Billets classés sous « PLQ »

Ouvrir la porte à l’austérité

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 publié le 4 juin 2014 à 20 h 30

Si j’étais le vérificateur général, je dirais probablement que le premier budget du gouvernement Couillard est ambitieux.

Je vous rappelle que dans le dictionnaire du VG, « ambitieux » veut dire que les cibles budgétaires sont difficiles à atteindre.

Ces cibles du budget Leitao sont de limiter la croissance des dépenses globales à 1,9 % et 1,3 % pendant les deux prochaines années. Une seule fois, ces dernières années, on est passé « proche » de cette cible. Les dépenses avaient augmenté de 2,5 % et c’est le… PQ qui était au pouvoir!

Le contrôle des dépenses est le pivot du retour à l’équilibre budgétaire, prévu l’an prochain. Cette année, 90 % des efforts budgétaires dépendent des restrictions des dépenses. Ce sera 95 % l’an prochain.

Pour y arriver, le gouvernement veut notamment diminuer les dépenses administratives, réviser les programmes, réviser la fiscalité, diminuer les montants consentis à des organismes. Ces efforts correspondent à des milliards de dollars cette année et l’an prochain.

Le ministre Leitao parle d’un budget de transition, prudent et sérieux. Il ajoute même une note d’espoir, évoquant un proverbe portugais (M. Leitao est originaire du Portugal) : « L’espoir entre toujours par la porte que l’on a laissée ouverte. »

À première vue, la porte que M Leitao a ouverte aujourd’hui, c’est celle de l’austérité.

Catégorie: Québec

Le bon père de famille

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 publié le 3 juin 2014 à 18 h 37

Le vérificateur général du Québec a déposé son analyse des finances publiques à l’Assemblée nationale.

Il fait deux constats :

- si rien n’est fait, le déficit du gouvernement en 2014-2015 atteindrait 5,673 milliards de dollars plutôt que 1,75 milliard tel qu’annoncé dans le budget Marceau;

- si rien n’est fait, la croissance des dépenses de programmes ne sera pas de 2 % tel qu’annoncé dans le budget Marceau, mais de 6,7 %.

Ces augmentations de déficit et de croissance des dépenses sont évidemment théoriques. En cours d’année, le gouvernement fait des arbitrages et refuse des demandes de dépenses pour atteindre ses objectifs. C’est d’ailleurs la défense invoquée par l’ancien ministre des Finances Nicolas Marceau.

Mais au-delà des chiffres, le vérificateur général reproche au gouvernement Marois de ne pas avoir été transparent avec les Québécois. Il aurait dû, selon lui, leur dire qu’il devait trouver 4 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs. Il laisse aussi entendre que, non seulement il aurait dû parler des 4 milliards, mais en plus il aurait dû dire comment il l’aurait trouvé.

Le VG refuse de dire que le gouvernement a caché des informations, il dit plutôt que le portrait présenté était « très incomplet ». Rappelez-vous, le vérificateur pèse toujours ses mots. Quand les cibles budgétaires sont irréalistes, il dit qu’elles sont « ambitieuses ».

Bref, le vérificateur général aurait voulu que le gouvernement se comporte en bon père de famille. Vous savez, le père de famille qui sait que ses enfants veulent aller à Disneyland, le père de famille qui sait qu’il faut changer l’auto, le père de famille qui aimerait bien un nouveau barbecue, mais le père de famille qui sait qu’il n’a pas les moyens et qui sait que s’il veut tout ça, il devra faire des choix.

Ce bon père serait transparent avec sa famille. Il lui expliquerait les enjeux des décisions à venir et des choix à faire.

Le vérificateur pense que le gouvernement Marois n’a pas été un bon père de famille. La bonne nouvelle pour le PQ, c’est que le rapport du VG ne vivra que 24 heures dans l’espace public. Demain, c’est le premier budget du gouvernement Couillard qui attirera toute l’attention!

Catégorie: Québec

Exit Girard? Pas si vite!

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 publié le 30 mai 2014 à 15 h 36

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral, les journalistes spéculent sur le congédiement à venir de hauts dirigeants de sociétés d’État ou d’organismes publics, nommés par le gouvernement péquiste.

Deux noms reviennent régulièrement : Mario Laprise de la Sûreté du Québec et Nicolas Girard de l’Agence métropolitaine de transports (AMT) et ancien député du Parti québécois.

Je ne sais pas ce qu’il leur arrivera, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, Nicolas Girard s’est acheté quelques mois de sursis. Non pas parce que le ministre des Transports Robert Poëti est devenu son nouveau meilleur ami après deux réunions de travail. Pas non plus parce que le gouvernement a pardonné à M. Girard son passé de « pourfendeur » de Tony Tomassi à l’Assemblée nationale.

Non, c’est plutôt parce que les policiers ont amassé, grâce à M. Girard, des informations troublantes, préoccupantes et fascinantes sur son prédécesseur à l’AMT, Joël Gauthier.

M. Gauthier est un ancien directeur général du PLQ, nommé à l’AMT en 2003 avec l’arrivée au pouvoir de Jean Charest.

Le document policier ayant servi à obtenir un mandat de perquisition à l’AMT est renversant.

Financement illégal, billets de spectacle et de hockey gratuits, cadeaux, etc. En voulez-vous, en v’là!

Ce n’est pas tout : on apprend que M. Gauthier aurait voulu faire remplacer des téléphones cellulaires « tombés dans un verre d’eau ». Non seulement ça, mais il aurait demandé à une adjointe de détruire un autre téléphone cellulaire à coups de talon. Voulait-il détruire des preuves, on peut se poser la question.

Le problème, c’est qu’aucun talon, aucun verre d’eau ne pouvaient effacer les données des téléphones cellulaires. Elles étaient stockées dans le serveur de l’AMT!

Arrêtez, on n’en peut plus.

Il est important de préciser que M. Gauthier n’est accusé de rien, le document policier n’est qu’une dénonciation.

Mais revenons à Nicolas Girard. C’est lui qui aurait constaté ces irrégularités alléguées, c’est lui qui aurait mis les policiers sur le coup.

Le congédier maintenant pourrait être vu comme une vendetta.

On ne congédie pas un dénonciateur, même s’il est péquiste, même s’il est le pourfendeur d’un ancien ministre libéral.

Ça paraît mal…

Catégorie: Québec

Jouer sur les mots

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 publié le 6 mai 2014 à 17 h 51

Les jeunes journalistes à l’Assemblée nationale apprennent rapidement que chaque mot qui sort de la bouche des politiciens compte.

Ils apprennent aussi qu’en général, les politiciens ne mentent pas, mais ne disent pas toute la vérité.

Par contre, il y a des phrases qui ne laissent place à aucune ambiguïté.

Du genre : « nous allons rendre publics les avis juridiques sur la charte » ou « nous avons des assises juridiques solides pour la charte ».

Ainsi, le débat sur l’existence et sur la nature d’avis juridiques complets ou partiels sur le projet de la loi sur la charte des valeurs nous a beaucoup occupés mardi.

Ce débat, il ne changera rien dans vos vies. La charte telle que présentée par le gouvernement Marois est morte et enterrée. Mais derrière ce débat, il y a une question fondamentale : celle de la confiance envers nos institutions.

Quand Philippe Couillard nous dit, en campagne électorale, qu’il rendra publics les avis juridiques sur la charte, on s’attend à ce qu’il les rende publics, qu’ils soient partiels ou complets.

On ne peut pas se mettre à jouer sur les mots en laissant entendre qu’on ne parlait que des avis juridiques complets.

On comprend que le ministère de la Justice ne rend jamais ses avis publics, que ça pourrait créer un précédent. Mais si c’est le cas, on ne le promet pas en campagne électorale.

À l’inverse, on ne peut pas prétendre que la charte a les assises juridiques nécessaires quand on ne demande même pas un avis complet sur le projet de loi. On ne passe pas des mois à se dire convaincu que la charte passera le test des tribunaux pour finalement dire à quelques jours du vote qu’on pourrait se prévaloir de la clause dérogatoire.

On s’attendrait à ce que nos élus, sur une question qui a tant fait débat, nous disent quel genre d’avis juridiques ils ont en main. Partiels, complets, sur quoi. Pas besoin de les rendre publics, mais au moins assurer la population qu’on en a.

Et si ces avis sont négatifs, simplement dire qu’on pense qu’une décision politique s’impose, dans l’intérêt public et qu’on utilisera la clause dérogatoire.

C’est, dans tous les cas, pour le Parti libéral et le Parti québécois, une question de transparence et de confiance envers nos institutions qui va au-delà de notre appui ou de notre rejet de la charte.

Catégorie: Québec

Le XIe commandement

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 publié le 28 avril 2014 à 16 h 41

« Tu ne vas pas dans la rue et tu acceptes simplement les modifications qui doivent être faites. »

Cette phrase de Claude Montmarquette, un des deux économistes envoyés au chevet de l’État québécois par Philippe Couillard, sera peut-être à l’image des 54 mois de gouvernance accordés au Parti libéral du Québec.

Cet énoncé se conçoit encore mieux lorsqu’on l’associe à cette déclaration du nouveau premier ministre faite la veille sur le même sujet : « Ce que j’annonce aujourd’hui, c’est un début. Ce n’est même pas le début de la fin, même pas la fin du début. On est rendu au début d’une action qui s’échelonne sur tout un mandat. »

La « restructuration » et les « décisions difficiles » seraient désormais de mise pour l’État québécois.

Pourtant, est-ce bien ce dont nous a parlé Philippe Couillard en campagne électorale?

Le nouveau premier ministre s’apprêterait-il à réaliser ce que le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’était engagé à faire?

Les compressions dans la bureaucratie des ministères de l’Éducation et de la Santé, évoquées par le chef libéral, se sont-elles transformées en un réexamen complet du fonctionnement de l’État québécois?

Le premier ministre Couillard a affirmé lors de son premier point de presse que la transparence serait la pierre d’assise de son gouvernement.

Or, si les compressions majeures qu’il laisse entrevoir s’avèrent, il faudra se demander de quelle transparence Philippe Couillard a personnellement fait preuve au cours de ces 33 jours de campagne électorale.

Il est possible que cette menace urgente de réduction de l’État ne soit que poudre aux yeux, pour faire accepter facilement un moindre mal.

ll est aussi possible que ces mesures soient nécessaires.

Toutefois, ce n’est pas de cette façon que Philippe Couillard s’est adressé aux Québécois. Ce n’est pas ce qu’il leur a dit.

Et, maintenant, voilà qu’un de ceux qu’il a dépêchés pour établir un diagnostic de nos finances publiques commande aux Québécois de ne pas aller dans la rue et d’accepter ce qui doit être fait, même si les principaux intéressés n’ont pas eu le courage de leur parler, ni de l’importance du problème, ni de l’ampleur des solutions qui seraient mises en oeuvre.

Catégorie: Québec

Le message : l’austérité?

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 publié le 23 avril 2014 à 20 h 46

Après des jours de supputations, d’analyses, de tergiversations et de pronostics, le premier ministre Philippe Couillard a présenté son conseil des ministres.

D’abord les chiffres :

Ministres : 26

Femmes : 8

Sans expérience ministérielle : 14

Surreprésentation des régions de Montréal et Québec : 80 % des ministres viennent de ces deux régions.

Mais au-delà des chiffres, ce sont les mots du premier ministre qu’il faut retenir ce soir :

« L’heure n’est plus aux mesures marginales ou cosmétiques, le moment des décisions difficiles est venu. »

« Le bateau est au quai, la traversée sera rude, mais je sais que nous arriverons à destination. »

Ces deux phrases donnent le ton. Sans le dire, M. Couillard annonce le début de ce qui pourrait être une ère d’austérité faite de décisions douloureuses pour redresser les finances publiques.

Les services seront-ils touchés? Les tarifs augmenteront-ils? Des employés seront-ils mis à pied? On peut se poser la question.

Ces questions, le ministre des Finances Carlos Leitao et le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux devront se les poser. Et ils perdront probablement quelques heures de sommeil ces prochaines semaines à tenter d’y répondre.

Pas sûr que les Québécois aimeront les réponses…

Catégorie: Québec

La 127e circonscription

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 publié le 18 avril 2014 à 15 h 57

Ce n’est pas la première fois qu’il est question publiquement de la « 127e circonscription » au Parti libéral du Québec et qui est sous la loupe de l’Unité permanente anticorruption.

En effet, la timide et frileuse Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges (2010) présidée par Michel Bastarache a donné lieu à certaines révélations sur le financement du Parti libéral. Il y a été question de financement sectoriel, ainsi que de cette fameuse 127e circonscription. Néanmoins, la commission n’y a vu que du feu, comme le montre clairement le rapport du commissaire Bastarache.

Peut-être aussi que certains témoins n’ont pas été d’une parfaite franchise, à vous de juger, toutes les pièces et les témoignages sont ici.

Voici certains éléments que je crois utile de rappeler à votre mémoire ou qui sont tout simplement passés inaperçus, dont cet extrait de l’interrogatoire de Me Simon Ruel qui questionnait Violette Trépanier, directrice du financement et du recrutement au PLQ (2001-2013) et ancienne ministre, à propos d’un document du Parti libéral :

Q : Est-ce que vous pouvez expliquer qu’est-ce que ça signifie cette inscription « sectoriel »…

R : Oui.

Q : … avec le montant qui apparaît sur le tableau?

R : Oui. Le point important, c’est le chiffre 127, tout ce que vous avez avec 127, ça c’est de l’argent qui est déposé directement dans notre compte du parti, qui n’est pas affecté à aucun comté. Alors, ça veut dire que chacune des associations a participé et, en plus, il y a des gens qui ont contribué, ça arrive surtout pour le cocktail, qui ont contribué directement au parti et qu’ils ne donnent pas nécessairement dans un comté ou dans l’autre, qu’ils donnent au secrétariat général. Alors, cette ligne-là des fois on l’appelle « sectoriel », «secrétariat général», « national », c’est de l’argent qui n’est pas affecté directement dans les circonscriptions et donc pas probablement ramassé par les… certainement pas par les circonscriptions, alors probablement de l’équipe de Québec, plus de l’argent qui arrive directement à Montréal…

Dans ce document, les circonscriptions se voient attribuer un numéro déterminé selon l’ordre alphabétique. Au numéro 127 apparaît la mention « sectoriel ». Notons que dans les documents du PLQ remis à la commission Bastarache, il n’y a pas de ligne numérotée 126.

Ainsi, selon Violette Trépanier, le financement sectoriel, comme indiqué à la ligne 127, représentait les sommes directement versées au parti à Montréal, au national.

Au moment de ce témoignage en septembre 2010, j’étais déjà familier avec l’expression «&nbspfinancement sectoriel » et j’avais fait part publiquement de mon incrédulité face à l’explication de la responsable du financement et du recrutement du PLQ. Voici d’ailleurs la définition du Directeur général des élections du financement sectoriel : « Le financement sectoriel fait en sorte que plusieurs électeurs liés à une même entreprise ou à un même groupe d’affaires contribuent à un parti politique. Ce système, qui est en apparence légitime, peut être intimement lié à l’usage de prête-noms. »

Il est intéressant de noter que le financement sectoriel pour ce cocktail qui a eu lieu le 23 octobre 2002 à Québec représentait la somme de 93 710 $ soit environ 42 % des 224 385 $ amassés pour cette activité. Ce qui n’est pas anodin.

Selon les documents rendus publics cette semaine et qui sont liés aux perquisitions au quartier général du PLQ et à la compagnie Shockbéton (Marc Bibeau, un collecteur de fonds du PLQ de 2001 à 2012 et ami de l’ancien premier ministre Jean Charest), environ 700 000 $ auraient été recueillis au bénéfice de la circonscription 127.

Un autre extrait de témoignage mérite notre attention : celui de Marcel Leblanc, employé du PLQ qui était responsable du financement dans la moitié des circonscriptions du Québec de 1997 à 2009. Me Ruel s’intéresse encore une fois au financement sectoriel et à la 127e circonscription. Il y est question de Franco Fava et de Charles Rondeau, deux bénévoles depuis des décennies au PLQ, qui étaient très actifs dans le financement du parti :

Q : Mme Trépanier, ce matin, a parlé de… il y a deux termes, là, qui ont été étudiés, financement sectoriel et secrétariat général, ou financement secrétariat général, est-ce que vous pouvez expliquer ces termes-là?

R : Dans le cocktail de financement qu’on faisait en fin d’année, là, ça se situait, là… ça avait lieu… toujours lieu pas mal entre la fin octobre puis la fin novembre, il y avait les comtés qui étaient mis à contribution, et l’apport de M. Fava puis de M. Rondeau quand ils vendaient des cartes parce que t’as des gens qu’eux autres ils collectaient que… ils n’assignaient pas ça dans un comté. Alors, ça, ça devenait le sectoriel, ce qu’on appelait ce matin le 127, là…

Q : Donc, si on…

R : … c’est que ce n’était pas assigné au parti, c’était assigné au secrétariat du parti.

Q : Donc, si on reprend, là, pour bien situer ce que vous nous expliquez, le cartable, c’est à l’onglet 6.

R : Oui.

Q : Et c’est… vous avez parlé de 127, donc on voyait « sectoriel » ici.

R : Dans le tournoi de golf, c’était moins…

Q : Là, je suis dans le cocktail, Monsieur, à la page 36.

R : Ah, excusez-moi. Oui, le montant de quatre-vingt-treize mille piastres (93 000 $)?

Q : Oui.

R : Ça, c’était probablement l’apport de notre équipe de… de M. Rondeau et de M. Fava et de peut-être quelques personnes.

Q : Donc, le sectoriel, c’est-à-dire c’est la portion qui n’était pas récoltée, si je peux utiliser le terme, par les comtés, mais par…

R : Par les comtés.

Q : … mais par votre équipe à la permanence à Québec?

R : C’est ça.

Q : Donc, on constate quatre-vingt-treize mille (93 000 $) sur deux cent vingt-quatre mille (224 000 $), là…

R : Ça représente, là, si je regarde dans la répartition, à peu près quarante et un pour cent (41 %) de l’activité. C’est à peu près dans l’ordre de quarante pour cent (40 %), là.

Q : Et pour l’année suivante, vous aviez indiqué, pour le golf… vous alliez partir ou indiquer quelque chose au sujet du golf, que…

R : Non, c’est parce que quand vous m’avez demandé de regarder, je regardais la page 35, j’ai regardé dans le 127, c’est parce qu’il n’y avait aucun montant.

Q : OK. Et pour maintenant la pièce 42, qui est une feuille qui a été remise ce matin séparément.

R : Attendez un petit peu. Oui?

Q : Et c’est à la deuxième page pour le cocktail, on n’a pas la ligne 127, là, mais on a une ligne « secrétariat général »?

R : D’après moi, ça équivaut à la ligne du 127.

Q : Donc, c’est l’apport de votre équipe avec M. Fava, M. Rondeau?

R : À peu près.

Marcel Leblanc a témoigné que la ligne « secrétariat général » équivaut à la ligne 127. Je me permets une hypothèse différente. Le secrétariat général était probablement comptabilisé à la ligne 126 et représentait les fonds versés directement au parti, au national comme on dit, mais qui n’était pas du financement sectoriel.

La ligne 127, ça paraît assez clair désormais et les témoignages et les documents de la commission Bastarache le confirment, représente le financement sectoriel.

Toutefois, les témoins entendus à la commission Bastarache et associés au Parti libéral avaient une compréhension assez différente de ce qu’était le financement sectoriel. Charles Rondeau, ancien associé-conseil au développement des affaires à la firme comptable Mallette et qui a été bénévole au PLQ à compter des années 1960 va dans le même sens que les Leblanc et Trépanier à propos du financement sectoriel :

Q : (Me Battista, procureur de la commission) Alors, qu’est-ce que ça représente ce tableau-là et ces chiffres-là en bas, quand on voit l’attribution de quatre-vingt-treize mille (93 000) au sectoriel?

R : Vous parlez du quatre-vingt-treize mille (93 000)?

Q : Oui?

R : Ça, ça veut dire que ça a été ramassé surtout par Fava, par moi, par des gens qui ne nous ont pas dit : Écoute, là, moi je viens de tel comté, puis si je ne le mets pas dans mon comté ils vont être en « mozusse » après moi. Alors, pour aider le parti, parce que le parti quand il arrive une élection, il y a un financement qui se fait, il faut que le parti vive aussi, il n’y a pas juste les comtés, alors le 127, ça, c’est la réserve des… c’est la réserve du parti, ça veut dire que ce cent vingt-
sept mille (127 000) là… quatre-vingt-treize mille sept cents (93 700) là, là, pouvait aller directement au parti, il le mettait de côté pour la prochaine élection ou, en tout cas, faire d’autre chose, là, mais ça appartenait directement au parti.

Dans le contexte actuel, il est intéressant de noter cet autre extrait du témoignage de Charles Rondeau, où il est question du cocktail du chef (du PLQ, Jean Charest) qui a eu lieu à Québec, après la victoire libérale de 2003 :

Q : On va au cocktail du vingt-six (26) novembre deux mille trois (2003), à la page 38, et à ce moment-là nous voyons sur la ligne 127 cent dix-huit mille quatre cent cinquante dollars (118 450 $). Ça, c’est l’argent qui a été attribué à la collecte…

R : Oui, le cocktail avait été pas mal plus haut, alors le sectoriel se trouve, le 127, être plus élevé.

Q : D’accord. Mais le montant qui a été collecté pour le cocktail était de trois cent quarante-sept mille dollars (347 000 $)?

R : C’est ça.

Q : Mais l’argent qui a été ramassé a été divisé par comté ou c’est la contribution des comtés eux-mêmes? Le savez-vous? Pour deux mille trois (2003).

R : Excusez, là, j’ai mal saisi.

Q : Nous voyons qu’à la ligne 127…

R : Page 38, là?

Q : Page 38, ligne 127, nous y voyons cent dix-huit mille quatre cent cinquante dollars (118 450 $)?

R : Oui.

Q : Et nous voyons ensuite total trois cent quarante-sept mille trois cent quatre-vingt-un dollars (347 381 $)?

R : Oui.

Q : Alors, cette année-là, il fut attribué à la collecte sectorielle cent dix-huit mille quatre cent cinquante dollars (118 450 $), mais est-ce qu’on doit comprendre de votre témoignage qu’en fait, ça peut être plus élevé et que l’argent a pu être distribué parmi les comtés ou – écoutez ma question – ou s’agit-il de montants que les comtés eux-mêmes ont pu collecter?

R : Bien, je pense que si on compare ça, là…

Q : Oui.

R : … on a fait un beaucoup plus gros cocktail cette année-là…

Q : Oui.
R : … alors nous autres, là, notre petit groupe, on en a ramassé… ça, c’est quelle année? Deux mille trois (2003) c’est l’année de l’élection, ça?

Q : Oui.

R : Alors, on en a ramassé… on a fait un plus gros cocktail, on en a ramassé, notre équipe, de huit (8), dix (10), douze (12), là, on en a ramassé plus que d’habitude…

Q : D’accord.

R : … nous autres mêmes, alors il y en a plus dans le 127 qui n’est pas attribué à personne.

Cet extrait de témoignage révèle que le cocktail du chef en 2003 a été un succès de financement, avec des résultats supérieurs à ceux de 2002, alors que les libéraux étaient dans l’opposition.

M. Rondeau reconnaît aussi qu’il y a eu 25 000 $ de plus de financement sectoriel pour cette activité de 2003 (les libéraux étaient au pouvoir depuis sept mois) que pour celle de 2002. Il est aussi intéressant de noter que le PLQ était en mesure de tenir une activité de financement qui pouvaient à elle seule générer des revenus de tout près de 350 000$, puisque le PLQ ne parvenait pas à trouver la trace d’une activité unique qui avait rapporté 428 000$ (et probablement organisé par Marc Bibeau, selon les policiers).

La 127e circonscription n’est donc plus tout à fait imaginaire, l’UPAC ne se trompe pas, cette circonscription existe bel et bien au PLQ.

Catégorie: Québec

Les cibles du PLQ

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 publié le 2 avril 2014 à 16 h 57

Comme promis, après s’être livré au même exercice pour le PQ au moment du débat des chefs, voici une liste des circonscriptions sur lesquelles le Parti libéral mise afin d’être porté au pouvoir. Évidemment, les libéraux ont bon espoir de conserver l’ensemble des circonscriptions qu’ils ont gagnées lors du dernier scrutin.

Pour voir la carte sur le site mobile, cliquez ici

1-      Abitibi-Est

Même si elle siège au Conseil des ministres, la députée sortante Élizabeth Larouche n’a pas été très visible sur la colline du Parlement au cours du dernier mandat. Sa victoire ayant été courte lors des dernières élections – à peine 777 voix – les libéraux estiment plausible de reprendre la circonscription. Contrairement à sa voisine, Abitibi-Ouest, la circonscription d’Abitibi-Est s’est montrée volage ces dernières années en élisant rarement deux fois de suite le même député.

2-      Argenteuil

Jusqu’à l’élection partielle de juin 2012, Argenteuil n’avait jamais élu un député du Parti québécois. L’élection de Roland Richer a changé la donne. Élu au beau milieu du conflit étudiant, la campagne ayant mené à son élection a été marquée par la participation de Pauline Marois à une mémorable manifestation de casseroles. Les libéraux ont cependant bon espoir de reprendre cette circonscription, surtout si le vote de la CAQ s’effondre.

3-      Arthabaska

Sylvie Roy est une vétérane de la CAQ et elle a remporté son élection en 2012 avec 5393 voix. Qu’à cela ne tienne, les libéraux misent sur le fait que sa circonscription a été entièrement redécoupée en 2011 pour créer la surprise. Première députée à réclamer une enquête publique sur l’industrie de la construction en 2009, Sylvie Roy a été moins visible depuis la fusion de l’ADQ avec la CAQ.

4-      Bonaventure

Pendant 13 ans, Nathalie Normandeau a régné sans partage sur cette circonscription de la Gaspésie – sur laquelle avait aussi régné pendant 37 ans Gérard D. Levesque, qui détient encore, à ce jour, le record de longévité pour un député de l’Assemblée nationale. Les choses ont cependant changé en 2012 avec la victoire du péquiste Sylvain Roy sur le libéral Damien Arsenault. Les deux protagonistes sont encore dans l’arène cette année, et le Parti libéral espère bien prendre sa revanche.

5-      Charlesbourg

Ces dernières années, Charlesbourg a tantôt choisi le Parti libéral, tantôt la CAQ ou l’ADQ. Le Parti libéral, qui présente le doyen sortant de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, François Blais, espère reprendre la circonscription en rapatriant les votes obtenus par la CAQ en 2012. Le PQ pourrait toutefois venir brouiller les cartes avec sa candidate vedette, l’ancienne journaliste et professeure à l’Université Laval, Dominique Payette. La bataille sera toutefois très difficile pour la fille de Lise Payette, puisque la circonscription n’a pas élu de péquiste depuis 1998.

6-      Crémazie       

Alors que la plupart des circonscriptions montréalaises sont acquises à l’un ou à l’autre des partis, Crémazie fait figure d’exception. Le PQ fait valoir qu’il n’a fait qu’accroître son avance ces dernières années – cette dernière passant de 170 voix en 2007 à 1412 voix en 2008 et à 3388 en 2012 –, mais le Parti libéral mise notamment sur le mécontentement que pourrait susciter la charte des valeurs dans ce comté urbain pour y faire un gain le 7 avril.

7-      Iberville

Représentée par l’ADQ en 2007, cette circonscription a résisté à la CAQ en 2012. Les libéraux pensent avoir une chance de l’arracher, mais la partie ne sera pas facile. Le PLQ n’avait récolté que 19 % des voix lors de la dernière élection. En 2008, André Riedl, qui avait été élu sous la bannière de l’ADQ l’année précédente, avait quitté le caucus adéquiste pour se joindre aux libéraux, mais la manœuvre n’avait pas suffi à le faire réélire en 2008.

8-      Îles-de-la-Madeleine

Les Îles-de-la-Madeleine n’ont été fidèles, électoralement parlant, à aucun parti depuis les années 60. Les majorités qu’y obtiennent les partis sont généralement réduites en raison du faible nombre d’électeurs inscrits sur la liste électorale de cette circonscription. Après avoir été défait en 2012, Germain Chevarie retente sa chance cette année. Il affronte la péquiste sortante, Jeannine Richard.

9-      Johnson

Il s’en est fallu de peu en 2012 pour que le député sortant et ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, ne soit pas réélu. Son principal adversaire était la CAQ, mais le Parti libéral a bon espoir de pouvoir se faufiler entre les deux formations politiques. La circonscription voisine de Drummond-Bois-Francs a un profil similaire à celui de Johnson et pourrait, elle aussi, permettre aux libéraux de se faufiler, si des votes de la CAQ passent au PLQ.

10-   Montarville

Les péquistes ne sont pas les seuls à avoir un œil sur Montarville. Les libéraux se rappellent que les deux comtés desquels est issue cette nouvelle circonscription, créée en 2011, ont déjà élu des libéraux. La députée caquiste sortante, Nathalie Roy, ne sera cependant pas facile à battre. Elle a joui d’une visibilité importante dans le cadre de l’étude du projet de charte des valeurs du gouvernement Marois.

11-   Montmorency

Comme d’autres circonscriptions de la périphérie de Québec, Montmorency appuie parfois le PLQ, parfois la CAQ ou l’ancienne ADQ. Les libéraux tablent sur une baisse des appuis de la CAQ pour ramener cette circonscription dans leur giron. Ils misent en cela sur l’ancien député Raymond Bernier, qui a représenté la circonscription dans deux mandats distincts. Le PQ mise pour sa part sur l’ancien député bloquiste Michel Guimond, qui a siégé à la Chambre des communes de 1993 à 2011.

12-   Portneuf

Portneuf n’a élu son premier député du Parti québécois que dans les années 1990, en la personne de l’ancien président de l’Assemblée nationale Roger Bertrand. Depuis sa défaite en 2003, la circonscription a tantôt penché du côté du Parti libéral, tantôt du côté de la CAQ ou de l’ADQ. Les libéraux pensent être en bonne posture pour ravir cette circonscription, à l’instar de nombreuses autres dans la région de Québec, toujours au détriment du parti de François Legault.

13-   Roberval

Philippe Couillard a choisi de tenter sa chance là où il habite avec sa femme au Lac-Saint-Jean plutôt que de s’en tenir au confort de la circonscription d’Outremont, mais la partie est loin d’être gagnée. Le péquiste Denis Trottier a remporté la mise en 2012 avec 46,7 % des votes et 5912 voix de majorité. Le chef libéral s’est rendu, comme promis, à plusieurs reprises dans la circonscription depuis le lancement de la campagne, mais cela ne lui garantit pas la victoire.

14-   Rouyn-Noranda-Témiscamingue

À l’image de sa voisine Abitibi-Est, la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue ne peut être tenue pour acquise par aucun parti. En 2003, elle avait élu un libéral, puis un péquiste en 2007, puis à nouveau un libéral en 2008 avant de réélire un péquiste en 2012. Tout le contraire, en fait, de sa voisine, Abitibi-Ouest, qui, elle, est un château fort péquiste depuis 1976. Le Parti libéral compte sur l’abandon apparent du Plan Nord par le Parti québécois pour espérer y faire un gain le 7 avril.

15-   Saint-François

Aux dernières élections, le député sortant et ministre de la Santé, Réjean Hébert, n’avait été déclaré élu qu’au terme d’un dépouillement judiciaire. Les libéraux ont donc bon espoir de reprendre cette circonscription que l’ancienne ministre Monique Gagnon-Tremblay a représentée pendant 26 ans. En 2012, 18 % des électeurs de la circonscription avaient appuyé la CAQ, mais les libéraux pensent que ce vote leur reviendra cette fois-ci, notamment en raison des craintes suscitées par la tenue possible d’un nouveau référendum.

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Fin de campagne : les 7 jours les plus longs

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 publié le 31 mars 2014 à 11 h 09

Quels gains tenteront de faire les chefs des principaux partis en cette dernière semaine de campagne? Quelles bévues essaieront-ils de réparer?

Il y a eu ce dernier débat que Philippe Couillard a perdu, alors que le pouvoir semblait à portée de main, bien que franchement la victoire paraisse encore très proche. Sa bourde sur le français au travail tend à montrer une confusion dans l’esprit du chef libéral entre le bilinguisme individuel et le bilinguisme institutionnel. Il a tenté de rectifier le tir sans s’embourber.

Toutefois, cette déclaration était si maladroite qu’il n’est pas évident de la rectifier sans perdre la face. Une déclaration déconcertante pour le candidat d’une circonscription (Roberval) où les électeurs sont de langue maternelle française à 99 %, et dont 13 % sont bilingues (Statistique Canada, 2011). La direction que le chef libéral veut emprunter en ces derniers jours de campagne ne paraît pas bien définie.

De son côté, Pauline Marois remet la charte des valeurs à l’avant-plan, au risque d’un dérapage plus ou moins contrôlé. Les déclarations étonnantes de Janette Bertrand font penser au roulement du tambour de guerre. Entendu par tous, il appelle autant les partisans que les opposants au combat.

Il sera facile pour la chef du Parti québécois de ridiculiser l’attitude de son adversaire libéral dans le dossier de la langue, mais il faudra voir si ces attaques porteront réellement. La chef péquiste misera sur des thèmes à forte teneur identitaire et mettra tout en oeuvre pour éviter la question de la souveraineté.

François Legault a vu ses batteries rechargées par le débat. Le fait que sa femme l’accompagne jette encore plus d’ombre sur les candidats de la CAQ qui sont totalement absents de la campagne nationale. Le chef de la Coalition donne l’impression d’un homme seul, à la tête de ses maigres troupes, qui ferraille pour faire son chemin dans la mêlée. Il avait bien raison d’affirmer que c’était la bataille de sa vie et, pour ne pas périr avec son équipe, il devra donner le meilleur de lui-même cette semaine.

Françoise David de Québec solidaire va consacrer une bonne part des ses énergies à la région montréalaise, où elle espère faire un ou deux gains. Il faudra être attentif aux résultats de QS en région, voir si le parti de gauche pourra faire des gains pour ce qui est des votes, après avoir mené une première campagne à l’échelle du Québec. La polarisation du vote pourrait aussi tuer dans l’oeuf les ambitions de QS hors de la métropole.

 

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Allô la police?

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 publié le 26 mars 2014 à 10 h 05

Il ne manquait plus que la police dans cette campagne électorale 2014. Elle y est entrée par une petite porte : un communiqué du Parti québécois publié à 18 h 15 mardi soir.

La première réflexion est générale : c’est triste que les policiers s’intéressent au financement des partis politiques. Triste, mais pas surprenant. Plus rien ne nous surprend depuis quelques années.

Le Parti québécois parle d’une rencontre informelle des policiers avec le directeur général et le directeur des finances, sur la structure de financement du parti. Nos sources policières nous disent que les enquêteurs de l’UPAC ne prennent pas rendez-vous pour boire le thé. Que leurs démarches ne sont pas « pédagogiques ». Qu’ils cherchent des informations.

Il y a une certitude : le PQ ne souhaitait pas que l’information sorte en pleine campagne électorale. Il a été forcé de le faire parce qu’un média avait été mis au courant.

Il y a le PQ, mais il y a aussi le PLQ.

Les policiers ont fait des perquisitions au PLQ. Une enquête en bonne et due forme est en cours. Tout ça avait commencé par des questions sur la structure du financement…

Dans les deux cas, personne n’est accusé, personne n’est coupable, mais notre innocence s’envole.

Et ce qu’on veut, c’est que nos politiciens prennent leurs responsabilités, assument le cas échéant les erreurs du passé et s’assurent que plus jamais il n’y aura de la magouille dans le financement des partis politiques.

Je rêve, je sais…

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