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Le PQ et le « mystère Québec »

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 publié le 24 mai 2015 à 10 h 32

La CAQ a eu beau jeu de tomber à bras raccourcis sur Pauline Marois, qui a commandé, à même les budgets qui lui ont été consentis à titre d’ex-première ministre, une étude à Dominique Payette afin que celle-ci réalise un « panorama de la presse régionale de la Capitale-Nationale ».

« On aurait dû lire : « Pourquoi, nous, au PQ, on ne pogne pas à Québec? » », a raillé le leader de la CAQ, François Bonnardel. Le Bloc québécois, qui a lui-même subi une cuisante défaite dans la région en 2006, avait déjà effectué le même genre d’étude.

Plusieurs universitaires se sont également déjà penchés sur les dynamiques médiatique et électorale propres à la capitale. Les conclusions sont chaque fois les mêmes : fatigue des électeurs face à l’option souverainiste, montée d’une nouvelle génération plus à droite, radios d’opinion qui en mènent large.

Depuis une décennie, le PQ – et le mouvement souverainiste, de manière plus générale – essuie les revers à Québec. À tel point qu’il a consacré plus d’énergie ces dernières années à s’apitoyer sur son sort, en multipliant les études et les réflexions pour tenter de comprendre pourquoi les citoyens de Québec ne l’appuient plus, qu’à tenter de renverser la vapeur.

Lors d’un rassemblement pro-PKP à Québec, dans le cadre de la course à la direction du parti il y a trois semaines, Clément Laberge, qui allait devenir candidat du PQ pour l’élection partielle dans Jean-Talon, avait clairement mis les choses en perspective : « Dans la région, on n’a pas que le Parti libéral et la CAQ comme adversaires. On a aussi nos propres doutes. »

Alors que l’ancienne garde péquiste persiste encore à vouloir analyser ce qu’elle qualifie de « mystère Québec », le nouveau chef Pierre Karl Péladeau, lui, n’a pas le cœur à s’épancher.

« L’historique du Parti québécois à Québec, ça ne me regarde pas. J’étais pas là », a-t-il laissé tomber jeudi sur les ondes de CHOI-FM.

Jusqu’à la semaine dernière, on se demandait encore dans les officines péquistes si le parti allait se contenter de faire de la figuration dans les élections partielles à venir dans Chauveau et dans Jean-Talon le 8 juin ou s’il allait réellement faire campagne. Sitôt PKP installé dans le siège du chef, la décision ne s’est pas fait attendre : le PQ allait mettre plein gaz.

Nous avons un « potentiel phénoménal » dans la région, a encore dit Pierre Karl Péladeau à CHOI-FM, se permettant quelques compliments à l’endroit du dynamisme économique de la ville et de son maire Régis Labeaume.

Bien sûr, le PQ ne fonde pas de grands espoirs dans ni l’une ni l’autre des circonscriptions, mais il espère à tout le moins obtenir de meilleurs scores que lors des dernières élections générales et, plus particulièrement, qu’à la dernière élection partielle à avoir eu lieu dans les environs, soit dans Lévis l’automne dernier, où le PQ n’avait récolté qu’un famélique 8 % d’appui.

Déjà jeudi à l’Assemblée nationale, la leader adjointe de l’opposition, Agnès Maltais, narguait le député Éric Caire à micro fermé : « Tu es aussi seul à la CAQ que moi je le suis au PQ », disait-elle, soulignant qu’avec Gérard Deltell en moins, la CAQ ne compte plus qu’un seul député élu à Québec, tout comme le PQ. Les autres circonscriptions sont détenues par les libéraux.

Ainsi, même si le PQ ressort les mains vides des deux élections partielles, il aura à tout le moins – sous la férule de son nouveau chef – tenté d’imprimer une nouvelle perspective à son rapport avec la ville de Québec. Celle, peut-être, de la confiance retrouvée.

Catégorie: Québec

PKP à la tête du PQ : la nouvelle donne

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 publié le 19 mai 2015 à 7 h 33

En fin de semaine, la presse du reste du Canada a peu écrit sur la victoire de Pierre Karl Péladeau. Et le peu d’espace qui lui était consacré était loin de la une. La première raison de ce désintérêt est que l’issue de cette course était prévisible et son impact avait déjà été soupesé et escompté. L’autre raison, pas toujours explicitement évoquée, est que le reste du Canada ne semble plus croire que le Québec est prêt à voter pour l’indépendance.

Les partis politiques à Ottawa se sont aussi montrés discrets. À moins que Stephen Harper n’y voie une occasion pour embarrasser MM. Trudeau et Mulcair, qui sont Québécois, la campagne électorale pourrait choisir d’ignorer cette question qui ne se pose pas véritablement avant 2018.

Au Québec

Sur la scène québécoise, l’événement se matérialise dès ce mardi par la présence du nouveau chef de l’opposition officielle au Salon bleu et ce premier événement marque le début d’une série d’affrontements qui pourraient se révéler épiques.

En parallèle, le 26 mai, la Commission des institutions entendra le témoignage du commissaire à l’éthique et à la déontologie, Jacques Saint-Laurent, qui a formulé deux recommandations  liées de manière évidente à la situation du député de Saint-Jérôme.

Le commissaire propose que l’on précise les instructions qu’un élu peut transmettre au tuteur d’une fiducie sans droit de regard. Par exemple, l’élu pourrait-il exiger que ses actifs ne soient pas vendus?

Jacques Saint-Laurent recommande aussi de modifier la loi pour faire face à des cas exceptionnels. Ainsi, il suggère que la loi s’applique aussi à un simple député, si l’importance et la nature de ses actifs peuvent le placer régulièrement en situation alléguée de conflits d’intérêts.

Le témoin suivant, le 2 juin, sera le jurisconsulte de l’Assemblée nationale, Claude Bisson, dont les commentaires auprès des médias ont été critiqués par Pierre Karl Péladeau. La commission parlementaire devrait aussi entendre, au mois d’août, croit-on, le Centre d’études des médias de l’Université Laval qui conduit une recherche sur ce sujet.

Ce n’est probablement que le début, et il faut prévoir que les autres formations politiques vont chercher à faire durer le supplice. Puisque les élections sont encore loin, la précipitation est inutile. Ce sont les premières étapes d’un long processus qui pourrait mener à des modifications législatives. Le gouvernement libéral pourra contrôler l’exercice de bout en bout avec, fort probablement, la collaboration de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire.

À visage découvert

Il est tout de même ironique que la question éthique sur les relations entre le pouvoir politique et la propriété (ou le contrôle) des médias se pose pour le Parti québécois. Les souverainistes ont toujours jugé qu’ils étaient systématiquement désavantagés sur la scène médiatique.  Encore en 2014, on l’a beaucoup entendu.

Bien des souverainistes croient que la famille Desmarais et le groupe Power Corporation jouent, en toute impunité, un rôle politique et médiatique majeur depuis des décennies au Québec. Selon eux, les propriétaires de La Presse ont utilisé leur pouvoir médiatique pour transformer le Parti libéral en un faire-valoir de leur vision du monde, au sein de laquelle le Québec est une province. Dans l’esprit de ces souverainistes, Pierre Karl Péladeau ne représente qu’une forme de rattrapage, à peine l’amorce d’une équité, et qu’ils sont encore bien loin du compte.

La véritable différence, à leur avis, c’est que Pierre Karl Péladeau agit à visage découvert. Il se présente, il est candidat, « il met sa face sur un poteau », et il ne se cache pas dans un luxueux domaine perdu, occupé à tirer les ficelles comme d’habiles marionnettistes, tel que le veut un certain imaginaire péquiste.

Ce point de vue a été lu et entendu à maintes reprises depuis des années, il est à la fois très présent parmi les militants et jamais véritablement contesté au sein du PQ.

Québecor contrôle, dit-on, 40 % de l’espace médiatique au Québec.

Or, pour nombre de souverainistes, ça veut surtout dire que 60% de l’espace médiatique est contrôlé par des médias fédéralistes.

Alors, voilà Pierre Karl Péladeau, celui qui a été propriétaire des quotidiens Sun et de la chaîne Sun News, qui se fait désormais le chantre de la souveraineté du Québec et qui est devenu le chef du Parti québécois et de l’opposition officielle.

Ce n’est vraiment pas banal.

Ses partisans se réjouissent de voir Pierre Karl Péladeau monter au front, sans artifice ni dissimulation. Ce qui, évidemment, ne l’immunise pas contre les risques de conflits d’intérêts.

Octobre 2018

Aujourd’hui, Pierre Karl Péladeau fera son entrée à l’Assemblée nationale à titre de chef de l’opposition officielle. Un poste qu’il occupera au moins pour les trois prochaines années. Mais en ce mardi 19 mai 2015, 35 ans moins un jour après le référendum du 1980, il posera une première question au premier ministre Philippe Couillard.

D’une durée maximale de 1 minute 30 secondes, cette question principale n’est importante que dans la mesure où elle est une première étape vers les élections générales d’octobre 2018, qui s’annoncent déjà historiques.

 Et, pour l’heure, tout indique que le périple qui nous mènera vers ce scrutin promet d’être absolument passionnant.

Catégorie: Québec

Un an plus tard, les partis d’opposition

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 publié le 10 avril 2015 à 15 h 33

Le Parti québécois

La défaite électorale du Parti québécois le 7 avril 2014 est probablement un jalon davantage qu’une étape dans l’histoire politique du Québec. Surtout que le scrutin de 2018 pourrait se révéler bien plus déterminant.

Il demeure que dans la foulée des résultats de 2014, une question lancinante s’est immédiatement imposée sur la capacité du Parti québécois de former à nouveau à lui seul une majorité parlementaire.

Après la période Charest, le gouvernement Marois s’est donc fait étriller par un Philippe Couillard pas si expérimenté, au style un peu guindé, avec son propre passif fait d’Arabie saoudite, de compte bancaire dans un paradis fiscal, d’Arthur Porter et d’un départ peu élégant en politique.

À cette question sur la majorité parlementaire s’ajoute une autre, qui pèse sur le parti depuis déjà longtemps, sur sa capacité de remporter un référendum sur la souveraineté du Québec.

Or, avec ces deux questions, c’est à la fois la survie et la raison d’être du Parti québécois qui sont en cause.

La première conséquence concrète de la défaite de 2014, la démission de Pauline Marois, a précipité le parti dans un circuit de montagnes russes qui ne prendra pas fin avec l’élection d’un nouveau chef en mai prochain.

Celui qui a été déclaré le favori avant même le déclenchement officiel de la course à la direction est une personnalité déjà controversée qui a fait son entrée dans le débat politique par l’entremise du sujet le plus chaud au Canada depuis 50 ans, l’indépendance du Québec.

L’impact de la candidature de Pierre Karl Péladeau est tel que, peu importe le résultat, le Parti québécois sortira transformé de cette course.

Dans un pareil contexte, l’opposition officielle fait comme elle peut, du mieux qu’elle peut. Stéphane Bédard était le meilleur choix comme chef intérimaire et il parvient à tirer son épingle du jeu, même s’il n’est pas là pour gagner. Sa fonction primaire est d’engager le siège contre le gouvernement libéral. Le prochain chef poursuivra le travail de sape jusqu’aux élections. Pour le moment, il y a des jours meilleurs que d’autres. En moyenne, le résultat est tout à fait défendable.

Je me dois de rappeler que le dernier gouvernement majoritaire péquiste à siéger à l’Assemblée nationale a été celui de Lucien Bouchard, élu à l’arraché le 30 novembre 1998, malgré une pluralité de voix pour le Parti libéral.

La Coalition avenir Québec            

Au tour maintenant de Gérard Deltell de quitter la Coalition avenir Québec (CAQ), après le douloureux départ de Christian Dubé.

C’est sans doute le sort prévisible et ingrat d’un parti qui forme la deuxième opposition à l’Assemblée nationale. D’autant que cette formation politique, créée sous l’impulsion d’un seul homme, offre un espace limité à ceux qui veulent se déployer dans ses rangs. La seule véritable zone d’influence dans ce parti est celle qui s’est créée autour de son chef, François Legault. À la CAQ, si vous n’avez pas la confiance de M. Legault ou de son ami et directeur de cabinet Martin Koskinen, il vaut peut-être mieux se faire voir ailleurs.

Depuis quelques mois, la CAQ a entrepris un virage qualifié d’identitaire, auquel s’ajoute une dimension sécuritaire. Nouvelle politique d’immigration, nouvelle approche face à la liberté d’expression et appui au projet de loi C-51 du gouvernement Harper. La CAQ semble vouloir occuper une partie de l’espace abandonné par le Parti québécois depuis que la Charte des valeurs a été, pour une part, reléguée aux oubliettes. Les assises de ses propositions semblent s’appuyer davantage sur des sondages que sur des fondements idéologiques solides.

Par ailleurs, à la période de questions, François Legault insiste inlassablement sur l’écart de richesse entre le Québec et le reste du Canada, surtout l’Ontario. Jusqu’à présent, cela n’a guère porté ses fruits. Mais, en politique, à force de taper sur le même clou, il arrive que l’on parvienne à imposer ses priorités.

Québec solidaire

On oublie que Québec solidaire (QS) n’a connu qu’une faible croissance d’un point de pourcentage entre l’élection de 2012 et celle de 2014, passant de 6 % à 7 % du vote populaire. L’élection de Manon Massé a été bénéfique, mais il n’est pas clair que QS a tiré les leçons de ce dernier scrutin. Si c’est le cas, ce n’est pas particulièrement perceptible.

Un prochain congrès qui aura lieu ce printemps offrira peut-être davantage de réponses. Car ce résultat soulève, encore un an plus tard, plusieurs questions. En voici quelques-unes :

  • Si QS, un parti de gauche, veut prendre le pouvoir, ne doit-il pas aussi chercher à gagner le centre?
  •  Si oui, comment y parviendra-t-il? Au prix de quels compromis?
  •  Si la réponse est non, alors que devrait-il faire? Doit-il demeurer sur ses positions au risque de rester très longtemps dans l’opposition?

À trois députés, la capacité d’intervention de Québec solidaire à l’Assemblée nationale est limitée.

En outre, l’avenir de Françoise David – 67 ans – et d’Amir Khadir – qui combine le travail de député à temps plein et de médecin à temps partiel depuis bientôt sept ans – fait souvent l’objet de rumeurs, gracieusement alimentées par le Parti québécois.

Première année difficile

Cette première année a été difficile pour tous les partis d’opposition, et c’est compréhensible. L’important pour eux, avant tout, sera d’être en plein contrôle dans la dernière année du mandat. D’ici là, et comme les 12 derniers mois n’ont pas été très édifiants, ils devront accomplir leur rôle de loyales oppositions.

Face à la faiblesse relative des oppositions, le premier ministre Couillard ne devrait pas s’étonner de la vigueur de la presse parlementaire à l’endroit de son gouvernement. Cela s’inscrit dans le cours normal d’une société démocratique.

 

Catégorie: Élections Québec, Élections Québec 2014, Québec

La tension entre journalistes et politiciens est une chose courante. Elle est même souhaitable. De cette tension naît parfois la vérité. De cette tension jaillit parfois le fond de la pensée des politiciens.

Il arrive souvent que nous devions répéter la même question, une, deux, trois ou quatre fois avant d’obtenir une réponse qui va au-delà de la langue de bois.

Dans les points de presse officiels, la règle généralement acceptée est que les journalistes posent deux questions. Nous aimerions évidemment en poser plus, mais nous comprenons que tous nos collègues veulent aussi en poser, alors nous acceptons la règle avec résignation. Les politiciens se prêtent aussi parfois à l’exercice d’une entrevue en tête à tête où nous nous sentons comme un affamé devant un buffet.

Ce qui nous amène à Pierre Karl Péladeau. Dans son dernier point de presse, où il divulguait les contours de son programme économique, M. Péladeau a voulu limiter à une le nombre de questions par journaliste.

Ça a donné lieu à ce moment un peu surréaliste de 3 minutes, où le langage corporel de M. Péladeau parle tout autant que les mots qu’il prononce.

Catégorie: Québec

Citizen Péladeau?

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 publié le 7 février 2015 à 20 h 04

La question est de Pierre Céré, le seul candidat de la course à la direction du Parti québécois qui n’est pas député : est-ce que « citizen Péladeau » est en train de s’acheter un parti politique?

L’expression « citizen Péladeau » fait évidemment référence au film d’Orson Welles Citizen Kane, considéré comme l’un des plus importants de l’histoire du cinéma. Le personnage principal de ce film est un magnat de la presse, Charles Foster Kane, inspiré par le parcours de véritables barons de presse aux États-Unis.

Le candidat Céré a un peu regretté cette image. Il a dit ensuite que c’était une blague, car elle implique que le Parti québécois est à vendre, une affirmation qui aurait pu irriter les militants. Mais il n’a pas reculé sur la critique qu’il a formulée à l’endroit de l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Il demeure qu’il est assez facile de tracer des parallèles entre le « citizen Kane » et le citoyen Péladeau.

Les deux sont des propriétaires de médias et, d’emblée, cela soulève la question sur leur statut de citoyen, de citoyen ordinaire, de citoyen comme les autres. Le sous-entendu du titre du film est que Kane, compte tenu de sa richesse et du contrôle qu’il exerce sur la société avec son entreprise de presse, n’est pas un simple citoyen. Cette question est au coeur de la course à la direction au PQ et, si M. Péladeau l’emportait, il est certain que les autres partis à l’Assemblée nationale chercheront à remettre cette question litigieuse à l’avant-plan.

Le film lève aussi le voile sur la vie privée de Kane. Le citoyen Péladeau n’a pas besoin d’un réalisateur comme Orson Welles pour exposer sa vie privée, Facebook convient parfaitement aux besoins de la mise en scène avec sa future femme, avec ses enfants. Ici, la vie privée devient partie intégrante de l’engagement public et du marketing politique du candidat. Il a évoqué lui-même, à la surprise de tous, l’état de ses relations avec l’animatrice Julie Snyder le jour même où il annonçait son entrée en politique, le 9 mars dernier à Saint-Jérôme.

Charles Foster Kane était un idéaliste qui s’est transformé en un homme obnubilé par le pouvoir et par son intérêt personnel. Dans le cas de M. Péladeau, le cheminement paraît plus complexe. Il aurait adhéré, dit-on, à des idées d’extrême gauche dans ses jeunes années avant de faire son entrée dans l’entreprise de son père. Ses plaidoyers contre le modèle syndical québécois au moment où il était PDG de Québecor ont contribué à façonner son image d’homme d’affaires intransigeant.

Aujourd’hui, il est député du Parti québécois, il veut en devenir le chef et dit en substance qu’il entend se consacrer au bien commun.

Le personnage Kane se lance en politique, dans ce film paru en 1941, et l’expérience se révèle malheureuse. C’est d’ailleurs la vie privée du « citizen Kane » qui vient contrecarrer ses ambitions politiques.

Pierre Karl Péladeau a remporté son élection dans Saint-Jérôme. Mais sa candidature – et la gestion de celle-ci par le PQ – a joué un rôle prépondérant dans la défaite humiliante de sa formation politique.

Au Conseil national à Laval, Pierre Karl Péladeau a offert bien peu de substance aux militants en faisant fi, dans son allocution, des questions qui avaient été soumises aux candidats. Il n’a d’ailleurs suscité qu’un enthousiasme tiède parmi les centaines de délégués présents.

Un sondage publié le matin même lui assure une avance considérable sur ses adversaires… au sein du Parti québécois. Face au chef libéral Philippe Couillard, M. Péladeau se retrouve à égalité (à 32 %), en perte de vitesse par rapport au dernier sondage.

Or, le député de Saint-Jérôme n’a encore présenté aucune position politique précise, sinon qu’il s’est contenté de multiplier sur les réseaux sociaux des dénonciations passablement virulentes contre l’action du gouvernement libéral qui cherche, selon ses dires, à détruire le modèle québécois.

Ce sondage Léger/Le Devoir/Le Journal de Montréal, en apparence très favorable pour Pierre Karl Péladeau, ressemble plutôt à une mauvaise nouvelle pour le favori dans cette course et pour sa formation politique.

De un, il semble que M.Péladeau aurait atteint le sommet de sa popularité parmi les Québécois (-4 points de pourcentage) et parmi les membres du Parti québécois (-5). Un prochain sondage permettra de voir si la tendance se confirme. Quant au Parti québécois, il se retrouve aujourd’hui à égalité avec la Coalition avenir Québec. Mais, ce qui est le plus déprimant pour le PQ, c’est que le plus populaire des candidats à la direction n’est même pas en mesure de faire miroiter la possibilité d’une majorité parlementaire, avant même qu’il ne soit mis à l’épreuve et surtout sans avoir présenté de programme politique.

Ce sondage confirme encore une fois les interrogations et les inquiétudes qui hantent le Parti québécois depuis les élections de 2012 sur la capacité du parti de René Lévesque de former de nouveau un gouvernement majoritaire.

Les membres du Parti québécois devront évaluer si le citoyen Péladeau pourrait offrir une réponse adéquate aux difficultés qui affligent le Parti québécois. Pour le moment, il paraît être « le moins pire » des candidats dans le sens où les obstacles qui sont désormais posés sur la route du PQ vers le pouvoir semblent plus difficiles que jamais à surmonter.

Catégorie: Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie: Québec

La direction du Parti québécois, une course?

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 publié le 27 août 2014 à 18 h 09

La possibilité de permettre à tous les Québécois de voter dans la course à la direction du Parti québécois a peu de chances de se matérialiser. Malgré l’appui du président du Comité national des jeunes du PQ, Léo Bureau-Blouin, cette idée de « primaires ouvertes » a subi un échec parmi les jeunes péquistes.

Le Conseil national des présidents du PQ se réunira le 4 octobre pour déterminer les règles de la course à la direction. Mais pour changer la constitution, comme l’exigeraient des « primaires ouvertes », il faudra que les deux tiers des participants appuient cette initiative et qu’un congrès ait lieu avant la course à la direction. Sans être impossible, cela paraît bien peu probable.

La liste des candidats potentiels, qui cachent à peine leurs intentions, est déjà longue. Pourtant, un grand nombre de candidatures risque de favoriser l’élection de Pierre Karl Péladeau, de loin le candidat potentiel le plus connu.

Le propriétaire de Québecor refuse de confirmer ses intentions, mais y a-t-il quelqu’un au Québec qui croit que M. Péladeau s’est joint au Parti québécois pour s’en tenir à la fonction de député de Saint-Jérôme?

Il y aura une course, avec beaucoup de participants, semble-t-il. Mais est-ce que ce sera une véritable course?

En fait, il est difficile d’imaginer que Pierre Karl Péladeau ne deviendra pas le prochain chef du Parti québécois. Compte tenu de la situation difficile dans laquelle se retrouve le mouvement souverainiste, comment les militants du Parti québécois pourront-ils résister aux attraits d’une candidature comme celle de Pierre Karl Péladeau?

Avec la présence de M. Péladeau, le débat gauche-droite promet de devenir un axe important de cette course, comme l’évoque mon collègue Michel C. Auger dans ce blogue.

Toutefois, l’article 1 sur la souveraineté du Québec sera aussi au coeur de cette course. Il y aura des pressés et des moins pressés.

Dans quel camp Pierre Karl Péladeau se rangera-t-il?

La réponse à cette question pourrait avoir des conséquences importantes sur l’avenir du Québec.

Si Pierre Karl Péladeau affirme que la souveraineté du Québec n’est possible que lorsque les finances publiques seront saines, c’est un retour aux conditions gagnantes. Et cela reporte plutôt loin la possibilité d’un référendum.

Si Pierre Karl Péladeau met l’indépendance du Québec au premier plan et qu’il remporte cette course à la direction, le thème de la souveraineté pourrait devenir un élément central des prochaines élections en 2018.

Catégorie: Québec

Ouvrir la porte à l’austérité

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 publié le 4 juin 2014 à 20 h 30

Si j’étais le vérificateur général, je dirais probablement que le premier budget du gouvernement Couillard est ambitieux.

Je vous rappelle que dans le dictionnaire du VG, « ambitieux » veut dire que les cibles budgétaires sont difficiles à atteindre.

Ces cibles du budget Leitao sont de limiter la croissance des dépenses globales à 1,9 % et 1,3 % pendant les deux prochaines années. Une seule fois, ces dernières années, on est passé « proche » de cette cible. Les dépenses avaient augmenté de 2,5 % et c’est le… PQ qui était au pouvoir!

Le contrôle des dépenses est le pivot du retour à l’équilibre budgétaire, prévu l’an prochain. Cette année, 90 % des efforts budgétaires dépendent des restrictions des dépenses. Ce sera 95 % l’an prochain.

Pour y arriver, le gouvernement veut notamment diminuer les dépenses administratives, réviser les programmes, réviser la fiscalité, diminuer les montants consentis à des organismes. Ces efforts correspondent à des milliards de dollars cette année et l’an prochain.

Le ministre Leitao parle d’un budget de transition, prudent et sérieux. Il ajoute même une note d’espoir, évoquant un proverbe portugais (M. Leitao est originaire du Portugal) : « L’espoir entre toujours par la porte que l’on a laissée ouverte. »

À première vue, la porte que M Leitao a ouverte aujourd’hui, c’est celle de l’austérité.

Catégorie: Québec

Le bon père de famille

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 publié le 3 juin 2014 à 18 h 37

Le vérificateur général du Québec a déposé son analyse des finances publiques à l’Assemblée nationale.

Il fait deux constats :

- si rien n’est fait, le déficit du gouvernement en 2014-2015 atteindrait 5,673 milliards de dollars plutôt que 1,75 milliard tel qu’annoncé dans le budget Marceau;

- si rien n’est fait, la croissance des dépenses de programmes ne sera pas de 2 % tel qu’annoncé dans le budget Marceau, mais de 6,7 %.

Ces augmentations de déficit et de croissance des dépenses sont évidemment théoriques. En cours d’année, le gouvernement fait des arbitrages et refuse des demandes de dépenses pour atteindre ses objectifs. C’est d’ailleurs la défense invoquée par l’ancien ministre des Finances Nicolas Marceau.

Mais au-delà des chiffres, le vérificateur général reproche au gouvernement Marois de ne pas avoir été transparent avec les Québécois. Il aurait dû, selon lui, leur dire qu’il devait trouver 4 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs. Il laisse aussi entendre que, non seulement il aurait dû parler des 4 milliards, mais en plus il aurait dû dire comment il l’aurait trouvé.

Le VG refuse de dire que le gouvernement a caché des informations, il dit plutôt que le portrait présenté était « très incomplet ». Rappelez-vous, le vérificateur pèse toujours ses mots. Quand les cibles budgétaires sont irréalistes, il dit qu’elles sont « ambitieuses ».

Bref, le vérificateur général aurait voulu que le gouvernement se comporte en bon père de famille. Vous savez, le père de famille qui sait que ses enfants veulent aller à Disneyland, le père de famille qui sait qu’il faut changer l’auto, le père de famille qui aimerait bien un nouveau barbecue, mais le père de famille qui sait qu’il n’a pas les moyens et qui sait que s’il veut tout ça, il devra faire des choix.

Ce bon père serait transparent avec sa famille. Il lui expliquerait les enjeux des décisions à venir et des choix à faire.

Le vérificateur pense que le gouvernement Marois n’a pas été un bon père de famille. La bonne nouvelle pour le PQ, c’est que le rapport du VG ne vivra que 24 heures dans l’espace public. Demain, c’est le premier budget du gouvernement Couillard qui attirera toute l’attention!

Catégorie: Québec

Exit Girard? Pas si vite!

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 publié le 30 mai 2014 à 15 h 36

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral, les journalistes spéculent sur le congédiement à venir de hauts dirigeants de sociétés d’État ou d’organismes publics, nommés par le gouvernement péquiste.

Deux noms reviennent régulièrement : Mario Laprise de la Sûreté du Québec et Nicolas Girard de l’Agence métropolitaine de transports (AMT) et ancien député du Parti québécois.

Je ne sais pas ce qu’il leur arrivera, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, Nicolas Girard s’est acheté quelques mois de sursis. Non pas parce que le ministre des Transports Robert Poëti est devenu son nouveau meilleur ami après deux réunions de travail. Pas non plus parce que le gouvernement a pardonné à M. Girard son passé de « pourfendeur » de Tony Tomassi à l’Assemblée nationale.

Non, c’est plutôt parce que les policiers ont amassé, grâce à M. Girard, des informations troublantes, préoccupantes et fascinantes sur son prédécesseur à l’AMT, Joël Gauthier.

M. Gauthier est un ancien directeur général du PLQ, nommé à l’AMT en 2003 avec l’arrivée au pouvoir de Jean Charest.

Le document policier ayant servi à obtenir un mandat de perquisition à l’AMT est renversant.

Financement illégal, billets de spectacle et de hockey gratuits, cadeaux, etc. En voulez-vous, en v’là!

Ce n’est pas tout : on apprend que M. Gauthier aurait voulu faire remplacer des téléphones cellulaires « tombés dans un verre d’eau ». Non seulement ça, mais il aurait demandé à une adjointe de détruire un autre téléphone cellulaire à coups de talon. Voulait-il détruire des preuves, on peut se poser la question.

Le problème, c’est qu’aucun talon, aucun verre d’eau ne pouvaient effacer les données des téléphones cellulaires. Elles étaient stockées dans le serveur de l’AMT!

Arrêtez, on n’en peut plus.

Il est important de préciser que M. Gauthier n’est accusé de rien, le document policier n’est qu’une dénonciation.

Mais revenons à Nicolas Girard. C’est lui qui aurait constaté ces irrégularités alléguées, c’est lui qui aurait mis les policiers sur le coup.

Le congédier maintenant pourrait être vu comme une vendetta.

On ne congédie pas un dénonciateur, même s’il est péquiste, même s’il est le pourfendeur d’un ancien ministre libéral.

Ça paraît mal…

Catégorie: Québec