Au printemps, l’affaire a soulevé un tollé. Pour mettre en oeuvre son budget de mars, le gouvernement Harper déposait une brique de 440 pages dans laquelle toutes sortes de mesures étaient présentées, mesures qui modifiaient une soixantaine de lois. Plusieurs de ces modifications n’avaient rien à voir avec l’exercice budgétaire.
L’opposition est montée aux barricades, des groupes environnementalistes aussi, pour dénoncer ce projet de loi omnibus que plusieurs ont rebaptisé « projet de loi mammouth ».
L’opposition a exploité toutes les règles de procédure pour retarder l’adoption de ce projet de loi, pour forcer le gouvernement à le scinder afin de donner plus de temps aux parlementaires pour décortiquer ce gigantesque document.
Rien n’y fit. Malgré un marathon parlementaire, le projet de loi a été adopté tel quel.
Tout a si bien fonctionné que le gouvernement Harper récidive. Un autre pavé de près de 450 pages a été déposé en Chambre jeudi pour mettre en oeuvre tout ce qui n’a pas été concrétisé le printemps dernier. Tout ça est nécessaire, dit le gouvernement, pour revenir au plus vite à l’équilibre budgétaire.
Dans ce nouveau projet de loi, baptisé C-45, d’autres lois sont revisitées : la loi sur les eaux navigables, sur la marine marchande, les pêches, les Indiens, les juges, les fonds de pension des fonctionnaires… Bref, un autre projet de loi fourre-tout.
Tout ce que l’opposition a réussi à obtenir, c’est que le projet de refonte du régime de pension des députés et des sénateurs soit enlevé du projet de loi et soit traité à part. Pour tout le reste, l’opposition crie au scandale, soutient que cet exercice est un déni de démocratie.
A-t-elle raison de se plaindre? Du point de vue conservateur, non. Le gouvernement semble avoir la logique suivante : nous sommes majoritaires, nous arriverons à nos fins de toute façon, alors pourquoi éterniser le débat quand on peut prendre des raccourcis?
Mais dans une démocratie parlementaire, ce raisonnement tient-il la route? La réponse est non. Dans un document qui change des centaines de lois et règlements, comment peut-on penser qu’un seul vote va tout régler? Les députés ne peuvent dire que oui ou non au projet de loi omnibus. En toute conscience, un député peut être d’accord avec une partie de ce qui est proposé et totalement en désaccord avec d’autres pans du projet de loi. Mais le gouvernement refuse de scinder davantage le projet de loi.
L’élu ne peut alors que dire oui à tout… ou non à tout! Le député ne devient qu’une bête machine à voter. Son rôle de chien de garde de la démocratie est écrasé par une machine partisane qui l’oblige à prendre une position sans nuances. De ce point de vue, il est clair que l’exercice démocratique n’est pas bien servi.

