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Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

Catégorie: Québec

Automne chaud

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 publié le 3 septembre 2014 à 7 h 44

Les vacances sont finies. Je ne suis pas le seul à retourner au bureau à en juger par le trafic ce matin. Oui, oui, amis montréalais! Il y a du trafic à Québec. Rien de comparable à votre enfer, je vous l’accorde, mais quand même.

Pare-chocs à pare-chocs pour entrer en ville, la pression monte, j’ai si hâte de retrouver le bureau…

Il est toujours aussi « bien climatisé », ce bureau que je retrouve. D’ailleurs, l’humidité n’est pas censée partir en septembre? En tout cas, il fait (encore) chaud.

Remarquez, peut-être que cette chaleur vient du bureau du premier ministre, dans l’immeuble à deux pas de celui de la Tribune de la presse.

Parce que le gouvernement de M. Couillard va avoir un automne chaud, que l’humidité continue ou non de s’accrocher. N’en doutez pas…

Déjà, les employés municipaux sont rouges de colère à cause de la réforme de leurs régimes de retraite. Ils veulent rallier les fonctionnaires provinciaux, les employés d’universités et autres syndiqués « publics » à leur cause.

Et puis, l’exercice de « réingénierie » commence.

« Quoi?, dites-vous. Réingénierie? »

Oui oui, « réingénierie », c’est un vieux terme qui date de 2003.

À l’époque, le premier ministre Charest voulait faire à peu près la même chose que ce que le gouvernement de Philippe Couillard veut faire en… 2014. M. Charest avait reculé quand le parvis de l’Assemblée nationale devenait un lieu de manifestations quotidiennes.

« Réingénierie », c’est un mot qu’on n’utilise plus. Mais dans le fond, c’est la même chose.

Aujourd’hui, le président du Conseil du Trésor dit qu’il faut faire le « ménage » dans les programmes, dans la façon de faire du gouvernement. Ce terme-là, il ne vient pas de Jean Charest, il vient de François Legault, de la CAQ. Il aurait dû enregistrer les droits sur ce mot-là.

Peu importe la sémantique, le gouvernement prépare le terrain. Consultation publique sur le web, consultations en privé des « intervenants du milieu » (lire groupes de pression), travaux de deux commissions, une sur les programmes, l’autre sur la fiscalité.

Les choix seront difficiles. On verra si le gouvernement va jusqu’au bout de ses convictions, s’il remet en question le « modèle québécois » en éliminant certains programmes. Mais une chose est sûre, les décisions feront grincer des dents, provoqueront la colère, feront monter la pression, feront monter la chaleur…

L’automne sera chaud, je vous dis…

Catégorie: Québec

Une des conséquences des événements de lundi dernier à l’hôtel de ville de Montréal a probablement été la prise de conscience par le gouvernement Couillard de la très forte mobilisation des syndiqués municipaux. Et même si les chefs syndicaux ont soutenu qu’ils ne contrôlaient pas leurs membres, il est difficile de croire que la démarche n’était pas intentionnelle, à deux jours de la commission parlementaire sur le projet de loi 3.

Que cela ait été planifié ou pas, le premier ministre Philippe Couillard est aujourd’hui plus à même de comprendre que cette question des retraites est loin d’être secondaire pour les employés municipaux. Même que pour les policiers et les pompiers, à l’instar des militaires, le régime de retraite est un élément central de leur culture du travail.

Bien sûr, tout le monde convient – les syndicats eux-mêmes le disent officiellement – qu’il était inacceptable que les syndiqués perturbent le conseil municipal de Montréal.

En outre, la plupart des journalistes ont conclu que les syndicats avaient perdu la bataille de l’opinion publique. Cela est possible, même probable. Mais en matière de relations de travail, le rôle de l’opinion publique n’est pas nécessairement déterminant. En fait, il est très rare que les luttes syndicales bénéficient de l’appui du grand public et des grands médias. Cela n’a pas empêché les syndicats d’enregistrer des gains historiques importants.

Si on pense plus précisément aux cols bleus, surtout aux pompiers et aux policiers, ces corps d’emploi comptent parmi les plus militants et les plus coriaces.

Ce n’est pas pour rien que nous nous retrouvons dans la situation actuelle. Les employés municipaux ont été très efficaces dans leurs revendications. Et aussi, selon les municipalités, parce que le système d’arbitrage exécutoire pour les policiers et les pompiers aurait favorisé une spirale inflationniste.

À ce propos, ce système d’arbitrage exécutoire va demeurer en vigueur. Alors, est-ce que dans 10 ans, 20 ans, ce système recréera le problème de solvabilité des régimes de retraite?

Les policiers et les pompiers de Montréal ont mené une courte grève en 1969. Ironiquement, l’un des éléments qui ont mené ce débrayage illégal, c’est l’adoption d’une loi à Québec qui permettait à la Ville de Montréal de suspendre temporairement ses cotisations aux régimes de retraite de ses employés. Dans les mois qui ont suivi, des décisions arbitrales jugées négatives par les policiers et les pompiers les ont convaincus de faire la grève. Cette grève, déclenchée le 7 octobre 1969, a marqué les esprits : un million de dollars en dommage, deux morts, une série de vols qualifiés et l’armée canadienne qui est venue assurer l’ordre à Montréal.

Ce rappel historique me paraît utile. Quarante-cinq ans plus tard, le gouvernement Couillard intervient sur une question cruciale pour ces travailleurs qui ont le sentiment que le gouvernement et les municipalités veulent renier un contrat conclu de bonne foi. Pour eux, c’est à la limite un bris de LEUR contrat social.

Les syndiqués ont fait une démonstration de leur mobilisation lundi à Montréal, une démonstration condamnable sans aucun doute, mais elle permet désormais au gouvernement Couillard de mesurer l’ampleur de l’affrontement qui s’engage avec le monde syndical.

Et comme son gouvernement a fait part de son intention d’intervenir dans les régimes de retraite à prestations déterminées des universités et du secteur privé, c’est loin d’être terminé. En réalité, cela vient à peine de commencer.

Catégorie: Québec

Le XIe commandement

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 publié le 28 avril 2014 à 16 h 41

« Tu ne vas pas dans la rue et tu acceptes simplement les modifications qui doivent être faites. »

Cette phrase de Claude Montmarquette, un des deux économistes envoyés au chevet de l’État québécois par Philippe Couillard, sera peut-être à l’image des 54 mois de gouvernance accordés au Parti libéral du Québec.

Cet énoncé se conçoit encore mieux lorsqu’on l’associe à cette déclaration du nouveau premier ministre faite la veille sur le même sujet : « Ce que j’annonce aujourd’hui, c’est un début. Ce n’est même pas le début de la fin, même pas la fin du début. On est rendu au début d’une action qui s’échelonne sur tout un mandat. »

La « restructuration » et les « décisions difficiles » seraient désormais de mise pour l’État québécois.

Pourtant, est-ce bien ce dont nous a parlé Philippe Couillard en campagne électorale?

Le nouveau premier ministre s’apprêterait-il à réaliser ce que le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’était engagé à faire?

Les compressions dans la bureaucratie des ministères de l’Éducation et de la Santé, évoquées par le chef libéral, se sont-elles transformées en un réexamen complet du fonctionnement de l’État québécois?

Le premier ministre Couillard a affirmé lors de son premier point de presse que la transparence serait la pierre d’assise de son gouvernement.

Or, si les compressions majeures qu’il laisse entrevoir s’avèrent, il faudra se demander de quelle transparence Philippe Couillard a personnellement fait preuve au cours de ces 33 jours de campagne électorale.

Il est possible que cette menace urgente de réduction de l’État ne soit que poudre aux yeux, pour faire accepter facilement un moindre mal.

ll est aussi possible que ces mesures soient nécessaires.

Toutefois, ce n’est pas de cette façon que Philippe Couillard s’est adressé aux Québécois. Ce n’est pas ce qu’il leur a dit.

Et, maintenant, voilà qu’un de ceux qu’il a dépêchés pour établir un diagnostic de nos finances publiques commande aux Québécois de ne pas aller dans la rue et d’accepter ce qui doit être fait, même si les principaux intéressés n’ont pas eu le courage de leur parler, ni de l’importance du problème, ni de l’ampleur des solutions qui seraient mises en oeuvre.

Catégorie: Québec

Il n’y aura ni tambours ni trompettes, et encore moins de photos de cette première poignée de main, car il n’y a jamais de prise d’images quand le PM Harper rencontre un homologue provincial. Même l’heure précise de la rencontre est gardée presque secrète. Cette première prise de contact entre Philippe Couillard, nouveau premier ministre du Québec, et Stephen Harper, n’en est pas moins fort attendue.

L’ironie, bien sûr, c’est que pour toute l’importance stratégique qu’on accorde à cette rencontre privée, on déploie tout autant d’efforts pour en minimiser les attentes. Un geste important certes, mais qui ne risque pas de se solder par de grandes annonces. Là n’est pas l’objectif, dit-on en coulisse. Ce n’est pas dans le cadre d’une rencontre de 30 à 45 minutes que les deux hommes sont susceptibles de régler le sort des relations Québec-Ottawa. Mais ça demeure l’occasion d’établir un premier contact, de jeter les bases d’une éventuelle relation.

Au bureau du premier ministre, par la bouche de l’attaché de presse de Stephen Harper, Carl Vallée, on se contente de dire : « Le gouvernement a pris acte des résultats du 7 avril, nous sommes là pour appuyer le nouveau gouvernement qui a fait de l’emploi et l’économie ses priorités. Il s’agit de voir comment nous allons collaborer. »

À 18 mois des élections fédérales, face à un nouveau partenaire, il est bien évident que les conservateurs voudraient bien profiter de l’arrivée d’un nouveau gouvernement fédéraliste à Québec pour remettre le compteur à zéro. Profiter de ce changement de garde pour rétablir un dialogue constructif et, l’espère-t-on, rebâtir des ponts avec l’électorat québécois.

Parlant de ponts, si tous sont bien conscients que le péage sur le futur nouveau pont Champlain demeurera un enjeu litigieux, qui sait si l’éventuelle stratégie maritime du gouvernement Couillard et la relance du Plan Nord n’ouvriront pas la porte à des partenariats efficaces et constructifs entre Ottawa et Québec.

Disons que ce serait bienvenu pour les conservateurs, car la liste des litiges entre les deux capitales demeure intacte et date de bien avant le gouvernement Marois. Pensez à la réforme du Sénat dont le verdict de la Cour suprême est attendu vendredi. Pensez à la destruction des données du registre des armes d’épaule qui doit également être entendu par le plus haut tribunal du pays pour ne nommer que ceux-là.

D’ailleurs, s’il y a une nomination au conseil des ministres qui n’est pas passée inaperçue à Ottawa c’est bien celle de Jean-Marc Fournier comme ministre responsable des relations intergouvernementales. S’ils laissent la chance au coureur, les conservateurs n’ont pas oublié son passage au ministère de la Justice sous le gouvernement Charest. C’est lui qui a, en quelque sorte, judiciarisé les rapports entre Québec et Ottawa. Il était à l’origine d’un premier renvoi devant les tribunaux québécois sur la réforme du Sénat (voir le jugement sans équivoque de la Cour d’appel du Québec) et sur le registre des armes d’épaules qu’il avait qualifié de « bris de démocratie ».

Il avait surtout mené la charge contre toute la réforme du Code criminel par le gouvernement Harper en venant témoigner en comité parlementaire pour reprocher aux conservateurs de « favoriser la récidive et multiplier les victimes […] La science sert à quelque chose. À un moment donné, il y a quelqu’un qui a découvert que la Terre était ronde », avait-il dit avec ironie à l’époque.

Néanmoins, malgré tous les écueils qui guettent la nouvelle relation Harper-Couillard, le nouveau premier ministre du Québec aura au moins eu un accueil plus courtois que Pauline Marois. Quelques heures à peine avant son assermentation comme première ministre, Ottawa avait mis de l’huile sur le feu du débat le plus fertile en émotions qui soit en annonçant qu’il portait la cause du registre des armes d’épaule en appel!

Le gouvernement Harper n’a pas l’intention de laisser passer la chance de renouveler ses relations avec le Québec cette fois-ci. S’il est vrai que Philippe Couillard et lui peuvent se retrouver sur le chemin économique, c’est sur un tout autre terrain qu’il pourrait envoyer un signal de bonne foi sans équivoque, en prenant la peine de consulter le nouveau premier ministre du Québec sur la nomination du prochain juge à la Cour suprême, en remplacement de Marc Nadon, dont la nomination a été annulée par le plus haut tribunal du pays en pleine campagne électorale.

Catégorie: Ottawa, Québec

Le message : l’austérité?

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 publié le 23 avril 2014 à 20 h 46

Après des jours de supputations, d’analyses, de tergiversations et de pronostics, le premier ministre Philippe Couillard a présenté son conseil des ministres.

D’abord les chiffres :

Ministres : 26

Femmes : 8

Sans expérience ministérielle : 14

Surreprésentation des régions de Montréal et Québec : 80 % des ministres viennent de ces deux régions.

Mais au-delà des chiffres, ce sont les mots du premier ministre qu’il faut retenir ce soir :

« L’heure n’est plus aux mesures marginales ou cosmétiques, le moment des décisions difficiles est venu. »

« Le bateau est au quai, la traversée sera rude, mais je sais que nous arriverons à destination. »

Ces deux phrases donnent le ton. Sans le dire, M. Couillard annonce le début de ce qui pourrait être une ère d’austérité faite de décisions douloureuses pour redresser les finances publiques.

Les services seront-ils touchés? Les tarifs augmenteront-ils? Des employés seront-ils mis à pied? On peut se poser la question.

Ces questions, le ministre des Finances Carlos Leitao et le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux devront se les poser. Et ils perdront probablement quelques heures de sommeil ces prochaines semaines à tenter d’y répondre.

Pas sûr que les Québécois aimeront les réponses…

Catégorie: Québec

Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Jour 3 : retour aux plans de match?

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 publié le 7 mars 2014 à 20 h 23

Il y a eu des turbulences le jour du lancement de la campagne électorale. Mais en ce troisième jour, les caravanes des chefs semblent avoir trouvé leur vitesse de croisière et à s’en tenir à leurs plans de match.

Mais, malgré les meilleures planifications, il y a souvent des embûches et des imprévus.

Pauline Marois a annoncé plusieurs nouvelles candidatures, dont Gyslaine Desrosiers (ex-présidente de l’Ordre des infirmières), Diane Lamarre (présidente de l’Ordre des pharmaciens) et Martine Desjardins (ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec). Trois candidates d’origine maghrébine ont aussi fait une forte impression, Yasmina Chouakri, Évelyne Abitbol et Leila Mahiout, bien qu’elles mèneront campagne dans des circonscriptions traditionnellement libérales. Ça, c’était le plan de match. La publication des statistiques sur le chômage (-25 500 emplois) est venue assombrir cette journée de la chef péquiste, qui a essuyé un barrage de critiques des partis d’opposition. Les prochaines données sur l’emploi seront publiées le 4 avril prochain, trois jours avant le scrutin.

Philippe Couillard a annoncé les détails d’une stratégie maritime. Un plan qui exige 3 milliards de dollars d’investissements publics pour permettre 4 milliards de dollars d’investissements privés. Le chef libéral multiplie les annonces de stimulation économique soutenues par l’État. Chacune de ses annonces rend plus urgente la publication du cadre financier du PLQ, question d’y voir clair parmi tous ces engagements. De cette stratégie maritime, qui s’étale sur près de 50 pages, le risque est élevé que les électeurs retiennent surtout les accusations de plagiat lancées par François Legault, qui estime que cette stratégie ressemble beaucoup à son Projet Saint-Laurent. Il était aussi très étrange de voir Philippe Couillard entouré d’une dizaine d’hommes, et d’aucune femme, lors de son annonce. Une image très étrange en cette veille de la Journée internationale des femmes.

François Legault a proposé une charte des contribuables, dont il parle depuis quelques semaines. Pour l’essentiel, il s’agit de ne pas hausser les taxes, tarifs et impôts au-delà de l’augmentation du coût de la vie. Ainsi, le chef caquiste rejette la hausse des tarifs des garderies de 9 $ en deux ans, prévue dans le budget Marceau. Ça demeure étonnant pour un parti qui proposait des hausses d’impôts substantielles en 2012 et qui ne remettait pas en cause l’importante hausse de tarifs d’électricité prévue par les libéraux à l’époque.

Françoise David a dénoncé le sous-financement des organismes communautaires, en rappelant que si on veut véritablement aider les femmes, il serait logique de financer adéquatement les organismes qui leur viennent en aide. La porte-parole de Québec solidaire a aussi dénoncé le fait que Mme Marois n’entend pas rétablir la parité entre les hommes et les femmes au conseil des ministres. Québec solidaire s’engage encore une fois à avoir au moins autant de femmes que d’hommes parmi ses candidats.

Catégorie: Élections Québec 2014

La campagne vue d’Ottawa

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 52

Les campagnes électorales québécoises sont toujours accueillies avec beaucoup de prudence à Ottawa. À cause du contexte politique bien spécifique au Québec, sa relation par moments difficile avec Ottawa, aucun parti fédéral ne veut avoir l’air de faire preuve d’ingérence dans le choix des Québécois.

Mais si la campagne qui se dessine ne fait pas exception à cette règle, la perspective d’un gouvernement majoritaire du Parti québécois force la main des partis fédéraux. Soudainement, l’enjeu de l’unité nationale, si longtemps mis de côté, reprendrait ses droits sur l’échiquier politique canadien et imposerait du même souffle un nouveau test aux chefs fédéraux.

La joute est d’autant plus intéressante qu’elle confronte chacun des partis à son lot de défis, voire de problèmes, face à l’électorat du reste du pays.

« S’il y a des faits qui sont erronés qui sont amenés pendant la campagne, je vais me faire un devoir de corriger le tir. » – Denis Lebel, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec

C’est ainsi que cette fois-ci, les ministres conservateurs n’ont pu s’empêcher de déroger un tout petit peu à leur ligne habituelle de « notre seule priorité c’est l’économie ».

Christian Paradis a pris la peine de vanter l’accord sur la main d’oeuvre conclu lundi entre son collègue Jason Kenney et la ministre Agnès Maltais. Le signe, dit-il, de la « bonne foi du gouvernement conservateur ».

Pour les conservateurs il ne suffit plus d’éviter de donner des munitions au Parti québécois. Soudainement, le parti de Stephen Harper est conscient qu’il doit se donner les moyens de convaincre le reste du Canada que malgré sa relation orageuse avec les Québécois, il est en mesure de défendre l’unité du pays. Pour un premier ministre à qui plusieurs reprochent d’avoir tourné le dos au Québec, ce n’est pas là un mince défi.

« J’ai l’intention de rester neutre. Je n’appuierai aucun, aucun parti lors de cette campagne. » –  Thomas Mulcair, chef du NPD

Voilà, c’est dit. Si le chef du NPD reste neutre pendant la campagne, c’est qu’il attend la création d’un NPD Québec, la prochaine fois. Cette neutralité offre également une belle porte de sortie pour un chef dont bien des militants, et certains députés, de l’aile plus nationaliste, ont déjà cultivé davantage d’affinités avec les partis souverainistes, comme Québec solidaire et le Parti québécois.

Mais ça ne s’arrête pas là. La question du Québec demeure une arme à double tranchant pour le NPD. D’une part, Thomas Mulcair peut vanter l’ouverture de son parti grâce à la Déclaration de Sherbrooke. Un gouvernement néo-démocrate éviterait bien des déchirements et affrontements politiques en consentant au Québec un droit de retrait avec pleine compensation de tous les programmes fédéraux dans les champs de compétence des provinces, comme la main d’œuvre.

Mais d’autre part, il doit convaincre le reste du pays que cette Déclaration de Sherbrooke n’est pas une manœuvre risquée pour l’unité nationale, puisqu’elle permettrait de reconnaître un « oui » au référendum avec une simple majorité de 50 % + 1. C’est donc tout un jeu d’équilibre et de persuasion qui s’amorce pour le NPD si le dossier de l’unité nationale devait reprendre l’avant-plan sur la scène fédérale.

D’ailleurs, il ne suffit que d’observer comment le discours de Thomas Mulcair s’est nuancé au cours des derniers jours pour voir à quel point lui et son parti naviguent avec prudence. Samedi dernier, en entrevue à l’émission radiophonique de CBC The House, il affirmait qu’une majorité péquiste entraînerait automatiquement un référendum.

« Si, tragiquement, Mme Marois obtient une majorité, je n’ai aucun doute qu’elle ira vers un référendum », a-t-il déclaré, ajoutant que c’est là « le dernier hourra de cette génération ».

N’essayez pas de lui faire répéter une telle prédiction maintenant que la campagne est déclenchée! « Moi, j’ai travaillé toute ma vie pour faire une meilleure place pour le Québec au sein du Canada, de faire en sorte qu’il y ait des conditions gagnantes pour le Canada au Québec », répète le chef néo-démocrate.

Au-delà des nuances parfois épineuses des prises de position de son parti, Thomas Mulcair mise sur son engagement dans la cause fédéraliste au Québec depuis les tous débuts pour consolider l’appui des électeurs québécois et convaincre ceux du reste du pays.

« La meilleure façon d’éviter un troisième référendum, c’est de voir M. Couillard devenir premier ministre du Québec.» Dominic Leblanc, leader parlementaire du PLC

Si on n’a pas entendu Justin Trudeau sur la question, c’est bien parce qu’il a pris une semaine de congé pour profiter de la naissance de son fils Hadrian vendredi dernier. Il a donc laissé le député acadien Dominic Leblanc monter aux barricades sur l’épineuse question québécoise.

Mais le signal des libéraux n’est pas moins clair : on appuie les « cousins » libéraux à Québec et on s’amuse à attaquer la crédibilité des adversaires néo-démocrates et conservateurs. C’est ainsi que Dominic Leblanc souligne à gros traits que « les Québécois n’ont pas énormément d’affinité avec M. Harper » et qu’il est « très révélateur que M. Mulcair soit incapable de dire qu’il cherchait une option fédéraliste comme gouvernement du Québec ».

À vrai dire, on a l’impression que le Parti libéral se sent libre de toute contrainte sur ce front. Justin Trudeau a été le premier chef fédéral à sortir contre la Charte des valeurs en août dernier. Il a encore frappé sur le clou lors de son congrès. En coulisse, bien des libéraux font le pari qu’ils seront les mieux placés pour rallier le vote fédéraliste au Québec, advenant une victoire du Parti québécois.

C’est ainsi que pour une campagne dont personne ne veut se mêler, l’élection au Québec fait beaucoup jaser ici à Ottawa. Tous se positionnent à l’avance, conscients des conséquences que pourraient avoir les résultats du 7 avril prochain sur la joute fédérale et le vote qui attend les Canadiens en octobre 2015.

Catégorie: Élections Québec 2014

Couillard 2.0

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 01

Philippe Couillard a saisi à bras-le-corps le premier jour de campagne et c’est lui qui a rapporté le drapeau à la maison. De toute évidence, le chef libéral a voulu donner un sérieux coup de barre pour ramener un PLQ qui paraît en dérive en raison des égarements de son capitaine.

Avec ses attaques cinglantes et au vitriol, soutenu par un style direct, Philippe Couillard a surpris les Québécois.

En soirée, avec des militants de Québec, il a prononcé son discours sans télésouffleur, à l’aide de notes inscrites sur une couple de feuilles qu’il a à peine consultées. Son niveau de langage était nettement plus familier qu’à l’habitude. Des anglicismes, qu’il ne faisait jamais entendre, se sont glissés ici et là. Le député d’Outremont a beaucoup parlé de hockey, il a rappelé son expérience de défenseur et il a même évoqué d’anciennes blessures.

Si bien que le fil blanc avec lequel Philippe Couillard a cousu son allocution était particulièrement visible. Néanmoins, ça fonctionne.

Philippe Couillard

 

On est loin de ce discours où Philippe Couillard a présenté, en guise d’introduction, un échantillon de la pensée de Michel de Montaigne à son auditoire.

Depuis quelques mois, le chef libéral a aussi cessé de dire qu’on ne le changera pas. Non, on voit plutôt qu’il est précisément en train de changer et c’est bien normal. C’est une erreur de croire qu’on peut espérer devenir premier ministre sans passer par un inévitable processus de transformation.

Il est évident que Philippe Couillard bénéficie depuis quelque temps de conseils très professionnels en matière de communication. Depuis son élection comme chef du PLQ, il a commis, sur une base régulière, bon nombre d’erreurs sur le plan de la communication. Petites et grosses. Bien sûr, il en commet encore, mais il est beaucoup plus rare qu’elles se répètent.

Cette version 2.0 de Philippe Couillard soulève des questions. D’abord, est-elle crédible? Est-ce le véritable Philippe Couillard qui parle ainsi aux Québécois?

D’autre part, ses attaques paraissent bien féroces pour une première journée de campagne. Est-ce qu’il met trop, trop rapidement? Dans ce cas, la réponse est claire, et c’est oui.

Mais il est aussi très clair que le plan de communication actuel menait le PLQ droit vers les récifs.

Pour sa part, François Legault s’est montré, pour une deuxième journée de suite, sous son meilleur jour. Il était détendu, il maîtrisait son message. Et malgré le dur coup qu’il a encaissé, le départ inattendu de la députée Hélène Daneault, il a fait bonne figure.

Le point de presse de Françoise David, qui était accompagnée d’Amir Khadir et d’Andrès Fontecilla, a paru terne. Debout devant les caméras, sans lutrin, les trois solidaires semblaient un peu mal à l’aise. François David a dit les mots qu’il fallait, mais à l’image du slogan de Québec solidaire, ses propos semblaient surtout venir de la tête et pas tellement du cœur.

De son côté, Pauline Marois a lu une déclaration sur son télésouffleur avant d’aller à la rencontre du lieutenant-gouverneur. Et, surprise, elle n’a pas daigné accorder une conférence de presse aux journalistes de l’Assemblée nationale.

Cette décision de ne pas répondre aux questions des médias nationaux le jour du déclenchement des élections est la démonstration d’une mauvaise compréhension des responsabilités liées à la fonction de premier ministre. Répondre aux questions de la presse est l’une des principales façons pour la classe politique de rendre des comptes à la population.

Comment l’équipe de Pauline Marois a-t-elle pu imaginer qu’il n’était pas opportun pour la première ministre de répondre aux questions de la presse le jour où elle demande la dissolution de l’Assemblée nationale et qu’elle précipite le Québec en campagne électorale?

C’était peut-être une bonne stratégie de communication, même si j’en doute. Le problème, c’est que la question ne se posait pas ainsi. Ce n’était pas une question de communication. C’était une question de responsabilité et de devoir de la première ministre à l’égard de ses concitoyens.

Catégorie: Élections Québec 2014