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Le remaniement qui n’a pas (encore) eu lieu

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 publié le 24 juin 2015 à 14 h 33

On vous l’accorde d’emblée. Tous les correspondants parlementaires sont affligés de la même maladie : la « remaniementite aiguë ».

Les premiers symptômes apparaissent dès qu’un ministre fait une déclaration malhabile.

Ça commence par de simples discussions de corridors entre collègues. On évoque les difficultés et les maladresses. Ça peut durer quelque temps.

Si plusieurs relèvent un deuxième impair important, les discussions sont élargies aux gens qui gravitent autour du parti au pouvoir : le ministre X est-il menacé de passer à la trappe d’un remaniement ministériel? Règle générale, le gouvernement tente d’étouffer l’affaire, l’opposition souffle sur les braises.

Au troisième faux pas sérieux, la machine à rumeurs démarre. Pour vrai.

Les journalistes posent ouvertement la question au premier ministre : le ministre X a-t-il toujours votre confiance?

Si la réponse n’est pas clairement « oui », le doute est semé. Pour vrai.

De Bolduc…

La dernière fois que cela s’est produit, c’était avec l’ex-ministre de l’Éducation Yves Bolduc.

Il y a eu ses primes pour le suivi de nouveaux patients pendant qu’il siégeait à l’opposition. Puis, les livres que les bibliothèques scolaires ne pourraient plus se permettre d’acheter : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça », avait-il dit avant de s’excuser. Et le désormais célèbre coup de grâce : les fouilles à nu « respectueuses ».

Dans les heures qui ont suivi, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas répondu clairement « oui » à la « question qui tue ». Neuf jours plus tard, un mini-remaniement était confirmé.

… à Heurtel?

On en était presque là avec l’actuel ministre de l’Environnement David Heurtel. Son chemin de croix a commencé avec le certificat d’autorisation délivré à TransCanada pour entreprendre des forages exploratoires en vue de construire un port pétrolier à Cacouna, là où se trouve une pouponnière de bélugas.

En septembre, son ministère est rappelé à l’ordre par la cour qui ordonne l’arrêt immédiat des travaux. En décembre, le premier ministre signe lui-même l’arrêt de mort du port pétrolier à cet endroit. Ce n’est jamais très bon signe quand le premier ministre doit lui-même intervenir…

Une enquête interne rendue publique il y a quelques jours sur le processus d’octroi du certificat de forage a de nouveau écorché le ministre. Elle révèle que les fonctionnaires qui ont permis de le délivrer ont omis d’indiquer que « le béluga est une espèce en péril et qu’il est probablement en voie de disparition ».

Le rapport indique aussi, et surtout, que la direction du ministère et le cabinet du ministre « ont été avisés par le biais de notes ministérielles ou de fiches d’informations fréquemment pendant le processus ». Le ministre Heurtel a reconnu qu’il aurait dû avoir une meilleure compréhension du dossier avant que le certificat ne soit délivré. Pire, à La Presse, il a même fait cet aveu : « Cacouna, je l’ai échappé! Mais est-ce que je dois payer toute ma vie pour ça? »

Le député Sylvain Gaudreault, porte-parole péquiste en Environnement, a carrément demandé le départ de David Heurtel. « Il a renoncé à sa responsabilité ministérielle. Ce principe est fondamental dans notre droit parlementaire. La seule chose que le premier ministre doit faire, c’est de le tasser dans le remaniement qui s’en vient. »

On était là à un doigt de la question qui tue au premier ministre.

Double victoire

En une seule soirée, un événement a mis fin à toutes les rumeurs, temporairement du moins : la double victoire des libéraux lors des élections partielles dans les circonscriptions de Jean-Talon et, surtout, dans Chauveau. Que Sébastien Proulx conserve la première allait pratiquement de soi. Mais que Véronyque Tremblay, en plus, ravisse à la CAQ une circonscription phare, c’était comme Noël en juin.

Du coup, Philippe Couillard pouvait se montrer triomphant, parader fièrement avec ses deux nouveaux élus, et interpréter – à tort ou à raison – ces victoires comme une caution des Québécois pour poursuivre son exercice de redressement des finances publiques. Un coup de baguette magique n’aurait pas été aussi efficace. Pourquoi changer une combinaison gagnante, d’autant qu’on peut partir pour les vacances sur cette belle image. Le remaniement ministériel peut attendre… pour l’instant.

Une querelle révélée

David Heurtel a une nouvelle fois fait la manchette la fin de semaine dernière. Cette fois, le Journal de Québec a révélé qu’il était à couteaux tirés avec son adjointe parlementaire, Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil. Une querelle aurait éclaté devant témoins au Conseil des ministres, à un point tel qu’elle aurait songé à renoncer à ses fonctions. La principale intéressée n’a pas répondu à nos appels. Au bureau du premier ministre, on nous dit qu’il s’agit « d’une tempête dans un verre d’eau » et que « le dossier est clos ».

Mais des sources nous indiquent qu’ils sont plusieurs, au caucus libéral, à avoir eu un conflit avec le ministre de l’Environnement. Sa personnalité dérange. Sa façon de faire aussi.

Des groupes environnementaux se disent en froid avec lui, pendant que, sous le couvert de l’anonymat, des gens qui doivent collaborer avec son cabinet parlent de relations tendues.

Le ministre Heurtel ne sera pas du lancement de la stratégie maritime, lundi prochain, alors qu’il figurait parmi les ministres invités lors de la première convocation. La conférence de presse a été reportée en raison du décès de Jacques Parizeau. À son cabinet, on explique qu’il ne pourra pas faire acte de présence parce qu’il prendra plutôt part à une mission en France.

On ne peut pourtant pas s’empêcher de se demander pourquoi le premier ministre procède à une annonce qui lui est aussi chère – il veut faire de la stratégie maritime son héritage – sans son ministre de l’Environnement, inévitablement concerné par la question du transport maritime sur le fleuve Saint-Laurent.

On ne peut surtout pas s’empêcher de se demander, dans les circonstances, combien de temps encore David Heurtel peut s’accrocher avant de forcer, en partie, le prochain remaniement.

Catégorie: Québec

La tension entre journalistes et politiciens est une chose courante. Elle est même souhaitable. De cette tension naît parfois la vérité. De cette tension jaillit parfois le fond de la pensée des politiciens.

Il arrive souvent que nous devions répéter la même question, une, deux, trois ou quatre fois avant d’obtenir une réponse qui va au-delà de la langue de bois.

Dans les points de presse officiels, la règle généralement acceptée est que les journalistes posent deux questions. Nous aimerions évidemment en poser plus, mais nous comprenons que tous nos collègues veulent aussi en poser, alors nous acceptons la règle avec résignation. Les politiciens se prêtent aussi parfois à l’exercice d’une entrevue en tête à tête où nous nous sentons comme un affamé devant un buffet.

Ce qui nous amène à Pierre Karl Péladeau. Dans son dernier point de presse, où il divulguait les contours de son programme économique, M. Péladeau a voulu limiter à une le nombre de questions par journaliste.

Ça a donné lieu à ce moment un peu surréaliste de 3 minutes, où le langage corporel de M. Péladeau parle tout autant que les mots qu’il prononce.

Catégorie: Québec

Rentrée politique dans un climat social tendu à Québec

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 publié le 10 février 2015 à 17 h 54

Le ministre de la Santé s’est placé littéralement à l’avant-plan de cette rentrée parlementaire avec ce bâillon pour forcer l’adoption de son projet de loi sur la réforme des structures.

Et c’est lourd de sens.

On l’a vu, presque tous les groupes du domaine de la santé ont dénoncé la réforme du ministre. Il ne reste qu’un homme debout après l’adoption sous le bâillon du projet de loi, et c’est le ministre Barrette. Pourquoi? Parce que Gaétan Barrette a acquis quelque chose d’extrêmement précieux, et c’est la confiance, pleine et entière, du premier ministre et de son bureau.

J’oserais dire que le ministre Barrette les a transcendés.

C’est d’autant plus évident que M. Couillard pensait tout autrement que son ministre actuel il n’y a pas si longtemps, en décembre 2011.

Le premier ministre Philippe Couillard a autorisé le ministre Gaétan Barrette à réaliser son plan, son oeuvre. Leurs destins, à tous les deux, sont désormais liés. Ils se sont tatoués.

« Je viens d’écrire la première lettre de mon nom, a affirmé vendredi soir le ministre de la Santé. En 2018, les gens verront la signature au complet et ils jugeront. »

Car ce projet de loi n’est pas son dernier . Le 10 est adopté, maintenant c’est au tour du projet de loi 20, sur la tâche des médecins et la procréation assistée, et ensuite la mise en place du financement à l’activité dans les établissements de santé.

Et Yves Bolduc?

Est-ce que le ministre de l’Éducation obtiendra la même marge de manœuvre que son confrère pour réaliser sa réforme? Le ministre Bolduc et son gouvernement ne se sont pas illustrés pour le mieux dans le dossier des élections scolaires ni dans le projet de redécoupage et de fusions des commissions scolaires. Quelles sont les intentions réelles du gouvernement, quels sont les objectifs qu’ils recherchent?

MM. Bolduc et Couillard se contentent pour l’instant de professer des généralités sur l’élimination de la bureaucratie et le lien essentiel entre l’enseignant et l’élève. Des déclarations qui ne donnent aucun indice sur leurs intentions et qui ne permettent pas d’alimenter le débat public. Est-ce que le gouvernement Couillard entend mener cette réforme sans plus de consultations préalables que pour celle de la santé?

La consécration de Martin Coiteux

Le point de vue du président du Conseil du Trésor sur les finances publiques s’est révélé dominant au sein du gouvernement Couillard depuis les élections du 7 avril, et cela ne devrait pas changer au cours des prochains mois. Toutefois, après le budget, une fois l’équilibre atteint, il se pourrait que son influence diminue rapidement.

Martin Coiteux devra continuer à surveiller de près les dépenses de l’État. Mais si le gouvernement Couillard veut ensuite consacrer des efforts importants à la relance économique, ce n’est pas le président du Conseil du Trésor qui sera en première ligne.

La radicalisation, la sécurité et la neutralité de l’État

Philippe Couillard cherche à gagner du temps dans le dossier de la neutralité religieuse de l’État. En retardant le dépôt d’un projet de loi au mois de juin, il veut éviter d’unir contre sa proposition les cinq candidats à la direction du PQ. M. Couillard préfère de loin les laisser se disputer sur cette question. Lorsque la course sera terminée et que le nouveau chef des troupes péquistes aura probablement énoncé ses propres choix dans ce dossier, le premier ministre croit sans doute qu’il aura les coudées un peu plus franches. Il reste à voir si la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, parviendra à jouer efficacement un rôle de rempart au cours des prochains mois.

En matière de sécurité – la nouvelle priorité de Philippe Couillard – c’est la ministre de l’Immigration Kathleen Weil qui dirige le travail. Maintenant que le mot intégrisme religieux est devenu tabou, le gouvernement avance à pas feutrés dans un dossier dont les concepts évoluent au gré des événements et des réflexions du premier ministre. Et il n’est pas facile à suivre.

Le jour de la tragédie de Saint-Jean-sur-Richelieu, le premier ministre disait craindre une dérive sécuritaire. Après Charlie Hebdo, la sécurité est devenue l’ultime priorité. La seule chose qui paraît désormais certaine, c’est que le gouvernement Couillard n’interdira pas les symboles religieux pour les employés de l’État.

La relance économique

Malgré une mesure annoncée ce matin, la relance économique ne sera pas réellement à l’ordre du jour avant le budget. Le projet de loi pour permettre à la Caisse de dépôt et placement d’investir dans les infrastructures québécoises pourrait toutefois être présenté assez rapidement. Néanmoins, la chute du dollar canadien et du prix du baril de pétrole, combinée à une reprise aux États-Unis, devrait à la fois faciliter l’atteinte de l’équilibre budgétaire et ouvrir la voie à une croissance plus robuste, sans que cela n’exige trop d’efforts supplémentaires de la part de Québec.

Les oppositions

Il y aura les oppositions dans le Salon bleu et les oppositions à l’extérieur du parlement, dans la rue. Dans les deux cas, il ne sera pas facile de faire dévier le gouvernement de sa course.

Le Parti québécois devra mener de front son travail d’opposition officielle et gérer sa course à la direction. Sur le fond, le PQ ne conteste pas l’objectif d’équilibrer le budget en 2015-2016, il devra donc se contenter de dénoncer les moyens employés par le gouvernement pour atteindre le déficit zéro et déplorer le manque de mesures destinées à la relance économique.

La Coalition avenir Québec (CAQ) est dans la même situation et devrait formuler sensiblement le même type de critiques contre le gouvernement libéral. François Legault semble aussi prêt à dépenser beaucoup d’énergie pour discréditer le favori dans la course à la direction du PQ. Les sondages montrent qu’une victoire de Pierre Karl Péladeau pourrait amputer une part appréciable des appuis de la CAQ.

Des syndiqués du secteur public, des élus et des citoyens des régions, des groupes communautaires, des parents avec des enfants en garderie, des médecins, des employés municipaux et des étudiants notamment dénoncent l’approche libérale ou protestent contre des mesures précises. Des manifestations auront lieu cette semaine. Il est difficile de voir si la grogne populaire se transformera en vague de contestation. Pour le moment, tous ces groupes avancent en rangs dispersés.

Catégorie: Québec

Course au PQ : tout repose sur les débats

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 publié le 20 janvier 2015 à 14 h 29

En politique, les favoris redoutent les débats, par crainte d’en sortir plus meurtris que grandis. Il suffit d’une déclaration malheureuse, d’une mauvaise réaction ou, encore, d’un adversaire supérieur et mieux avisé pour plomber une candidature. Dans cette course à la direction au Parti québécois, il va de soi que les débats seront d’une importance capitale pour tous les candidats.

Pour vaincre celui que tous reconnaissent comme le favori dans cette course, les autres candidats devront mettre en valeur toutes leurs compétences et leurs idées et espérer, aussi, que Pierre Karl Péladeau commette des erreurs, trébuche et laisse tomber la couronne.

Un débat politique est un moment idéal où sont réunies les conditions qui peuvent conduire à un renversement de tendance.  Ainsi, chaque détail aura son importance.

Le nombre de débats : le candidat Péladeau n’en veut pas plus que deux, tandis que tous les autres candidats en réclament cinq, au minimum.

La formule : elle sera cruciale. Et avec six candidats, il ne sera pas facile de permettre de véritables discussions, sans verser dans la cacophonie. Dans quelle mesure des échanges directs et spontanés seront-ils possibles? Normalement, le meneur va préférer un débat étroitement encadré, dans le but d’éviter le plus possible les mauvaises surprises. Le choix de la formule inclut une variété de détails dont la sélection des sujets, la durée des débats, les dates, les villes, les lieux, le décor, le mobilier.  Il faut aussi choisir une personne pour animer ces affrontements.

Ces débats auront de l’impact en fonction des moyens et de l’ampleur de leur diffusion, quoique s’ils offrent une matière intéressante, ils devraient parvenir à capter l’attention. S’ils sont sans relief, prévisibles et soporifiques, on peut deviner que ce sera à l’avantage du favori.

 Malgré tout, il sera très difficile pour les Céré, Cloutier, Drainville, Lisée et Ouellet de faire tourner le vent, si ce n’est que le député de Saint-Jérôme, qui paraît enclin à commettre des bévues, pourrait leur venir en aide.

Pierre Karl Péladeau s’est souvent retrouvé dans l’embarras en raison de son inexpérience en politique. Ses talents de communicateur laissent aussi à désirer, et il montre les signes d’un caractère primesautier. Ces lacunes handicapent M. Péladeau, qui peine à organiser une défense efficace contre ceux qui dénoncent la possibilité que l’actionnaire de contrôle du groupe médiatique Québecor puisse diriger un des principaux partis politiques du Québec.

Cela représente autant d’occasions pour ses adversaires politiques. Et c’est à l’occasion des débats que les autres prétendants au trône péquiste pourront profiter au maximum de ses failles. Ils devront toutefois porter des coups décisifs, car l’avance de M. Péladeau semble, pour le moment, insurmontable. Au moins trois facteurs rendront cette tâche déjà ardue particulièrement difficile.

D’abord, Pierre Karl Péladeau est un homme intelligent. S’il se montre également discipliné, déterminé et disposé à s’améliorer, il devrait être en mesure de se préparer adéquatement pour éviter un knock-out.

À titre de favori, Pierre Karl Péladeau sera la principale cible des attaques, mais il est possible, pour considérations futures, que certains de ses adversaires évitent de malmener celui qui a de sérieuses possibilités de remporter cette course à la direction.

Le troisième facteur, qui viendra compliquer la vie aux adversaires du favori, c’est que même si les débats peuvent se révéler décisifs, ils ne le sont pas toujours. Par exemple, le chef libéral Philippe Couillard avait commis un impair assez grave avec une déclaration maladroite sur le français au travail lors du débat des chefs, ce qui n’a pas empêché l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire.

Aujourd’hui, aucun des adversaires de Pierre Karl Péladeau ne paraît en mesure de le vaincre. Néanmoins, ils n’ont pas de meilleur choix que de miser sur ces affrontements pour espérer faire chuter le prétendant.

Catégorie: Québec

« Charlie » Couillard

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 publié le 12 janvier 2015 à 15 h 50

Le premier ministre a été prompt à condamner les crimes de ceux qu’il a qualifiés de « chevaliers de l’obscurantisme ». Et il s’est dit certain que la lumière allait l’emporter, au bénéfice des sociétés démocratiques. Philippe Couillard s’est aussi réjoui du fait que les quotidiens québécois n’avaient pas hésité à publier des exemples des caricatures controversées de Charlie Hebdo.

Sa condamnation a été claire et limpide, sans détour ni circonvolution, en assimilant cette attaque contre la liberté d’expression à une agression dirigée contre toutes les sociétés démocratiques. Des propos qu’il a tenus dimanche dans la foulée d’une marche de soutien à Québec.

En revanche, ça se complique lorsqu’il est question d’une loi sur la neutralité ou la laïcité de l’État.

« Il ne faut surtout pas faire d’amalgame entre les deux sujets. D’ailleurs, la République française est un pays où les dispositions législatives sont, comme vous le savez, assez strictes et ça n’a pas empêché ces événements tragiques de se passer. Alors, c’est un problème qui va bien au-delà de ces questions et il faut justement éviter à tout prix de faire un lien entre la coexistence de notre communauté musulmane et de l’ensemble des Québécois et ces événements. Oui, on va agir, comme on l’a dit, à un moment où les esprits seront un peu à distance de ces événements-là pour justement éviter une autre conséquence tragique de ces événements qui seraient de glisser vers la stigmatisation ou l’exclusion d’une partie des Québécois. » – Philippe Couillard

Des propos qui sont à l’image de Philippe Couillard : une vision profondément libérale de la société où la moindre possibilité d’ostraciser un groupe minoritaire est perçue comme un crime grave et, pour qui, une simple impression d’exclusion d’une communauté aurait surtout pour effet de nourrir l’action des radicaux.

Islam, islamique, islamiste

D’ailleurs, il est intéressant de noter que Philippe Couillard n’a pas employé l’appellation « islamiste » en parlant de ces radicaux. En fait, je constate que le premier ministre n’emploie jamais cette expression. J’ai réécouté ses déclarations du 21 octobre, à la suite du meurtre d’un militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu. Même s’il estimait alors qu’il y avait un lien entre cette attaque et l’intervention canadienne contre le groupe armé État islamique, M. Couillard était parvenu à ne jamais prononcer le mot islamique au cours de ce point de presse.

Une révision sommaire des articles consacrés au chef libéral confirme sa répugnance à faire un lien entre des individus qui se sont radicalisés et la religion islamique. Il semble prendre un soin particulier à ne jamais employer le mot « islam » ou l’une de ses déclinaisons dans un contexte négatif.

Cela peut sembler accessoire, mais je crois tout le contraire. C’est ancré profondément au coeur des convictions du premier ministre et ce ne sera pas sans effet sur la rédaction d’une loi sur la neutralité de l’État, qui encadrerait les accommodements religieux et qui viserait à lutter contre l’intégrisme religieux.

Un projet de loi retardé

Bien que les principes de ce projet de loi soient déjà connus, le gouvernement Couillard en reporte la présentation depuis des mois. Même avec l’expulsion de Fatima Houda-Pepin du caucus libéral, la question demeure délicate à l’interne. Néanmoins, le principal défi ce sera de convaincre les Québécois du bien-fondé de l’approche du gouvernement libéral.

Si on en juge par l’ampleur du débat causé par la Charte des valeurs de l’ancien ministre Bernard Drainville, il serait étonnant que cela soit simple.

Le premier ministre craint l’amalgame au détriment de la communauté musulmane et préfère laisser tomber la poussière soulevée par les assassinats à Charlie Hebdo avant de déposer ce projet de loi. Il avait tenu les mêmes propos dans la foulée des meurtres de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa.

Son argument est probablement sincère, mais il omet un élément stratégique dont le chef du PLQ est nécessairement conscient. Sa position sur la neutralité de l’État, qui semble déjà assez différente de celle d’un grand nombre de Québécois, risque de paraître bien bénigne, voire inefficace, dans la foulée d’un attentat comme celui de Charlie Hebdo.

Cela dit, dans quelques semaines, cela fera huit ans que la commission Bouchard-Taylor a été mise sur pied par le gouvernement du Québec et deux projets de loi sur cette question ont eu le temps de mourir au feuilleton.

Il est possible qu’il y ait toujours urgence dans ce dossier, peut-être même plus que jamais, mais il paraît difficile de reprocher quelques mois de retard au premier ministre, pourvu que son gouvernement concocte un projet de loi qui fera véritablement oeuvre utile.

Catégorie: Québec

Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

Catégorie: Québec

Le retour de PKP, un symbole de force

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 publié le 28 mai 2014 à 14 h 27

Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau
Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau

Alors que les médecins estimaient qu’il mettrait des semaines à s’en remettre, Pierre Karl Péladeau a fait son entrée à l’Assemblée nationale lundi, moins de 10 jours après un grave accident de vélo qui lui a causé de multiples fractures.

Même s’il n’était là officiellement que pour faire son entrée à titre de nouveau député de Saint-Jérôme, plusieurs n’ont pu s’empêcher d’y voir un symbole de force. Moins de deux jours après sa sortie de l’hôpital, alors qu’on croyait initialement qu’il ne serait pas là de toute la session parlementaire, PKP ne recule devant rien et se présente à l’Assemblée nationale en fauteuil roulant!

Dans les rangs péquistes, on s’est étonné de l’abondance d’encouragements et de souhaits de prompt rétablissement que le nouveau député a reçus dans les jours après son accident. Sur la page Facebook du Parti québécois, on n’a pu s’empêcher de remarquer que la nouvelle le concernant avait reçu plus de clics que bien des annonces du précédent gouvernement de Pauline Marois.

Un député qui, il y a quelques jours encore, n’était pas très chaud à l’idée de voir Pierre Karl Péladeau briguer le poste de chef du Parti québécois confiait, la semaine dernière, avoir été surpris de la réaction populaire. Le retour rapide du député en chambre risque de l’avoir surpris encore davantage. Et si, malgré son passé, Pierre Karl Péladeau était capable de susciter la sympathie populaire? Déjà, en campagne électorale, plusieurs observateurs avaient été surpris de voir les électeurs se précipiter pour lui serrer la main et se faire photographier en sa compagnie.

Pierre Karl Péladeau avait assurément hâte de faire ses premiers pas comme député, mais la hâte avec laquelle il s’est empressé de revenir ne peut qu’alimenter les spéculations voulant qu’il se lance rapidement dans la course à la direction du Parti québécois. Que sa présence soit ou non le résultat d’un calcul stratégique, il reste qu’un retour si rapide à l’Assemblée nationale est un geste fort pour la suite des choses. Malgré l’adversité, le député ne s’en laissera pas imposer. Que ses éventuels adversaires à la course à la direction du Parti québécois se le tiennent pour dit.

Catégorie: Québec

Il n’y aura ni tambours ni trompettes, et encore moins de photos de cette première poignée de main, car il n’y a jamais de prise d’images quand le PM Harper rencontre un homologue provincial. Même l’heure précise de la rencontre est gardée presque secrète. Cette première prise de contact entre Philippe Couillard, nouveau premier ministre du Québec, et Stephen Harper, n’en est pas moins fort attendue.

L’ironie, bien sûr, c’est que pour toute l’importance stratégique qu’on accorde à cette rencontre privée, on déploie tout autant d’efforts pour en minimiser les attentes. Un geste important certes, mais qui ne risque pas de se solder par de grandes annonces. Là n’est pas l’objectif, dit-on en coulisse. Ce n’est pas dans le cadre d’une rencontre de 30 à 45 minutes que les deux hommes sont susceptibles de régler le sort des relations Québec-Ottawa. Mais ça demeure l’occasion d’établir un premier contact, de jeter les bases d’une éventuelle relation.

Au bureau du premier ministre, par la bouche de l’attaché de presse de Stephen Harper, Carl Vallée, on se contente de dire : « Le gouvernement a pris acte des résultats du 7 avril, nous sommes là pour appuyer le nouveau gouvernement qui a fait de l’emploi et l’économie ses priorités. Il s’agit de voir comment nous allons collaborer. »

À 18 mois des élections fédérales, face à un nouveau partenaire, il est bien évident que les conservateurs voudraient bien profiter de l’arrivée d’un nouveau gouvernement fédéraliste à Québec pour remettre le compteur à zéro. Profiter de ce changement de garde pour rétablir un dialogue constructif et, l’espère-t-on, rebâtir des ponts avec l’électorat québécois.

Parlant de ponts, si tous sont bien conscients que le péage sur le futur nouveau pont Champlain demeurera un enjeu litigieux, qui sait si l’éventuelle stratégie maritime du gouvernement Couillard et la relance du Plan Nord n’ouvriront pas la porte à des partenariats efficaces et constructifs entre Ottawa et Québec.

Disons que ce serait bienvenu pour les conservateurs, car la liste des litiges entre les deux capitales demeure intacte et date de bien avant le gouvernement Marois. Pensez à la réforme du Sénat dont le verdict de la Cour suprême est attendu vendredi. Pensez à la destruction des données du registre des armes d’épaule qui doit également être entendu par le plus haut tribunal du pays pour ne nommer que ceux-là.

D’ailleurs, s’il y a une nomination au conseil des ministres qui n’est pas passée inaperçue à Ottawa c’est bien celle de Jean-Marc Fournier comme ministre responsable des relations intergouvernementales. S’ils laissent la chance au coureur, les conservateurs n’ont pas oublié son passage au ministère de la Justice sous le gouvernement Charest. C’est lui qui a, en quelque sorte, judiciarisé les rapports entre Québec et Ottawa. Il était à l’origine d’un premier renvoi devant les tribunaux québécois sur la réforme du Sénat (voir le jugement sans équivoque de la Cour d’appel du Québec) et sur le registre des armes d’épaules qu’il avait qualifié de « bris de démocratie ».

Il avait surtout mené la charge contre toute la réforme du Code criminel par le gouvernement Harper en venant témoigner en comité parlementaire pour reprocher aux conservateurs de « favoriser la récidive et multiplier les victimes […] La science sert à quelque chose. À un moment donné, il y a quelqu’un qui a découvert que la Terre était ronde », avait-il dit avec ironie à l’époque.

Néanmoins, malgré tous les écueils qui guettent la nouvelle relation Harper-Couillard, le nouveau premier ministre du Québec aura au moins eu un accueil plus courtois que Pauline Marois. Quelques heures à peine avant son assermentation comme première ministre, Ottawa avait mis de l’huile sur le feu du débat le plus fertile en émotions qui soit en annonçant qu’il portait la cause du registre des armes d’épaule en appel!

Le gouvernement Harper n’a pas l’intention de laisser passer la chance de renouveler ses relations avec le Québec cette fois-ci. S’il est vrai que Philippe Couillard et lui peuvent se retrouver sur le chemin économique, c’est sur un tout autre terrain qu’il pourrait envoyer un signal de bonne foi sans équivoque, en prenant la peine de consulter le nouveau premier ministre du Québec sur la nomination du prochain juge à la Cour suprême, en remplacement de Marc Nadon, dont la nomination a été annulée par le plus haut tribunal du pays en pleine campagne électorale.

Catégorie: Ottawa, Québec

Fin de campagne : les 7 jours les plus longs

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 publié le 31 mars 2014 à 11 h 09

Quels gains tenteront de faire les chefs des principaux partis en cette dernière semaine de campagne? Quelles bévues essaieront-ils de réparer?

Il y a eu ce dernier débat que Philippe Couillard a perdu, alors que le pouvoir semblait à portée de main, bien que franchement la victoire paraisse encore très proche. Sa bourde sur le français au travail tend à montrer une confusion dans l’esprit du chef libéral entre le bilinguisme individuel et le bilinguisme institutionnel. Il a tenté de rectifier le tir sans s’embourber.

Toutefois, cette déclaration était si maladroite qu’il n’est pas évident de la rectifier sans perdre la face. Une déclaration déconcertante pour le candidat d’une circonscription (Roberval) où les électeurs sont de langue maternelle française à 99 %, et dont 13 % sont bilingues (Statistique Canada, 2011). La direction que le chef libéral veut emprunter en ces derniers jours de campagne ne paraît pas bien définie.

De son côté, Pauline Marois remet la charte des valeurs à l’avant-plan, au risque d’un dérapage plus ou moins contrôlé. Les déclarations étonnantes de Janette Bertrand font penser au roulement du tambour de guerre. Entendu par tous, il appelle autant les partisans que les opposants au combat.

Il sera facile pour la chef du Parti québécois de ridiculiser l’attitude de son adversaire libéral dans le dossier de la langue, mais il faudra voir si ces attaques porteront réellement. La chef péquiste misera sur des thèmes à forte teneur identitaire et mettra tout en oeuvre pour éviter la question de la souveraineté.

François Legault a vu ses batteries rechargées par le débat. Le fait que sa femme l’accompagne jette encore plus d’ombre sur les candidats de la CAQ qui sont totalement absents de la campagne nationale. Le chef de la Coalition donne l’impression d’un homme seul, à la tête de ses maigres troupes, qui ferraille pour faire son chemin dans la mêlée. Il avait bien raison d’affirmer que c’était la bataille de sa vie et, pour ne pas périr avec son équipe, il devra donner le meilleur de lui-même cette semaine.

Françoise David de Québec solidaire va consacrer une bonne part des ses énergies à la région montréalaise, où elle espère faire un ou deux gains. Il faudra être attentif aux résultats de QS en région, voir si le parti de gauche pourra faire des gains pour ce qui est des votes, après avoir mené une première campagne à l’échelle du Québec. La polarisation du vote pourrait aussi tuer dans l’oeuf les ambitions de QS hors de la métropole.

 

Catégorie: Élections Québec, Élections Québec 2014

L’économie, c’est de la politique

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 publié le 10 décembre 2013 à 16 h 15

Depuis la mi-septembre, à toutes les périodes des questions (sauf deux ou trois peut-être), le libéral Jean-Marc Fournier a engagé les échanges sur une question économique et, surtout, macro-économique. Ces échanges ont eu assez peu d’échos dans les médias, mais jamais la stratégie n’a changé.

Les libéraux voulaient ainsi parvenir à dépeindre le gouvernement Marois comme incapable de faire face aux défis économiques du Québec. En fait, l’objectif était de tenter de faire la démonstration que les péquistes sont nuls en matière d’économie et de finances publiques.

Parce que, oui, l’économie, c’est de la politique.

Prenons, en guise d’exemple, la loi sur les mines. C’est un secteur économique important pour le Québec. Y a-t-il eu, depuis quatre ans, assez de politique sur la question des mines? Les redevances, la transformation, la restauration, le Plan Nord…

Lorsqu’il a présenté sa mise à jour financière et économique, le ministre des Finances Nicolas Marceau a rappelé que, s’il l’avait voulu à tout prix, il aurait pu équilibrer le budget pour l’année en cours. Mais, avec les revenus de l’État qui n’étaient pas au rendez-vous, le ministre estimait que l’impact d’une réduction des dépenses de 2,5 milliards de dollars aurait représenté un prix politique trop élevé.

 Petite parenthèse : s’il y a un chiffre qui explique le déficit pour l’année en cours, c’est 5,2 %, soit la croissance prévue des revenus autonomes en 2013-2014. En réalité, Québec a engrangé la moitié des revenus prévus. De toute évidence, cette augmentation de 5,2 % était totalement irréaliste. À preuve, malgré des niveaux de croissance économique beaucoup plus élevés pour les années à venir, jamais le ministère de Finances ne prévoit une augmentation aussi importante des revenus.

Il y a d’autres dossiers où les questions économiques passent par la moulinette politique.

La rente longévité du rapport D’Amours est morte avant même d’avoir vécue. Car, pour financer cette rente, il aurait fallu imposer ce qui aurait été perçu comme une taxe supplémentaire.

D’autant que l’assurance autonomie du ministre de la Santé Réjean Hébert, un projet prioritaire de l’équipe Marois, pourrait être accompagnée d’une contribution qui serait également perçue comme une nouvelle taxe.

Une éventuelle bonification du Régime des rentes du Québec pourrait bien connaître le même sort, car elle serait nécessairement assortie d’une hausse des cotisations, ce que le gouvernement minoritaire de Pauline Marois tentera assurément d’éviter.

Même un gouvernement majoritaire y regardera à deux fois avant d’ajouter ainsi au fardeau des contribuables, peu importe qu’il s’agisse d’une taxe, d’une contribution ou d’une cotisation.

Bien sûr, tout cela n’est pas de très bon augure pour un gouvernement qui offre des services à une population vieillissante. Néanmoins, les options sont connues : réduire les dépenses, augmenter la dette, augmenter les tarifs, les taxes et les impôts, ou encore un peu de tout ça à la fois. Pour chacune de ces avenues, il y a des contraintes et aussi un prix politique.

Il sera particulièrement intéressant de voir quelles seront les formations politiques qui oseront expliquer véritablement leurs intentions aux Québécois.

Très bientôt, elles pourraient avoir l’occasion de le faire.

Et, alors, on verra bien si les Québécois ont envie d’entendre parler de ces questions difficiles.

Catégorie: Québec