait que le premier ministre Harper ait choisi de ne pas aller aux Nations unies cette semaine, eh bien, finalement, il y aura mis les pieds pour rencontrer le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, jeudi après-midi.

Son discours sur sa vision de la politique étrangère, il l’a réservé aux quelque 800 convives qui étaient réunis au dîner de l’Appeal of Conscience Foundation, cette fondation interconfessionnelle qui milite pour la paix et la tolérance dans le monde et qui lui a remis le prix de l’Homme d’État de l’année. Cette fondation a pour devise : « Un crime commis au nom de la religion est le crime le plus grave qui puisse être commis contre la religion. »

Pour commencer, je recommande à tous ceux qui s’interrogent sur la vision du monde de Stephen Harper, sur sa politique étrangère, de prendre quelques minutes pour aller lire l’intégralité du discours. Pour la première fois depuis que le Canada s’est vu refuser un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, le premier ministre tente de donner une cohérence à son intervention sur la scène internationale au cours des 24 derniers mois.

Stephen Harper propose un Canada qui « cherche dans un monde incertain à élaborer une politique étrangère qui repose sur des principes certains », soit sur la liberté et la dignité humaine. Il offre un Canada qui refuse les compromis qui mènent inévitablement à des compromissions.

C’est dans cette logique qu’il encadre son appui à Israël, non pas parce qu’il appuie chacune des politiques du gouvernement Nétanyahou, mais parce que dit-il, c’est LE pays de la communauté internationale dont l’existence est si ouvertement menacée. C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement Harper met l’Iran au banc des États voyous, parce qu’il faut tirer des leçons de l’histoire, dit-il. « Ceux qui prennent le peuple juif pour cible de leur intolérance raciale et religieuse seront inévitablement une menace pour nous tous », a plaidé le premier ministre.

Stephen Harper offre-t-il une vision logique ou simpliste de l’état du monde? À vous de juger.

À ceux qui ne peuvent s’empêcher de s’interroger sur la Chine, à ceux qui se demandent comment Stephen Harper, qui dit refuser les compromis, peut ainsi justifier son discours très diplomatique et feutré sur la question des violations des droits de l’homme, même s’il est bien connu qu’il tente avant tout de multiplier les échanges commerciaux du Canada avec la deuxième puissance économique mondiale, à ceux qui se demandent si le premier ministre n’est pas justement en train de céder à la tentation du compromis, à ceux-là, Stephen Harper offre ceci : « Pendant ce temps, de nouveaux pouvoirs émergent, dont l’engagement en faveur de nos idéaux ne sont ni fermes ni clairs… Certains nouveaux pouvoirs ne sont ni des amis garantis ni des ennemis implacables. Comme ce sont les plus difficiles à évaluer, je n’élaborerai pas ici sur leur cas. »

Vous auriez aimé que le premier ministre précise sa pensée? Moi aussi. Je lui poserai la question quand j’en aurai l’occasion.

Catégorie: Ottawa

Bilan d’une rentrée ultra-partisane

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 publié le 21 septembre 2012 à 16 h 58

S’il fallait trouver un mot pour décrire cette rentrée parlementaire à Ottawa, lequel choisir?

Productif? J’en doute.

Constructif? Encore moins.

Mais ultra-partisan, vindicatif,  seraient plus appropriés. À vrai dire, cette rentrée parlementaire à Ottawa aura été aussi partisane que révélatrice.

Bien sûr, Thomas Mulcair a tenté d’insuffler une dose de professionnalisme et d’optimisme à cette rentrée. Dans un discours à son caucus, il a tracé leur route vers le pouvoir, comme un fruit mûr à cueillir en 2015. « C’est pourquoi, cet automne, nous allons présenter aux Canadiens un message positif, optimiste et ô combien déterminé. Un message qui parle de rétablir l’économie équilibrée que les conservateurs ont démantelée », a-t-il promis à ses députés.

Mais la réalité, c’est qu’en cette première semaine de travaux parlementaires, lui et son parti ont dû subir l’assaut des conservateurs. À la période des questions seulement, députés et ministres de Stephen Harper l’ont accusé de vouloir mettre en oeuvre une taxe sur le carbone, une taxe de 20 milliards de dollars. Une accusation répétée 36 fois en 5 jours durant la seule période des questions. Une taxe « qui tuerait des emplois et ferait augmenter le prix de l’essence, de l’électricité et de pratiquement tout ».

On se serait crû à l’époque du virage vert de Stéphane Dion, en 2008.

Le problème (et les néo-démocrates prient pour que vous le sachiez), c’est que la taxe sur la carbone n’apparaît nulle part dans le programme du NPD. Celui-ci propose plutôt de mettre en place une bourse du carbone. L’ultime ironie, c’est que le Parti conservateur a lui-même proposé une bourse sur le carbone en 2008. Mais soudainement ça c’est de l’histoire ancienne… voilà. Mauvaise foi? À vous de juger. Mon collègue de Maclean’s offre une analyse fort intéressante d’ailleurs.

Sur le front du Québec (drapeau, registre des armes d’épaule), les troupes de Thomas Mulcair ont joué de prudence. Sans surprise, bloquistes et libéraux n’ont pas hésité à dénoncer la décision du gouvernement Harper d’en appeler de l’injonction accordée par la Cour supérieure pour sauvegarder les données québécoises du registre. Même la députée néo-démocrate Françoise Boivin a parlé d’« un affront pour tous ceux qui sont du côté de la prudence, du côté de la sécurité publique ». Mais ne cherchez pas une telle indignation du côté de Thomas Mulcair. Il a plutôt bien évité de se montrer cinglant. « Pour ce qui est du registre des armes à feu, porter ça en appel, ce n’est pas la fin du monde. C’est un cours qui existe pour le gouvernement tant et aussi longtemps qu’effectivement, ils n’ont pas détruit les informations », a-t-il déclaré.

Cette prudence du chef reflète non seulement un certain malaise de plusieurs membres de son caucus face au registre, mais surtout l’espoir du NPD de faire des gains dans les régions du pays où ce registre est honni. Morale de l’histoire : cette semaine, le NPD a choisi de ne pas se mouiller, mais sur les grands enjeux et ceux qui sont plus symboliques, il est loin d’être acquis que tant les Québécois que les électeurs du reste du pays vont apprécier une telle ambivalence à la longue. Après tout, la politique c’est l’art des choix.

Du côté des conservateurs, ceux-ci avaient beau promettre de ne pas mordre à l’hameçon de la gouvernance souverainiste, on a pu constater qu’ils n’en ont pas besoin pour attiser les braises; pensez à la « fierté » de Maxime Bernier d’annoncer l’appel de son gouvernement sur le registre, et Christian Paradis qui ferme la porte à toute discussion sur autre chose que l’économie.

Inutile de dire qu’on a bien hâte de voir Stephen Harper et Pauline Marois côte à côte au Sommet de la Francophonie dans quelques semaines à Kinshasa au Congo.

Pour le reste, comme vous l’a expliqué mon collègue Denis Ferland, le signal d’une nouvelle loi omnibus est clair. Il cache d’ailleurs la tactique d’insérer dans cet immense texte législatif l’éventuelle réforme du régime de pension des députés. Une tactique, diraient certains, pour forcer l’opposition à « voter contre un ménage de leurs retraites dorées », même si elle est en faveur du principe? On entend déjà les lignes d’attaques du caucus conservateur à ce sujet.

L’objectif des conservateurs, dans ce dossier comme dans celui de la taxe sur le carbone, semble être de forcer l’opposition à jouer dans les nuances.

Forcer l’opposition dans le gris alors que dans le monde politique de Stephen Harper, on opère toujours dans le noir ou blanc.

La vie n’est pas si simple me direz vous. Mais les stratèges de Stephen Harper vous répondront que jusqu’à maintenant, ça a toujours fonctionné.

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Visite stratégique

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 publié le 22 septembre 2011 à 13 h 11

La visite du premier ministre britannique David Cameron au Canada tombe pile-poil pour le premier ministre Harper.

Accusé par ses adversaires politiques d’avoir adopté une approche trop rigide face à l’incertitude économique mondiale, Stephen Harper pourra au moins se vanter d’avoir l’appui de son homologue britannique dans sa lutte au déficit comme mécanisme pour protéger l’économie d’une nouvelle crise.

Le gouvernement Harper plaide ce message avec d’autant plus d’urgence qu’il craint ouvertement que la crise qui secoue la zone euro, sans parler de l’incertitude aux États-Unis, ne vienne menacer la reprise ici au pays.

À la veille d’une rencontre du Fonds monétaire international, le ministre des Finances Jim Flaherty a donc sérieusement haussé le ton. Il a affirmé que le Canada fait les frais du manque de volonté politique en Europe. Jim Flaherty prédit même une confrontation si les réformes nécessaires ne sont pas mises en oeuvre de l’autre côté de l’Atlantique.

« Il y a un niveau de frustration justifié face au manque d’action décisive de la part de l’Europe. Comme ministres des Finances nous parlons de la Grèce depuis janvier 2010. Il doit y avoir un exercice de volonté politique et de prise de décision en Europe. »

D’ailleurs, le premier ministre Harper a co-signé ce matin une lettre sans équivoque à l’attention du président du G20, Nicolas Sarkozy, dans laquelle il lui demande essentiellement de prendre les grands moyens pour que le G20 ait enfin le courage de prendre les décisions difficiles qui s’imposent pour prémunir l’économie mondiale contre une nouvelle crise.

Et, sans surprise, cette lettre est co-signée par le premier ministre de la Grande-Bretagne. Ce dernier n’a pas hésité à utiliser un remède de cheval pour son économie en imposant un plan d’austérité sans précédent.

Face à l’inquiétude des Canadiens et aux attaques de l’opposition, Stephen Harper voudra profiter de la visite de David Cameron pour légitimer la rigueur de son approche économique. Gagner l’approbation de la communauté internationale face à la crise, c’est sa recette depuis 2008.

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Le prix… et les fruits de l’unité

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 publié le 11 juin 2011 à 16 h 11

Le congrès de militants conservateurs qui vient de se terminer à Ottawa révèle à quel point le parti conservateur a changé depuis sa formation en 2003, mais aussi tout le travail qui reste à faire.

D’emblée, il s’agit de regarder les délégués dans la salle pour voir combien le parti a rajeuni, et surtout combien il s’est diversifié. Mais les changements sont peut-être plus profonds.

Depuis qu’il a pris la tête du parti conservateur, Stephen Harper s’est évertué à convaincre les Canadiens que derrière son discours avant tout économique son parti n’a pas d’objectifs secrets. Que d’efforts il a déployés depuis pour empêcher que les débats moraux sur des enjeux aussi litigieux que le droit à l’avortement ne refassent surface au sein du parti. (On se rappellera la sainte colère qu’avait piquée Stephen Harper en coulisse lors du congrès de Montréal en 2005, au moment où une résolution sur les droits du foetus avait failli faire dérailler tout le congrès).

Il est donc remarquable de noter à quel point les résolutions politiques proposées  cette fois-ci semblent bien tempérées par rapport aux congrès passés. Pour la première fois depuis la naissance du parti, aucune résolution sur l’avortement ou sur les droits de foetus ne s’est même rendue dans le cahier de résolution du congrès. Les délégués ont même voté pour diluer le programme du parti sur le mariage gai, libérant ainsi le gouvernement Harper de l’obligation de rouvrir ce débat.

En effet, la phrase « un gouvernement conservateur soutiendra une loi définissant le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme » a été remplacée par « le parti conservateur est en faveur d’une loi définissant le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme ».

Ce n’est pas pour rien donc que vendredi soir Stephen Harper a rappelé à ses troupes que c’est en se concentrant sur les politiques qui unissent les conservateurs que ce parti a réussi à gagner une majorité, leur demandant ainsi de « s’ancrer solidement sur le mandat reçu, et de continuer de gagner la confiance des Canadiens ». Il n’avait pas besoin d’aller plus loin, le message était clair :

OUI aux baisses d’impôts, lutte au déficit, réduction de la taille de l’État, loi et ordre

NON aux autres débats moraux et controversés qui divisent la population.

Cela étant dit, l’euphorie de la majorité n’a pas pour autant scellé toutes les divisions. Le débat sur les règles entourant l’élection du prochain chef du parti en fait foi.  Il illustre surtout la méfiance qui persiste entre les anciens alliancistes et les anciens progressistes-conservateurs.

Au cœur du débat : faut-il perpétuer le principe selon lequel dans une prochaine course à la direction, toutes les associations de circonscriptions auront le même nombre de votes, peu importe leur nombre de membres.

Les progressistes-conservateurs avaient fait de cette règle une condition sine qua non à la fusion en 2003, une façon d’empêcher que leur aile ne soit complètement écrasée sous le poids des alliancistes qui étaient plus nombreux.

Le fait que huit ans plus tard le débat revienne sur le tapis pour la troisième fois en congrès illustre à quel point les anciens progressistes-conservateurs sentent qu’ils ont toujours besoin de cette protection. Si les délégués ont choisi cette fois-ci de maintenir le statu quo, le débat n’en est remis qu’au prochain congrès.

Morale de l’histoire : contrairement à d’autres chefs politiques, depuis qu’il a pris la tête du Parti conservateur, Stephen Harper a certes réussi à en maintenir l’unité, à empêcher les factions pourtant bien présentes de déchirer le parti. Si le mariage de raison derrière la création de son parti n’est pas pleinement consommé, sa victoire du 2 mai offre à Stephen Harper quatre ans pour éradiquer les relents de méfiance qui subsistent et pour créer la cohésion nécessaire pour réaliser son rêve de faire du Parti conservateur, le futur parti du pouvoir au pays.

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