Billets classés sous « sénat »

Pendant la course à la direction du Parti libéral, Philippe Couillard a répété maintes fois qu’il voulait que le Québec devienne signataire de la Constitution canadienne. À ce moment (début 2013), il ne semblait pas avoir une idée claire de ce qu’il entendait réclamer pour le Québec. Il ne paraissait pas non plus avoir réfléchi sérieusement à la façon dont les Québécois devraient être consultés sur cette question.

Il avait rapidement abandonné ce sujet après avoir suggéré qu’un vote de l’Assemblée nationale, et non pas un référendum, suffirait pour entériner cette adhésion.

Un autre contexte

Les récentes déclarations de Philippe Couillard, même s’il y a des similitudes avec celles qu’il a tenues pendant la course à la direction, visent d’autres objectifs en raison d’un contexte actuel bien différent.

À Ottawa, le scandale des dépenses des sénateurs représente une nouvelle occasion pour remettre en question cette institution. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, en tête des sondages, promet son abolition. Le premier ministre Stephen Harper aurait voulu au moins le réformer, tandis que le chef libéral Justin Trudeau a déjà exclu les sénateurs libéraux de son caucus.

La tenue d’un référendum national a même été évoquée pour forcer les premiers ministres provinciaux à s’asseoir à la table des négociations. Il est d’ailleurs probable qu’une bonne majorité de Canadiens, et peut-être une majorité de Québécois, seraient tentés de voter pour l’abolition du Sénat.

Une stratégie sur deux fronts

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, est intervenu à deux reprises ces derniers jours pour faire valoir son point de vue, notamment dans son discours de clôture au congrès du Parti libéral du Québec (PLQ) en fin de semaine dernière à Montréal.

1er front : le reste du Canada

Le premier ministre Couillard a prévenu ses homologues du Canada que s’ils voulaient discuter du Sénat, ils devraient aussi tenir compte des revendications du Québec, dont son caractère distinct, ainsi que des réclamations des Premières Nations. En outre, Philippe Couillard a affirmé son opposition à l’abolition du Sénat et a proposé de le transformer en une véritable « chambre des régions ».

Objectifs stratégiques : freiner les intentions de ceux qui ne voudraient négocier que sur la question du Sénat. Aucun premier ministre ni même les aspirants au poste de premier ministre du Canada n’ont exprimé le vœu de discuter des revendications du Québec et des Autochtones. Le Québec cherche aussi à rallier les Premières Nations dans l’espoir de briser son propre isolement sur le plan constitutionnel. Et pour ce qui est du Sénat lui-même, en manifestant son désaccord avec l’idée de l’abolir, Québec ajoute un nouvel obstacle. Concrètement, cela risque de bloquer encore davantage, si cela est possible, des discussions d’ordre constitutionnel au Canada.

2e front : le Québec

Philippe Couillard a toutefois mentionné son intérêt pour des discussions constitutionnelles d’ici 2017, l’année du 150e anniversaire de la fédération, mais pas à son initiative, car cela placerait, à son avis, le Québec en « position de faiblesse ». Il a même prétendu qu’il a trouvé ça « curieux » de voir que des « gens sont terrorisés par une conversation constitutionnelle ».

Objectifs stratégiques : donner l’impression, malgré le contexte, que des négociations constitutionnelles sont possibles, même si Philippe Couillard a reconnu qu’« il n’y a pas d’appétit » pour cela au Canada. L’argument de la « position de faiblesse » lui évite de devoir prendre toute initiative. Il est aussi très difficile de croire que Philippe Couillard n’est pas conscient de l’énorme risque que représentent, pour des chefs politiques, des négociations (ou ne serait-ce que des « conversations ») constitutionnelles au Canada. Le chef libéral s’efforce ainsi de ne pas donner de munitions supplémentaires au chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, et à son projet d’indépendance du Québec. Pour le chef péquiste, la notion d’un Canada impossible à réformer dans le sens des intérêts du Québec est une donnée fondamentale du débat sur la question nationale.

Une première escarmouche

La Cour suprême a publié en avril 2014 un avis qui stipule que le gouvernement fédéral a besoin de l’appui de toutes les provinces pour réformer de façon importante le Sénat et de sept d’entre elles (représentant 50 % de la population) pour des réformes plus mineures.

Le problème pour le chef du PLQ, c’est que la moindre rencontre constitutionnelle qui ne prendrait pas en considération les revendications de la Belle Province serait perçue comme une gifle politique par les Québécois et exploitée comme telle par les meneurs souverainistes.

Il n’est pas certain que le Sénat demeure au premier plan de la campagne électorale fédérale. C’est néanmoins plausible et cela pourrait infliger à la longue un certain tort à la cause des fédéralistes québécois. Mais ensuite, il faudra surtout voir si le prochain premier ministre du Canada a véritablement l’intention d’agir dans le dossier du Sénat qui, pourtant, paraît fermé à double tour.

Or, à ce stade, il est possible que les Québécois ne soient plus les seuls au pays à constater et à se désoler du caractère immuable de la Constitution canadienne, en raison de sa formule d’amendement et des fractures culturelles et sociales qui morcellent le Canada. Cela constituerait une assise pour le moins déconcertante à cette unité nationale que Philippe Couillard cherche résolument à bâtir.

Catégorie: Québec

Un premier ministre, des tribunaux et des lois

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 publié le 5 mai 2014 à 14 h 38

Stephen Harper a décidé de se mesurer à la juge en chef de la Cour suprême en mettant en doute le bien-fondé d’une démarche qu’il lui attribue et en entretenant un flou sur les faits qui sert son propos et ses intentions. Avec l’impact que tout ça peut avoir, il en est conscient, sur la crédibilité de Beverley McLachlin. Tout est dans ce mot, crédibilité, pour l’un comme pour l’autre. La juge en chef semble l’avoir compris et a servi une suprêmement exceptionnelle réplique par le biais de son adjoint juridique, Owen Rees.
Puisqu’il est question de crédibilité et de droit, je me suis attardé à examiner les déclarations du premier ministre sur les deux décisions récentes qui ont fait mal à son gouvernement, celles sur la nomination avortée de Marc Nadon à la Cour suprême et celle sur sa proposition de réforme du Sénat.

Le jugement sur le Sénat

Dans ce dossier, on se rappelle la réaction de M. Harper le jour du jugement, « un jugement pour le statu quo », c’est maintenant aux provinces d’agir, elles seules peuvent maintenant le faire selon la Cour, etc. Il semblait abdiquer carrément de son rôle et abandonner ses belles intentions. Et ça, au lendemain de la déclaration de son ministre, Pierre Poilièvre, réaffirmant la « détermination du premier ministre » de rendre la Chambre haute plus démocratique et imputable.
Une semaine plus tard, jeudi dernier à Montréal, on a mieux compris le raisonnement de M. Harper. Au-delà de la frustration initiale, il y avait une analyse s’appuyant sur une Loi, celle sur les vetos régionaux, cette loi adoptée par le gouvernement Chrétien dans la panique post-référendaire de 1995-96. Elle superpose à la déjà contraignante procédure d’amendement de la constitution un droit de véto que réclamait le Québec. Cinq régions du pays disposent de ces vétos; le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Atlantique et les Prairies.
Donc, jeudi, quand le collègue du Devoir lui a demandé s’il entendait poursuivre ses réformes en consultant les provinces, comme le prescrit le jugement de la Cour suprême ou s’il les abandonnait, M. Harper a rétorqué avec assurance:

« On devrait comprendre toute la situation sur la constitution. La réalité avec la Loi sur des vétos régionaux, euh, le fédéral ne peut pas initier un amendement constitutionnel selon la décision de la Cour suprême. Euhhh, ce sont maintenant les provinces qui ont tout le pouvoir d’initier ça. Comme j’ai dit, si les provinces sont sérieuses sur la réforme du Sénat, j’suis sérieux aussi, nous agirons sur des propositions qui sont des propositions vraiment de la réforme et vraiment démocratiques. Et si les provinces ne sont pas, euh, ne veulent pas réformer le Sénat, je pense que le Sénat non-réformé devrait être aboli. Mais ce sont les provinces qui doivent prendre ces décisions. »

Ah bon… Vérification faite, l’article central de la Loi en question ne dit pas exactement, en fait, pas du tout, que les provinces peuvent seules initier de tels changements. Il dit plutôt ceci:

1. « Un ministre de la Couronne ne peut déposer une motion de résolution autorisant une modification de la Constitution du Canada… que si la majorité des provinces y a préalablement consenti; cette majorité doit comprendre… »

Et suit la description des régions qui ont droit de veto. Il y a certes une contrainte pour le fédéral mais l’article ne dit pas que les provinces sont seules à pouvoir initier des réformes. En fait, c’est le contraire qui était visé par cette loi. En donnant un droit de véto à cinq régions, dont le Québec, la loi visait à l’origine à remplir un engagement envers le Québec et offrir aux provinces une protection CONTRE DES AMENDEMENTS INITIÉS PAR D’AUTRES, DONT OTTAWA!!! A noter que ces vétos ne sont pas constitutionnels, sont moins conséquents selon plusieurs spécialistes qui pensent également que cette loi, ne comportant pas de sanctions, pourrait à la rigueur être ignorée par Ottawa. Le test juridique reste à être fait.

En prime, M. Harper se préoccupe soudainement du rôle des provinces dans ces réformes mais ses propres avocats n’ont pas crû bon d’évoquer cette contrainte de la Loi sur les vétos régionaux dans les deux mémoires soumis à la Cour suprême.

La nomination invalidée de Marc Nadon

Va pour son interprétation du jugement sur le Sénat…la chicane avec la Juge en chef McLachlin maintenant. Le premier ministre Harper essaie-t-il de nous passer un Drainville???
Je parle des consultations qu’il dit avoir mené pour s’assurer de la validité de la nomination du juge Marc Nadon. Précisons au départ qu’exceptionnellement, le communiqué de nomination de Marc Nadon du 30 septembre dernier était accompagné d’un avis juridique de neuf pages de l’ex-juge de la Cour suprême, Ian Binnie. Son ex-collègue Louise Charron et le constitutionnaliste Peter Hogg approuvaient ses conclusions voulant que la nomination soit valide. On connaît la suite.
Or, M. Harper me semble avoir laissé planer la possibilité d’une plus large consultation jeudi dernier à Montréal, auprès de spécialistes du côté du gouvernement:

« …mais on a soulevé la question cette fois-ci et, pour cette raison, j’ai consulté des experts du ministère de la Justice et internes, mais aussi nous avons consulté des experts externes, des anciens juges, des experts constitutionnels et tout le monde, tout le monde était d’accord que la pratique de considérer les juges de la Cour fédérale n’est pas un problème. »

Prenant le premier ministre au mot, j’ai demandé sur Twitter à voir les autres avis juridiques que ceux qui avaient été publiés, ceux de l’intérieur. Son secrétaire de presse m’a invité à aller voir sur le site de M. Harper. Ne perdez pas votre temps, vous n’y trouverez que l’avis Binnie appuyé par Deschamps et Hogg, les anciens juges et un émérite professeur de droit. Du ministère de la Justice ou de l' »interne », pas de trace. Ne cherchez pas à les obtenir, vous ne serez pas les bienvenus.
Bon, M. Harper parle, il est vrai, d’avoir consulté. Peut-être n’a-t-il fait que ça, consulter, sans demander d’avis formel. Peut-être qu’il n’a obtenu que des opinions, pas des avis, de certains juristes? Sur un aspect seulement? Ça vous rappelle quelque chose?
M. Harper continue de parler de « tout le monde était d’accord » avec lui, incluant un juge minoritaire à la Cour suprême, comme si les six jmajoritaires étaient seuls à se retrouver de l’autre côté de la clôture. Il voudrait mettre en doute les conclusions du jugement tout en disant s’y conformer qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Et ne vous y trompez pas, on en n’a probablement pas fini puisqu’on est à écrire d’autres épisodes à cette saga. La Cour suprême doit maintenant se prononcer sur la validité de peines minimales imposées par le gouvernement Harper et devra probablement aussi le faire sur les compensations à verser par les criminels aux victimes. Sans parler de ce qui arrivera de la future loi qui gérera la prostitution attendue dans les prochaines semaines.
Des heures…que dis-je, des années de plaisir!!!

 

Catégorie: Ottawa

Des sénateurs vigilants et utiles?

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 publié le 16 avril 2014 à 17 h 07

Un comité de sénateurs vient de poser un geste inhabituel en proposant des changements de substance à un projet de loi important pour le gouvernement Harper, celui sur la réforme électorale tant dénoncé du ministre Pierre Poilièvre.

Volonté d’affirmation des sénateurs, de leur indépendance, de leur savoir-faire et de leur expérience? Un gouvernement Harper un peu « surpris »? Ou bien une porte ouverte qui tombe à point pour bouger sur un projet qui passait décidément mal?

Établissons tout d’abord que, même si tous les membres du comité souscrivent à la première partie du rapport, ce sont ses membres conservateurs qui ont eu l’initiative, et les libéraux y joignent une opinion minoritaire qui demande d’aller beaucoup plus loin. Les libéraux ne cautionnent pas aveuglément les ouvertures conservatrices qui ne vont pas assez loin à leur goût, et leur document le montre.

Les recommandations n’ont pas été élaborées en vase clos par les sénateurs conservateurs. Leur leader au Sénat, Claude Carignan, était partie prenante aux discussions, et certains ont contacté le bureau du ministre Poilièvre. Disons que la « surprise » n’était pas totale du côté du gouvernement. En fait, comme les planètes de la souplesse et de l’ouverture se sont subitement alignées à partir de mercredi dernier,  on nous indique  que les sénateurs conservateurs n’agissaient sûrement pas en commando sans tenir au courant les collègues de l’autre côté du Parlement. Ils ont d’ailleurs eu une occasion en or de le faire ce même mercredi matin, lors de la réunion hebdomadaire du caucus. Mercredi, c’est aussi au lendemain des témoignages fort remarqués d’une certaine Sheila Fraser devant les deux comités qui examinent le C-23. Les conservateurs ont bien tenté d’entamer sa crédibilité, on sentait bien que celle qui lave plus blanc que blanc était écoutée.

En plus, à peine trois jours avant la dernière réunion du comité, jeudi dernier, des conservateurs du comité, comme les Frum et Dagenais, maintenaient la ligne dure, la ligne de parti, sur de possibles assouplissements. Tout s’est passé très rapidement entre conservateurs au point où les autres sénateurs n’ont eu qu’à donner leur imprimatur pour ensuite ajouter leurs propres demandes.

C’est d’ailleurs avec le sourire en coin que le ministre Pierre Poilièvre commentait en début de semaine les fuites. Il a dit qu’il était limité dans son analyse d’un rapport « qu’il n’avait pas encore bien examiné ».

Donc, les suggestions des sénateurs devraient rebondir du côté du comité de la Chambre qui va reprendre ses travaux le 28 avril, avec quatre jours maximum pour terminer l’audition de témoins et l’étude article par article du C-23. On parle de 158 articles répartis sur 252 pages. Là encore, les conservateurs sont majoritaires et leurs membres du comité en question n’ont pas montré de signes d’ouverture depuis le début des audiences.

Et je vais me montrer poli ici en n’allant pas plus loin pour décrire leur comportement. Les plus déterminés d’entre vous pourront se renseigner sur leur attitude face à certains témoins et sur leur utilisation des tactiques parlementaires en consultant les témoignages ou encore la diffusion web.

Quant à la substance des suggestions des sénateurs conservateurs, ou plutôt de l’ensemble des membres du comité, on peut parler d’atténuation des effets de certaines mesures dénoncées de toutes parts, quand ce n’est pas purement cosmétique, sauf dans un cas. Le seul mouvement réel, là où ça compte, touche une mesure qui, de l’avis général, avantageait le Parti conservateur. On propose en effet d’abandonner toute idée d’exclure certaines activités de sollicitation de fonds des dépenses électorales. Difficile sinon impossible de s’assurer du respect de la mesure en question et gros avantage aux partis qui possèdent déjà une banque de données imposante.

Rien d’autre sur l’essentiel. Les répondants et la carte d’information de l’électeur sont toujours exclus comme preuve de résidence, le commissaire enquêteur est toujours sous le Directeur des poursuites pénales et n’a toujours pas de pouvoir de contrainte à collaborer à ses enquêtes. Statu quo aussi pour la fin de la publicité d’Élections Canada promouvant la participation, les nominations partisanes, par les gagnants, de fonctionnaires électoraux, etc. Certains ont parlé d’un écran de fumée conservateur.

La balle est donc dans le camp des députés membres du comité et, là, il n’y a pas que des libéraux et des conservateurs. L’opposition néo-démocrate y est présente en force et n’est pas partie prenante à l’entente du côté du Sénat. Prochaine étape le 28 avril au retour de tout ce beau monde ici.

Catégorie: Ottawa

Justin Trudeau fait d’une pierre deux coups

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 publié le 29 janvier 2014 à 22 h 35

En politique, l’effet de surprise réussit toujours à faire monter les enchères. Justin Trudeau l’a compris.

Un blogue de Emmanuelle LatraverseTwitterCourriel

En dévoilant l’expulsion de ses sénateurs du caucus quelques minutes à peine après les en avoir informés, sans leur donner voix au chapitre, il aura réussi à empêcher sa manœuvre de déraper et à surtout contrôler la nature de son message.

Mais sur le fond, Justin Trudeau a surtout réussi à régler d’un seul coup certains problèmes politiques qui se pointaient à l’horizon pour lui dans les prochains mois.

La fin du statu quo

En expulsant les sénateurs de son caucus et en promettant de mettre fin à la partisanerie dans le mode de leur nomination à l’avenir, le chef libéral a d’emblée réglé un important casse-tête.

Depuis le début du scandale, Justin Trudeau avait surtout joué un rôle de figurant, laissant toute la place à son rival néo-démocrate tant lorsqu’il était question d’attaquer la crédibilité du premier ministre que lorsqu’il s’agissait d’offrir une solution au débat sur la pertinence du Sénat.

Entre un gouvernement conservateur qui prône l’élection des sénateurs et un NPD qui prône l’abolition de l’institution, le Parti libéral risquait de devenir le parti du statu quo. Voilà que Justin Trudeau s’est libéré de cette étiquette pour devenir le seul chef politique à avoir agi concrètement et à offrir un début de solution.

Surtout, lui qui ne cesse de dire qu’il veut faire de la politique autrement a montré qu’il est prêt à poser des gestes concrets pour s’attaquer à un aspect de la vie politique qui pue au nez de l’électorat : la partisanerie et le fait de récompenser les amis du parti avec des emplois presque à vie.

Les projecteurs sur Stephen Harper

Par son coup d’éclat mercredi matin, le chef libéral a aussi réussi à ramener le débat sur le Sénat, ses vices et ses scandales au cœur du débat politique en pleine rentrée parlementaire, justement ce que le gouvernement Harper voulait à tout prix éviter.

Sa sortie permet surtout de mettre à nouveau les projecteurs sur la gestion du premier ministre.

En soulignant que ses propres sénateurs n’auront plus d’ordres à recevoir de lui, il ravive le débat sur le contrôle absolu du bureau du premier ministre sur son propre caucus sénatorial dans l’affaire Wright-Duffy. Un contrôle qui, faut-il le rappeler, a choqué plusieurs sénateurs conservateurs.

En promettant que les ex-sénateurs libéraux ne pourront plus faire partie de l’organisation formelle et des hauts échelons du Parti libéral, il met en exergue le fait que le seul parti politique dont des organisateurs et le principal argentier demeurent payés à même les fonds publics, c’est le Parti conservateur.

Malgré tout, le chef libéral demeure loin d’avoir gagné la guerre politique autour de l’avenir du Sénat. Entre le  « réformer ou l’abolir » des conservateurs et l’abolition pure et dure du NPD, il doit maintenant exprimer clairement comment il entend mettre en oeuvre des réformes substantielles pour cette institution, quel rôle constructif il entrevoit pour la Chambre haute et ainsi risquer d’avoir à défendre cette institution mal aimée. Mercredi, donc, Justin Trudeau s’est acheté du temps, le temps de trouver des réponses cohérentes et substantielles à ces questions d’ici à ce que la Cour suprême indique clairement la marche constitutionnelle à suivre.

Catégorie: Ottawa

Le jeu des prédictions est toujours périlleux en politique, car les débats et les jeux de coulisses finissent toujours par nous surprendre. C’est donc avec beaucoup d’humilité que je vous offre ici une liste des enjeux à surveiller.

Un blogue d’Emmanuelle Latraverse

Si l’année 2013 peut être décrite comme l’année de la mi-mandat, celle de 2014 servira à vraiment camper les forces en présence en vue des prochaines élections fédérales. La mi-mandat a eu le don d’ébranler les conventions, mais c’est au cours de la prochaine année que les tendances qui se sont dessinées jusqu’ici vont se cristalliser ou s’évanouir.

Pour la première fois, le gouvernement conservateur est profondément secoué et cherche comment tirer un trait sur le scandale et reprendre l’offensive. Le Parti libéral et son chef frappent l’imaginaire de l’électorat. Le NPD, en ayant consolidé ses acquis, cherche comment concrétiser les gains auxquels il aspire.

La fortune de chacun des partis dépend bien sûr de la performance de leurs chefs, mais aussi de leurs prises de position devant certains enjeux qui s’imposent dans le débat politique.

LES ENJEUX EN 2014

– Le scandale du Sénat

Sénat, Sénat, Sénat! Vous n’y échapperez pas, car plusieurs développements sur ce front sont à surveiller au cours de la prochaine année.

Mike Duffy (archives)
Mike Duffy (archives)

Bien sûr, tous les regards continueront d’être tournés vers la GRC et ses découvertes imprévisibles. On imagine l’inquiétude des stratèges au Bureau du premier ministre à la perspective de voir un nouveau détail de cette histoire faire les manchettes par le biais d’une autre vague de documents d’enquêtes déposés devant les tribunaux et ainsi rendus publics. Un véritable supplice de la goutte pour les conservateurs. Mais surtout, c’est au cours de la prochaine année qu’on devrait savoir si des accusations criminelles sont bel et bien portées contre les principaux acteurs, l’ex-chef de cabinet de Stephen Harper Nigel Wright et le sénateur Mike Duffy, mais aussi la sénatrice Pamela Wallin et le sénateur Patrick Brazeau. Et là, les répercussions politiques pourraient être infinies.

Mais l’enjeu du Sénat va aussi largement dépasser le cadre de l’enquête de la GRC.

En 2014, on attend le rapport du vérificateur général du Canada sur les dépenses de TOUS les sénateurs. Michael Ferguson et ses vérificateurs bénéficient d’un accès sans précédent aux livres de la Chambre haute, et personne n’y échappe. Certains sénateurs se sont même vu demander l’accès à leurs cartes de crédit personnelles dans le cadre de cette enquête pour vérifier si chaque sou des deniers publics a été bien dépensé. Un premier rapport sur le leadership et les membres du Comité de régie interne est attendu et sera suivi d’un rapport plus large sur l’ensemble des dépenses des sénateurs au cours des deux dernières années.

Après la police et les comptables, il y aura aussi les tribunaux.

Le débat sur le Sénat prendra inévitablement une tournure constitutionnelle au cours de la prochaine année, alors que la Cour suprême devrait rendre sa décision sur les mécanismes à mettre en oeuvre pour réformer la Chambre haute, plus spécifiquement permettre l’élection des sénateurs et limiter la durée de leurs mandats. Stephen Harper rêve de voir le plus haut tribunal du pays reconnaître au Parlement le droit de légiférer unilatéralement ces réformes, lui qui a déjà indiqué qu’il n’a pas l’intention de présider une grande messe constitutionnelle avec ses homologues provinciaux sur la question.

– Les pipelines et l’avenir énergétique

Après les baisses d’impôts, on pourrait dire que les pipelines sont l’autre grande priorité du gouvernement conservateur.

Les ressources énergétiques canadiennes sont le moteur de l’économie, mais encore faut-il leur trouver des débouchés. Or, devant un marché américain qui se dirige vers l’autosuffisance, le Canada est engagé dans une véritable course contre la montre pour trouver de nouveaux débouchés, tout particulièrement se donner les moyens de percer l’immense marché de l’Asie. Et compte tenu des délais importants avant que ces investissements se concrétisent et rapportent, le facteur temps est clé. Le Canada ne peut se permettre de rater cette fenêtre.

Mais pour y arriver, il faut des pipelines vers le Pacifique, d’où l’importance du débat entourant le projet Northern Gateway, sur lequel le gouvernement Harper devra se prononcer formellement d’ici six mois.

Mais le débat dépasse le Northern Gateway. Une foule d’autres projets sont dans les cartons, et ils soulèvent des discussions tous aussi déchirantes.

Et c’est sans compter le débat entourant les projets vers l’est du pays, comme le projet Energy East, de TransCanada, qui mènerait le pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Nouveau-Brunswick, ou encore le renversement de la conduite 9B d’Enbridge entre Sarnia et Montréal, qui suscite un vif débat à la suite des dégâts monumentaux causés par la fuite d’un oléoduc semblable au Michigan en 2010. L’Office national de l’énergie doit d’ailleurs rendre sa décision sur le sort de ce projet au plus tard le 19 mars 2014.

Devant tous ces projets, le dilemme est le même : comment réconcilier les impératifs de la croissance économique avec ceux de la protection de l’environnement? C’est là un débat maintes fois amorcé au pays, mais qui impose une réflexion profonde.

Les conservateurs sont les premiers à savoir que leur pari est loin d’être gagné justement parce qu’ils font face à un électorat bien sceptique. Près de huit ans après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Harper récolte finalement ce qu’il sème en matière d’environnement; son propre bilan peu reluisant vient de le rattraper.

– L’affrontement syndicats-gouvernement

Les relations de travail, c’est là l’enjeu oublié de 2013, et tout indique qu’il sera incontournable en 2014 alors que le Conseil du trésor entreprend une nouvelle ronde de négociations avec le secteur public.

Le gouvernement Harper affirme vouloir moderniser les relations de travail; les syndicats y voient un assaut majeur contre les droits des travailleurs.

Déjà dans son projet de loi omnibus de mise en œuvre du budget, le gouvernement Harper a imposé une foule de réformes lourdes de conséquences pour la fonction publique. À peine le C-4 avait-il été adopté que les syndicats de la fonction publique formaient un front commun pour en contester la constitutionnalité.

En vertu des réformes adoptées, le Conseil du trésor pourra décider unilatéralement ce qui constitue un service essentiel, le fédéral pourra décider seul de soumettre une nouvelle convention collective à l’arbitrage, et la ministre du Travail pourra refuser de désigner une tâche comme étant dangereuse, moyennant des sanctions contre tout travailleur qui s’y opposerait.

Et ça ne s’arrête pas là; d’emblée, le président du Conseil du trésor a indiqué que les pensions et avantages sociaux de la fonction publique seront dans sa mire lors des négociations à venir.

Tout est en place pour un affrontement entre Ottawa et ses syndicats, qui, confrontés à l’érosion de leur rapport de force se sentent cette fois-ci l’obligation de résister.

LES CHEFS EN 2014

– Stephen Harper

L’année 2014 sera cruciale pour Stephen Harper. Sa crédibilité est ébranlée, entachée par le scandale du Sénat, par ses versions contradictoires et ses demi-réponses depuis des semaines. Le premier ministre devra à tout prix trouver une façon de mettre ce scandale derrière lui, et, surtout, se donner les moyens d’affronter ses conséquences, les potentielles mises en accusation de certains acteurs-clés.

Stephen Harper

Certains pourraient rêver d’un grand moment de vérité et de candeur, où Stephen Harper mettrait cartes sur table. Mais non seulement ce n’est pas dans sa nature, il a de plus attendu si longtemps que les risques pourraient paraître politiquement trop importants. Après tout, les questions sont si nombreuses. D’ailleurs les entrevues de fin d’année qu’il a accordées ne laissaient pas présager de grands aveux à venir. Tout au plus le premier ministre a-t-il concédé que des changements se sont imposés dans l’organisation de son bureau et dans les mécanismes d’imputabilité qui y règnent, sans pour autant donner de détails.

De plus, le retour d’un de ses plus loyaux serviteurs, Dimitri Soudas, au cœur de la machine conservatrice, laisse plutôt présager que le premier ministre s’entoure de sa machine de guerre pour affronter la tempête envers et contre tous.

Mais pour combien de temps? Le premier ministre a beau répéter qu’il a l’intention de mener ses troupes jusqu’en 2015 (le contraire aurait été surprenant), la question de son avenir politique continuera de planer. Comme on dit, le chat est sorti du sac, la question est posée.

À ce chapitre, les relations de Stephen Harper avec son caucus seront déterminantes. Depuis plus d’un an déjà, certaines failles sont apparues. Il y a eu les sorties remarquées de certains députés contre la discipline de parti, le départ fracassant du député d’arrière-ban Brent Rathgeber. Il y a déjà les murmures de mécontentement qui s’amplifient en coulisse. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les frustrations éclatent au grand jour. Stephen Harper est confronté aux conséquences de son style de gestion. Lui qui a mené son caucus d’une main de fer n’a pas toujours cultivé l’affection de ses députés. Leur loyauté émanait davantage de son succès politique, et de l’espoir de se voir un jour promu au Conseil des ministres. Une crise prolongée et la crainte d’une élection difficile pourraient facilement ébranler cette loyauté.

– Thomas Mulcair

On parle souvent de la mi-mandat du gouvernement, mais le chef du NPD aussi est en quelque sorte à la mi-mandat.

Depuis qu’il a pris la tête du parti, Thomas Mulcair peut se réjouir d’avoir consolidé une bonne partie de ses appuis. À cet égard, il faut se rappeler à quel point, au lendemain de son élection, plusieurs remettaient en question sa capacité à faire l’unité au sein du NPD. Un an et demi plus tard, il peut se dire que c’est chose faite.

Si le scandale du Sénat a offert à Thomas Mulcair l’occasion de démontrer qu’il est devenu un excellent chef d’opposition à Ottawa, encore faut-il qu’il convainque les Canadiens qu’il est prêt à devenir premier ministre et que son parti est prêt à gouverner.

La route vers 2015 n’allait jamais être facile pour le NPD, mais l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral vient sérieusement brouiller les cartes. Amplement sous-estimé par ses adversaires, en quelques mois, il a réussi à gruger des appuis tant à droite qu’à gauche, et à détrôner le NPD en tête des intentions de vote au Québec. À en juger par la dernière campagne de financement des conservateurs : leur adversaire en 2015 est Justin Trudeau, pas Thomas Mulcair.

Le défi est immense pour le chef du NPD, car il doit se battre tant au niveau des idées que des perceptions. Thomas Mulcair doit rallier les électeurs charmés par le charisme de Justin Trudeau et convaincre ceux qui sont rassurés par la détermination et l’approche rationnelle de Stephen Harper. Thomas Mulcair doit éviter de se trouver coincé entre les deux, il doit donner à son parti les moyens de contrer le chant des sirènes dont je vous parlais dans mon blogue la semaine dernière.

– Justin Trudeau

Neuf mois après son élection à la tête du Parti, Justin Trudeau continue de mystifier les sceptiques. Son parti mène toujours dans les intentions de vote, récolte davantage d’argent, et ce, malgré les aveux du chef libéral sur la marijuana, malgré ses absences répétées aux Communes, malgré ses dérapages sur la dictature chinoise.

Combien de temps est-ce que ça va durer? Bien malin celui qui peut le prédire. Cette lune de miel est-elle au bord de l’essoufflement, ou le chef libéral peut-il continuer à surfer sur son charisme?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d'une soirée-bénéfice
Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d’une soirée-bénéfice

L’année 2014 devrait offrir une réponse à cette question. Justin Trudeau devra bien un jour passer de son rôle de jeune premier à premier ministre en attente s’il veut espérer convaincre les Canadiens de lui donner les clefs du 24 Sussex.

D’ailleurs, le congrès du PLC à la fin du mois de février offrira une occasion en or pour le chef libéral de montrer qu’il a des idées novatrices et modernes, qu’il est capable d’offrir des réponses aux problèmes complexes de cette classe moyenne si courtisée de tous. Justin Trudeau a beau répéter qu’il doit avant tout aller à la rencontre des Canadiens, pour les rassembler, il devra donner une certaine cohérence à son offre politique.

La barre est d’autant plus haute pour lui, qu’ayant résisté aux premières attaques des conservateurs, ayant réussi à s’imposer, ayant grugé dans les appuis de la droite et de la gauche, Justin Trudeau sera la cible de tous cette année. Son jugement, ses idées, son sens politique seront mis à l’épreuve.

Comme le disait si bien mon collègue Michel C. Auger lors de notre bilan de fin d’année aux Coulisses du pouvoir, 2014 sera l’année de tous les dangers pour Justin Trudeau.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Un répit pour Stephen Harper?

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 publié le 13 décembre 2013 à 16 h 20

Le premier ministre Harper est rentré d’Afrique du Sud dans une capitale quasiment déserte. Pendant son absence, les Communes ont ajourné leurs travaux, et le Sénat a fait de même. Il ne reste que les sénateurs conservateurs réunis pour trouver des façons de faire renaître l’institution du scandale des dépenses excessives dans lequel le bureau du premier ministre, par ses propres calculs et machinations, l’a plongé.

Il a maintenant 45 jours avant que la session ne reprenne. Des jours où il n’aura pas à se pointer pour gérer les mauvaises nouvelles, comme dans le cas de Postes Canada cette semaine, et où il pourra distiller les bonnes intentions du gouvernement sans filtre, comme c’est le cas aujourd’hui pour la nouvelle désignation du brut transporté par train comme matière hautement dangereuse.

Le gouvernement Harper ne dit pas que l’automne a été mauvais pour lui. Il dit que l’opposition s’est accrochée à cette affaire des dépenses excessives de trois sénateurs nommés par Stephen Harper parce qu’elle ne peut lui faire aucun reproche sur sa conduite des affaires économiques du pays, y compris l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, dont on n’a pas encore vu tous les documents, en passant.

Comment le premier ministre et le personnel de son bureau sont-ils devenus les artisans de leur propre malheur?

En s’enfermant dans une version où il déplorait le départ de son chef de cabinet, Nigel Wright (qui, au demeurant, avait agi seul selon lui, quand il avait décidé de faire un chèque de 90 000 $ au sénateur Mike Duffy), le premier ministre Harper s’est attiré les doutes et les questions de ses détracteurs quand il a ensuite affirmé avoir mis Nigel Wright à la porte. Et qui plus est, il est vite devenu clair que plusieurs personnes étaient au courant du chèque personnel de 90 000 $ de Nigel Wright, que ce dernier n’avait pas agi seul.

Ma citation de l’année (de l’automne en fait) appartient à Mike Duffy :

« One cheque from Nigel Wright? No, ladies and gentlemen, there were two cheques, at least two cheques. »

Mike Duffy n’a pas reçu seulement le chèque de Nigel Wright, a-t-il révélé dans un récit fascinant des événements au Sénat. Il y a eu au moins deux chèques. On a appris en effet que le Parti conservateur avait remboursé ses frais d’avocat. Ça me fait dire que non seulement l’automne a été dur au Parlement pour M. Harper, mais aussi pour les militants de son parti.

Mike Duffy ne serait peut-être jamais allé si loin dans ses révélations si les conservateurs n’avaient pas entrepris de les suspendre, lui, Patrick Brazeau et Pamela Wallin, sans salaire. Encore là, les conservateurs récoltent ce qu’ils sèment. Mais le premier ministre a décidé qu’il était plus important de pouvoir dire qu’ils ne sont plus sur la feuille de paie du gouvernement. On verra si les 45 jours suffiront à calmer la tempête.

Le sénateur Irving Gerstein, le grand patron du Fonds conservateur, celui-là même qui a remboursé les frais d’avocat en question, est toujours dans la ligne de mire des libéraux. Ces derniers demandent à tout le moins à la commissaire à l’éthique de déterminer s’il a commis une infraction en appelant un de ses amis, Michael Runia, partenaire à Deloitte, à propos de la vérification que la firme faisait des dépenses du sénateur Duffy. L’année 2014 va-t-elle commencer avec un départ du sénateur Gerstein du caucus conservateur?

Le premier ministre Harper va faire un voyage en Israël en janvier, avant la reprise des travaux. Quelle petite prière sur un bout de papier glissera-t-il dans le mur des Lamentations?

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Le président du Sénat qui convoque les journalistes à l’intérieur même de la Chambre haute pour une conférence de presse. De mémoire récente, je crois que l’on n’avait jamais vu ça à Ottawa.

Pour comprendre toute l’importance du moment, il faut savoir que les caméras n’y sont admises que lors du discours du Trône, que l’on exige même un préavis de 24 heures et une permission écrite pour avoir le droit de filmer une intervention à la caméra dans le foyer public à l’extérieur, et j’en passe.

Pourtant, le président a ouvert les portes, décidé de répondre aux questions.

C’est dire l’ampleur de la crise de légitimité qui secoue l’institution et l’ampleur du malaise que suscite l’ingérence du bureau du premier ministre mis au jour par les documents de la GRC dans l’affaire Duffy.

Le président Noël Kinsella va jusqu’à parler d’une annus horribilis, une année horrible.

C’est ainsi qu’il a expliqué pourquoi il a levé tout privilège parlementaire pour les courriels, documents et dossiers touchant Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau, ainsi que les communications des sénateurs qui ont enquêté sur leurs cas.

Le privilège parlementaire ne peut pas être un rempart contre une enquête policière. – Noël Kinsella, président du Sénat

Il a aussi confirmé que le Sénat doit tirer des leçons du scandale qui le secoue depuis des mois, qu’il faut redorer son image, qu’une nouvelle réflexion sur l’indépendance du Sénat s’impose, et qu’il y a une obligation de résultat pour le bien de l’institution et de la démocratie au pays. « Impossible de garder la tête dans le sable », dit-il.

Noël Kinsella n’hésite pas d’ailleurs à se dire  « extrêmement  inquiet » de toutes les allégations d’ingérence qui pèsent sur certains de ses collègues sénateurs,  à qui la GRC reproche essentiellement d’avoir exécuté les ordres du bureau du premier ministre, rappelant du même souffle que l’indépendance du Sénat se doit, entre autres, d’être un contrepoids au pouvoir de l’exécutif.

La sortie du président du Sénat s’inscrit d’ailleurs dans la même logique que celle de son nouveau président intérimaire, le sénateur conservateur Pierre-Claude Nolin. En entrevue aux Coulisses du pouvoir dimanche, ce dernier plaidait en faveur d’une réforme majeure des modes de fonctionnement même du Sénat pour le rendre moins partisan, plus efficace, plus indépendant.

Est-ce trop peu trop tard pour ces parlementaires non élus, soudainement sous les projecteurs? Ça reste à voir, car en attendant le verdict de la Cour suprême à ce sujet, l’abolition du Sénat semble pour l’instant plus facile à dire qu’à faire.

En écoutant le sénateur Kinsella plaider la cause de son institution lundi, on ne pouvait que penser de nouveau au premier ministre et à son style de gestion.

Lui qui, depuis des mois, place tout le blâme de l’affaire Duffy sur les épaules de son ex-chef de cabinet Nigel Wright, que pense-t-il de l’indépendance du Sénat?

Stephen Harper a beau soudainement dire que le Sénat est indépendant. Endosse-t-il les interventions répétées des membres de son cabinet pour forcer la main des sénateurs qui enquêtaient sur Mike Duffy? Endosse-t-il les conclusions des notes de service de ses conseillers qui lui recommandaient d’imposer la même discipline de fer aux sénateurs que celle qui est imposée aux députés? Le premier ministre a beau dire qu’il faut réformer le Sénat ou l’abolir, quel rôle entrevoit-il pour un Sénat réformé?

Ici encore, les questions sont nombreuses.

N’empêche, déjà un premier test tout simple s’offre à tout un chacun. Ce test s’appelle C-4, ou « Loi no 2 portant exécution de certaines dispositions du budget déposé au Parlement le 21 mars 2013 et mettant en œuvre d’autres mesures ». Un autre projet de loi mammouth de plus de 400 clauses et touchant une quarantaine de lois.

Tant qu’à plaider pour l’indépendance du Sénat,  il sera intéressant de voir si celui-ci donnera son feu vert en toute vitesse comme dans le passé, ou si, cette fois-ci, les sénateurs auront l’audace de faire des ajustements et des amendements. Le cas échéant, il serait encore plus intéressant de voir la réaction du premier ministre et des membres de son cabinet.

 

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À la rescousse de Stephen Harper

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 publié le 25 novembre 2013 à 10 h 11

Un nouveau visage s’impose sur la colline du Parlement depuis mercredi dernier, le directeur des communications du premier ministre Harper, Jason MacDonald. En fait, M. MacDonald joue carrément le rôle de porte-parole de M. Harper, fournissant entrevue après entrevue et alimentant les journalistes en précisions sur ce que M. Harper savait sur l’affaire Wright/Duffy. En fait, plus que cela, dans certains cas, il se chargeait d’interpréter les propos de son patron pour les clarifier.

« Scrum » donc, mercredi, après la période des questions à la suite d’un autre interrogatoire serré de Thomas Mulcair, mais surtout après la publication du plus récent document de la GRC. Courriels de précisions et d’explications jeudi et vendredi après des réponses plus ou moins claires de M. Harper lors de points de presse à Lac-Mégantic et à Winnipeg.

Et, en fin de semaine,  des sorties exceptionnelles à des émissions politiques de CBC, Global et CTV. Mais M. Harper continue de commencer la plupart de ses réponses par un « J’ai toujours été clair »…

Jason M

Va pour le caractère particulier et exceptionnel des interventions de M. MacDonald. Son patron n’a pas été assez clair, ou convaincant, on décide de marteler le message. Le document de la GRC indique qu’il n’y a pas de preuve que le premier ministre a été impliqué dans l’entente en négociation, puis dans celle finalement conclue, pour permettre à Mike Duffy de rembourser le Sénat.

Comment expliquer les courriels de Nigel Wright qui dit le 22 février aux personnes impliquées dans la discussion avec le clan Duffy sur le remboursement, le camouflage et le futur rapport du vérificateur indépendant qu’il veut « parler au premier ministre avant que le tout soit considéré comme final »? Une heure plus tard, il revient : « On peut y aller du côté du premier ministre… » On parle ici d’une entente en cinq points très explicite, M. Duffy rembourse le Sénat, le Parti conservateur le compense, rembourse ses frais d’avocats en plus, on manipule ensuite le rapport du Comité de régie interne du Sénat et les travaux du vérificateur Deloitte.

Jason MacDonald a indiqué qu’on n’avait pas présenté au premier ministre « les faits tels qu’on les connaît maintenant ». Un mois plus tard, même scénario. Dans une note de service au premier ministre, Nigel Wright a fourni des informations inexactes, trompeuses en fait, à son patron. Il y mentionnait que Mike Duffy s’apprêtait à rembourser le Sénat, mais sans préciser comment, notamment qu’il avait déjà à ce moment-là décidé de faire le chèque de 90 000 $.

Donc, portrait sommaire de ce que M. MacDonald a livré sans relâche comme message depuis la publication de la déclaration sous serment de l’enquêteur Horton de la GRC. Au fil des trois mois de discussions et de tractations documentées entre pas moins de sept personnes de son bureau et de quatre autres du côté conservateur du Sénat, dont une membre de son cabinet, 11 personnes de l’entourage de M. Harper suivaient les développements pendant que le grand patron ignorait tout de ce qui se tramait et de la conclusion de l’affaire. Bel et fort commode exemple de « lâcher prise » de la part d’un premier ministre à qui on reproche souvent, il est vrai, de ne pas déléguer assez et de faire de la microgestion.

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GRC : Wright et Duffy seuls dans la ligne de mire?

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 publié le 22 novembre 2013 à 21 h 21

La divulgation des allégations et des soupçons de la GRC dans un document visant à appuyer l’obtention de documents bancaires et de centaines de courriels des bureaux de trois sénateurs conservateurs a exposé pour la première fois, et de la manière la plus complète jusqu’à maintenant, les tractations qui ont mené à ce fameux chèque de 90 000 $ de Nigel Wright à Mike Duffy pour couvrir son remboursement de dépenses injustifiées.

On parle non seulement d’allégations, mais aussi d’échanges de courriels fort révélateurs, dans le feu de l’action. La période couverte va au-delà de la remise du chèque, elle se prolonge jusqu’à la mise au jour du stratagème et à la démission de Nigel Wright en passant par la gestion de cette dernière crise par les gens du Bureau du premier ministre (BPM).

Depuis la publication du document, le premier ministre concentre ses répliques sur deux éléments reliés entre eux, à savoir que les violations présumées du Code criminel ne touchent que MM. Duffy et Wright et que M. Wright a indiqué aux enquêteurs que M. Harper n’était pas au courant de l’entente sur le chèque de 90 000 $. Dans les deux cas, M. Harper a raison, techniquement du moins. Quand on lit les 80 pages en question, on peut cependant conclure que rien de tout cela ne prétend être complet et définitif. C’est surtout vrai en ce qui a trait aux gens visés par des enquêtes criminelles.

Plusieurs spécialistes consultés soulignent que le document touche le principal geste potentiellement criminel dans l’affaire Wright/Duffy, le chèque de 90 000 $, mais que rien n’empêche le caporal Horton et ses collègues de mener parallèlement des enquêtes sur d’autres faits, d’autres individus. Le cas échéant, des demandes de production de documents pour obtenir des preuves semblables à celles de cette semaine pourraient bien suivre.

Sur le plan criminel, des gens proches du premier ministre, des sénateurs et des membres de leur personnel ont travaillé en coulisse pour tirer Mike Duffy du pétrin en finançant son remboursement à même les fonds du Parti conservateur. Il a été question d’influencer un rapport de vérification indépendante ainsi que de diluer les conclusions trop dures d’un rapport de comité du Sénat sur les dépenses réclamées en trop par M. Duffy. Le caporal Horton pourrait donc, non seulement ajouter des personnes, mais aussi des délits aux enquêtes en cours. Complot et entrave à la justice sont mentionnés dans les conversations de certains experts consultés. L’un d’eux a fait le tour de la question avec une collègue de CBC, si vous voulez en savoir plus long.

Dans le cas des avocats qui ont participé aux échanges de courriels, de propositions et contre-propositions avec Duffy et au plan qui a abouti au chèque de Nigel Wright, leurs ordres professionnels respectifs pourraient aussi s’intéresser à leur cas.

La suspension des trois sénateurs avait mis un terme aux démarches qui pouvaient être entreprises au Parlement dans le dossier des dépenses des sénateurs. C’est du côté de la GRC qu’il faut maintenant se tourner pour les développements à venir. Les enquêteurs se penchent aussi sur les cas Wallin, Brazeau et Harb.

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Suspension des sénateurs : lendemain de veille

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 publié le 6 novembre 2013 à 12 h 59

Trois suspensions plus tard, la vie reprend son cours sur la colline du Parlement, du moins un peu…

L’opposition a bien sûr l’intention de continuer à harceler le premier ministre Harper sur son rôle et sur celui de son entourage dans l’affaire Duffy-Wright et de maintenir l’histoire en vie. Connaissant le premier ministre, malgré ses changements de version, ce ne sont pas MM. Mulcair et Trudeau qui vont le faire bouger. Comme depuis le début de cette affaire, ce sont des développements survenus ailleurs qui ont forcé Stephen Harper à faire « évoluer » sa version des événements :  fuites, documents de cour, sorties-chocs de certains, admissions de certains autres…

M. Harper a cependant perdu une répartie présente dans à peu près toutes ses réponses depuis deux semaines :  à savoir que les fautifs doivent être punis, que le Sénat doit prendre ses responsabilités, etc. C’est fait, les suspensions sont en vigueur, passons à d’autres répliques. Le premier ministre peut toujours continuer d’accuser les libéraux d’avoir voulu protéger les sénateurs fautifs, en leur offrant une audience en comité avant de les suspendre.

Outre les questions quotidiennes en Chambre donc, il reste dans le paysage le vérificateur général, qui se penche sur l’ensemble des dépenses de tous les sénateurs. S’il y a irrégularité, le nouveau préfet de discipline du Sénat, Claude Carignan, a promis de les sanctionner également.

Aussi à l’horizon, la GRC qui enquête sur les allocations litigieuses des trois sénateurs suspendus, entre autres, ainsi que sur l’angle Wright-Duffy. Fraude et abus de confiance au menu. On apprend incidemment que certains dossiers ont été remis par les enquêteurs à la Couronne, qui doit maintenant décider du dépôt d’éventuelles accusations.

En l’absence de développement de ce côté, il va falloir que les véritables débats remontent à la surface.

Le projet de loi omnibus du gouvernement sur le budget fait son petit bonhomme de chemin sans qu’on se rende compte que la moitié de son contenu va beaucoup plus loin que le dernier budget. L’entente avec l’Union européenne est aussi passée à la moulinette de la crise au Sénat, tout comme le discours du Trône. Le gouvernement Harper aimerait probablement qu’on parle davantage de ces deux derniers dossiers.

Et que dire de ce rapport d’Environnement Canada sur le bilan annuel des émissions de gaz à effet de serre? Déposé il y a deux semaines, il montrait en gros que le Canada ne se dirige pas vers l’atteinte de ses objectifs de réduction des GES pour 2020, loin de là. Encore hier, le commissaire à l’environnement a déposé un rapport passé inaperçu. Le gouvernement fédéral tient un langage en matière de conservation et de parcs nationaux, mais ne suit pas avec les actions qui s’imposent.

Bref, vous le voyez, la crise autour du Sénat a envoyé dans le dalot des enjeux qui méritent plus d’attention de la part du gouvernement, de l’opposition, mais surtout des Canadiens. On verra si le vote de mardi soir va être suivi d’un essoufflement certain souhaité par le premier ministre Harper et ses troupes.

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