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L'homme l'affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

L’homme l’affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

Il a sa carte de membre du parti libéral depuis deux mois à peine. Mais derrière lui, Bill Morneau a une carrière prospère dans le secteur privé. Sa compagnie Morneau Shepell élabore et livre à des compagnies du secteur privé des programmes d’avantages sociaux et de compensation pour leurs employés.

Il a été président de l’hôpital St. Michael’s à Toronto et de Covenant House, un centre de crise pour jeunes sans-abri. Son épouse, Nancy McCain, est de la célèbre et riche famille McCain du Nouveau-Brunswick. Le couple représente l’élite de Toronto, engagé dans les arts, les organismes de charité et maintenant la politique.

Bill Morneau n’a pas encore décidé s’il allait être candidat, dit-il, encore moins dans quelle circonscription. Toronto Centre, une des deux Don Valley : qui sait? Justin Trudeau a dit qu’il n’y aurait pas de parachutage de candidat nulle part, qu’il voulait des assemblées d’investiture dans toutes les circonscriptions. Mais en même temps, il doit y en avoir plus d’un dans le parti qui font des neuvaines pour que cet homme soit choisi comme candidat.

Aurais-je oublié de dire qu’il préside le conseil d’administration de l’institut CD Howe, un important groupe de réflexion économique. Certains libéraux disent déjà qu’il pourrait être le ministre des Finances dans un gouvernement Trudeau.

C’est la première fois de sa vie, il le jure, qu’il songe à faire de la politique. Parce qu’il n’aime pas ce qu’il voit, qu’il sent une grande anxiété chez les Canadiens. Comment remédie-t-on à ça et, surtout, où trouve-t-on l’argent pour le faire? Bill Morneau ne répond pas (serait-il déjà politicien dans l’âme?). Il faut d’abord identifier les priorités et se concentrer sur elles.

Justin Trudeau fait-il une erreur en soumettant tous les candidats potentiels, y compris ces candidats vedettes, au ballottage des assemblées d’investiture? Vraisemblablement, malgré le fait que le chef voudrait bien tous les avoir à ses côtés – l’expertise d’une équipe sera d’une grande importance pour les libéraux aux prochaines élections -, il y a des risques que certains ne passent pas la rampe.

Dans Winnipeg Sud-Centre, Jim Carr, ancien président de l’équivalent du Conseil du patronat du Manitoba, n’est pas le seul à vouloir se présenter. Karen Taraska-Alcock, ancienne directrice de campagne de Justin Trudeau dans la province et veuve de l’ancien député Reg Alcock, voudrait aussi la nomination. Il devra se passer de l’un des deux.

Il devra aussi probablement faire son deuil de plusieurs candidatures féminines. Depuis Jean Chrétien, le parti réservait un tiers des circonscriptions à des femmes, quitte à les parachuter, les courses d’investiture étant plus dures pour les femmes qui ont moins de temps et de réseaux que les hommes.

Depuis 2011, les femmes représentent 25 % des députés de la Chambre des communes, soit 77 députés, dont la moitié sont élues pour la première fois. Il s’agit la plus grande proportion de femmes jamais élues au Canada.

Catégorie: Élections fédérales

J’ai dit ça, moi?

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 publié le 13 novembre 2013 à 17 h 01

Les journalistes politiques l’apprennent rapidement. Leurs paroles et leurs écrits sont surveillés. Régulièrement, des attachés de presse nous appellent pour « préciser des propos » que nous avons tenus.

Disons que tout ça fait partie de notre travail.

Mais quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai appris que le NPD s’était servi d’un de mes commentaires pour bâtir une publicité négative contre Emmanuel Dubourg, le candidat du PLC dans l’élection complémentaire de Bourassa!

M. Dubourg a touché une indemnité de départ de l’Assemblée nationale avant de faire le saut en politique fédérale, ce que plusieurs ont critiqué.

Voici ladite publicité.

J’y suis cité, parlant de M. Dubourg : « Il renie son contrat avec les Québécois. Il a été élu pour quatre ans (en théorie). S’il part avant, il n’a pas le droit à son indemnité. »

Euh, j’ai dit ça moi? Aussi affirmatif que ça?

Eh bien, je l’ai bel et bien écrit, dans un blogue. Mais disons que le NPD a un peu coupé les coins ronds.

En fait, mon blogue énumérait des arguments pour ou contre le versement de l’indemnité à M. Dubourg. Il commençait d’ailleurs par la phrase suivante : « Je suis embêté par la question. » La citation choisie par le NPD se trouvait évidemment dans la colonne des arguments contre le versement de l’indemnité. Mais il y avait aussi trois arguments  en faveur du versement.

Bref, aujourd’hui, je me sens un peu comme les critiques de cinéma ou les politiciens… J’ai été cité hors contexte!

Catégorie: Ottawa, Québec

Justin Trudeau au Québec : derrière le 80 %

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 publié le 15 avril 2013 à 11 h 55

À partir d’aujourd’hui, Justin Trudeau devient un chef comme les autres. Au quotidien, ou presque, il devra présenter les positions de son parti sur les dossiers d’actualité. Prendre des positions cohérentes tout en ne contraignant pas trop son parti, qui doit quand même se donner une nouvelle plateforme pour l’élection de 2015.

Ça, c’est pour le contenu, la substance dont on a beaucoup dit qu’elle tardait à se manifester chez le nouveau chef libéral. L’autre tâche qui l’attend est la remise sur pied de son parti à tous les niveaux et dans toutes les régions. Avec 35 députés disséminés dans le pays, il n’y a pas de base régionale évidente. L’une de ces bases potentielles est évidemment le Québec. Ne parlons pas tout de suite des enjeux québécois, des retombées persistantes ou pas du rapatriement constitutionnel, mais plutôt de la présence du PLC sur le terrain.

On peut avoir un premier portrait de ce qui attend M. Trudeau et les libéraux à partir des chiffres sur la participation à la course qui vient de prendre fin. Ça donne une bonne idée du point de départ, des réelles possibilités et du défi.

En région francophone, on retrouve par exemple 55 militants inscrits dans Abitibi-Témiscamingue, 81 dans Mégantic-L’Érable, et 70 dans Chicoutimi-Le Fjord. Ajouter à cela 103 inscrits dans le fief de Jean Chrétien, Saint-Maurice-Champlain, et ça vous donne une première impression.

Dans la région de Montréal, pas de mobilisation de masse non plus. Repentigny, 51 inscrits, 78 dans Verchères-Les Patriotes. C’est un peu mieux dans Brossard-Laprairie, l’ancienne circonscription de la présidente de l’aile Québec : 271 participants.

Dans l’île de Montréal, tableau révélateur, on retrouve les participants par centaines là où on s’y attendait : 732 chez Justin Trudeau dans Papineau, 416 dans Saint-Laurent-Cartierville, et 88O dans Westmount. Mais, attention, seulement 183 inscrits dans Bourassa, le royaume de Denis Coderre. Dans l’est de l’île, seulement 86 personnes mobilisées dans La-Pointe-de-l’Île. Une circonscription à forte tradition libérale qui est passée au NPD la dernière fois, Hull-Aylmer : 617 inscrits.

Conclusion, dans un premier temps, les libéraux fédéraux se retrouvent avec une mobilisation au Québec qui se limite à leur base traditionnelle : l’ouest de l’île de Montréal, l’Outaouais et quelques circonscriptions à tradition plus fédéraliste ici et là. La campagne sur le terrain de M. Trudeau n’a visiblement pas encore ouvert de nouvelles avenues au PLC au Québec. Le Québec, un seul des nombreux défis qui attendent le nouveau chef libéral.

Catégorie: Ottawa

PLC : sprint final???

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 publié le 6 avril 2013 à 6 h 26

Les libéraux fédéraux entrent dans la dernière semaine de cette course qui a de moins en moins l’air d’en être une avec la « présentation nationale » des six candidats restants, à  Toronto, devant un auditoire, ou plutôt une salle, de 1500 places.

Difficile de savoir combien de gens y participeront et à quel titre. Des places sont vendues, mais 100 billets sont gracieusement offerts à chacune des six campagnes. Ça laisse 900 billets à vendre en principe et disons que ça ne se bousculait pas au portillon. Il faut dire que le rassemblement est sans grande conséquence.

Quand on parle de présentation nationale, ça veut dire que les candidats pourront se faire valoir de la façon dont ils ou elles l’entendent sur la scène pour convaincre les 127 000 membres/sympathisants ayant droit de vote.

Certains réseaux, dont RDI, diffuseront l’événement qui sera aussi rendu disponible sur le site du PLC et aucune interaction, décision et encore moins un vote final, n’auront lieu dans la salle. Pas beaucoup de motivation donc à être sur place. Il suffit de rattraper tout ça en ligne si vous avez encore des doutes et de voter, aussi en ligne, ensuite.

Et c’est sans parler de LA principale raison qui sabote la motivation des inscrits, la domination de Justin Trudeau. On évalue généralement le recrutement du clan Trudeau à plus de 60 % de ceux qui ont droit de vote et sa campagne rapportait vendredi à Élections Canada avoir récolté 1 078 866 $ contre environ 625 000 $ pour ses cinq adversaires réunis. Si vous voulez entretenir l’intérêt, vous pouvez vous rabattre sur le mode de scrutin qui donne à toutes les circonscriptions un poids équivalent de 100 points sans égard au nombre de votants. Par exemple, un candidat qui obtient 80 des 100 voix exprimées dans une circonscription reçoit 80 points, tout comme celui qui compterait 800 voix sur 1000 dans un autre. Cette improbable distorsion pourrait-elle rendre le résultat moins prévisible?

Eh oui, même si le directeur national du PLC, Ian McKay, vantait le procédé de « démocratie directe » adopté par son parti plus tôt cette semaine, tout le monde a compris que tous les votes n’auront pas le même poids.

Malgré cette domination, le clan Trudeau demeure prudent. Il ne présume pas du résultat final, même avec la confiance de circonstance. On n’envisage pas ouvertement l’après-victoire. Mais comme le résultat sera dévoilé autour de 18 h le dimanche 14 avril et qu’il y a une période des questions en Chambre le lendemain, on a tous compris qu’on ne préparera pas le futur chef dans la nuit du dimanche au lundi.

Et même si tous les membres de l’entourage de M. Trudeau parsèment nos conversations de « si on gagne » plutôt que de « quand on va gagner », on a eu droit plus tôt cette semaine à la première manifestation publique du fait qu’on est passé en mode post-14 avril. Le patron de la campagne, Gerald Butts, a réagi en effet aux informations voulant que les conservateurs lancent une campagne de publicité négative après l’élection de M. Trudeau. Il a adressé un courriel à ses troupes pour leur demander des contributions de 5 $ pour financer la campagne de réplique. Clairement, on en est rendu là.

Un sprint final certes, pas d’un 100 mètres serré, mais plutôt d’un de ces 10 000 mètres dominé par un Kényan ou un Éthiopien arrivant au fil pendant que ses rivaux sont encore au loin dans la courbe de la piste.

Catégorie: Ottawa

Couronnement appréhendé

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 publié le 14 mars 2013 à 11 h 59

On peut vraiment dire que Marc Garneau en a donné plus que le client en demandait. Non seulement s’est-il retiré de la course à la direction du PLC, il a en prime donné son appui à Justin Trudeau pour ensuite le déclarer gagnant en parlant de « fait accompli », et finalement fournir les chiffres d’un sondage interne mené auprès de 40 000 personnes présentes dans une banque de données libérale qui a permis d’obtenir 6500 réponses.

Pour un parti qui espérait sans doute maintenir un certain intérêt pour la course, en tout cas chez les quelque 294 000 personnes qui y ont adhéré en tant que membres/sympathisants, les quatre prochaines semaines vont être très longues. Au calendrier, un débat à Montréal qui vient de perdre l’autre candidat francophone en vue et une « présentation nationale » à Toronto pour entamer la semaine de vote qui mènera à la proclamation de M. Trud… euh du vainqueur le 14 avril.

Il est en train de se produire exactement ce que les Libéraux voulaient éviter et sans qu’ils n’obtiennent ce qu’ils recherchaient. On se dirige en effet vers un couronnement sans la redéfinition, la nouvelle identité, qui était pourtant vue comme le salut du parti devant l’émergence du NPD comme opposition officielle. À moins que l’on considère que le seul choix d’un nouveau chef soit suffisant à ce dernier chapitre, solution qu’à peu près personne, y compris Justin Trudeau, n’acceptait. Il fallait une remise en question beaucoup plus profonde, disait-on. C’est précisément ce que souhaitait un certain Marc Garneau en poussant son rival Trudeau dans ses derniers retranchements afin qu’il fasse part de ses projets politiques AVANT le scrutin d’avril.

Pour ajouter au malheur des libéraux, en plus du résultat, la manière dont on va y arriver risque de ne pas être très jolie. Au point où il a fallu prolonger d’une semaine la période d’enregistrement des membres/sympathisants. Suivez-moi bien. Pas moins de 294 000 personnes se sont inscrites sous l’un des deux statuts. En date d’hier, à peine 100 000 étaient passées à l’étape suivante, l’enregistrement qui donne un NIP qui permettra de voter dans la semaine du 7 au 14 avril, le jour J du PLC. La campagne Trudeau a officiellement demandé qu’on prolonge l’enregistrement qui devait prendre fin aujourd’hui. Mais certaines autres organisations avaient aussi constaté certains ratés. Et quand rien ne va… Il semble d’une part que le système électronique d’enregistrement en ligne en vue du vote a été surchargé, d’où attente et frustration. D’autre part, la centaine de milliers de personnes n’ayant pas fourni d’adresse courriel allait aussi rater l’échéance à cause des lenteurs de la poste. Bref, un scénario perdant-perdant.

Sans le dire tout haut, on peut comprendre de certains libéraux qu’ils aimeraient bien avoir plus que les 128 000 membres en règle qui avaient droit de vote au NPD lors du choix de Thomas Mulcair et aussi plus que les 59 000 participants qui sont restés là jusqu’au quatrième tour de ce même scrutin. Mais déjà, peu importe le nombre d’enregistrés, de votants, etc., les libéraux font miroiter une consolation dont vous jugerez de l’efficacité. Les 294 000 personnes du départ ne disparaissent pas du jour au lendemain, ça fait une banque de militants, bénévoles, contributeurs et j’en passe en prévision de l’élection de 2015. Beau défi tout de même que de maintenir l’intérêt et l’« engagement » (le presque slogan de J. Trudeau) d’ici les élections d’octobre 2015. Parlant d’« engagement », M. Trudeau remercie justement son nouvel allié d’avoir « réussi à engager les Canadiens »; nulle part il ne mentionne sa contribution en ce qui concerne la substance, les politiques ou le débat, contrairement à ce qu’ont fait les autres candidats encore en lice.

Catégorie: Ottawa

Course à la direction du PLC : le facteur Twitter

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 publié le 22 février 2013 à 18 h 33

On commence à peine à comprendre l’importance des réseaux sociaux en politique. Que ce soit comme outil de communication ou de recrutement, Facebook, Twitter et tous les autres sont devenus des incontournables.

Pour les observateurs, ce sont aussi de redoutables outils pour mesurer la popularité d’un individu.

Depuis le début de la course à la direction du Parti libéral du Canada, plusieurs suivent de façon quotidienne les abonnés des fils Twitter des candidats. Voici ce que cela donne en ordre d’importance (en date du 22 février, 10 h 45) :

Justin Trudeau : 187 665

Marc Garneau : 11 556

Martha Hall Findlay : 7451

Joyce Murray : 4790

Deborah Coyne : 2061

George Takach : 1853

Martin Cauchon : 1427

David Bertschi : 1361

Karen McCrimmon : 250 + 712 = 962 (elle a deux comptes)

Si la course est devenue, comme le croient certains, un concours de popularité, le gagnant à l’heure actuelle est clair, et il a toute une longueur d’avance!

« Justin Trudeau a une énorme présence sur les réseaux sociaux, explique Mark Blevis, un consultant indépendant en réseaux sociaux et en nouveaux médias. Il n’a pas peur de se laisser aller et d’avoir un peu de plaisir avec ces outils. »

Mais surtout, M. Trudeau recrute sur Twitter depuis ses débuts en politiques. Cela explique ses 187 000 abonnés. « Vous devez bâtir votre réseau social avant d’en avoir besoin, pas après », lance M. Blevis.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les dés sont jetés. La présence d’un candidat sur les réseaux sociaux n’est qu’un aspect de la course.

Plusieurs des abonnés peuvent être des membres de la famille, des journalistes, des observateurs. Plus un candidat attire l’attention, plus il attire les abonnés… ce qui ne veut pas dire qu’il attire les votes. Toujours selon Mark Blevis, « l’importance du nombre d’abonnés sur Twitter est surfaite. Ce qui est primordial, c’est comment vous communiquez avec eux ».

Ceux qui suivent un candidat sur Twitter espèrent y trouver une fenêtre plus personnelle. S’il se limite aux messages trop sérieux ou confie la gestion de son compte a un employé de sa campagne, ses abonnés (les anglophones les appellent des « Tweeples », un croisement entre « Twitter » et « People ») perdent rapidement leur intérêt.

Le web n’en demeure pas moins un outil de communication exceptionnel en politique, qui est encore loin d’être exploité à son maximum. De quoi rassurer ceux qui traînent un peu au classement.

Par souci de transparence, et pour en rassurer certains peut-être, sachez que votre humble scribe n’enregistre pour l’instant que 1966 abonnés… @dthibeaultSRC pour ceux que cela intéresse!

Catégorie: Ottawa

PLC : l’homme à la balayeuse

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 publié le 14 février 2013 à 12 h 34

Marc Garneau a tenté hier d’insuffler un peu de vie et de vigueur dans cette course à la direction qui culminera avec le choix de Just… oups, du prochain chef libéral,  dans deux mois jour pour jour. Celui qui confiait lors du débat/entrevue style « au coin du feu avec… » de Winnipeg qu’il aimait bien passer l’aspirateur et éprouver la satisfaction de voir les « minous » disparaître dans le boyau, a décidé de jeter les gants. Justin Trudeau ne peut pas être élu chef du PLC en reportant à l’élection de 2015 le dévoilement de ses vrais projets politiques, affirme M. Garneau.

L’ex-astronaute a fait cette sortie par altruisme, pour le bien du parti, dit-il. Il rappelle comment on a couronné Michael Ignatieff sans débat sur les politiques, et comment ce vide a vite été comblé par les conservateurs, qui ont défini le nouveau chef en le dénigrant. C’est une erreur qu’il ne faut pas répéter, ajoute-t-il. Reconnaissant les longueurs d’avance de M. Trudeau, son rival le somme de dire ce qu’il va faire pour la classe moyenne et la jeunesse, dont il se prétend le défenseur.

Derrière ce message, il y a le moment et surtout le ton. Il y a tout d’abord un lien évident et facile à faire avec le calendrier de la course à la direction du PLC. Samedi, troisième débat, certains vous diraient premier « vrai » débat, puisqu’il y aura pour la première fois du « un contre un ». Et, quel hasard, MM. Garneau et Trudeau croiseront le fer les premiers! Donc, occasion d’échanges plus directs et surtout plus musclés. Autre élément de calendrier, ce sera le dernier débat avant la date limite du 3 mars pour le recrutement de nouveaux membres ou sympathisants qui auront droit de vote, une dernière occasion donc de faire forte impression.

Et le ton… Ceux qui ont eu accès à l’ensemble du point de presse ont pu voir un homme qui semblait hors de sa zone de confort. Pas le Marc Garneau qu’on voit au quotidien, plutôt celui qui livre un cri du coeur. Respiration haletante par bout, difficulté à avaler à d’autres moments, des soubresauts dans le ton de la voix. On sentait, sinon le désespoir, l’impuissance et une frustration contenue face à une machine bien rodée qui baigne dans l’huile depuis bien avant le début de cette course.

Sa collègue Martha Hall Findlay a pris sur Twitter le relais de M. Garneau pour réclamer de la substance dans cette course, demandant à tous les candidats de s’engager clairement, dont un en particulier…

Et, ce qui ne va pas être sans augmenter la frustration de M. Garneau, non seulement Justin Trudeau a gardé ses distances devant les attaques, mais la publication fort opportune des détails de ses finances personnelles a achevé de détourner l’attention. Grrrrrrr!!! L’article de Post Media donne tous les détails de son héritage, de ses revenus de conférencier d’avant la vie politique, etc. Il donne l’occasion à M. Trudeau de se dépeindre comme un jeune homme qui était conscient de sa chance, qui ne prétend pas être de la classe moyenne qu’il défend, mais qui a mené sa vie à coup d’expériences personnelles qui l’ont rapproché des gens. Si ces privilèges, même admis, feront évidemment des envieux, force est de constater que l’article, même très factuel et documenté, est dans le registre de la campagne qu’il mène jusqu’à maintenant.

Bref, belle tentative de Marc Garneau. Meilleure chance la prochaine fois, samedi à Mississauga.

P.-S. : en passant, à surveiller dans cette course si on se fie à ce qui circule sur les médias sociaux et les blogues libéraux, une idée qui fait du chemin, beaucoup de chemin même, celle de l’unification des forces opposées à Stephen Harper, mise de l’avant par Joyce Murray.

Catégorie: Ottawa

Ce dimanche se tiendra à Vancouver le premier de cinq débats afin que sympathisants et membres du Parti libéral du Canada choisissent un successeur à Michael Ignatieff.

Personne ne le dit officiellement, mais au Parti libéral, tous voulaient éviter deux scénarios catastrophiques. Le premier, une course qui ressemble à un couronnement. Une course au cours de laquelle personne ne rivalise vraiment avec le candidat vedette, Justin Trudeau dans ce cas précis.

Deuxième scénario à éviter, une course comme celle du NPD. Trop de candidats, trop d’inconnus qui n’ont aucune chance et qui se servent de cette tribune uniquement pour se faire connaître, ou pour stratégiquement se placer dans une bonne position au sein du parti. Il en coûtait 15 000 $ pour s’inscrire dans la course à la direction du NPD. Au début de la campagne, il y avait neuf candidats. Sept se sont rendus jusqu’au bout. Tout ça a donné lieu à une course terne et à un interminable congrès en mars dernier à Toronto.

Alors, les libéraux voulaient éviter ce scénario. Ils ont donc établi que le coût d’entrée dans la course serait de 75 000 $, ce qui est cher payé pour quelqu’un qui ne cherche qu’à se faire connaître. Ils souhaitaient donc une course à trois… quatre peut-être, mais pas plus.

Or, le Parti libéral se trouve dans la même position que le NPD. Neuf candidats sont officiellement inscrits dans la course à la direction, et parmi ceux-ci, de parfaits inconnus du grand public.

Il y a bien sûr Justin Trudeau et Marc Garneau, deux députés du Québec très connus dans le pays. Il y a aussi l’ex-ministre Martin Cauchon et l’ex-députée Martha Hall-Finlay, qui sont relativement connus, tout comme la députée Joyce Murray. Mais il faut aussi ajouter à cette liste Deborah Coyne, David Bertschi, Karen McCrimmon et George Takach. Personne ne met en doute les qualités de ces candidatures, mais personne ne croit aux chances d’au moins six des neuf candidats.

La plupart des observateurs croient que la lutte se fera entre Justin Trudeau, Marc Garneau et Martin Cauchon, et que seule une campagne désastreuse empêcherait Justin Trudeau de devenir chef du Parti libéral. Or, il y aura neuf candidats pour le premier débat.

Officiellement, tout le monde au Parti libéral dira que la démocratie sera bien servie, que les neuf candidats contribueront à un débat d’idées. Mais dans la réalité, personne au Parti libéral ne se réjouit de cette situation. Le premier débat risque d’être cacophonique ou ennuyant. La dynamique d’un bon débat n’implique jamais neuf participants. Les organisateurs libéraux doivent donc se croiser les doigts pour que quelques candidats se désistent rapidement…

Catégorie: Ottawa

Michael Ignatieff et la souveraineté

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 publié le 23 avril 2012 à 21 h 30

Est-ce que le retrait de la vie politique a fondamentalement changé l’analyse de l’ex-chef libéral Michael Ignatieff sur le Canada, le Québec et l’unité nationale?

En tout cas, le parallèle qu’il dresse entre l’impact politique d’un éventuel référendum en Écosse et l’expérience du Québec depuis 1995 soulève plusieurs questions.

L’entrevue accordée à la BBC vaut la peine d’être écoutée.

Essentiellement, Michael Ignatieff affirme que la seule réaction possible du Canada après 1995 a été de donner de nouveaux pouvoirs au Québec, que cette approche a petit à petit éloigné le Québec du reste du pays, que « le problème c’est que nous n’avons plus rien à nous dire », qu’essentiellement le Québec et le Canada sont presque comme deux pays déjà distincts. Morale de l’histoire, selon l’ex-politicien, aujourd’hui professeur à l’Université de Toronto, cette logique mène vers l’indépendance du Québec.

Dire que ces déclarations ont fait sursauter la classe politique ici à Ottawa est un euphémisme.

Plusieurs se demandent quels sont les pouvoirs si importants que le Québec a obtenus depuis 1995. L’ancien chef libéral cite les ressources naturelles, l’éducation, la santé et l’immigration. Or, aucun de ces champs de compétence québécois n’a été négocié depuis 1995. S’il est vrai que Paul Martin avait consenti à augmenter les transferts du Québec en santé sans condition, celle-ci est de compétence provinciale depuis 1867, tout comme l’éducation. Quant à l’immigration, tel que l’a noté ma collègue Chantal Hébert, ces pouvoirs remontent à 1978.  

Les premiers qui sont profondément mal à l’aise sont bien sûr les libéraux.

Ce n’est pas tant l’inquiétude que Michael Ignatieff soulève quant à l’unité canadienne qui fait sursauter, d’autres l’ont fait avant lui, mais plutôt le cadre de son analyse et le fatalisme qui s’y rattache.

Rappelez-vous, à la même date l’an dernier, Michael Ignatieff était chef du PLC, en pleine campagne électorale, en train de plaider auprès des Québécois qu’il était possible pour le Québec de nourrir sa différence tout en demeurant dans le reste du Canada.

« Il faut montrer que le Canada, ça marche, que le fédéralisme d’ouverture ça marche, que ça peut livrer des résultats concrets aux familles », affirmait-il lors d’un discours à Drummondville en avril 2011.

D’ailleurs, Michael Ignatieff était le premier à avoir soulevé l’idée de reconnaître la nation québécoise lors de la course à la direction du parti en 2006. Puis, dans un grand discours à Laval, il avait ainsi tendu la main aux Québécois : « Nous vous offrons la liberté d’appartenance : celle d’appartenir au Canada et d’appartenir au Québec, dans l’ordre qui vous semble bon. »

Pourquoi l’ex-chef libéral voit-il soudainement le débat national sous un angle complètement inverse?

Pourquoi est-ce que soudainement la différence du Québec mène à la souveraineté, alors qu’il y a un an à peine il la célébrait et affirmait qu’elle pouvait très bien prospérer à l’intérieur d’un Canada uni?

Lui seul peut répondre…

Chose certaine, ses anciens collègues sont stupéfaits, inquiets des conséquences de cette analyse, au moment où le Parti québécois gagne du terrain dans l’opinion publique.

 

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La nouvelle rivalité NPD-PLC

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 publié le 26 mars 2012 à 16 h 21
Avec l’élection de Thomas Mulcair à la tête du NPD, plusieurs croyaient que cette journée en Chambre serait le premier jour d’une guerre entre le NPD et le Parti conservateur. Mais ça a plutôt été une bataille entre les néo-démocrates et les libéraux, la bataille de ceux qui veulent garder sur eux l’attention médiatique.
 
Les exemples que je vais vous donner peuvent sembler anecdotiques, mais soyez certains qu’ils sont révélateurs. Donc, lundi, c’était la rentrée de Thomas Mulcair en Chambre en tant que chef de parti. La députation néo-démocrate, avant la période de questions, a fait une démonstration d’unité; tous les élus qui affrontaient Mulcair dans cette course à la direction se sont levés un à un pour lancer des appels à l’unité. 
 
Puis, la période de questions. Thomas Mulcair, d’habitude si flamboyant, est nerveux et ému. Ses questions, il les lit presque mécaniquement. Après une telle course, il aura besoin de quelques jours pour reprendre le rythme en Chambre. Mais les libéraux, eux, sont prêts… Bob Rae, d’abord, et Denis Coderre, ensuite, posent des questions vigoureuses, ciblées, percutantes.
 
Puis, après la période de questions, la tradition veut que le chef de l’opposition officielle prenne place derrière le micro au centre du Foyer de la Chambre des communes. Un des attachés de presse de Thomas Mulcair a prévenu que son chef arriverait dans 30 secondes. C’est le signal qu’attendaient les libéraux. Bob Rae est arrivé au micro précipitamment… Pourtant, à ce micro, tous les médias attendaient Thomas Mulcair. Ce n’était pas le seul accroc au protocole. Le NPD a réagi en envoyant Thomas Mulcair à un autre micro pendant que Bob Rae répondait toujours aux questions. La tradition veut qu’un chef attende que l’autre ait terminé avant de se présenter devant les médias.
 
Depuis la mort de Jack Layton, c’est surtout le Parti libéral qui a occupé le rôle d’opposition officielle, puisque les principaux joueurs du NPD étaient engagés dans une course à la direction. Avec l’arrivée de Thomas Mulcair, attendez-vous à un coup de barre vigoureux.
 
Les néo-démocrates voudront reprendre avec force leur rôle d’opposition officielle. Ils voudront aussi courtiser une partie de la clientèle libérale pour assurer leur marche vers le pouvoir en 2015. Les libéraux sont des gens expérimentés. Ils se débattront pour ne pas tomber dans le rôle obscur du troisième parti à la Chambre, un rôle qu’ils n’ont pas joué souvent dans l’histoire politique canadienne.

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