Billets classés sous « santé »

Diane Lamarre, la joueuse étoile

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 publié le 8 décembre 2015 à 15 h 30

Il y a plusieurs années, l’ancienne ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, attablée avec quelques journalistes, avait comparé la période des questions à l’Assemblée nationale à une partie de hockey où tous les coups sont permis. Quand on en sort, avait-elle précisé, il faut « prendre la bière, faire la paix et passer à autre chose ». Autrement dit, il ne faut pas prendre personnellement les remarques souvent désobligeantes qui maquillent les questions comme les réponses.

Parce que, disons-le, les couteaux volent souvent bas au Salon bleu.

Les députés qui arrivent à s’illustrer sont ceux qui s’expriment très bien ou qui maîtrisent à merveille leur dossier, ou les deux.

C’est le cas du ministre de la Santé Gaétan Barrette, que cette chronique a déjà sacré « roi de la passerelle ». Le volubile ministre ne refuse jamais une mêlée de presse où il peut disserter à sa guise sur sa vision élaborée du réseau de la santé. Il est très à l’aise,  a réponse à tout et joue facilement avec les mots. Tout ça avec humour, un humour qui a toutefois son public. Sa réplique est rapide, il maîtrise le sarcasme et l’ironie.

Pour l’affronter, dans le sens parlementaire du mot, il faut donc un député solide, consciencieux, dont la crédibilité est inébranlable. Parce que l’adversaire, quoi qu’on en pense, est coriace.

Le chef de l’opposition officielle a choisi de confier ce rôle délicat à Diane Lamarre, l’ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

Elle est peu connue du public, mais il faut toutefois noter sur sa feuille de route qu’elle est membre de l’Ordre du Canada, docteure honoris causa de l’Université Laval et qu’elle a été présidente de Pharmaciens sans frontières.

Beaucoup moins flamboyante que son vis-à-vis, discrète même, Diane Lamarre a tout de même réussi à tenir le ministre en haleine. Tout au long des débats houleux qui ont mené à l’adoption du projet de loi 20 sur l’accès aux médecins, elle a décortiqué chaque ligne du projet ou des ententes parallèles, elle a talonné le ministre et l’a, quelquefois, mis dans l’embarras. Qui, aujourd’hui, au Québec, ne sait pas ce que sont les frais accessoires?

Ses questions, à l’Assemblée nationale, ont toujours été claires et préparées avec attention. Elle les a lues, sans effet de toge et sans humour.

Mais, sans la traiter directement d’incompétente, le ministre Gaétan Barrette ne s’est pas gêné pour remettre en question sa compréhension du système de santé. Il a aussi (régulièrement) critiqué la pertinence de poser telle ou telle question. Malgré les mots du ministre, qui ont parfois fait rire,  jamais la députée de Taillon n’a semblé intimidée. Elle s’est montrée impassible aux attaques, parfois vicieuses, du ministre.

Il faut donc souligner le flegme Lamarre.

La « saison de hockey » étant terminée. La première étoile de la session parlementaire revient donc à Diane Lamarre.

Catégorie: Québec

Le ministre négociateur

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 publié le 25 mai 2015 à 19 h 31

C’est fou comme la politique est un monde fascinant. Il n’y a pas si longtemps, les médecins omnipraticiens dénonçaient avec l’énergie du désespoir le projet de loi 20. Prenez, par exemple, leur campagne publicitaire qui parlait de  la « déshumanisation » du réseau de la santé. Votre humble serviteur disait même qu’il ne fallait pas inviter le président de la Fédération des médecins omnipraticiens et le ministre Barrette au même « 5 à 7 ».

Aujourd’hui, non seulement il n’y aurait aucun risque à les inviter,  ils seraient probablement vos deux invités les plus souriants et ceux qui mettraient le plus de vie dans la place.

Alors, où sont passés les gros mots? Le « funeste projet de loi 20 »? Les « dommages irréparables causés au système de santé »? Les médecins qui ne travaillent pas assez, à défaut de dire « paresseux »?

Ils ont été enterrés dans la négociation de « bonne foi ». Avez-vous l’impression, comme moi, que toute cette rhétorique a finalement permis d’établir un rapport de force?

Sans dire que le projet de loi 20 servait précisément à établir ce rapport de force, on peut se demander s’il n’y a pas fortement contribué.

Récapitulons :

– le « ministre bulldozer » fait passer un premier projet de loi, le 10, au bâillon;

– le message est clair, les bâillons ne font pas peur au gouvernement;

– si vous êtes dans un sarrau de médecin, vous vous dites quoi? Il va nous rentrer le projet de loi 20 dans la gorge pas mal plus loin que l’abaisse-langue qu’on utilise pour nos consultations, n’est-ce pas?

– alors le jeu de la négociation commence;

– en fin de compte, le ministre obtient ce qu’il veut, c’est-à-dire un meilleur accès;

– en fin de compte, les médecins peuvent se vanter d’avoir fait dévier le « ministre bulldozer » devenu « ministre négociateur » en obtenant de passer moins de temps dans les hôpitaux.

Bref, sans le projet de loi 20, est-ce que le ministre aurait réussi à négocier l’entente d’aujourd’hui? On peut se poser la question.

Et nous? On espère que d’ici la fin 2017, 85 % des Québécois auront un médecin de famille (nous sommes 75 % actuellement, selon un sondage récent).

Parce qu’on sait que la baguette magique en santé n’existe pas. Souvenez-vous de la promesse de réduire le temps d’attente dans les urgences, en 2003…

Catégorie: Québec

CHUM : l’inutile gâchis

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 publié le 9 mars 2015 à 16 h 08

Il y a deux versions contradictoires dans le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) : celle du ministre de la Santé Gaétan Barrette et celle de l’ex-directeur général du CHUM, Jacques Turgeon.

M. Turgeon affirme que le ministre et son sous-ministre ont réclamé qu’il  nomme le candidat de leur choix comme chef de département de chirurgie de l’hôpital qu’il dirige, à défaut de quoi il ne deviendrait pas le prochain PDG du CHUM. Pour sa part, M. Barrette soutient qu’il a seulement suggéré le nom d’un candidat, celui qui était déjà en poste, afin d’assurer la stabilité au CHUM d’ici le déménagement en 2016.

Il est impossible de savoir ce qui s’est réellement dit lors de ces conversations. Ça nous contraint à essayer de comprendre ce qui s’est véritablement passé en portant notre attention au fil des événements.

Le ministre a rencontré le directeur général le lundi 2 mars. Il est clair que le principal sujet de conversation a été la nomination du chef de département de chirurgie du CHUM.

Pourquoi le ministre intervient-il à ce moment précis, puisque le second processus de nomination n’était pas encore terminé? La période pour soumettre sa candidature ne prend fin que dans quelques semaines.

Le lendemain, le 3 mars, le ministre Barrette communique à nouveau avec le DG Jacques Turgeon, cette fois par téléphone. Encore une fois, il a été question de cette nomination.

Le dialogue ne paraît pas avoir été fructueux, car le 4 mars c’est le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, qui intervient auprès de M. Turgeon, toujours à propos de la sélection du chef de département de chirurgie du CHUM.

Le lendemain, le 5 mars, le directeur général du CHUM Jacques Turgeon démissionne.

Pourquoi le ministre a-t-il insisté? Quelle était l’urgence? Pourquoi a-t-il demandé à son sous-ministre d’intercéder à nouveau auprès de Jacques Turgeon? Qu’est-ce qui explique ces interventions au début du mois de mars, alors que le premier processus de sélection avait été révoqué et que le second n’était pas rendu à terme? Jamais le ministre Barrette n’a éclairci cette question.

Alors, posons-nous la question : que se passait-il au début de la semaine dernière qui faisait que cette affaire devait être résolue dans les plus brefs délais?

En fait, il se passait que Québec s’apprêtait à nommer dans les jours suivants tous les présidents-directeurs généraux du secteur de la santé au Québec, dans la foulée de l’adoption de la loi 10. Ces nominations ont été annoncées le vendredi 6 mars. Cette information, qui est cruciale dans ce contexte, tend à montrer que la version du directeur général Jacques Turgeon est plus crédible que celle du ministre Gaétan Barrette.

Si le ministre ne voulait que recommander la nomination d’un candidat au département de chirurgie, il pouvait très bien intervenir plus tard, après avoir nommé Jacques Turgeon comme PDG. Mais non, le ministre a choisi d’intervenir avant cette nomination et ainsi mettre de la pression sur M. Turgeon. Comme si le ministre voulait conserver un levier, un pouvoir de négociation à l’encontre du directeur général  (le ministre n’est-il pas le premier à évoquer ses talents de négociateur?) qui persistait dans son refus d’agréer au choix du ministre.

Je ne vois pas d’autres explications qui permettraient de comprendre les interventions répétées et rapprochées du ministre et du sous-ministre de la Santé auprès du directeur général du CHUM à ce sujet.

Bien sûr, le ministre Barrette a indiqué qu’il entendait nommer Jacques Turgeon au poste de PDG du CHUM. Mais si Gaétan Barrette était parfaitement sérieux dans son intention, il aurait dû éviter d’intervenir avec insistance auprès de M. Turgeon, dans les jours et les heures qui précédaient l’annonce officielle de sa nomination.

En agissant de la sorte et à ces moments précis, M. Barrette a ouvert lui-même la porte à ces accusations d’intervention politique, d’abus de pouvoir, voire de chantage, qui s’avèrent dommageables pour sa réputation.

En outre, il appert que le ministre a commis ce qui est assurément et au minimum une grave imprudence dans un dossier secondaire, au beau milieu d’une tempête avec le corps médical sur des réformes majeures en santé. En raison de son inexpérience, il s’est mis lui-même en péril, de même que les réformes qu’il cherche à réaliser.

Au premier ministre maintenant de tenter de réparer l’inutile gâchis du ministre Barrette.

Catégorie: Québec

Le facteur du gouvernement

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 publié le 26 septembre 2014 à 17 h 42

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est devenu le facteur du gouvernement. Celui qui livre le message, celui qui livre la marchandise.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le premier ministre Couillard affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ira au bout de ses ambitions, qu’il réformera en profondeur les programmes et la fiscalité du Québec. Il n’est pas le premier politicien à nous le promettre. Il ne serait pas le premier à ne pas tenir parole.

Vous avez donc raison d’être sceptiques et de douter.

Pour montrer sa détermination, il lui fallait un porteur de ballon, un facteur. Un ministre qui ne reculera pas, qui ne déviera pas de l’objectif. Ce ministre, il l’a trouvé. Il s’appelle Gaétan Barrette.

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Je l’ai moi-même traité de « girouette » quand il est passé de la CAQ au PLQ. Mais comme soldat politique, il a parfaitement rempli sa mission.

Il a arraché une entente avec les médecins et a posé le premier jalon du grand chambardement de l’État québécois en déposant un projet de loi. Il a dû prendre un chemin tortueux avec les médecins, et son projet de loi ne passera probablement pas comme une lettre à la poste. Mais le message est livré : le gouvernement est sérieux.

Le bulldozer ouvre le chemin et trace la voie. Les ministres qui doutaient de la détermination de leur gouvernement (il y en a) devront suivre.

On se demande quand même ce qui restera debout une fois que tous les ministres auront suivi le bulldozer…

Catégorie: Québec

La santé, encore et toujours!

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 publié le 22 août 2014 à 12 h 26

« Voici mon défi au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique, au Parti libéral et au Parti vert : les Canadiens vous disent que les soins aux aînés sont d’une importance primordiale pour eux. Ils savent que si nous développons la meilleure stratégie pour les aînés dans le monde, on peut avoir le meilleur système de soins de santé. Ils sont tannés des excuses pour justifier l’incapacité du gouvernement fédéral d’agir dans ce domaine. »

Le défi en question, il vient du Dr Chris Simpson, fraîchement élu président de l’Association médicale du Canada (AMC). Il s’adressait mercredi pour la première fois à ses membres en assemblée annuelle à Ottawa. S’appuyant sur des sondages et des études, le Dr Simpson tente de remettre la santé en tête de l’ordre du jour politique.

En fait, sondage après sondage, la santé trône au sommet des préoccupations des Canadiens, les autres enjeux fluctuant au gré des courants et des événements. Il y est allé d’un constat brutal avant d’en arriver à son défi aux chefs politiques fédéraux. Le Canada est à l’avant-dernier rang d’une récente étude sur la qualité des soins de santé, tout juste devant les États-Unis. La différence entre le Canada et les pays de tête comme la Grande-Bretagne, la Suède ou la Suisse, c’est un engagement ferme du gouvernement central envers le système public de soins de santé, selon le Dr Simpson.

À 13 mois du début, en principe, de la prochaine campagne électorale fédérale, il prend les devants, mais il n’est pas le seul. Quelques heures avant qu’il n’interpelle la classe politique, devant le même auditoire, Thomas Mulcair était sorti des blocs de départ de la course électorale avec un engagement clair au sujet du financement fédéral en santé.

À même les surplus prévus à partir de l’an prochain par les conservateurs, M. Mulcair renverserait la vapeur quant au Transfert canadien en matière de santé (TCS). Et il reviendrait à l’indexation à 6 % du TCS en vigueur depuis 10 ans en vertu de l’accord sur la santé conclu en 2004 par Paul Martin avec les provinces. Résultat, si on se fie à l’estimation des provinces que M. Mulcair reprend à son compte :  36 milliards de dollars de plus dans les coffres des provinces.

Est-ce un engagement réaliste financièrement? M. Mulcair aurait-il les moyens de ses ambitions, compte tenu de la situation budgétaire prévue? Techniquement, on peut certainement penser que oui. En l’état actuel de la fiscalité, des prévisions de croissance modeste et des dépenses gouvernementales, les surplus passeraient de 6,4 milliards de dollars l’an prochain à plus de 10 milliards de dollars quatre ans plus tard. Or, ce n’est que dans trois ans que les provinces cesseraient de bénéficier de l’indexation à 6 % du TCS et commenceraient à ressentir le manque à gagner qui mène à 36 milliards de dollars.

Donc,  les surplus annuels semblent au rendez-vous, si aucune décision politique ou promesse à tenir ne vient modifier les colonnes des revenus et des dépenses d’un éventuel ministre néo-démocrate des Finances. Il faut se rappeler que le NPD a toujours l’intention d’aller chercher des revenus additionnels du côté des impôts des sociétés, mais que ses plateformes électorales contiennent également des engagements coûteux qui nécessitent à la fois des revenus nouveaux et des réaménagements des dépenses.

Si, et seulement si, la santé devient réellement un enjeu électoral, histoire et T.C. Douglas à l’appui, le NPD estime évidemment qu’il est un peu actionnaire majoritaire du concept de système public de soins, et qu’il part avec une longueur d’avance dans les perceptions. Avec cette promesse, M. Mulcair considère peut-être avoir ajouté une autre longueur entre lui et ses adversaires.

Les conservateurs doivent de leur côté vivre avec leur engagement de la dernière campagne et, surtout, avec la formule du TCS qu’ils ont ensuite imposée aux provinces pour les 10 années qui mènent à 2024, donc bien au-delà de l’élection d’octobre 2015. Pour eux, le dossier du TCS est réglé pour longtemps. Leur plateforme 2011 parlait de « renouveler l’accord sur la santé » et de « collaborer avec les provinces et les territoires » pour y arriver. Aucun engagement chiffré ni écrit. Talonnés en cours de campagne, MM. Flaherty et Harper avaient fini par s’étirer le cou en parlant de l’indexation à 6 %, même après l’expiration de l’accord en 2014.

Difficile de dire si on peut encore parler d’« accord » et de « collaboration ». Toujours est-il que les ministres provinciaux ont trouvé sur leurs napperons, entre l’assiette à pain et le menu de ce qui ne devait être qu’un premier lunch de travail là-dessus, l’indexation réduite décidée par leur collègue Flaherty.

En gros, sur 10 ans, jusqu’en 2024, indexation à 6 % sur trois ans, après quoi on la ramène à hauteur de la croissance du PIB nominal, sans descendre sous les 3 % cependant. En fait, à Ottawa, on s’attendait à une hausse tournant autour des 4 % pour la période, 2 % de moins, d’où le 36 milliards de dollars de pertes du côté des provinces, repris par M. Mulcair. Ottawa faisait valoir qu’après des années de hausses de dépenses provinciales frisant les 7 %, on s’acheminait vers des hausses prévisibles d’environ 3 %.

Les libéraux de Justin Trudeau peuvent se targuer, eux, d’avoir adopté la Loi canadienne sur la santé qui met en place les fameux cinq grands principes, universalité, transférabilité, etc. L’accord de 10 ans avec indexation de 6 %, c’était eux aussi… On ne connaît évidemment pas ce que serait un engagement formel libéral en santé en 2015, mais trois résolutions adoptées au congrès de cette année à Montréal font état de quelques intentions.

On y parle à la fois de « négocier un nouvel accord sur la santé » de façon à « assurer à tous les gouvernements la flexibilité administrative voulue ». Rebonjour, fédéralisme asymétrique! Il est aussi mention de « résultats mesurables », de « consultation » entre les gouvernements sur les versements annuels, de « formule de financement équitable et adéquate » adaptée aux besoins et de variations en fonction de « facteurs démographiques ».

Est-ce que la plateforme sera plus précise? Les libéraux réunis à Edmonton laissaient entendre cette semaine qu’ils auraient une plateforme complète et chiffrée rapidement, au cas où… On verra comment cette bonne volonté en santé se traduit arithmétiquement.

Voilà! À quelques semaines de la dernière rentrée d’automne avant la prochaine élection fédérale, on avait beaucoup entendu en prévision du scrutin les expressions « classe moyenne », « consommateurs », « emploi », etc. Est-ce que le thème du financement des soins de santé s’imposera? Surtout, est-ce qu’un parti prendra vraiment sur lui de l’imposer? Du côté de l’opposition évidemment, puisque pour le gouvernement Harper la question est réglée jusqu’en 2024.  On parle bien sûr pour l’instant des fédéraux, attendez que les provinces s’en mêlent!

La santé, faut-il le rappeler, fait l’objet de maints débats, y compris en campagne électorale. Elle fait bonne figure dans les sondages,  mais a-t-elle déjà fait LA différence une fois devant l’urne?

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Suicide assisté, quelle « conversation »?

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 publié le 6 octobre 2013 à 22 h 08

La nouvelle ministre de la Santé Rona Ambrose se disait prête à prendre part à une « conversation » avec ses collègues des provinces vendredi sur la délicate question du suicide assisté. Le débat a été relancé à la suite de la percutante sortie posthume du Dr Donald Low réclamant le droit à l’aide médicale à mourir.

Le Dr Low était un des chefs de file en matière de maladies infectieuses au Canada. Dans une vidéo de sept minutes tournée huit jours avant son décès le mois dernier d’une tumeur au cerveau, il relatait ses symptômes, son impuissance et son envie des citoyens de certains pays qui ont accès à l’assistance au suicide.

À la veille d’une rencontre pendant laquelle ses homologues avaient l’intention d’avoir une « conversation » sur le sujet, la ministre a entrouvert la porte :

« Je vais prendre part à cette conversation. C’est important de l’avoir, on l’a tous eue autour de la table de la cuisine, le Québec examine présentement une loi à ce sujet et nous suivons attentivement ce débat. Les provinces ont toutes la possibilité d’avoir cette conversation avec le public. Je pense que personne ne s’est encore avancé à engager le dialogue avec ses citoyens sur le suicide assisté. Mais, en ce qui concerne le gouvernement fédéral, il y a eu un vote au Parlement, c’était clair et nous n’avons pas l’intention de changer notre position en ce moment. »

Sa position était la même à la sortie de la réunion, mais quelques précisions s’imposent. Mme Ambrose a visiblement oublié les mois de tournée et le rapport de la commission spéciale sur la question au Québec. Le vote dont elle parle est celui qui, par 228 voix contre 59, a tué en deuxième lecture le projet de loi C-384 de Francine Lalonde en avril 2010 et la position du gouvernement est davantage le silence qu’autre chose, le statu quo donc, puisque le vote à ce moment-là était libre. Les ministres Josée Verner et Lawrence Cannon avaient d’ailleurs voté à l’encontre de l’ensemble de leurs collègues conservateurs pour le projet de loi. À noter cependant que quelques collègues bloquistes de Mme Lalonde et plusieurs libéraux et des néo-démocrates, dont Thomas Mulcair, s’y étaient opposés et Justin Trudeau était aux abonnés absents.

Sans dire que le Québec inspire les autres provinces avec le projet de loi de Véronique Hivon, il reste que la présentation qu’en a faite le ministre Réjean Hébert tombait à pic parce que la vidéo du Dr Low a fait des vagues un peu partout au pays. Ses collègues manitobaine, ontarienne et albertain ont tous évoqué l’intérêt d’avoir une « conversation nationale » sur cet enjeu. Et le mot « nationale » a son importance, car c’est là que Mme Ambrose prend ses distances. Quand elle se disait prête à discuter, elle parlait d’elle-même, à la table le lendemain, et non pas d’envisager un grand débat à travers le pays qui susciterait à la fois craintes, espoirs et déchirements. On n’ouvre pas une discussion aussi périlleuse en ayant au départ l’intention de ne pas bouger d’un centimètre.

Ses collègues provinciaux sont tout aussi prudents qu’elle, la conversation dont ils parlent semble devoir se limiter aux chaumières de la nation, personne n’avait l’air de vouloir prendre le relais de la population dans ce dossier.

On peut comprendre l’intérêt de Mme Ambrose quand elle parle des provinces qui sont libres d’engager un tel débat à leur niveau, à l’intérieur de leurs compétences. Même si le projet Hivon ne fait pas école partout au Canada, s’il montre la capacité d’une province d’agir à l’intérieur de SES compétences pour satisfaire SA population sur l’enjeu de la fin de vie, ça va grandement réduire la pression sur le gouvernement Harper. Ça éviterait un débat à Ottawa dans lequel personne n’est parfaitement à l’aise, à commencer par le caucus conservateur qui compte encore plusieurs des députés pro-vie qui s’étaient ouvertement opposés à Francine Lalonde à l’époque, et qu’on tentait encore de museler ici il y a quelques mois.

À la limite, quand Mme Ambrose dit qu’elle suit l’évolution du dossier au Québec, on peut penser qu’elle souhaite le succès de la démarche. On n’aurait pas besoin d’amendements au Code criminel, de compétence fédérale. Bien sûr, il reste toujours des contestations judiciaires possibles de la constitutionnalité du projet de loi une fois adopté, le gouvernement fédéral n’aurait presque pas le choix que de s’inscrire comme intervenant ou même de carrément défendre le Code criminel actuel.

Pour l’instant, Rona Ambrose et Véronique Hivon, même combat!

P.-S. Les militants conservateurs auront l’occasion, à la fin du mois, de voter à leur congrès de Calgary sur une résolution qui se lit comme suit :

« Le Parti conservateur ne soutiendra pas de mesure législative visant à légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté. »

Catégorie: Ottawa, Québec

Le dernier budget Bachand évalue que le Québec sera privé de plus de 9 milliards de dollars en 10 ans en vertu des nouveaux modes de calculs imposés par Ottawa pour le Transfert canadien en matière de santé (TCS). 

Deux mesures annoncées par Ottawa auront des effets concrets sur le budget québécois.  

1)   La répartition par habitant : à ce chapitre, Québec calcule que son manque à gagner atteindra 2,3 milliards de 2014 à 2024.  Selon le budget Bachand, la seule province qui ne subira pas une diminution de ses transferts, c’est l’Alberta, qui engrangera plus de un milliard de dollars supplémentaires par année.  C’est une mesure à coût nul pour le fédéral, qui ne profitera en fin de compte qu’à une seule province.  Sur 10 ans, c’est environ 11 milliards que l’Alberta recevra en plus. 

 2)   La croissance du TCS au PIB nominal (3,9 %) que le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé unilatéralement en décembre dernier à Victoria aux autres ministres des Finances du pays : cette mesure s’appliquera à compter de 2017 jusqu’en 2024. Et selon Québec, le manque à gagner sur son budget atteindra plus de 7 milliards.  Actuellement, les transferts en santé augmentent de 6 % par année. Le ministère des Finances du Québec a élaboré son estimation des pertes sur cette base.

 Au total donc, c’est près de 9,4 milliards sur 10 ans qui ne seront plus transférés d’Ottawa vers Québec.  Le gouvernement du Québec juge inacceptable ce désengagement financier d’Ottawa qui fera chuter la participation du gouvernement fédéral dans les dépenses québécoises en santé, qui représente 22 % actuellement.  Québec réclame qu’Ottawa réajuste le tir afin que sa participation augmente graduellement à 25 % des dépenses de santé.

Catégorie: Québec

Une campagne utile

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 publié le 9 avril 2011 à 12 h 40

Et dire qu’il y a des sceptiques qui croient qu’une campagne électorale est un gaspillage inutile qui ne change rien.

La deuxième semaine de campagne s’achève à peine et déjà on a réglé une question qui risquait de déboucher sur une confrontation majeure entre les provinces et Ottawa au cours des deux prochaines années : l’Accord sur la santé.

En quelques heures à peine, vendredi, tous les partis se sont engagés à maintenir la hausse annuelle de 6 % du transfert canadien en matière de santé. Cette entente négociée par Paul Martin en 2004 prend fin en 2014 et doit être négociée. Aucun parti national n’osait, jusqu’à vendredi, s’engager à renouveler l’entente avec les provinces en maintenant la hausse négociée péniblement en 2004.

C’est Michael Ignatieff qui a ouvert le bal à Hamilton vendredi matin en annonçant qu’« un gouvernement libéral maintiendra l’actuel facteur de progression de 6 % après 2014 ».

Cette décision libérale a sans doute eu son effet et a forcé la main de Stephen Harper, puisque le premier ministre affirmait plus tard, en réponse à une question, qu’un futur gouvernement conservateur allait maintenir la hausse de 6 %.

Pourtant, dans la plateforme électorale qu’il dévoilait hier, on ne retrouve pas cet engagement. On y promet plutôt de « collaborer avec les provinces pour renouveler l’Accord sur la santé ».

Jack Layton emboîtait le pas quelques heures tard, tandis que Gilles Duceppe se disait d’accord avec cet engagement. Il y a sûrement soupir de soulagement dans plusieurs capitales provinciales. Mais il y aura toujours des sceptiques pour rappeler qu’il ne s’agit là que de promesses électorales.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa