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Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Jour 3 : retour aux plans de match?

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 publié le 7 mars 2014 à 20 h 23

Il y a eu des turbulences le jour du lancement de la campagne électorale. Mais en ce troisième jour, les caravanes des chefs semblent avoir trouvé leur vitesse de croisière et à s’en tenir à leurs plans de match.

Mais, malgré les meilleures planifications, il y a souvent des embûches et des imprévus.

Pauline Marois a annoncé plusieurs nouvelles candidatures, dont Gyslaine Desrosiers (ex-présidente de l’Ordre des infirmières), Diane Lamarre (présidente de l’Ordre des pharmaciens) et Martine Desjardins (ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec). Trois candidates d’origine maghrébine ont aussi fait une forte impression, Yasmina Chouakri, Évelyne Abitbol et Leila Mahiout, bien qu’elles mèneront campagne dans des circonscriptions traditionnellement libérales. Ça, c’était le plan de match. La publication des statistiques sur le chômage (-25 500 emplois) est venue assombrir cette journée de la chef péquiste, qui a essuyé un barrage de critiques des partis d’opposition. Les prochaines données sur l’emploi seront publiées le 4 avril prochain, trois jours avant le scrutin.

Philippe Couillard a annoncé les détails d’une stratégie maritime. Un plan qui exige 3 milliards de dollars d’investissements publics pour permettre 4 milliards de dollars d’investissements privés. Le chef libéral multiplie les annonces de stimulation économique soutenues par l’État. Chacune de ses annonces rend plus urgente la publication du cadre financier du PLQ, question d’y voir clair parmi tous ces engagements. De cette stratégie maritime, qui s’étale sur près de 50 pages, le risque est élevé que les électeurs retiennent surtout les accusations de plagiat lancées par François Legault, qui estime que cette stratégie ressemble beaucoup à son Projet Saint-Laurent. Il était aussi très étrange de voir Philippe Couillard entouré d’une dizaine d’hommes, et d’aucune femme, lors de son annonce. Une image très étrange en cette veille de la Journée internationale des femmes.

François Legault a proposé une charte des contribuables, dont il parle depuis quelques semaines. Pour l’essentiel, il s’agit de ne pas hausser les taxes, tarifs et impôts au-delà de l’augmentation du coût de la vie. Ainsi, le chef caquiste rejette la hausse des tarifs des garderies de 9 $ en deux ans, prévue dans le budget Marceau. Ça demeure étonnant pour un parti qui proposait des hausses d’impôts substantielles en 2012 et qui ne remettait pas en cause l’importante hausse de tarifs d’électricité prévue par les libéraux à l’époque.

Françoise David a dénoncé le sous-financement des organismes communautaires, en rappelant que si on veut véritablement aider les femmes, il serait logique de financer adéquatement les organismes qui leur viennent en aide. La porte-parole de Québec solidaire a aussi dénoncé le fait que Mme Marois n’entend pas rétablir la parité entre les hommes et les femmes au conseil des ministres. Québec solidaire s’engage encore une fois à avoir au moins autant de femmes que d’hommes parmi ses candidats.

Catégorie: Élections Québec 2014

La campagne vue d’Ottawa

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 52

Les campagnes électorales québécoises sont toujours accueillies avec beaucoup de prudence à Ottawa. À cause du contexte politique bien spécifique au Québec, sa relation par moments difficile avec Ottawa, aucun parti fédéral ne veut avoir l’air de faire preuve d’ingérence dans le choix des Québécois.

Mais si la campagne qui se dessine ne fait pas exception à cette règle, la perspective d’un gouvernement majoritaire du Parti québécois force la main des partis fédéraux. Soudainement, l’enjeu de l’unité nationale, si longtemps mis de côté, reprendrait ses droits sur l’échiquier politique canadien et imposerait du même souffle un nouveau test aux chefs fédéraux.

La joute est d’autant plus intéressante qu’elle confronte chacun des partis à son lot de défis, voire de problèmes, face à l’électorat du reste du pays.

« S’il y a des faits qui sont erronés qui sont amenés pendant la campagne, je vais me faire un devoir de corriger le tir. » – Denis Lebel, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec

C’est ainsi que cette fois-ci, les ministres conservateurs n’ont pu s’empêcher de déroger un tout petit peu à leur ligne habituelle de « notre seule priorité c’est l’économie ».

Christian Paradis a pris la peine de vanter l’accord sur la main d’oeuvre conclu lundi entre son collègue Jason Kenney et la ministre Agnès Maltais. Le signe, dit-il, de la « bonne foi du gouvernement conservateur ».

Pour les conservateurs il ne suffit plus d’éviter de donner des munitions au Parti québécois. Soudainement, le parti de Stephen Harper est conscient qu’il doit se donner les moyens de convaincre le reste du Canada que malgré sa relation orageuse avec les Québécois, il est en mesure de défendre l’unité du pays. Pour un premier ministre à qui plusieurs reprochent d’avoir tourné le dos au Québec, ce n’est pas là un mince défi.

« J’ai l’intention de rester neutre. Je n’appuierai aucun, aucun parti lors de cette campagne. » –  Thomas Mulcair, chef du NPD

Voilà, c’est dit. Si le chef du NPD reste neutre pendant la campagne, c’est qu’il attend la création d’un NPD Québec, la prochaine fois. Cette neutralité offre également une belle porte de sortie pour un chef dont bien des militants, et certains députés, de l’aile plus nationaliste, ont déjà cultivé davantage d’affinités avec les partis souverainistes, comme Québec solidaire et le Parti québécois.

Mais ça ne s’arrête pas là. La question du Québec demeure une arme à double tranchant pour le NPD. D’une part, Thomas Mulcair peut vanter l’ouverture de son parti grâce à la Déclaration de Sherbrooke. Un gouvernement néo-démocrate éviterait bien des déchirements et affrontements politiques en consentant au Québec un droit de retrait avec pleine compensation de tous les programmes fédéraux dans les champs de compétence des provinces, comme la main d’œuvre.

Mais d’autre part, il doit convaincre le reste du pays que cette Déclaration de Sherbrooke n’est pas une manœuvre risquée pour l’unité nationale, puisqu’elle permettrait de reconnaître un « oui » au référendum avec une simple majorité de 50 % + 1. C’est donc tout un jeu d’équilibre et de persuasion qui s’amorce pour le NPD si le dossier de l’unité nationale devait reprendre l’avant-plan sur la scène fédérale.

D’ailleurs, il ne suffit que d’observer comment le discours de Thomas Mulcair s’est nuancé au cours des derniers jours pour voir à quel point lui et son parti naviguent avec prudence. Samedi dernier, en entrevue à l’émission radiophonique de CBC The House, il affirmait qu’une majorité péquiste entraînerait automatiquement un référendum.

« Si, tragiquement, Mme Marois obtient une majorité, je n’ai aucun doute qu’elle ira vers un référendum », a-t-il déclaré, ajoutant que c’est là « le dernier hourra de cette génération ».

N’essayez pas de lui faire répéter une telle prédiction maintenant que la campagne est déclenchée! « Moi, j’ai travaillé toute ma vie pour faire une meilleure place pour le Québec au sein du Canada, de faire en sorte qu’il y ait des conditions gagnantes pour le Canada au Québec », répète le chef néo-démocrate.

Au-delà des nuances parfois épineuses des prises de position de son parti, Thomas Mulcair mise sur son engagement dans la cause fédéraliste au Québec depuis les tous débuts pour consolider l’appui des électeurs québécois et convaincre ceux du reste du pays.

« La meilleure façon d’éviter un troisième référendum, c’est de voir M. Couillard devenir premier ministre du Québec.» Dominic Leblanc, leader parlementaire du PLC

Si on n’a pas entendu Justin Trudeau sur la question, c’est bien parce qu’il a pris une semaine de congé pour profiter de la naissance de son fils Hadrian vendredi dernier. Il a donc laissé le député acadien Dominic Leblanc monter aux barricades sur l’épineuse question québécoise.

Mais le signal des libéraux n’est pas moins clair : on appuie les « cousins » libéraux à Québec et on s’amuse à attaquer la crédibilité des adversaires néo-démocrates et conservateurs. C’est ainsi que Dominic Leblanc souligne à gros traits que « les Québécois n’ont pas énormément d’affinité avec M. Harper » et qu’il est « très révélateur que M. Mulcair soit incapable de dire qu’il cherchait une option fédéraliste comme gouvernement du Québec ».

À vrai dire, on a l’impression que le Parti libéral se sent libre de toute contrainte sur ce front. Justin Trudeau a été le premier chef fédéral à sortir contre la Charte des valeurs en août dernier. Il a encore frappé sur le clou lors de son congrès. En coulisse, bien des libéraux font le pari qu’ils seront les mieux placés pour rallier le vote fédéraliste au Québec, advenant une victoire du Parti québécois.

C’est ainsi que pour une campagne dont personne ne veut se mêler, l’élection au Québec fait beaucoup jaser ici à Ottawa. Tous se positionnent à l’avance, conscients des conséquences que pourraient avoir les résultats du 7 avril prochain sur la joute fédérale et le vote qui attend les Canadiens en octobre 2015.

Catégorie: Élections Québec 2014

Couillard 2.0

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 01

Philippe Couillard a saisi à bras-le-corps le premier jour de campagne et c’est lui qui a rapporté le drapeau à la maison. De toute évidence, le chef libéral a voulu donner un sérieux coup de barre pour ramener un PLQ qui paraît en dérive en raison des égarements de son capitaine.

Avec ses attaques cinglantes et au vitriol, soutenu par un style direct, Philippe Couillard a surpris les Québécois.

En soirée, avec des militants de Québec, il a prononcé son discours sans télésouffleur, à l’aide de notes inscrites sur une couple de feuilles qu’il a à peine consultées. Son niveau de langage était nettement plus familier qu’à l’habitude. Des anglicismes, qu’il ne faisait jamais entendre, se sont glissés ici et là. Le député d’Outremont a beaucoup parlé de hockey, il a rappelé son expérience de défenseur et il a même évoqué d’anciennes blessures.

Si bien que le fil blanc avec lequel Philippe Couillard a cousu son allocution était particulièrement visible. Néanmoins, ça fonctionne.

Philippe Couillard

 

On est loin de ce discours où Philippe Couillard a présenté, en guise d’introduction, un échantillon de la pensée de Michel de Montaigne à son auditoire.

Depuis quelques mois, le chef libéral a aussi cessé de dire qu’on ne le changera pas. Non, on voit plutôt qu’il est précisément en train de changer et c’est bien normal. C’est une erreur de croire qu’on peut espérer devenir premier ministre sans passer par un inévitable processus de transformation.

Il est évident que Philippe Couillard bénéficie depuis quelque temps de conseils très professionnels en matière de communication. Depuis son élection comme chef du PLQ, il a commis, sur une base régulière, bon nombre d’erreurs sur le plan de la communication. Petites et grosses. Bien sûr, il en commet encore, mais il est beaucoup plus rare qu’elles se répètent.

Cette version 2.0 de Philippe Couillard soulève des questions. D’abord, est-elle crédible? Est-ce le véritable Philippe Couillard qui parle ainsi aux Québécois?

D’autre part, ses attaques paraissent bien féroces pour une première journée de campagne. Est-ce qu’il met trop, trop rapidement? Dans ce cas, la réponse est claire, et c’est oui.

Mais il est aussi très clair que le plan de communication actuel menait le PLQ droit vers les récifs.

Pour sa part, François Legault s’est montré, pour une deuxième journée de suite, sous son meilleur jour. Il était détendu, il maîtrisait son message. Et malgré le dur coup qu’il a encaissé, le départ inattendu de la députée Hélène Daneault, il a fait bonne figure.

Le point de presse de Françoise David, qui était accompagnée d’Amir Khadir et d’Andrès Fontecilla, a paru terne. Debout devant les caméras, sans lutrin, les trois solidaires semblaient un peu mal à l’aise. François David a dit les mots qu’il fallait, mais à l’image du slogan de Québec solidaire, ses propos semblaient surtout venir de la tête et pas tellement du cœur.

De son côté, Pauline Marois a lu une déclaration sur son télésouffleur avant d’aller à la rencontre du lieutenant-gouverneur. Et, surprise, elle n’a pas daigné accorder une conférence de presse aux journalistes de l’Assemblée nationale.

Cette décision de ne pas répondre aux questions des médias nationaux le jour du déclenchement des élections est la démonstration d’une mauvaise compréhension des responsabilités liées à la fonction de premier ministre. Répondre aux questions de la presse est l’une des principales façons pour la classe politique de rendre des comptes à la population.

Comment l’équipe de Pauline Marois a-t-elle pu imaginer qu’il n’était pas opportun pour la première ministre de répondre aux questions de la presse le jour où elle demande la dissolution de l’Assemblée nationale et qu’elle précipite le Québec en campagne électorale?

C’était peut-être une bonne stratégie de communication, même si j’en doute. Le problème, c’est que la question ne se posait pas ainsi. Ce n’était pas une question de communication. C’était une question de responsabilité et de devoir de la première ministre à l’égard de ses concitoyens.

Catégorie: Élections Québec 2014

La charte des apatrides

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 publié le 14 janvier 2014 à 6 h 20

Dès les premières rumeurs, les réactions ont été vives contre le projet de charte des valeurs. À preuve, la sortie du philosophe Charles Taylor, qui a comparé ce projet de charte à la loi anti-gaie adoptée par la Russie de Vladimir Poutine. La principale différence, selon M. Taylor, est qu’au Québec, l’interdiction des symboles religieux n’est pas inscrite au Code criminel!

Le ton était donné. Depuis, il n’a pas véritablement changé.

Une analyse de Michel Pepin

Et ce ton illustre plus qu’une division, il montre, en fait, une véritable incompréhension entre les tenants et les opposants.

Ce n’est pas que les gens ne sont pas du même avis, non, c’est plutôt qu’ils ne se comprennent pas. Les deux camps ne parlent plus le même langage.

Alors, comment ce fossé s’est-il creusé?

Et, cette ligne de fracture, provoquée par la charte des valeurs, se superpose-t-elle à d’autres lignes de division?

Depuis les origines du débat, on note que des souverainistes sont contre ce projet, que des fédéralistes y sont favorables et vice-versa, que les plus âgés manifestent davantage d’intérêt que les jeunes pour l’interdiction des symboles religieux, que des féministes sont pour, que d’autres féministes sont contre, et que les francophones y sont nettement plus favorables que les non-francophones. Pas de doute, ce projet de loi a fait bouger les lignes politiques d’une manière souvent inhabituelle.

Si la charte des valeurs a provoqué une certaine reconfiguration politique, à quoi ressemble cette nouvelle configuration et qu’est-ce qui unit, au-delà de la charte des valeurs, les pour et les contre?

La réponse à cette question n’est ni simple ni évidente.

Ce qui me paraît réunir une assez large partie de ceux qui appuient la charte des valeurs, mais pas tous, bien sûr, c’est une distance, une indifférence ou encore une désapprobation à l’égard des chartes québécoise et canadienne des droits et libertés.

La Charte canadienne, adoptée en 1982, compte de nombreux adversaires parmi les souverainistes, tandis que les fédéralistes québécois sont nombreux à ne pas accepter l’imposition de cette Constitution qui n’a jamais obtenue l’assentiment de l’Assemblée nationale.

Quant à la Charte québécoise, bien qu’elle ait été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 1975, elle n’a pas fait l’objet d’un débat réel parmi la population. Ce texte, jugé « quasi constitutionnel » parce qu’il impose des balises aux autres lois, a été présenté par le ministre de la Justice Jérôme Choquette sous les pressions répétées de la Ligue des droits et libertés.

Pour l’adoption de ces deux textes fondateurs et fondamentaux,  la population québécoise n’a jamais été consultée.

Néanmoins, il y a des Québécois qui se reconnaissent dans plusieurs aspects de ces deux chartes. Même des souverainistes reconnaîtront des vertus à la Charte canadienne, qui s’inspire, comme la québécoise, des principaux textes et traités internationaux sur les droits et libertés.

D’ailleurs, ces libertés sont chères à tous les Québécois. En cela, ils sont unis, mais l’unité s’arrête là. Ils divergent ensuite sur la légitimité et la mise en oeuvre des droits et libertés.

Selon une approche juridique, certains voient dans ces chartes la source et la justification de ces libertés dans un État de droit.

D’autres ne voient pas le lien, le rejettent, ou jugent encore que l’origine de nos droits et libertés est bien plus ancienne que ces deux textes, qui ne sont finalement qu’une tentative juridique imparfaite pour codifier nos libertés et que ces textes ne peuvent être un aboutissement définitif qu’il serait pratiquement impossible de modifier.

Bien des Québécois ne connaissent pas ou ne reconnaissent pas les balises des textes constitutionnels du Canada et du Québec.

Bon nombre de Québécois sont orphelins de constitution. Leur constitution, ils ne la connaissent pas, ils ne la reconnaissent pas, ils la rejettent ou ils la méprisent, choisissez.

Cela va au-delà d’un rejet d’un gouvernement fait de juges et d’experts, mais ça a pour conséquence le rejet des gouvernements de juges et d’experts comme les deux chartes, surtout la canadienne, ont contribué à créer.

La charte des valeurs, un débat de société

C’est un je-m’en-foutisme général qui règne au Québec à l’égard des textes constitutionnels, et cela s’explique peut-être par le peu de cas que l’on a fait de la population au moment de leur adoption.

Pour les Québécois, ni leur père, ni leur mère, ni leurs ancêtres, et encore moins eux-mêmes n’ont été consultés. Ces textes fondateurs que sont les chartes des droits et libertés n’ont jamais obtenu une véritable caution de la nation québécoise.

De là, lorsqu’il est question de respect des règles constitutionnelles et de jurisprudence en matière de liberté de religion par exemple, bon nombre de Québécois ne se sentent ni interpellés ni concernés.

La Charte québécoise de 1975 a été adoptée en douce, sous la pression d’experts, et la Charte canadienne a été entérinée dans le cadre d’un psychodrame dont les effets se font encore sentir, au Québec en particulier.

Dans ce contexte, faut-il se surprendre que le débat sur la charte des valeurs aille au-delà du désaccord et gagne le terrain de l’incompréhension?

Une constitution trace le périmètre au sein duquel peut agir un gouvernement. Une constitution, c’est la géographie politique d’un pays. Notre histoire a rendu difficile le rapport qu’entretiennent bien des Québécois, dont des fédéralistes, à l’égard de leur constitution et, par le fait même, de leur pays, dans lequel ils ne se reconnaissent pas tout à fait, voire pas du tout.

La charte des valeurs a révélé l’existence de bon nombre de ces apatrides qui voient peut-être, dans le projet de loi 60, la reconquête de certains pouvoirs que les politiques ont abandonnés aux juges, il y a déjà longtemps.

Catégorie: Québec

Au cours des deux prochains mois, dans l’immense Salon rouge de l’Assemblée nationale, le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne rencontrera tous ceux au Québec qui veulent se faire entendre sur le projet de charte des valeurs.

Oui, tous.

Depuis que ce sujet a fait son apparition en août dernier, la majorité des Québécois ont compris qu’il est risqué d’aborder la question de la charte des valeurs avec le premier venu.

C’est pourtant bel et bien ce que le ministre Drainville fera pendant au moins 200 heures de consultations.

« Je l’aborde avec ouverture et fermeté. Ouverture parce qu’il faut être prêt à attraper au vol les bonnes idées qui pourraient nous être proposées. Et fermeté, sur les principes et valeurs que nous défendons, que ce projet de charte porte. »

Les principes énoncés dans le projet de loi 60, dont l’interdiction de symboles religieux pour les employés de l’État, sont du jamais vu en Amérique du Nord. L’interdiction explicite des signes religieux n’est ni dans la culture ni dans la tradition nord-américaine.

« Notre rapport à la religion catholique colore en partie la proposition de charte », suggère Bernard Drainville pour expliquer ce qui distingue le Québec des juridictions qui l’entourent. Tout comme les liens avec la France, ajoute-t-il. Et aussi une réflexion menée depuis des années au sein du Parti québécois, notamment sous l’influence de Louise Beaudoin.

Cette charte des valeurs est dénoncée par ses opposants comme une attaque frontale aux droits et libertés. Le sociologue Gérard Bouchard a aussi accusé le gouvernement Marois de faire preuve de démagogie, de mentir pour défendre sa cause.

« Je ne reconnais pas Gérard Bouchard dans les propos qu’il tient ce matin, a répliqué Bernard Drainville. Il nous a habitué à une élévation intellectuelle que je ne retrouve pas dans ce texte-là… On frise l’attaque personnelle dans certains propos qu’il tient. Je l’invite à se ressaisir. »

Le ministre Drainville croit en outre que l’ancien député Yves Michaud allait trop loin en proposant aux adversaires de la charte de quitter le pays.

Quels risques?

Le ministre considère que « ce projet est une nécessité vitale pour notre société ». Si le gouvernement s’abstenait d’agir, il y aurait des conséquences, croit le ministre.

« Les cas d’accommodements religieux déraisonnables vont se multiplier à l’avenir… produisant des frictions, des frustrations. »

Le climat social en pâtirait si le gouvernement québécois n’intervenait pas, selon lui.

« Il y a une partie de ce que l’on propose qui vise à prévenir une escalade, une détérioration du climat social, qui vise à prévenir des tensions. »

Le facteur électoral

Bernard Drainville affirme qu’il souhaite l’adoption du projet de loi 60. Il dit ne pas tenir compte du calendrier électoral, qui pourrait néanmoins en entraver l’adoption.

« S’il n’y a pas d’élections, je pense que le processus pourra se poursuivre et on devra s’asseoir avec la CAQ et essayer d’en venir à une entente qui permette l’adoption de la charte. »

Avec les consultations sur ce projet de charte et le dépôt d’un budget déficitaire, les prochaines semaines se dérouleront sous le signe de l’incertitude à l’Assemblée nationale.

La façon dont le ministre Drainville mènera ces consultations aura une influence indéniable, mais totalement imprévisible, sur le sort de ce gouvernement minoritaire.

Pour écouter l’entrevue avec Bernard Drainville sur votre téléphone mobile, cliquez ici.

Catégorie: Québec

Le nouvel Eldorado québécois

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 publié le 9 janvier 2014 à 14 h 28

Les Québécois ont d’abord vu miroiter l’or vert, du vert de ces forêts qui recouvraient généreusement le territoire. L’illusion de l’or vert s’est envolée au même rythme que s’amenuisait la superficie des forêts. Une illusion qui a disparu d’autant plus vite que les redevances nettes pour la forêt ont toujours frôlé le ridicule, et ça n’a toujours pas changé : elles représentent environ 5 millions de dollars en 2013.

En réalité, l’État québécois dépense beaucoup plus pour l’entretien des forêts publiques qu’il ne reçoit de redevances de l’industrie forestière. La différence se calcule en centaines de millions de dollars par année.

De l’or vert à l’or noir

Il y a eu aussi l’or bleu, l’eau potable, une ressource aussi extraordinaire qu’inestimable, dont le potentiel commercial à grande échelle paraît faible tandis que son potentiel de controverse est, lui, extrêmement élevé. Il est évident que les coûts associés à la protection de l’eau dépassent et de loin les redevances perçues auprès des embouteilleurs et des grands utilisateurs (environ 2 millions de dollars en 2013 perçus par les ministères de l’Environnement et des Ressources naturelles).

Il y a eu aussi l’or tout court, les mines, d’où sortent, chaque année, plusieurs milliards de dollars de minerais, qui ont rapporté en redevances  170 millions de dollars en 2013 à l’État québécois.

Depuis quelques années, il est désormais question de l’or noir, le pétrole, dans lequel baignerait une partie du sous-sol québécois, en particulier dans le golfe du Saint-Laurent et sur l’île d’Anticosti (là où Hydro-Québec a vendu ses droits pour 400 000 $).




Cette « nouvelle » ressource naturelle québécoise serait la bouée de sauvetage économique du Québec, selon les signataires du Manifeste pour tirer collectivement profit de notre pétrole.

Le manifeste soutient qu’en ce qui concerne l’environnement, il vaut mieux extraire au Québec le pétrole que les Québécois consomment de toute façon et qu’ils doivent importer d’Afrique et du Moyen-Orient. Et, qu’en plus, leur consommation de pétrole globale augmente.

En fait, il semble évident qu’un baril de pétrole extrait en Algérie et transporté par bateau jusqu’aux raffineries québécoises laisse une empreinte carbone plus importante qu’un baril de pétrole produit au Québec.

Quoique, si on examine cette question de façon très concrète, démarrer une nouvelle exploitation pétrolière a un impact écologique beaucoup plus important que la poursuite d’une exploitation déjà en cours.

L’exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent pourrait changer à jamais l’écosystème de ce bassin. C’est une décision lourde de sens sur le plan environnemental.

Bien que les signataires du manifeste réclament les plus hauts standards environnementaux, ils excluent d’emblée que Québec n’aille pas de l’avant : « Fermer la porte à l’exploitation du pétrole québécois serait irresponsable. »

Ils attaquent aussi « certains groupes » en les accusant d’employer « des stratégies de désinformation » et d’agir dans l’intérêt de leur cause et non pas dans l’intérêt des Québécois.

Les signataires veulent quand même que le débat ait lieu. Pour le débat, ils risquent d’être déçus, mais tout indique qu’ils seront heureux du résultat.

Quels profits pour les Québécois?

Il y a déjà longtemps que Pauline Marois, et désormais son gouvernement, prône l’exploitation du pétrole au Québec. En outre, les libéraux et les caquistes souhaitent pour l’essentiel que le gouvernement accélère le rythme. Seul Québec solidaire s’y oppose et ne pourra pas faire barrage tout seul bien longtemps.

De là, s’il y a du pétrole (cela reste à déterminer), il sera très intéressant de voir de quelle façon le Québec pourrait « tirer collectivement profit » de ce pétrole. Comme on l’a vu, l’exploitation des ressources naturelles au Québec n’a jamais été un pactole pour les finances publiques.

L’effet bénéfique est surtout lié à la création d’emplois directs et indirects. La seule exception est Hydro-Québec, une société d’État à 100 %, qui parvient à verser des dividendes importants au gouvernement du Québec.

Le manifeste pour l’exploitation du pétrole évoque justement Hydro-Québec, la Révolution tranquille, la nationalisation de l’électricité, de même que la Norvège, où l’État est actionnaire majoritaire d’une compagnie pétrolière!

Doit-on comprendre que les signataires appuient la création d’une compagnie pétrolière contrôlée par l’État québécois?

Je note parmi eux la présence des chefs du Conseil du patronat, de la Fédération des chambres de commerce et de l’Association des manufacturiers. Sont-ils sérieux ou ne font-ils qu’agiter un hochet qu’ils voudraient en réalité remettre entre les mains du secteur privé?

Et si Québec ne crée pas un Pétro-Québec, ou si l’État québécois ne devient pas un actionnaire important des projets pétroliers, est-ce que les redevances suffiront pour que les Québécois tirent profit collectivement de cette ressource?

Catégorie: Québec

Le dieu des médias

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 publié le 15 décembre 2013 à 6 h 45

Note : Ce texte aurait dû être en ligne samedi matin, mais des problèmes techniques ont retardé sa publication.

Dans la vie d’un journaliste parlementaire, les voyages à l’étranger avec la première ministre sont très courus. Tout le monde veut y aller. Nous sommes privilégiés, je vous écris ce matin en longeant les rives de la Seine à Paris. Avouez qu’il y a pire! Bon, je vous épargne la nuit blanche dans l’avion et la journée de 17 heures de travail, personne ne se plaint ici.

La perspective de partir cinq jours avec Pauline Marois souriait donc à la demi-douzaine de journalistes/caméramans qui ont pris l’avion jeudi. Mais au fil des conversations, une angoisse nous hante. De quoi va-t-on parler? Vous devez savoir que le syndrome de la page blanche crée des ulcères à la faune journalistique.

Au menu : entretiens avec le premier ministre français Jean-Marc Ayrault, avec le ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, un discours sur la gouvernance, une table ronde sur le libre échange, d’autres entretiens avec des politiciens et une rencontre avec le président français François Hollande. Tout ça est très intéressant, les gens que Mme Marois rencontre ne sont pas les derniers venus, il faut se lever tôt pour être à la hauteur des conversations.

Mais où est la nouvelle? Que va-t-on rapporter? Mystère, angoisse, incertitude. Jusqu’à ce qu’un abonné Twitter nous signale la page couverture du Figaro de samedi! En une, un titre-choc : « Intégration, le rapport qui veut autoriser le voile à l’école ». Alléluia! Un rapport remis au premier ministre Ayrault s’interroge sur les effets négatifs de l’interdiction du voile islamique à l’école. Laïcité quand tu nous tiens! Le dîner de travail à saveur économique de Mme Marois avec M. Ayrault se conclut par un dessert bien sucré pour les journalistes.

M. Ayrault déclare qu’il n’est pas question de permettre le voile dans les écoles. Il traite son adversaire Jean-François Copé de menteur et d’irresponsable. Mme Marois laisse entendre que le Québec a beaucoup à apprendre de l’expérience française. Quand M. Ayrault évoque le « vivre ensemble avec des règles claires », Mme Marois dit que « c’est de la musique à mes oreilles ».

Bye bye angoisse, inquiétude et incertitude. Bienvenue reportage comme on les aime. Le Dieu des médias est bon, il veille sur nous.

Samedi matin, après une nuit de sommeil réparateur, angoisse et incertitude reviennent. Une seule rencontre au programme, avec le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Dieu des médias, es-tu là?

Catégorie: Québec

Régimes de retraite : ce qu’on n’ose pas dire

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 publié le 13 décembre 2013 à 16 h 58

Voici quelques données intéressantes sur les régimes de retraite des secteurs public et parapublic.

1- Les déficits actuariels des régimes de retraite des municipalités (4,2 milliards de dollars) et des universités (800 millions de dollars) sont peu élevés si on les compare à ceux des employés du secteur public et parapublic du gouvernement du Québec (28 milliards de dollars).

2- Ce « passif net » de 28 milliards de dollars est inscrit dans la dette brute du Québec.

3- Outre les contributions normales de l’État comme employeur (1,9 milliard de dollars en 2012-2013), Québec devra verser environ 1 milliard de dollars supplémentaires cette année, et les années subséquentes (au minimum), pour faire face à ses obligations. Cela est tiré à même les taxes et impôts versés par les contribuables.

4- La ministre du Travail Agnès Maltais a indiqué qu’elle n’entendait pas agir à l’égard de régimes de retraite des employés de l’État, car ils ne sont pas « menacés ».

5- Presque tous les employés de l’État (97 %) paient 50 % des coûts de leur régime de retraite, sauf les agents des services correctionnels, les policiers de la Sûreté du Québec et les juges.

6- Les agents correctionnels paient 46 % de leur régime. Avant 2001, les régimes de retraite des juges étaient payés à 100 % par Québec. Actuellement, les régimes de retraite des policiers et des juges sont si complexes que Québec se dit incapable de préciser le partage des coûts. Il est évident que l’État paie bien au-delà de la moitié des régimes de retraite de ces deux corps d’emploi.

7- Les régimes de retraite des secteurs public et parapublic du Québec comptent 578 000 cotisants et 327 000 retraités. Ces chiffres donnent la mesure de l’importance de l’État au sein de la société québécoise.

8- Le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, participera lundi au lac Meech à une rencontre avec ses homologues des provinces et du fédéral au cours de laquelle il sera question d’une amélioration possible des régimes publics de retraite, soit le Régime de rentes du Québec (RRQ) et le Régime de pensions du Canada (RPC). Depuis l’élection du Parti québécois, Québec se montre désormais favorable à une bonification du RRQ, mais celle-ci devra être « modeste, graduelle et pleinement capitalisée », pour reprendre les propos de l’attachée de presse du ministre Marceau. Cela correspond assurément au mandat confié à M. Marceau par le Conseil des ministres.

9- Québec ira de l’avant avec cette bonification du RRQ seulement si les provinces ET Ottawa s’entendent pour bonifier aussi le RPC. Pour un gouvernement souverainiste qui prône une gouvernance souverainiste, c’est une position surprenante. L’argument est un argument de compétitivité entre les entreprises québécoises et celles du reste du Canada. Néanmoins, Québec laisse entre les mains d’Ottawa le sort des Québécois les plus pauvres.

10- Le gouvernement conservateur à Ottawa ne semble pas disposé à bonifier le RPC à court ou à moyen terme, comme l’explique mon collègue Denis Ferland dans un récent blogue.

Catégorie: Québec

Qu’est-ce que ça prend pour déclencher des élections?

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 publié le 10 décembre 2013 à 12 h 06

La semaine dernière, un député péquiste m’a demandé ce que ça prenait pour déclencher les élections. C’est aussi la question à laquelle tenteront de répondre les proches conseillers de Pauline Marois cette semaine dans une série de rencontres prévue entre la fin des travaux parlementaires et le départ de Pauline Marois pour l’Europe.

Après avoir fermé la fenêtre électorale de l’automne, pour reprendre l’expression consacrée, le gouvernement cherche à en ouvrir une nouvelle cet hiver. Encore faut-il une bonne raison de déclencher des élections, comme l’avait lui-même fait remarquer le vice-premier ministre François Gendron l’automne dernier. Il n’en voyait pas à l’époque, mais c’est précisément pour en trouver une que se réunit l’entourage de Pauline Marois cette semaine.

Déjà, pour préparer le terrain, les ministres du gouvernement Marois ont reçu la consigne de « tourner » sur le thème de la politique de la ruralité durant tout le mois de janvier, c’est-à-dire de décliner dans les régions et les circonscriptions les implications concrètes de cette politique à laquelle tiennent particulièrement les maires et les élus locaux.

Dans les officines du gouvernement, on prévient toutefois que les annonces à venir n’auront pas l’ampleur de celles qui ont parsemé l’automne politique. C’est que l’argent est devenu plus rare. Qu’à cela ne tienne, aucun effort ne sera ménagé pour donner de la visibilité au gouvernement durant la relâche parlementaire.

Puis, début février, un caucus des députés du Parti québécois à Shawinigan permettra de répéter, sur un terrain qu’on souhaite électoralement fertile – la Mauricie –, le scénario de la fin de l’été dernier, où les péquistes avaient annoncé pour plus de 15 millions de dollars en investissements en Gaspésie, en marge de leur caucus de Carleton-sur-Mer. Pour le reste, on chuchote déjà que le caucus de Shawinigan aura, sur le plan stratégique, la même importance qu’a eue le Conseil des ministres spécial du lac Taureau l’automne dernier. Ce sera l’occasion, dit-on, de statuer définitivement sur la stratégie électorale à retenir.

Pour le reste, les scénarios sont encore flous. Ils dépendront en bonne partie des sondages, mais aussi de la réponse que donneront les conseillers de la première ministre à la question posée d’entrée de jeu : qu’est-ce ça prend pour déclencher des élections?

Pour l’instant, les options sont nombreuses. Se laisser défaire sur le budget en est une, mais ce ne serait pas le scénario de référence. Alors quoi? Faire du vote sur la charte des valeurs une question de confiance dans l’espoir d’être défait? Proroger la session parlementaire et présenter un nouveau discours inaugural qui entraînerait forcément la confiance de la Chambre? Ou encore, évoquer directement le blocage parlementaire et demander carrément au lieutenant-gouverneur la dissolution de l’Assemblée nationale?

La décision ne se prendra pas avant les fêtes, mais la fenêtre électorale pourrait s’ouvrir plus tôt que tard au retour en février.

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