Billets classés sous « PQ »

Poing de rupture

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 publié le 14 avril 2014 à 17 h 35

Il n’y a rien de bien sorcier à analyser dans cette dernière campagne électorale.

Tous ont remarqué la candidature « poing levé » de Pierre Karl Péladeau à Saint-Jérôme. Tout le monde a vu la conviction avec laquelle il a annoncé son engagement, et tous ont mesuré l’impact potentiel de cette candidature. On a vu l’avenir du Québec défiler devant nos yeux : ça passait par un référendum et ça se terminait avec des « flags sur le hood ».

Il semble que Pauline Marois a vu ça aussi.

Ainsi, le surlendemain, le 11 mars à Mont-Mégantic à l’occasion d’une annonce sur le tourisme, elle a répondu à une question de ma collègue Marie-Hélène Tremblay sur les frontières d’un Québec indépendant. Non, il n’y aura pas de frontières ni de péage dans un Québec indépendant.

Un peu plus tard, à Bécancour : y aura-t-il un passeport québécois? L’absence de frontière visible « ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y aura pas de citoyenneté et pas de passeport », a répondu la chef du Parti québécois.

Le mercredi 12 mars au pavillon du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, vient une question sur la devise d’un Québec souverain. Ce sera le dollar canadien, a répondu avec aplomb Pauline Marois.

Ouf, la campagne électorale n’était vieille que d’une semaine. D’une certaine manière, elle a pris fin ce jour-là.

Mais personne ne l’avait tout à fait réalisé, et certainement pas Pauline Marois. Extrait du quotidien Le Devoir du 12 mars 2014 :

Pauline Marois n’est pas embêtée par l’attention médiatique accordée au projet de « pays du Québec » de sa formation politique, comparativement à celle accordée à son plan économique. « Ça ne me dérange pas du tout », a-t-elle dit. Elle y voit des enjeux concomitants. « Pouvoir mixer souveraineté et économie, c’est tout à fait plausible […] Nous pensons même que c’est un avantage au plan économique que de prendre en main notre propre destin. »

Pauline Marois et son équipe ont sans doute été transportées par l’enthousiasme pour évoquer ainsi le projet de souveraineté du Québec, sans prudence et surtout sans planification aucune.

Ignorait-on combien ce sujet est délicat et sérieux pour tous les Québécois? Avait-on oublié au PQ la capacité de leurs adversaires pour mener des attaques efficaces contre l’article 1 du programme?

Et, une fois ces attaques lancées, quelle a été la réaction de Pauline Marois et des siens? Ils ont sonné la retraite. Ils n’ont plus parlé de souveraineté. Pierre Karl Péladeau n’a eu le droit d’ouvrir la bouche que pour parler d’économie. Et, après avoir cherché un peu, les stratèges péquistes ont tourné leurs canonnières vers l’intégrité du Parti libéral.

En traitant de cette façon le projet d’indépendance du Québec, le Parti québécois est parvenu à montrer ses moins bons côtés.

Il a d’abord traité ce sujet avec une légèreté, fleurant le triomphalisme, pour ensuite s’en distancier maladroitement, comme un apprenti sorcier qui craint de se brûler à nouveau.

Finalement, le Parti québécois a créé beaucoup de confusion autour de la question nationale. Au second débat, on attendait de voir comment Pauline Marois parviendrait à s’en dépêtrer, ce qu’elle a tenté de faire avec une formule alambiquée : « Non, il n’y aura pas de référendum… tant que les Québécois ne seront pas prêts. »

Pauline Marois avait perdu. Dès lors, ce que pouvait dire le chef libéral n’avait guère d’importance. Même sa déclaration abracadabrante sur le français au travail est devenue parfaitement secondaire.

Et cette défaite est venue parce que le Parti québécois et Pauline Marois ont misé en cours de campagne tout leur pécule sur un seul jeu : la candidature de Pierre Karl Péladeau.

Comme quoi, en politique, une main apparemment gagnante peut faire perdre la partie.

L’analyse de la campagne n’est pas très complexe, mais le travail de fond que le Parti québécois devra ensuite mener à bien promet déjà d’être douloureux.

Catégorie: Québec

Fin de campagne : les 7 jours les plus longs

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 publié le 31 mars 2014 à 11 h 09

Quels gains tenteront de faire les chefs des principaux partis en cette dernière semaine de campagne? Quelles bévues essaieront-ils de réparer?

Il y a eu ce dernier débat que Philippe Couillard a perdu, alors que le pouvoir semblait à portée de main, bien que franchement la victoire paraisse encore très proche. Sa bourde sur le français au travail tend à montrer une confusion dans l’esprit du chef libéral entre le bilinguisme individuel et le bilinguisme institutionnel. Il a tenté de rectifier le tir sans s’embourber.

Toutefois, cette déclaration était si maladroite qu’il n’est pas évident de la rectifier sans perdre la face. Une déclaration déconcertante pour le candidat d’une circonscription (Roberval) où les électeurs sont de langue maternelle française à 99 %, et dont 13 % sont bilingues (Statistique Canada, 2011). La direction que le chef libéral veut emprunter en ces derniers jours de campagne ne paraît pas bien définie.

De son côté, Pauline Marois remet la charte des valeurs à l’avant-plan, au risque d’un dérapage plus ou moins contrôlé. Les déclarations étonnantes de Janette Bertrand font penser au roulement du tambour de guerre. Entendu par tous, il appelle autant les partisans que les opposants au combat.

Il sera facile pour la chef du Parti québécois de ridiculiser l’attitude de son adversaire libéral dans le dossier de la langue, mais il faudra voir si ces attaques porteront réellement. La chef péquiste misera sur des thèmes à forte teneur identitaire et mettra tout en oeuvre pour éviter la question de la souveraineté.

François Legault a vu ses batteries rechargées par le débat. Le fait que sa femme l’accompagne jette encore plus d’ombre sur les candidats de la CAQ qui sont totalement absents de la campagne nationale. Le chef de la Coalition donne l’impression d’un homme seul, à la tête de ses maigres troupes, qui ferraille pour faire son chemin dans la mêlée. Il avait bien raison d’affirmer que c’était la bataille de sa vie et, pour ne pas périr avec son équipe, il devra donner le meilleur de lui-même cette semaine.

Françoise David de Québec solidaire va consacrer une bonne part des ses énergies à la région montréalaise, où elle espère faire un ou deux gains. Il faudra être attentif aux résultats de QS en région, voir si le parti de gauche pourra faire des gains pour ce qui est des votes, après avoir mené une première campagne à l’échelle du Québec. La polarisation du vote pourrait aussi tuer dans l’oeuf les ambitions de QS hors de la métropole.

 

Catégorie: Élections Québec, Élections Québec 2014

Allô la police?

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 publié le 26 mars 2014 à 10 h 05

Il ne manquait plus que la police dans cette campagne électorale 2014. Elle y est entrée par une petite porte : un communiqué du Parti québécois publié à 18 h 15 mardi soir.

La première réflexion est générale : c’est triste que les policiers s’intéressent au financement des partis politiques. Triste, mais pas surprenant. Plus rien ne nous surprend depuis quelques années.

Le Parti québécois parle d’une rencontre informelle des policiers avec le directeur général et le directeur des finances, sur la structure de financement du parti. Nos sources policières nous disent que les enquêteurs de l’UPAC ne prennent pas rendez-vous pour boire le thé. Que leurs démarches ne sont pas « pédagogiques ». Qu’ils cherchent des informations.

Il y a une certitude : le PQ ne souhaitait pas que l’information sorte en pleine campagne électorale. Il a été forcé de le faire parce qu’un média avait été mis au courant.

Il y a le PQ, mais il y a aussi le PLQ.

Les policiers ont fait des perquisitions au PLQ. Une enquête en bonne et due forme est en cours. Tout ça avait commencé par des questions sur la structure du financement…

Dans les deux cas, personne n’est accusé, personne n’est coupable, mais notre innocence s’envole.

Et ce qu’on veut, c’est que nos politiciens prennent leurs responsabilités, assument le cas échéant les erreurs du passé et s’assurent que plus jamais il n’y aura de la magouille dans le financement des partis politiques.

Je rêve, je sais…

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Aux premières loges

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 publié le 21 mars 2014 à 19 h 48

L’amateur de hockey rêve d’avoir une place à la hauteur de la glace.

L’amateur de musique rêve d’une place au milieu de la salle.

L’amateur d’automobiles rêve d’être au volant d’une Ferrari.

Moi, je rêvais d’animer un débat des chefs. Je l’ai fait et je peux vous dire que c’était mieux que ce que j’avais imaginé.

La tension du début, les regards qui s’échangent, les amabilités polies qui se disent.

Puis, le débat commence, les gants sont jetés, les regards sont accusateurs, les mots atteignent leur cible, le ton est respectueux, mais on se dit qu’on n’invitera pas les chefs à la bière après.

J’ai vu plusieurs débats à la télé. La caméra nous en montre beaucoup. Mais ce qu’elle ne peut pas nous montrer est tout aussi intéressant : les réactions outrées, les mimiques, les sourires, les « babounes ». Les chefs sont passionnés.

Pendant deux heures, ils argumentent. C’est une épreuve intellectuelle, mais physique aussi, aucun d’eux ne s’est assis pendant le débat.

Pendant les remarques finales de François Legault, Pauline Marois laisse tomber accidentellement une pile de cartons. Un soubresaut s’entend dans la voix de M. Legault, mais il continue, concentré sur le message à livrer. Le débat est terminé. Sur les images de fermeture, Pauline Marois fait comme n’importe qui aurait fait, elle se penche pour ramasser ses cartons…

La campagne continue.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

L’impasse

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 publié le 19 mars 2014 à 11 h 23

Ce contexte politique n’est pas nouveau, non. Il est flagrant. C’est ça qui est nouveau. Il est particulièrement flagrant. Cette campagne électorale nous le démontre sans l’ombre d’un doute.

Le Parti libéral se révèle incapable de parler de sa vision du fédéralisme, car il y a un cadenas sur le magasin général, et que Pierre Trudeau est parti avec la clé.

Philippe Couillard est ainsi contraint de devoir dire que les Québécois sont heureux et qu’ils ne sont pas opprimés, pour se rabattre sur le statu quo. Son rêve de célébrer les 150 ans du Canada en 2017 avec une adhésion du Québec au rapatriement de 1982 a été sacrifié à l’autel de la realpolitik.

Personne au Canada ne veut s’asseoir et négocier un Meech + ou un super Meech avec Philippe Couillard. Il n’y a pas un gros marché pour le fédéralisme renouvelé, même avec l’éventualité d’un Sénat réformé.

Et s’il devait être question des revendications du Québec (et des Premières Nations, qui voudront se faire entendre), les autres premiers ministres risquent de s’enfuir à la première occasion.

Pauline Marois, elle, se voit contrainte de changer de stratégie et de se montrer plus que discrète sur la question de la souveraineté du Québec. La chef du PQ constate à son tour et encore une fois que le projet de souveraineté constitue surtout un handicap en période électorale.

Non, tout cela n’est vraiment pas nouveau. Bien des Québécois sont devenus souverainistes lorsqu’ils ont constaté ce blocage du reste du Canada à l’endroit du Québec. Des militants du Parti québécois ont déserté ce parti pour se joindre à Option nationale ou à Québec solidaire parce que le projet souverainiste n’était pas mis suffisamment de l’avant en campagne électorale. Certains fédéralistes aussi se sont résignés devant la position du Canada à l’égard du Québec, mais ils sont demeurés fédéralistes.

Et d’autres fédéralistes québécois jugent que l’attitude du Canada à l’endroit du Québec est parfaitement satisfaisante et que les textes constitutionnels canadiens offrent une réponse adéquate aux aspirations du Québec.

C’est la vision du libéral fédéral Stéphane Dion et de l’ancien premier ministre Jean Chrétien.

Et, en réalité, cette apparente impasse politique au Québec n’en est peut-être pas une, dans la mesure où l’on accepte que le point de vue de ces deux hommes l’a emporté.

Catégorie: Élections Québec 2014

Les cibles du PQ

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 publié le 19 mars 2014 à 10 h 54

Alors que les caravanes prennent un temps d’arrêt pour permettre à leur chef de se préparer aux débats, voici une liste des circonscriptions sur lesquelles le Parti québécois mise afin d’obtenir une majorité aux prochaines élections.

Évidemment, le gouvernement sortant tient pour acquis qu’il pourra conserver toutes les circonscriptions qu’il a gagnées lors du dernier scrutin. Nous vous présenterons dans quelques jours une liste des circonscriptions sur lesquelles le Parti libéral table pour atteindre le même objectif.

Pour voir la carte sur un appareil mobile, cliquez ici.

1-      Maskinongé

Lors des dernières élections, Maskinongé a été l’une des circonscriptions où la course à trois a été la plus marquée. À peine 788 voix ont séparé celui qui a fini premier de celui qui a fini troisième. Le député libéral sortant, Jean-Paul Diamond, ne se représente pas. C’est l’un de ses attachés, Marc H. Plante, qui tente de conserver la circonscription dans le giron libéral. Il fait notamment la lutte à Patrick Lahaie, un proche conseiller de Pauline Marois.

2-      Blainville

Après avoir quitté le Parti québécois pour la CAQ, puis en avoir été expulsé, le député sortant Daniel Ratthé a vainement tenté de réintégrer le caucus du PQ ces dernières semaines. Ne jouissant plus de l’appui d’un grand parti, il a choisi de ne pas se représenter. Lors des dernières élections, les péquistes avaient terminé deuxièmes, 2709 voix derrière le vainqueur.

3-      Groulx

Le Parti québécois a bon espoir de reprendre cette circonscription de la banlieue nord de Montréal. Le président du parti, Raymond Archambault, qui avait été candidat en 2012, a cédé sa place cette fois-ci à l’ex-dirigeante étudiante Martine Desjardins. Lors du dernier scrutin, la députée sortante, la caquiste Hélène Daneault, qui a annoncé à la dernière minute qu’elle ne se représentait pas, avait remporté la circonscription par 1763 voix.

4-      Saint-Jérôme

Jusqu’au dernier moment, le Parti québécois a maintenu le mystère autour du candidat qui porterait ses couleurs dans cette circonscription qui lui est habituellement assez favorable. Malgré son statut de candidat vedette, Jacques Duchesneau n’avait réussi à ravir cette circonscription en 2012 que par 897 voix. On le sait maintenant, l’entrée de Pierre Karl Péladeau dans la campagne électorale a eu l’effet d’une bombe. Son élection sera facilitée par le fait que le PQ a pu compter sur l’appui des électeurs de Saint-Jérôme depuis 1994, à l’exception d’un bref intermède en 2007. La campagne pourrait cependant réserver des échanges intéressants entre Pierre Karl Péladeau et le candidat libéral Armand Dubois, un ancien employé de Québecor.

5-      L’Assomption

Le fait que L’Assomption soit représentée par le chef d’un parti – François Legault – ne semble pas rebuter les stratèges péquistes, qui estiment probable que la circonscription leur revienne à l’issue du prochain scrutin. En 2012, François Legault avait réussi à battre la péquiste Lizabel Nitoi, une femme peu connue du grand public, par 1078 voix. La tâche sera plus ardue cette fois-ci, car le chef caquiste affrontera le très aguerri Pierre Paquette, qui a longtemps été député fédéral.

6-      Mégantic

En théorie, la circonscription de Mégantic n’est pas un terreau fertile pour le Parti québécois, qui n’y a connu que la défaite depuis sa création. La manière dont le gouvernement a géré la tragédie de Lac-Mégantic laisse toutefois penser aux stratèges péquistes qu’une victoire y est possible, d’autant que la composition démographique des circonscriptions de l’Estrie a évolué ces dernières années. En 2012, la candidate péquiste n’avait perdu que par 1099 voix. Une baisse des appuis à la CAQ, qui avait accaparé 25,6 % du vote lors du dernier scrutin, pourrait toutefois bénéficier au PLQ, dans cette région traditionnellement plus libérale.

7-      Nicolet-Bécancour

La présence de l’ex-chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, dans cette circonscription avait brouillé les cartes en 2012 et permis à la CAQ de l’emporter. Le report d’une partie des votes reçus par cette formation politique sur le Parti québécois permet toutefois au candidat péquiste Jean-René Dubois d’espérer l’emporter.

8-      Richmond

Karine Vallières, la députée libérale sortante, est la fille d’Yvon Vallières, qui a régné sur la circonscription pendant plus de 34 ans. Cependant, la circonscription a été redécoupée de manière importante en 2011, de sorte que le Parti libéral, lors du dernier scrutin, n’a eu raison du Parti québécois que par 269 votes. Le Parti québécois compte maintenant sur l’ex-député de la circonscription voisine, Étienne-Alexis Boucher, pour remporter la circonscription.

9-      Jean-Lesage

Le Parti québécois a des espoirs de gains modestes à Québec, mais s’il a la moindre chance de remporter une circonscription de plus, c’est dans Jean-Lesage. En 2012, l’actuel chef de cabinet de la ministre Agnès Maltais, Pierre Châteauvert, avait perdu par seulement 651 votes aux mains du libéral André Drolet. La circonscription comprend une partie du quartier Limoilou ainsi que les secteurs D’Estimauville et Giffard.

10-   Verdun

Le départ du député libéral Henri-François Gautrin, qui était en poste depuis 1989, pourrait aider les péquistes à prendre cette circonscription. Déjà, lors des dernières élections, le Parti québécois était passé proche d’y faire un gain, n’accusant un retard que de 547 voix sur les libéraux. Il y a 20 ans, Verdun semblait imprenable pour les péquistes, mais le tissu démographique de cette circonscription semble avoir changé, de sorte qu’elle peut maintenant être ciblée. Henri-François Gautrin lui-même a semblé concéder la défaite au Parti québécois il y a quelques semaines, mais on ne sait pas si ce pronostic s’appliquait aussi à sa circonscription.

11-   Trois-Rivières

En 2012, la députée libérale sortante Danielle St-Amand a réussi à conserver cette circonscription face à la candidate vedette péquiste Djemila Benhabib. La lutte a été serrée et s’est soldée par une victoire de 1001 voix de la libérale sur la péquiste. Le Parti québécois estime que cette fois-ci sera la bonne, et elle compte sur l’ancien journaliste Alexis Deschênes pour relever le défi. Danielle St-Amand ne se représente pas et a choisi de céder sa place à un ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Centre-du-Québec, Jean-Denis Girard.

12-   Montarville

Malgré ce qu’en dit la députée sortante de la CAQ, Nathalie Roy, qui a affirmé le 18 février que « Montarville n’a jamais été aux péquistes et ne sera pas avec les péquistes », les deux circonscriptions dont est issue Montarville ont déjà élu des députés du PQ.  Le PQ estime être en bonne posture pour arracher cette circonscription, qui comprend notamment les villes de Boucherville et de Saint-Bruno-de-Montarville.

13-   Laporte

Si le PQ remportait Laporte, ce serait une première depuis l’important redécoupage dont a fait l’objet la circonscription en 1980. Depuis une quinzaine d’années, le portrait de cette circonscription en banlieue sud de Montréal a bien changé. Le nombre d’électeurs de langue maternelle anglaise y a baissé du tiers en 20 ans, passant de près de 14 000 individus en 1991 à environ 9000 en 2011. Le PQ estime qu’il pourrait bénéficier de cette évolution du tissu sociodémographique.

14-   Mille-Îles

La députée libérale sortante Francine Charbonneau est en poste depuis 2008, mais sa majorité a pratiquement fondu de moitié en 2012. Le Parti québécois a aussi perdu des votes dans cette circonscription entre 2008 et 2012 au bénéfice de la CAQ. Il faudra voir de quelle manière se répartissent les 7467 voix reçues par la CAQ en 2012 et qui pourraient faire pencher la balance cette fois-ci.

15-   La Prairie

La Prairie fait partie de la série de circonscriptions que le Parti québécois aimerait décrocher en banlieue de Montréal. En 2012, la lutte avait été serrée entre la CAQ et le PQ, le caquiste Stéphane Le Bouyonnec ne remportant la mise que par un maigre écart de 75 votes. Les mêmes adversaires se feront de nouveau la lutte,  puisque l’économiste Pierre Langlois a confirmé qu’il porterait cette fois-ci encore les couleurs du Parti québécois.

16-   Papineau

L’Outaouais n’a jamais été un terreau très fertile pour le Parti québécois. N’empêche, lors des dernières élections, le libéral Alexandre Iraca n’a vaincu son adversaire péquiste que par 167 voix. Après avoir réussi à mettre la main sur sa voisine qui n’avait jamais voté PQ, Argenteuil, à l’occasion d’une élection partielle en 2012, les péquistes se disent qu’il est aussi possible de prendre Papineau. Si c’était le cas, ce serait une première depuis 1976.

Catégorie: Élections Québec 2014

Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Vous connaissez les farces du genre « Ça prend combien de cols bleus pour réparer un nid-de-poule? » ou « Ça prend combien de psychologues pour changer une ampoule? »

Pour cette élection 2014, je vous en propose une autre : « Combien de couleuvres un politicien peut-il avaler? »

Je sais que le collègue Vincent Marissal, de La Presse, a déjà abordé ce thème, mais je dois avouer que l’envie pour moi d’en traiter était tout simplement trop forte.

Parce que cette année, la liste des avaleurs de couleuvres s’allonge! Dans l’ordre alphabétique, en voici quelques-uns :

- Gaétan Barrette (PLQ) : En 2012, il se présentait pour la CAQ. À l’époque, les pires gestionnaires du réseau de la santé étaient les libéraux. Il n’y a pas un qualificatif négatif qu’il n’a pas utilisé pour en parler. Aujourd’hui, le PLQ est le seul qui peut régler tous les problèmes du réseau!

- Yves Bolduc (PLQ) : M. Bolduc a essuyé les attaques percutantes, presque vicieuses, de Gaétan Barrette en 2012. Aujourd’hui, il tourne la page, efface ces affrontements de sa mémoire, pour accueillir celui qui aspire à prendre sa place dans un éventuel gouvernement Couillard!

- Alexis Deschênes (PQ) : Il a quitté le réseau TVA en dénonçant à mots couverts la diminution de son indépendance journalistique. Aujourd’hui, celui qui était à la tête de son réseau de télévision veut devenir député du même parti. Aujourd’hui, il se réjouit du saut en politique de son ancien patron!

- Pierre Duchesne (PQ) : À l’époque où M. Duchesne était président de la Tribune de la presse parlementaire, il s’est battu bec et ongles contre les dirigeants de Québecor qui voulaient que des journalistes (« scabs » est l’expression qu’il utilisait) soient accrédités à l’Assemblée nationale. Il n’aurait pas fallu que quelqu’un s’avise d’inviter MM. Péladeau et Duchesne au même repas. Aujourd’hui, ils font campagne pour le même parti!

- Jean-François Lisée (PQ) : À cette même époque, celle du lock-out au Journal de Montréal, M. Lisée s’inquiétait publiquement de l’indépendance des salles de nouvelles de Québecor Média. Aujourd’hui, il justifie la candidature de M. Péladeau en disant que depuis qu’il a été nommé au conseil d’administration d’Hydro-Québec, jamais les médias de Québecor n’ont été aussi durs et critiques à l’endroit de la société d’État!

Je sais qu’on peut changer, je sais qu’on évolue, mais disons que ces couleuvres ont un petit arrière-goût qui alimentera probablement le cynisme…

Catégorie: Québec

Jour 6 : Péladeau, la bombe à fragmentation

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 publié le 10 mars 2014 à 19 h 27

Une bombe à fragmentation explose, non pas au niveau du sol, mais à une certaine altitude et libère des fragments incandescents ou explosifs dans un rayon très large. Ce genre de bombe fait des victimes et provoque des destructions sur une large superficie. Certains des fragments n’explosent pas immédiatement et peuvent tuer ou blesser des années plus tard.

Je préfère apporter cette précision à la métaphore de la bombe pour la candidature de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois. Ce n’est pas une arme atomique, puisqu’elle ne détruit pas tout sur son passage, ce n’est pas non plus l’engin explosif classique qui détruit un endroit donné à un moment précis.

Pierre Karl Péladeau est plutôt l’équivalent d’une bombe à fragmentation, notamment parce que le territoire touché par cette candidature est vaste. À preuve, c’est tout le Canada qui se sent interpellé. Si Stephen Harper était inquiet il y a quelques jours, il a de bien meilleures raisons aujourd’hui de prévoir des plans de contingence, même si la prudence s’impose, car cette campagne électorale est loin d’être terminée.

Les répercussions à sa candidature ne sont pas seulement immédiates. Il y a les effets à court terme sur la campagne électorale, et ils semblent dévastateurs pour François Legault, de la Coalition avenir Québec, qui perd ce qui ressemblait le plus à un allié objectif. Et pour le chef libéral, Philippe Couillard, cela affaiblit ses attaques contre le PQ dans les dossiers économiques et ses offensives contre le projet de souveraineté du Québec.

À moyen terme, la dynamique interne du Parti québécois se trouve passablement transformée. Il y a un dauphin désormais. Pauline Marois a reconnu, lors de l’annonce à Saint-Jérôme, qu’elle offrait un tremplin politique à Pierre Karl Péladeau. Ainsi, les fragments de la bombe Péladeau pourraient continuer à faire des victimes, bien après les élections, cette fois parmi les candidats potentiels à la succession de Pauline Marois.

À long terme, il n’est pas impossible que Pierre Karl Péladeau ait un impact sur l’avenir politique du Québec. La détermination qu’il affiche, son caractère volontaire et son adhésion sans ambiguïté au projet souverainiste, associés à son prestige, pourraient faire de lui un redoutable chef du camp du « Oui ».

Mais bien avant d’en arriver là, Pierre Karl Péladeau devra faire ses preuves. Les gens d’affaires éprouvent souvent des difficultés à faire le passage dans le service public actif. Le monde politique est certainement aussi impitoyable que le monde des affaires et, en plus, les codes sont très différents et très spécifiques.

Un des premiers défis de M.Péladeau – et il est considérable – est lié à l’empire médiatique Québecor. S’il veut en conserver la propriété, par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard, et accéder éventuellement à des fonctions ministérielles, il y a un problème. Et pour ce qui est des fonctions de premier ministre (M. Péladeau n’a pas nié son intérêt), le problème prendrait encore plus d’ampleur.

Il est plutôt rare que les barons de la presse se lancent eux-mêmes en politique active. Confier des pouvoirs politiques et médiatiques à une seule personne offre un potentiel considérable de conflits d’intérêts.

Selon le code de déontologie, un ministre doit se retirer des discussions du conseil s’il a des intérêts personnels en jeu.

Par exemple, sur la politique du prix unique du livre, M. Péladeau devrait-il se retirer des discussions d’un conseil des ministres parce que Québecor est propriétaire des librairies Archambault? Réponse de Pierre Karl Péladeau à l’animateur de Radio-Canada Michel C. Auger : « Nous sommes libraires et nous sommes éditeurs, la politique du prix du livre unique peut nous favoriser et nous défavoriser [...] Je m’apparais être éventuellement une personne-ressource très intéressante pour participer au débat, et ce n’est pas parce que je participe au débat que je prends la décision. »

M. Péladeau a finalement indiqué qu’il se retirerait des délibérations si ses collègues ministres le lui demandaient.

Catégorie: Élections Québec 2014

L’effet PKP

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 publié le 10 mars 2014 à 19 h 08

Tremblement de terre, tsunami, bombe, cherchez Pierre Karl Péladeau dans le dictionnaire et je ne serais pas surpris que vous trouviez ces mots associés à son nom.

Je blague. Mais une chose est sûre, le monde politique a été secoué par sa candidature. Depuis deux jours, on ne parle que de ça, on ne parle que de « PKP ».

« L’effet PKP » se fera sentir à  court et long terme.

Court terme :

- l’acte de foi : Pauline Marois demande à ses militants de gauche, prosyndicat, de faire un acte de foi. Avec M. Péladeau, la souveraineté se rapproche. Il donne un élan vers le but ultime. Mais il faut avoir un gouvernement majoritaire. Mettez de côté certains principes pour la « cause »;

- la séduction de la CAQ : Pierre Karl Péladeau est au centre droit, il n’a pas les syndicats en odeur de sainteté. L’électorat de la CAQ pourrait être séduit;

- le PLQ sur la défensive : le Parti libéral aime dire qu’il est le parti de l’économie. En recrutant M. Péladeau, un homme d’affaires respecté et aguerri, le PQ marque des points sur cette question.

Long terme :

- la souveraineté : c’est le but ultime du PQ, sa raison d’être. Pierre Karl Péladeau parle beaucoup de souveraineté, il le fait le poing en l’air, avec passion;

- le dauphin : Pauline Marois est la chef incontestée du Parti québécois. Elle est la dame de béton, celle qui a écouté son caucus et éliminé à force de persuasion un vent de mécontentement il y a trois ans. Mais elle aura 65 ans dans deux semaines. C’est jeune et elle a plus d’énergie que moi, mais des militants du PQ pensent sûrement que M. Péladeau fera un dauphin de choix.

Varia :

- la cible : la première vraie journée de campagne de M. Péladeau n’a probablement pas été celle souhaitée par le PQ. Les nombreuses questions sur ses actions dans Québecor inc., son influence dans les médias québécois et les possibles conflits d’intérêts qui se présenteraient s’il était ministre ont écarté Pauline Marois de son plan de match. Il ne faudrait pas que « PKP » devienne une distraction négative;

- la souveraineté (bis) : autant la présence de M. Péladeau pourrait stimuler les militants souverainistes parce qu’il en parle beaucoup et semble vouloir la faire relativement rapidement, autant des électeurs qui souscrivent aux politiques du PQ (charte, vision économique, programmes sociaux, etc.) mais qui ont peur d’un référendum pourraient se réfugier ailleurs.

Une chose est sûre, on n’a pas fini de sentir les répliques du tremblement de terre…

Catégorie: Québec