Billets classés sous « PM Harper »

Le (premier) ministre de tout

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 publié le 25 février 2015 à 8 h 57

Le chroniqueur du Globe and Mail Jeffrey Simpson parlait en début de semaine de l’isolement dans lequel se retrouvent inévitablement les premiers ministres canadiens. Stephen Harper n’est pas une exception en soi, mais Simpson explique qu’il a poussé la logique à son extrême. Non seulement est-il isolé quand vient le temps de prendre les grandes décisions, il a fait le vide autour de lui de manière unique, quasi-permanente.

Contrairement à ses prédécesseurs tout aussi seuls au sommet, il n’est entouré de personne avec une force de caractère, un bagage ou encore un lien personnel qui place cette personne en position de confronter M. Harper quand celui-ci mûrit les politiques de son gouvernement avant de s’enfermer pour trancher.

Ne vous en faites pas, M. Harper ne montre aucun signe de détresse devant cette solitude dans son bureau du coin sud-est du parlement, bien au contraire. En fait, il cultive tout ça au point où ça se reflète ouvertement dans la stratégie gouvernementale.

Dans nos gouvernements, le premier ministre reste la tête d’affiche. Ça ne date pas d’hier. C’est encore plus vrai en campagne électorale. Les premiers ministres précédents laissaient cependant généralement la place à leurs ministres pour les annonces de politiques relevant de leurs responsabilités. Comme on est virtuellement en campagne depuis l’automne à cause de la date fixée au 19 octobre prochain, M. Harper a décidé de faire en sorte d’être associé à toutes les annonces ou tous les messages forts du gouvernement. Des messages simples, brefs et limpides.

Vous ne le verrez pas donner dans le commentaire nuancé sur quoi que ce soit, question de ne pas se retrouver dans les publicités de ses adversaires qui interpréteraient ses propos. Demandez à Stéphane Dion ou à Michael Ignatieff, ils savent de quoi je parle.

Voyez le modus operandi depuis la rentrée de septembre, la dernière avant l’élection d’octobre prochain.

Après avoir laissé au nouveau venu aux Finances, Joe Oliver, le soin d’annoncer le fade crédit d’impôt à l’embauche destiné aux PME, le patron a pris la relève pour les annonces plus sexy. C’est donc lui qui est allé à Whitby, en banlieue de Toronto, annoncer dans un gymnase, devant de jeunes joueurs de hockey-balle, le doublement du crédit d’impôt pour les activités physiques des enfants. Y a-t-il un Joe Oliver dans la salle?

Quelques semaines plus tard, même scénario à Vaughan avec deux belles familles sur la scène pour l’annonce du fractionnement du revenu des familles avec enfants et de la bonification de la prestation universelle pour la garde d’enfants. Toujours pas de Joe Oliver, sauf quand vient le temps d’annoncer que l’incertitude causée par la baisse des prix pétroliers force le report du dépôt du budget.

Fin janvier, on remet ça à Markham pour l’annonce des mesures contre le terrorisme. Les ministres responsables, MM. Blaney et Mackay, sont laissés de côté, le patron va se charger lui-même de la très populaire annonce. Je vous en parlais vendredi dernier. Il n’est pas question pour M. Harper de nuancer le message avec une main tendue, une ouverture ou un appel à la tolérance envers les musulmans du pays. Il laisse ça à M. Blaney, dont le ministère et la GRC qui en relève ont des programmes d’intégration, de lutte douce à la radicalisation.

Denis Lebel effectue des tournées à répétition au Québec, mais c’est M. Harper qui va livrer LE message dans LA région que ciblent les conservateurs. En entrevue à une radio de Québec, sans sollicitation, M. Harper y va d’une tirade sur le soutien aux familles, les impôts bas, la lutte au crime et au terrorisme, des valeurs que « détestent » beaucoup de gens à Radio-Canada selon lui.

Et pendant qu’il était au Québec, il en profite pour donner un point de presse au cours duquel ses conseillers ouvrent la porte aux journalistes pour lui permettre d’annoncer que son gouvernement fera appel du jugement de la Cour d’appel qui permettrait à une musulmane de prêter le serment de citoyenneté avec le visage couvert. Allô Chris Alexander!!!

Tout aussi révélatrice, sa réponse aux questions lorsqu’interrogé sur la possibilité d’utiliser la clause dérogatoire (nonobstant) pour ne pas avoir à tenir compte du jugement de la Cour suprême qui permet le suicide assisté médicalement. Même logique, mais à l’inverse, il laisse à d’autres la nouvelle moins réjouissante.

À Thomas Mulcair et Justin Trudeau qui lui demandent de confirmer qu’il n’aura pas recours à cette clause exceptionnelle, il ne ferme pas la porte :

« Le gouvernement a toujours respecté les décisions de la Cour suprême et nous allons étudier cette décision et consulter la population canadienne avant de décider comment répondre. »

Incertitude? Ambivalence? Confusion? Ben voyons donc! Plusieurs députés identifiés à la droite orthodoxe réclamaient la veille le contournement du jugement grâce à ladite clause, et la base du parti associée au courant religieux et du droit à la vie le demande aussi. M. Harper ne sera pas celui qui va leur claquer la porte sur les doigts, pas en public du moins.

Peter MacKay ramasse la patate chaude et dit à la sauvette de ne pas compter sur la « clause nonobstant » en circulant dans les couloirs du parlement. Et on envoie même au bâton le secrétaire de presse de M. Harper, Carl Vallée, pour expliquer que la « clause nonobstant » n’est pas envisagée. Mais voilà, pas un son de la bouche de M. Harper qui pourrait être retenu contre lui. C’est ça qui compte.

On aura beau dire que cette droite orthodoxe est une clientèle captive, M. Harper ne veut pas être sa cible principale et, par-dessus tout, il veut limiter les protestations ouvertes. Pire, des messages de mobilisation qui appelleraient au combat avec un extrait venant directement de lui comme amorce. Il ne veut simplement pas être le proverbial messager sur lequel on tire, il sait quel effet ça peut avoir, ses adversaires peuvent en témoigner.

En prime, son gouvernement va permettre à cet électorat de ventiler directement ses frustrations quant au jugement. Il prépare un forum en ligne pour amorcer la consultation que promet le premier ministre. Organisés comme ils le sont, ces groupes vont être en mesure d’inonder le site web de messages défavorables contre l’aide médicale à mourir.

M. Harper n’ira évidemment pas jusqu’à présenter le budget à la place de son ministre des Finances, mais attendez-vous à ce que les scénarios décrits plus haut se répètent. En pleine année électorale, avec en main les rênes du gouvernement et les annonces qui viennent avec, M. Harper se dit tout simplement : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

D’une part, ça permet de constater l’efficacité de M. Harper dans la livraison du message, mais ça pose aussi un peu la question de la composition de son Cabinet. C’est Philippe Couillard qui doit regarder M. Harper aller avec intérêt, sinon avec une pointe d’envie!!!

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Harper, Obama et l’Islam

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 publié le 20 février 2015 à 19 h 35

Ce n’est pas d’hier qu’on note les différences entre Stephen Harper et Barak Obama. Les deux hommes n’ont jamais vraiment eu d’atomes crochus. En fait, la popularité de Barak Obama au Canada au moment de son élection était telle qu’elle faisait ombrage au premier ministre canadien.

Au-delà des personnalités radicalement différentes, des contrastes sont apparus sur certains enjeux au point de frôler carrément le différend dans certains cas. Et on ne parle pas d’enjeux marginaux ici. Après la crise financière et la récession de 2008-2009, les deux hommes étaient loin d’être sur la même longueur d’onde en ce qui concernait la relance économique globale. Stimulation prolongée de l’économie pour M. Obama, rigueur budgétaire pour M. Harper.

Les positions de M. Obama sur le changement climatique et surtout ses tergiversations sur l’approbation du pipeline Keystone XL ont creusé l’écart entre les deux hommes.

Ce contraste se manifeste à nouveau sur leur façon d’aborder la question de la lutte au terrorisme. Tout d’abord, les deux sont d’accord sur le plus élémentaire, il faut confronter le groupe armé État islamique et le faire en évitant l’envoi massif de troupes en sol irakien ou syrien. Là où ils se distancient, c’est sur la façon d’aborder les dessous du terrorisme.

Dès l’attentat du marathon de Boston d’avril 2013, Stephen Harper a adopté une ligne dure face aux jeunes qui se laissaient séduire par le courant islamiste radical. Ça se passait dans la cour de M. Obama. Mais même lui, tout en condamnant le geste, indiquait qu’il fallait tenter de comprendre la source du mécontentement ou des frustrations de ces jeunes qui débouchaient sur des attentats.

Ces fameuses causes profondes, Stephen Harper ne voulait pas en entendre parler. Un chef de parti fraîchement élu, Justin Trudeau,  avec le vent, que dis-je, des rafales dans les voiles, les avait mentionnées en commentant l’attentat du marathon et l’occasion était trop belle de l’étamper dans la bande à sa première présence sur la glace dans la grosse ligue. Justin Trudeau a compris depuis qu’il n’y a pas trop de place pour la nuance sur cette question-là dans la stratégie de Stephen Harper.

La tenue du sommet contre l’extrémisme violent à Washington à l’initiative de Barak Obama et les déclarations de Stephen Harper sur tout ce qui entoure le terrorisme, la mission en Irak et même le port du niqab fournissent la plus récente occasion de départager les deux hommes.

M. Obama et tous ceux qui gravitent autour de lui évitent consciencieusement les mots djihadiste et islamique pour décrire les motivations ou les sources de l’idéologie du groupe armé État islamique. Certains de ses adjoints tentent de justifier ce choix en disant que le fait d’étiqueter comme « islamique » ces convictions et les gestes barbares posés en leur nom ferait le jeu de l’ennemi qui veut justement se définir comme une cible d’une guerre menée par les États-Unis contre l’islam au sens large…

Disons que la subtilité de la tactique est si peu évidente que les politiciens et les commentateurs de tous les côtés y trouvent à redire. Est-ce diluer le tout? Un euphémisme qui traduit un manque de conviction? Une approche à la Obama, un peu académique et désincarnée au point de devenir réductrice?

À l’inverse, M. Harper n’y va pas par quatre chemins et cherche même à associer sa personne à chaque occasion. C’est donc lui plutôt que les ministres responsables, MM. Alexander ou MacKay, qui a annoncé l’intention de son gouvernement de faire appel du jugement qui autorise la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé du niqab la semaine dernière. Même chose pour l’annonce du projet de loi C-51 sur la lutte contre le terrorisme.

Quant au contenu des propos, vous allez devoir creuser pas mal pour trouver LA fois où M. Harper a fait preuve d’une certaine ouverture à l’égard de la communauté musulmane depuis le regain de tension des derniers mois. Vérification faite, aucun appel à la tolérance ni à la solidarité, aucune main tendue à la communauté lors des grands moments, lorsque les projecteurs nationaux étaient braqués sur lui.

Pensons au soir de l’attaque du 22 octobre au Parlement dans son discours télévisé ou encore à celui du lendemain en Chambre qui se concluait par les fameuses accolades à ses rivaux. Au lendemain de l’attaque à Charlie Hebdo, même chose. À Richmond Hill pour l’annonce du C-51, même message, celui de la répression et de la prévention par la coercition.

Pourtant, le gouvernement met de l’avant des programmes intéressants, certains pour voir venir la radicalisation, pour ramener dans le droit chemin les jeunes qui seraient tentés. Même les autorités policières le font. M. Harper laisse justement ça à ses ministres qui eux, en parlent fréquemment.

LA fois où M. Harper a tendu cette main aux musulmans canadiens est pas mal passée inaperçue, malheureusement vous diraient probablement M. Harper lui-même et ses conseillers. C’était un jeudi soir du début décembre lors d’un souper-anniversaire d’un organisme charitable à Markham. M. Harper y a remercié les dirigeants de la communauté pour leur réaction, leur dénonciation des auteurs des attentats en sol canadien et surtout pour leur campagne contre la radicalisation des jeunes. Pas totalement un coup d’épée dans l’eau, mais probablement pas non plus l’occasion la plus rentable de le faire si on compare aux audiences qu’il avait quand toutes les caméras étaient braquées sur lui.

De plus, des remerciements aux musulmans, c’est une chose, un appel au reste de la population de ne pas se laisser gagner par l’intolérance,  c’en est une autre. Demandez justement aux musulmans du pays ces jours-ci.

Donc, d’un côté un président américain qui dilue le message au point de noyer le poisson, de l’autre un premier ministre qui préfère un message simple, sans équivoque. Les deux avec des visées politiques qui leur sont propres. Celui des deux qui a à se faire réélire est de notre côté du 49e parallèle.

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Un recul peut être honorable M. Harper

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 publié le 20 janvier 2015 à 11 h 35

Le report du dépôt du budget par le ministre Joe Oliver lui permettra d’avoir toutes les informations nécessaires à la prise de décisions cruciales en ces temps de volatilité économique, due à la chute brutale des prix pétroliers.

Encore ce matin, le Conference Board, un des organismes consultés par M. Oliver pour établir sa moyenne des prévisions du secteur privé, lui annonce que ses revenus devraient être amputés de 4,3 milliards de dollars l’an prochain. Bye bye surplus, ou même équilibre budgétaire, concluent d’autres prévisionnistes pour les mêmes raisons, sans s’en alarmer cependant.

Experts et commentateurs sont à peu près unanimes à admettre qu’un léger déficit une année donnée, l’an prochain dans ce cas-ci, n’a pas d’impact, même s’il est toujours souhaitable d’équilibrer les budgets. Pas d’impact important sur les finances publiques, le service de la dette ou le fameux ratio dette/PIB dans le contexte d’un budget de près de 300 millions de dollars et d’une économie de 2000 milliards de dollars.

La détermination du gouvernement Harper à éliminer le déficit l’an prochain tient essentiellement à un engagement électoral de 2011 duquel dépendaient certaines annonces qui ont déjà été faites cet automne. Les avantages fiscaux consentis à certaines familles avec le fractionnement de leurs revenus et la bonification de la Prestation universelle à la garde d’enfants vont coûter environ 4,5 milliards par an à compter de… l’an prochain! Et pas question de revenir sur ces mesures nous dit-on de tous les côtés au gouvernement.

Jason Kenney flirte avec de nouvelles compressions pour atteindre le déficit zéro à tout prix en 2015, certains prennent leurs distances au gouvernement, mais on comprend que le désaccord réside dans les moyens, pas l’objectif.

Est-il possible qu’après ce délai de trois mois, le ministre Oliver soit confronté à une situation qui amène les prévisionnistes et ses fonctionnaires à le mettre face à un déficit léger, de 1 à 4 milliards de dollars? Très possible, nous disent plusieurs analystes.

Que faire alors? Manipuler les chiffres dans le budget de façon à présenter un équilibre quitte à ce qu’il se transforme en déficit en cours d’année… mais après l’élection d’octobre? Prendre des mesures à court terme pour obtenir l’équilibre, même si certaines peuvent être nuisibles à plus long terme? Ou encore revenir sur l’engagement de 2011?

Est-ce qu’un tel recul serait si coûteux pour les conservateurs? Est-il possible de justifier le non-respect d’une promesse si c’est une bonne idée de le faire?

Les conservateurs sont en fait très bien placés pour savoir que c’est possible. C’est même le prédécesseur de M. Oliver aux Finances, Jim Flaherty, qui l’a fait avec succès. L’imposition des fiducies de revenus si chères aux retraités en 2006, ça vous dit quelque chose?

Petit rappel rapide. Dans la plateforme des conservateurs pour l’élection de janvier 2006, cette phrase :

« Le plan conservateur stoppera l’attaque des libéraux envers les économies de retraite et préservera les fiducies de revenu en ne prélevant aucun nouvel impôt. »

Ça avait le mérite d’être clair. Sauf que 10 mois plus tard, le soir de l’Halloween 2006, Jim Flaherty convoque la presse après la fermeture des marchés pour annoncer que le gouvernement Harper oublie sa promesse et va finalement imposer les fiducies de revenu comme les autres sources. Deux raisons jugées valables par beaucoup d’experts : le gouvernement ne pouvait pas renoncer aux milliards en perte de revenu et la multiplication des fiducies, notamment du côté de méga entreprises canadiennes, aurait des conséquences négatives sur les décisions d’investissement des entreprises en question.

Difficile de reculer plus que ça et, pourtant, M. Flaherty et le gouvernement Harper s’en sont très bien tirés en dépit des critiques des regroupements de retraités et de certains conseillers en placement.

En fait, deux mois plus tard, La Presse Canadienne nommait Jim Flaherty la « personnalité économique de l’année » au Canada, précisément en se basant sur cette décision!

Donc, petite tempête à prévoir, c’est évident, après le dépôt d’un budget légèrement déficitaire. Mais bon, il y a peut-être moyen de « vendre » le tout en parlant de « sagesse » et de « sens des responsabilités ». Ça aussi ça a fait partie du message économique des conservateurs, surtout depuis la crise financière de 2008-2009. Une différence évidemment, le recul de 2006 sur les fiducies de revenu survenait en tout début de mandat, alors que maintenant une élection pointe à l’horizon. Mais bon.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Mauvaise nouvelle pour Joe Oliver

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 publié le 13 janvier 2015 à 12 h 04

Le ministre canadien des Finances, Joe Oliver, en pleins préparatifs budgétaires, a entendu deux fois plutôt qu’une un message qu’il ne voulait pas entendre ce matin. Le retour à l’équilibre budgétaire n’est pas pour l’an prochain à moins que le gouvernement Harper n’annonce de nouvelles mesures pour l’atteindre.

Par nouvelles mesures, on n’entend évidemment pas des mesures populaires comme le fractionnement du revenu des familles ou encore la hausse de la prestation mensuelle pour la garde d’enfants, des mesures coûteuses annoncées cet automne et qui contribuent maintenant au maintien des finances publiques fédérales dans le rouge. On pense plutôt à de nouvelles restrictions dans les dépenses, puisqu’il n’est pas question d’aller chercher des revenus supplémentaires en impôts ou taxes pour ce gouvernement.

Vous aurez deviné que la chute des prix du pétrole vient gâcher la planification budgétaire et politique du gouvernement Harper.

Le premier message vient de deux anciens hauts fonctionnaires, qui concluent que les bonnes conditions économiques en 2014 pourraient bien générer un léger surplus pour l’année en cours qui prend fin le 31 mars, contrairement à ce que soutiennent toujours MM. Harper et Oliver. Ces derniers ne prévoient un retour à l’encre noire au bas des prévisions que l’an prochain.

Les deux experts contredisent aussi les deux politiciens là-dessus puisque, malgré une croissance économique réelle de 2,5 % en 2015, la croissance nominale attendue de 3,7 % qui établit l’assiette fiscale du ministère des Finances ne sera pas au rendez-vous. Donc, des revenus bien en deçà des attentes et toujours un déficit, contrairement aux prévisions, et surtout aux espoirs, des conservateurs .

Tout ça, disent-ils, même si la baisse des prix du pétrole a des effets bénéfiques sur d’autres secteurs économiques dans certaines régions du pays, on pense évidemment aux provinces centrales avec leurs industries manufacturières.

Le deuxième vient de la Banque TD dont le patron du service de recherche, Craig Alexander, fait partie de la douzaine d’économistes qui rencontrent le ministre depuis des années pour l’aider à établir ce qu’on appelle, aux Finances, la « moyenne des prévisions du secteur privé ». C’est cette moyenne qui sert ensuite de base aux calculs des gens des Finances pour prévoir les revenus et les dépenses de l’État fédéral… et son bilan par le fait même, surplus, déficit, équilibre?

Donc, je vous épargne le gros des chiffres, mais la TD a développé un modèle de prévisions des finances fédérales dans lequel elle a introduit des prévisions d’évolution des prix du pétrole pour les prochaines années.

Au lieu d’un surplus de 1,9 milliard de dollars l’an prochain, l’année cible des conservateurs et année électorale, la TD en arrive maintenant à un léger déficit de 2,3 milliards de dollars et un autre de moins de un milliard l’année suivante. Report de deux ans donc de cet équilibre budgétaire tant recherché.

Plusieurs implications politiques à tout ça, pour le gouvernement Harper au premier chef. Comment présenter ça dans le prochain budget Oliver et miser là-dessus pour faire campagne en se présentant comme seul garant d’une économie et de finances publiques saines? Tout le capital de crédibilité économique du gouvernement Harper a été mis là-dessus. Pas sur une baisse à un certain niveau du taux de chômage, l’atteinte d’un taux de croissance quelconque ou un autre indicateur de bonne performance. Uniquement sur le déficit zéro grâce à des dépenses bien gérées et des impôts maintenus bas.

Ça élimine à peu près la possibilité de présenter dans le même budget Oliver les dernières mesures populaires promises en 2011, le doublement du plafond des comptes d’épargne libres d’impôts (CELI) et l’introduction du crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes.

Dans la même veine, ça vient aussi toucher les deux autres partis fédéraux en ce qu’il leur reste beaucoup moins de marge pour leurs engagements électoraux, un bon exemple étant le programme national de garderies du NPD ou les infrastructures de M. Trudeau. Des choix difficiles pour tout le monde, réels pour le gouvernement, théoriques pour ses vis-à-vis.

En conclusion, remarquez qu’aucun des auteurs des prévisions de ce matin ne sonne l’alarme devant le maintien de légers déficits pendant une année ou deux de plus. Ils sont insignifiants économiquement et n’auront à peu près pas d’impact sur le ratio dette/PIB. Ils ne réclament donc pas des mesures ponctuelles pour assurer à tout prix ce retour à l’équilibre promis pour l’an prochain, ça peut attendre. Il ne faudrait au contraire pas prendre de décisions hâtives et mal avisées pour atteindre un objectif purement politique à très court terme, disent-ils.

Du côté du ministre Oliver, on maintient ce matin l’objectif d’équilibre budgétaire en 2015. Et on répète que les politiques économiques du gouvernement Harper fonctionnent, puisqu’elles sont axées sur l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

La bataille de la sécurité au Canada

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 publié le 9 janvier 2015 à 15 h 49

J’écrivais dans mon dernier billet, le bulletin de notes des chefs à Ottawa, que la question de la sécurité nationale était la « matière forte » du premier ministre Harper et qu’elle représentait pour lui une occasion, une ouverture, en cette année électorale. Tout ça dans le contexte où son principal cheval de bataille, l’économie, est soumis à une grande incertitude, entre autres en raison de la chute des prix du pétrole. Même les finances publiques sont touchées. Surtout, le retour à l’équilibre budgétaire prévu pour cette année risque d’être plus ardu.

« Matière forte » pour M. Harper, au point où elle lui a permis une certaine remontée dans les sondages, en fin d’année, après les attaques en octobre à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa. Dans mon dernier billet, j’établissais d’ailleurs la gestion de crise de M. Harper et sa décision de participer à la mission en Irak comme le meilleur coup du premier ministre en 2014.

À entendre M. Harper présenter hier à son auditoire de Delta, en Colombie-Britannique, ce qu’il a appelé la nouvelle « réalité » du monde actuel, en fait un portrait assez sombre, un monde inquiétant, angoissant à la limite, nul doute que le premier ministre sait quelles cartes il va jouer et comment il va le faire.

Après avoir répondu à une question sur le niveau d’alerte au Canada et la nomination de son nouveau conseiller à la sécurité nationale plus tôt cette semaine, M. Harper a pris un ton bien particulier, se frottant la joue et le menton en réfléchissant. Puis, tel un bon père de famille qui donne ses consignes aux enfants qui quittent la demeure familiale pour faire face à la vie, il a déclaré :

« Mais laissez-moi dire quelque chose, au sujet de Paris et de toutes les questions que vous me posez. Et je ne dis pas ça avec un certain plaisir ou avec une certaine excitation, c’est plutôt le contraire. Mais le fait est que, mesdames et messieurs, le mouvement djihadiste international a déclaré la guerre. Ils ont déclaré la guerre à quiconque ne pense pas ou n’agit pas tel qu’il le devrait selon eux. Ils ont déclaré la guerre et ils se sont déjà livrés à des exécutions massives. On n’aime pas ça et on aimerait bien que tout ça s’évanouisse, mais ça n’arrivera pas. Et la réalité est qu’il va falloir les confronter. Et ça va malheureusement être la réalité de ce monde dans lequel on vit pendant un certain temps, et il va donc falloir y faire face de front. C’est ce que notre gouvernement s’est engagé à faire. »

Puis, sans sollicitation, M. Harper a enchaîné en français pour en arriver au même constat, en disant que « nous devons participer à cette mission [en Irak] et nous devons renforcer nos lois ici pour contrer ces menaces sur notre propre territoire ».

Voyez vous-mêmes :

 

Enfin, sur la mesure du succès de la mission contre le groupe armé État islamique en Irak, M. Harper donne son point de vue en terminant sur une sorte d’avertissement à son auditoire.

« C’est pour ça qu’on est là ultimement, c’est un mouvement qui a déclaré la guerre au Canada spécifiquement et qui a montré qu’il peut développer la capacité de mener des attaques sur ce territoire et c’est pourquoi on continuera de faire le nécessaire pour éliminer cette menace en particulier. »

Le fait que son parti profite de l’occasion fournie par la cascade d’attentats terroristes dans le monde ainsi qu’au Canada pour lancer une campagne de signatures en ligne en soutien aux propos du premier ministre enlève tout doute à ceux qui en entretenaient au sujet de sa stratégie.

 

Extrait d'une page web du Parti conservateur du Canada.
Extrait d’une page web du Parti conservateur du Canada.

Et, peu importe les événements internationaux ou d’éventuelles attaques, le débat restera à l’avant-plan au Canada. M. Harper s’en chargera lui-même.  Il précisait jeudi que son gouvernement allait déposer « rapidement » après la reprise des travaux parlementaires, le 26 janvier, de nouvelles mesures pour faciliter la tâche des autorités responsables de la lutte contre le terrorisme.

Des mesures qui tourneront autour des preuves à obtenir, des arrestations ou de la détention préventive, tout en préservant l’équilibre entre les droits et la sécurité, rassure le premier ministre. On verra comment se positionneront ses deux adversaires là-dessus. Quelle marge leur restera-t-il pour exprimer des réserves sur ces pouvoirs accrus, vouloir nuancer, sans se faire accuser d’être mous face aux terroristes?

On connaît le procédé, il a été largement utilisé dans la lutte contre la criminalité. Même au sujet du terrorisme, Justin Trudeau y a goûté après l’attentat au marathon de Boston, quand il a évoqué le fait que les jeunes radicalisés pouvaient vivre dans une certaine exclusion qui contribuait peut-être à leur frustration, qui nuisait à leur intégration.

On sait déjà cependant où MM. Mulcair et Trudeau logent sur la mission en Irak, un autre débat qui ressurgira à l’approche de l’échéance du déploiement des CF-18 là-bas, un premier déploiement qui devait durer six mois. Incidemment, cela fera six mois le 7 avril que la résolution sur ce sujet aura été adoptée aux Communes, le jour même du début du procès d’un dénommé Mike Duffy.

On peut ajouter à cela que Jenny Byrne a quitté son poste cette semaine au cabinet du premier ministre pour retourner à ses fonctions au Parti conservateur, où elle devient directrice de la campagne nationale en prévision des élections du 19 octobre. Ce poste lui était destiné, mais ce sera un autre élément qui va alimenter les hypothèses chez les adeptes d’un déclenchement d’élection hâtif par le premier ministre si sa cote monte suffisamment en début d’année.

Peu importe la date de l’élection, il est rare que la politique étrangère et ses dérivés en soit l’enjeu central, mais la question de la sécurité nationale et du terrorisme continue de prendre du galon et pourrait bien rivaliser avec l’économie dans la tête des électeurs.

 

 

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Des réponses! Sérieusement!

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 publié le 2 octobre 2014 à 8 h 57

La période des questions est également devenue celle des réponses depuis quelques jours. Après l’incident Calandra-Mulcair-Scheer la semaine dernière au sujet de la participation militaire canadienne au combat contre le groupe armé État islamique en Irak, on a senti le vent tourner vendredi.

Le virage le plus spectaculaire et le plus remarqué a sans doute été les excuses larmoyantes de Paul Calandra aux Communes pour ses réponses sans rapport avec les questions du mardi précédent. Mais le véritable signal du changement d’attitude est venu d’ailleurs, de tout en haut de la machine Harper en fait.

Interrogé sur la situation en Irak et l’engagement canadien pendant le point de presse lié à la signature de l’entente commerciale avec l’Union européenne, le premier ministre Harper n’a même pas eu l’air agacé. Deux jours après avoir appris aux Canadiens à partir de New York que son gouvernement examinait une demande américaine de contribution militaire accrue en Irak, M. Harper a pris le temps de bien faire le tour de la question, de son point de vue, dans les deux langues officielles. Une réponse élaborée, sans taloche à ses adversaires ni à la presse :

« Je vais répéter cette réponse. Évidemment, l’idée que le Canada mène les États-Unis vers un conflit militaire est tout à fait bizarre. Le président Obama a dit, disait pendant l’été, son intention de mener une coalition contre la menace de l’État islamique. Nous avons eu des conversations à cet égard. C’est un… il y a un bilan public sur cette question.

Le Canada a répondu aux demandes des Nations unies et en conversation avec nos alliés. Je dois dire, je ne dis pas que nous avons répondu avec une réticence. On a ici une vraie menace pas seulement dans la région, pas seulement à nos alliés ou aux États-Unis, mais c’est aussi une menace réelle contre nous. On ne peut pas avoir un califat terroriste ouvert qui contrôle un grand territoire et qui est en train de préparer des attaques terroristes contre des cibles ici et à travers le monde. On ne peut pas tolérer ça.C’est la raison pour laquelle le président a décidé d’agir, et nous le félicitons pour sa volonté et la volonté des États-Unis et nos autres alliés. Quand on appuie quelque chose et quand on appuie quelque chose parce que c’est nécessaire et parce que c’est souhaitable, c’est essentiel que nous fassions notre part. C’est l’histoire de notre pays. On ne reste pas juste spectateur. Ça serait tout à fait irresponsable. C’est la raison pour laquelle le Canada a contribué vite dans cet effort. Il y a d’autres demandes toujours. Nous prendrons nos propres décisions et nous évaluerons ces décisions selon nos objectifs, nos capacités. Mais à la fin, nous n’avons pas l’intention de ne pas supporter nos alliés et nos amis à travers le monde. C’est presque tout le monde qui reconnaît que c’est une mission nécessaire. Nous n’avons pas l’intention quand je suis premier ministre de devenir juste des spectateurs quand notre propre sécurité est en question. »

On peut être d’accord ou pas avec son analyse, ses intentions et sa politique étrangère, mais on ne pouvait plus reprocher à son gouvernement de considérer l’enjeu entièrement derrière des portes closes. On n’en était pas à une véritable consultation de l’opposition, encore moins en public, mais on pouvait comprendre les priorités de M. Harper et ses convictions profondes.

En fait, on pouvait se demander pourquoi avoir attendu les dénonciations d’à peu près toute l’industrie du commentaire politique, surtout au Canada anglais, pour fournir des réponses respectueuses, non pas des interrogateurs, mais de la délicatesse et du sérieux de l’enjeu. Après tout, on envoie des Canadiens dans une zone à risque, aucun doute là-dessus. Et les larmes de M. Calandra n’ont pas fait oublier qu’il agissait comme secrétaire parlementaire du premier ministre et qu’il était donc en service commandé, pas un agent libre.

Une fois le signal donné par le premier ministre Harper, l’effet s’est fait sentir dans tout l’appareil de sorte que le ministre John Baird a fourni des réponses plus que propices en début de semaine à la période des questions. Toute l’information souhaitée par l’opposition n’y était pas nécessairement, mais il allait aussi loin qu’il croyait pouvoir le faire tout en ne finissant pas ses réponses par une insulte ou une pique à ses adversaires, la recette préférée de M. Baird habituellement.

M. Harper a poursuivi dans la même veine mardi et hier, prouvant ainsi que ce n’est pas faute d’être capable d’autre chose qu’on utilise le mépris comme arme principale à la période des questions. Et le gouvernement ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire.

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Northern Gateway, un oui timide

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 publié le 18 juin 2014 à 18 h 14

Tout aussi intéressante que la décision d’autoriser le projet Northern Gateway (NG) est la manière de faire du gouvernement Harper, pardon, du Canada, dans le dossier. L’annonce elle-même tout d’abord : mardi 17 h 05, un communiqué sur la « décision » du gouvernement d’« accepter la recommandation de la commission indépendante d’imposer ces 209 conditions à la réalisation du projet NG ». On autorise le projet en s’appuyant sur les 209 conditions de l’Office national de l’énergie (ONE) qui touchent tous les aspects de l’aménagement et de l’exploitation du pipeline. Pas à la satisfaction de tout le monde, mais bon.

Les chefs des partis d’opposition réagissent rapidement. Mais personne du côté du gouvernement, ni le ministre des Ressources naturelles, Greg Rickford, ni le ministre responsable de la Colombie-Britannique, James Moore, ne prennent la peine de sortir. Mercredi, à l’entrée du caucus hebdomadaire, enfin! Des députés de la Colombie-Britannique et le ministre des Finances Joe Oliver, un Ontarien, s’arrêtent brièvement devant les micros. Les députés n’en sont plus à s’appuyer sur l’ONE, ils se réfugient derrière l’organisme en disant qu’ils n’ont fait que donner leur accord à des recommandations étoffées, comme ça, dans une sorte de vide, et que, pour la suite des choses, il faut s’en remettre à l’ONE et à Enbridge.

Le gouvernement passe à autre chose. Vous avez des questions, des réserves, un avis de poursuite ou un besoin d’information? Appelez l’ONE ou Enbridge, tout est maintenant en place, le gouvernement n’y est plus pour rien. Après tout, on ne parle ici que d’un projet de 7 milliards de dollars, 525 000 barils par jour, 3000 emplois en construction, dans un domaine pourtant reconnu comme le fer de lance du développement économique du Canada, LE thème du gouvernement conservateur.

On s’est fié aux scientifiques, dit le gouvernement, dont le premier ministre en tête à la période des questions. C’est une « politique basée sur les faits », dit M. Harper. Les scientifiques du pays sont soulagés d’apprendre que le gouvernement les écoute. M. Harper avait d’ailleurs dit la même chose récemment aux collègues de la CBC au sujet de son initiative sur la santé maternelle et des enfants dans les pays pauvres. En parlant des réticences face à la vaccination, M. Harper avait déploré que « les gens s’en remettent à leurs propres théories » plutôt que de se fier aux faits et aux experts qui ont bien examiné la question.

Wow! Statistique Canada devrait peut-être retracer les formulaires longs du recensement, celui de 2016 s’en vient!

Revenons à Northern Gateway. Compte tenu de l’importance du projet dans le portrait d’ensemble du développement des ressources énergétiques, on s’étonne quand même du service après-vente du gouvernement. Est-ce qu’il ne veut pas s’approprier le succès éventuel du projet s’il est si prometteur?

Il faut se rappeler que c’est M. Harper qui, en 2006, devant des gens d’affaires à Londres, proclamait que le Canada deviendrait une « superpuissance énergétique ». Ce même Stephen Harper avertissait un Barack Obama hésitant dans le dossier Keystone, en 2011, en affirmant que le Canada serait contraint de trouver d’autres débouchés, en Asie, pour ses hydrocarbures. C’est précisément ce que permet le pipeline NG. M. Harper a toutes les raisons d’en être fier et de défendre le projet, car ce ne sont pas les arguments qui manquent. Pourtant.

Gros contraste avec deux dossiers importants qui  reviennent en mémoire, pour lesquels le gouvernement Harper avait géré les annonces de manière fort différente.

Le ministre Tony Clement s’était chargé lui-même de la déclaration dans le foyer de la Chambre pour rejeter la tentative de prise de contrôle de la Potash Corp par une firme australienne, une décision très, très populaire en Saskatchewan, où la Potash est un symbole fort.

Autre dossier stratégique, l’acquisition de la pétrolière Nexen par le géant d’État chinois CNOOC en décembre 2012. On ne se refuse rien, c’est le premier ministre lui-même qui se rend disponible et qui prend toutes les questions avec une maîtrise dont les journalistes de la Colline parlent encore. Ils se demandent en fait pourquoi M. Harper ne se livre pas à l’exercice plus souvent, puisqu’il a tous les atouts en main pour bien défendre ses décisions.

Dans ce cas-là, le premier ministre gagnait sur les deux tableaux. En approuvant d’une part la transaction de 15 milliards de dollars, l’avenir de Nexen était nettement plus reluisant, l’Alberta et la communauté des affaires étaient satisfaites. Il fixait d’autre part de nouvelles règles pour les acquisitions futures par des firmes étrangères contrôlées par des États. Ça calmait bien des inquiétudes. CNOOC-Nexen serait la dernière du genre, tout le monde était content, y compris les Chinois.

Au moment d’écrire ces lignes, ce n’est qu’à la période des questions que MM. Harper et Rickford ont répondu aux questions sur NG.  MM. Harper et Rickford présentaient en fait l’acceptation de Northern Gateway comme une formalité, une sorte d’automatisme, sinon une fatalité… curieux. Et comme d’habitude, peu importe l’angle de la question, la réponse tourne autour des mêmes lignes : l’avis d’un groupe indépendant a été suivi, des conditions exigeantes sont fixées et permettront de protéger l’environnement, des milliers d’emplois seront créés et cela bénéficiera à tous les Canadiens en fin de compte.

Ah oui… j’oubliais, « et le NPD a toujours été opposé au développement des ressources » en plus de « on se souvient de l’hostilité des anciens gouvernements Trudeau à l’égard des projets de l’Ouest », concluait le premier ministre face aux chefs des deux partis d’opposition.

Les députés conservateurs de Colombie-Britannique risquent de trouver l’été pas mal long. Pour Enbridge, ce sera encore plus long.

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Fractionnement du revenu, sentiment de déjà-vu

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 publié le 13 février 2014 à 17 h 19

Au-delà des apparentes divergences entre conservateurs sur la suite à donner à leur promesse de 2011 de permettre le fractionnement des revenus des conjoints de familles avec enfants, il est difficile de ne pas avoir une certaine impression d’avoir déjà joué dans ce film. Le scénario : une promesse mal avisée, mais fort populaire, question de séduire une certaine clientèle en période électorale, sur laquelle on recule ensuite. Le coût politique est à court terme, et encore. Étant mal avisé au départ, l’abandon de la promesse en question va même vous attirer des applaudissements!

Dans la première version du film, le fractionnement des revenus aux fins d’impôt est remplacé par l’imposition des fiducies de revenus, si populaires comme véhicule d’épargne au début des années 2000. Si populaire que les libéraux, alors au pouvoir, ont cru bon de se pencher sur la question pour diverses raisons. La principale : des pertes de revenus fiscaux importantes s’accroissaient au rythme de la popularité grandissante des fiducies en question, notamment auprès des retraités et de ceux qui approchaient de la retraite. S’ajoutaient à cela divers effets pervers sur les décisions d’investissement des entreprises qui s’abritaient dans ces fiducies.

Vous avez noté, j’ai mentionné la popularité, à l’époque, des fiducies auprès des aînés. Très important. Les libéraux, donc, devant le déséquilibre dans le traitement fiscal entre les revenus de placement en fiducie et ceux provenant des revenus d’action, les dividendes, décident de remédier à la situation. Pour minimiser le ressac politique, les regroupements d’aînés effectuant des sorties à répétition pour protéger leur nouveau joujou fiscal, les libéraux ont décidé non pas de taxer davantage du côté des fiducies, mais plutôt de moins taxer les revenus de dividendes. Tout ça, en vitesse, à quelques jours du renversement attendu du gouvernement de Paul Martin et d’une campagne électorale. Les conservateurs ont vu là une ouverture et ont vite réagi :

Extrait de la plateforme conservatrice de 2006, section « Assurer la sécurité des personnes âgées » :

« Un gouvernement conservateur :

– Stoppera l’attaque des libéraux envers les économies de retraite et préservera les fiducies de revenu en ne prélevant aucun nouvel impôt. »

« Aucun nouvel impôt »… Élu le 23 janvier 2006, le premier gouvernement minoritaire de Stephen Harper fera un virage à 180 degrés neuf mois plus tard. Le soir de l’Halloween, après la fermeture des marchés, Jim Flaherty se pointe au Théâtre national de la presse, l’incertitude plane, la convocation est arrivée à peine une demi-heure auparavant. M. Flaherty emballe son annonce, un « Plan d’équité fiscale ». Il parle de « plusieurs mois d’examen et d’évaluation consciencieux », ce qu’il n’avait visiblement pas fait avant de faire la promesse qu’il s’apprête à abandonner.

Il se justifie en disant que le paysage a encore changé depuis l’élection. En fait, des géants tels Bell et Telus ont déposé des projets de transformation en fiducie, et de gros joueurs du secteur de l’énergie s’apprêtent à les imiter. Des milliards de revenus sont en jeu pour lui, la compétitivité de certains secteurs va diminuer. Il uniformise donc la fiscalité en imposant les revenus des fiducies.

Cris dans les chaumières des retraités du pays, mais soupir de soulagement à peu près partout ailleurs. Ça faisait une telle quasi-unanimité que peu de gens, à part les libéraux à qui ils attribuaient la même intention en campagne, en ont tenu rigueur aux conservateurs.

Transportez-vous maintenant, surplus prévu de 6,4 milliards de dollars pour l’an prochain, vous faites quoi? Des experts, à droite et à gauche de l’échiquier, concluent que le fractionnement du revenu promis en 2011 va profiter aux mieux nantis. Passons sur les calculs, mais cela semble clair. En plus de la répartition par tranche de revenu, une étude du fiscaliste Luc Godbout montre que les ménages albertains en bénéficieraient davantage.

Le ministre Flaherty réfléchit tout haut et laisse peu de doutes, il ne serait pas celui qui adopterait une telle mesure. Un peu pris de court, le premier ministre Harper ne s’engage pas non plus. Les deux hommes forts du gouvernement conservateur ne sont plus derrière LA principale promesse de 2011 pour les familles. Tout ce que dit M. Harper maintenant, la réduction des impôts des familles restera « une de ses plus hautes priorités ».

Si ce n’était du fait que M. Flaherty a choisi de tergiverser au lendemain de son budget, un an avant que ce ne soit vraiment nécessaire, le portrait ne serait pas si embrouillé. Après tout, ne vaut-il pas mieux ne pas s’entêter à tenir une promesse mal avisée? Encore plus si elle vous étiquette comme défenseur des ménages plus riches.

Sans compter que, qui dit mieux nantis dit moins de ménages, donc moins d’électeurs potentiels. Avec 6,4 milliards en poche, M. Flaherty, et plus probablement son successeur, ont donc encore un an pour trouver une option qui retournera des sommes qui feront une différence dans les poches des familles les plus nombreuses, celle de la fameuse « classe moyenne ». Un an aussi pour convaincre certains qu’il vaut mieux laisser tomber le fractionnement plus tôt que tard, de façon à ne pas alimenter ce débat à quelques mois de l’élection d’octobre 2015. Parmi les « certains », un dénommé Jason Kenney, qui semblait encore beaucoup y tenir mercredi.

À la fin de l’exercice, on pourra quand même légitimement se demander combien de fois on peut réaliser l’exploit : lancer une promesse  populaire, pour ne pas dire populiste, pour courtiser un certain électorat, pour ensuite lui tourner le dos sous prétexte qu’il s’agit d’une politique contraire à l’intérêt public? Est-ce qu’il n’y a pas des devoirs à faire avant de les proposer? Allez-y! Traitez-moi de naïf…

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Le «Club des Eux»

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 publié le 4 novembre 2013 à 13 h 03

S’il y a quelque chose à retenir de ce congrès conservateur 2013, c’est probablement le fait que la tête du parti a tenté, avec plus ou moins de succès, de transmettre jusqu’à sa base une sensation de siège permanent. Un état d’esprit qui devrait galvaniser et motiver les troupes d’ici à l’élection de 2015. Quoi de mieux pour resserrer les rangs des troupes, du côté des « Nous », que de faire face au péril d’un « Eux ».

Bien que je me donne comme ligne de conduite de ne pas faire des conditions de travail de la presse un élément de la nouvelle, ça en fait exceptionnellement partie dans ce cas-ci. C’est fort révélateur.

Il y a bien sûr ce périmètre installé dans le centre BMO de Calgary qui limitait grandement l’accès aux délégués. Puis celui aménagé en vitesse en pleine plénière, un cordon installé en principe pour des raisons… de sécurité! Craignaient-ils une contagion? Le cordon devait être « temporaire », mais comme pour les impôts, vous vous doutez de ce qui est arrivé. Comble d’ironie, le parti avait installé un microphone devant deux drapeaux canadiens dans la salle de presse, comme si quelqu’un, quelque part, chez les conservateurs, avait l’intention de tenir un point de presse en bonne et due forme! Ben voyons donc, cela dépassait la mesure!

Évidemment, et je ne pense pas que le parti en ait été vraiment surpris, la ténacité des journalistes sur place leur a permis d’attraper au passage des délégués fort civilisés qui, après quelques hésitations, donnaient des impressions fort intéressantes et pas nécessairement si dommageables.

En fait, ce sont des ministres qui auront le plus alimenté la controverse ou la machine à nouvelles, qui commençait à s’essouffler sur la crise au Sénat et l’affaire Wright-Duffy. Maxime Bernier, avec sa sortie inopinée sur un référendum national sur l’abolition de la Chambre haute, a fourni aux journalistes l’occasion de poser des questions bien légitimes aux délégués, députés et ministres qui se pointaient au centre BMO. Les sorties successives des ministres Kenney et MacKay, défendant la grande compétence et l’intégrité de Nigel Wright, ont eu le même effet. Tout comme la déclaration de l’ex-ministre Peter Kent, qui trouvait que les accusations lancées en Chambre la semaine dernière contre M. Wright par le premier ministre Harper allaient trop loin.

Les médias en ont évidemment fait leurs choux gras, mais qui pourrait les en blâmer, à part l’entourage de Stephen Harper?

Voici une anecdote révélatrice sur le problème de perception entre les militants conservateurs et les médias dits « nationaux ». Une déléguée de Kamloops, qui en était à son premier congrès et avec qui j’avais partagé l’ascenseur la veille dans l’hôtel, m’interpelle samedi matin, au lendemain de la performance de Stephen Harper au piano à la tête des Herringbone. Constatant que je n’avais pas assisté au miniconcert, elle lance un « on sait bien, les médias ne sont pas intéressés à parler de M. Harper sous son meilleur jour ».

Elle est restée bouche bée quand je lui ai expliqué les choses de la vie. À savoir que nous n’étions pas admis au bar Cowboys  pour des raisons d’espace, semble-t-il, et que seulement une caméra partagée par les réseaux et un journaliste l’avaient été. Si la raison de l’espace pouvait se justifier cette fois-ci, et encore, j’ai quand même fait part à la dame de toutes les restrictions maintenant imposées aux médias par le gouvernement Harper. Voilà madame…

Les conservateurs, de haut en bas de l’échelle, s’estiment injustement traités par la presse et nous le font fréquemment sentir et savoir. Je les inviterais à jaser avec Jean Chrétien et Brian Mulroney pour connaître leurs impressions, ou encore à se souvenir de Pierre Elliot Trudeau. Jean Chrétien est loin d’avoir trouvé la presse très sympathique pendant ses années au pouvoir, tandis que Pierre Elliot Trudeau la méprisait sans se gêner. Chuchotez à  l’oreille de Brian Mulroney les trois lettres « CBC ». Bref, le rôle de chien de garde de la presse l’amène généralement à demander des comptes au gouvernement et à entretenir un sain scepticisme face à l’information officielle.

Ça n’empêche évidemment pas les conservateurs de placer les journalistes dans le « Club des Eux ». On limite l’accès, on annule des événements dès qu’une controverse menace (affaire Rob Ford), on menace d’exclure un caméraman qui a posé une question de trop, etc.

Incidemment, quelques commentateurs dits « de droite »,  comme les Andrew Coyne et Tasha Kheiriddin, ainsi que John Robson, de Sun News, font eux aussi partie du Club.  Andrew et Tasha le sont depuis un certain temps, mais Robson est la recrue de la semaine. Il a réclamé rien de moins que la démission de Stephen Harper, qu’il accuse d’avoir créé un tissu de mensonges autour de l’affaire Wright-Duffy.

L’autre recrue récente du « Club des Eux » est un dénommé Nigel Wright. Stephen Harper a proposé sa candidature en Chambre la semaine dernière, et il a été secondé en fin de semaine par le financier du parti, le sénateur Irving Gerstein, qui a donné une version contradictoire des événements entourant le chèque de 90 000 $ et le remboursement des frais d’avocats de Mike Duffy.

M. Wright reste discret pour l’instant, mais des gens s’occupent de lui.

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